6
nov

Chroniques d’une prof qui en saigne – Princesse Soso

« Le dimanche on lit au lit… mais le samedi aussi ! »

Je vous avouerais qu’au début de la lecture de ce livre, j’ai eu quelques difficultés à accrocher.  Très bien écrit, très drôle, rien à redire, mais un peu décousu et poussé à l’extrême dans l’humour.  Trop d’humour tue l’humour, parfois.

Puis, d’un coup d’un seul, sans prévenir, de façon presque déséquilibrée, le livre bascule dans un discours revendicatif d’une prof pas encore désabusée, mais presque, dont les propos pourraient sembler parfois à la limite du choquant.  Mais ce n’est que réalité.

Et puis, enfin, tout s’est équilibré dans ma tête, entre mes petits neurones d’ancienne élève bien comme il faut. Tout a coulé de source. Ce n’est pas drôle à la limite de la caricature, ma petite Anaïs, c’est la réalité. La juste réalité.  La simple réalité.  Qui claque au visage.  Qui choque.  Qui débecte.  Et qui fait rire. Ce n’est pas un désespoir qui s’exprime, c’est la réalité.  Rien que la réalité.  Toute la réalité.  Et ce cocktail détonnant donne un cocktail explosif à mourir de rire.  C’est drôle, c’est grinçant, c’est stupéfiant, et c’est parfois tellement pathétique de voir où va le monde scolaire, ma bonne dame, qu’on n’a qu’une solution : en rire (comme disait l’autre, je m’efforce de rire de tout, afin d’éviter d’en pleurer).

Y’a du très très bon dans ce livre, notamment les deux lectures possibles des notes dans le carnet des élèves, qui m’ont presque fait me rouler par terre tant je m’esclaffais, mais me suis abstiendue, vu que j’étais dans le bus, et que ça fait mauvais genre de se rouler par terre dans un bus croyez-moi.  Morceaux choisis :  Brianna ne se donne pas les moyens de progresser (lire : Brianna est une grosse feignasse), Prescillia ne s’investit pas dans sa scolarité (lire : il serait temps qu’elle lâche son eye-liner violet), Melinda doit adopter une attitude décente (lire : il n’existe pas de BEP strip-teaseuse, Melinda devrait éviter d’avoir sa langue collée au larynx des garçons), Jordan rend copie blanche sur copie blanche (lire : Merci, enfin du boulot en moins, continue).  Et j’en passe… 

Très bon aussi, les petits noms dont s’affublent les meilleures amies : M’zumelle ou M’gwinasse (pour la best best friend), M’tampax (pour la friend bouche-trou), M’clitOO ou M’truie (pour la simple copine)… ça ne s’invente pas, et ça fait rire ou frémir, c’est selon.  Moi ça me ferait plutôt frémir, mais soit.

En parlant de noms, ou plutôt de prénoms, ceux des élèves sont aussi trop de la balle parfois.  Pas besoin de vous donner d’exemples, devinez…  Directement inspirés des séries télé américaines, of course.

Et puis je m’en voudrais de ne pas mentionner l’épisode de la réunion des parents, ou « comment le prof a la définitive et vomitive confirmation que, non, vraiment, les chiens ne font pas des chats ».  C’est normal si je me tape la cuisse en émettant un rire gras à chaque paragraphe ?

Je pensais, de plus en plus, à tort, que je devenais une vieille rombière et que la jeunesse actuelle m’insupportait, moi et moi seule.  Que le côté pourri gâté des ados qui se veulent adultes à onze ans au lieu de rester dans leurs Barbies et leurs Légos n’insupportait que moi.  Que les parents en totale démission, plus préoccupés par les crédits qu’ils souscrivent pour s’offrir le dernier cri en matière d’écran ou de GSM que par l’éducation de leurs sept chiards n’insupportaient que moi.  Que ceusses qui disent que les enseignants sont des feignasses qui glandent pour des milliards d’euros et des milliards de jours de congé n’insupportaient que moi (ben qu’ils aillent faire prof, ceusses-là, rira bien qui rira le dernier).  Que l’orthographe écœurante et le langage SMS des djeuns n’insupportaient que moi.  Que ces gosses pas choupi pour deux euros qui, plus tard, feront comme papa et maman, savoir chômach’ ou CPAS, n’insupportaient que moi.  Que les gamines sapées comme des Pretty Woman en puissance (version début du film bien sûr) qui, en l’espace de sept jours, passent quatorze fois, sur leur Facebook, du statut en couple au statut célibataire, n’insupportaient que moi. 

Et bien non, ça insupporte aussi l’auteure, et ça, ça m’a vraiment m’a mis du baume au cœur.

En cherry on the clafoutis, j’ai appris un nouveau verbe en lisant « Chroniques d’une prof qui en saigne ».  Languedeputer.  J’adore j’adopte.  Et j’ai déjà réussi à le replacer dans la foulée, au bureau, meilleur endroit pour languedeputer en chœur, isnt’t it Princesse Soso ?

Et comme tous ces élèves dont l’auteure nous parle avec tant d’humour, qu’elle aime ou qu’elle hait de tous ses neurones, qu’elle voudrait aider ou exterminer à grands coups de compas, en fonction du moment, finissent toujours par devenir des clients de là oùsque je bosse… je me demande si je vais pas enfin concrétiser ce à quoi je pense depuis plusieurs mois et créer, moi aussi, mes chroniques professionnelles.  Passqu’il y a de quoi raconter croyez-moi.  J’ai déjà rempli, petit à petit, des pages et des pages Word pleines de mes clients, de leur QI, de leurs revendications, de leurs humeurs et de leurs plans drague.  Un jour, peut-être, vous ferais-je partager ça… 

En attendant, lisez les Chroniques d’une prof qui en saigne, vous vous y reconnaîtrez sans doute… le tout est de savoir si vous vous reconnaîtrez dans le rôle A. de la prof… B. des parents… ou C.  des élèves… 

Si vous avez tapé B. ou C. quittez ce blog immédiatement.

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