24
avr

Violons la violence

Les problèmes de violence conjugale m’ont toujours débectée. Révulsée.

Peut-être parce que j’ai failli être écrasée sciemment par un véhicule un soir de nuit aux étoiles filantes (depuis je ne crois plus à leur effet « porte bonheur »). J’ai dû en garder un traumatisme inconscient, même si je n’étais qu’indirectement liée à ce problème conjugal. Peut-être parce que, toujours sans y être liée, j’ai vu les dégâts de l’alcool transformer un agneau en lion. (c’est le moment de verser une larme sur les expériences indirectes mais néanmoins néfastes de cette pauvre Anaïs).

Ces effets indirects ont fait de moi la Che Guevara en herbe de la violence conjugale.

Alors lorsque passe à la TV une émission où témoignent non pas les victimes mais les responsables de violence, j’écoute des deux oreilles. Lorsque paraissent dans la presse des témoignages de maris violents, je lis des deux yeux. Lorsqu’un mari violant systématiquement son épouse sous l’emprise de l’alcool sous prétexte qu’elle le lui doit explique le pourquoi du comment, je frôle l’exorbitation desdits yeux (ce substantif n’existe pas, mais il permet d’imager mon état).

Verdict : déception totale et fulgurante.

Même s’ils reconnaissent une part de responsabilité, les agresseurs persistent à se trouver des excuses et à faire retomber un bout de faute sur l’épouse ou la compagne. Un bout de faute ?

Rien n’excuse la violence, verbale, physique, rien. Même Zidane, je ne lui ai trouvé aucune excuse, n’en déplaise aux français.

On leur donne la possibilité, à ces agresseurs, via les médias, non pas de réparer l’irréparable, mais au moins de faire amende honorable, mais non, ils persistent à se présenter comme des petites choses fragilisées par la vie et n’ayant bien souvent que réagi à l’attitude d’une conjointe « qui l’a bien cherché ».

Décidément, je ne comprendrai jamais rien de rien à rien, moi.

Je suis pour la tolérance zéro en matière de violence conjugale. Tu frappes, tu paies. C’est aussi simple que ça.

Et au moment où je vous écris ça, au moment même, tip top, comme un signe du destin qui me laisse sans voix (mais heureusement ne paralyse pas mes doigts), qui me conforte dans ma volonté d’en parler, simplement en parler, que puis-je faire d’autre, je vois cette pub si incroyablement bien faite, française. Elle parle « mon mari m’a battue pendant X années, cassé les dents, brisé le bras, envoyé trois fois à l’hôpital », le tout dit avec fond de ciel bleu et oiseaux qui gazouillent. Et elle ajoute « mais maintenant, c’est enfin terminé », et la caméra se baisse … sur sa tombe.

Je suis envahie d’une chair de poule qui va avoir des difficultés à disparaître.

Ce billet n’a rien de drôle, et il me fait penser à cette phrase « je m’efforce de rire de tout de peur d’être obligée d’en pleurer ». Le rire cache parfois tant de choses, en effet.

07:20 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (17) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

19
avr

Née en 17

Une des 32 victimes du drame qui touche actuellement les Etats-Unis (pour ceux qui viendraient lire ce billet le 22 octobre 2045, un étudiant tire sur tout ce qui bouge dans une université américaine, faisant 32 morts) donc une des victimes est un professeur de 76 ans, survivant des camps nazis, qui, voyant arriver le tueur fou, a sauvé ses élèves en bloquant la porte durant leur fuite par la fenêtre. L'assassin a fini par tirer à travers la porte et tuer le professeur héroïque.

Il aura été rattrapé par son destin. Il aurait pu mourir en héros de la guerre, il sera mort en héros d'une autre guerre, celle de la folie.

Je pourrais disserter longuement sur le danger d'autoriser la vente libre des armes à feu, mais le sujet ne me passionne pas. Je suis contre. On aura beau me dire que lorsqu'on veut tuer on y parvient, avec ou sans arme à feu, je persiste à croire que tuer sans tirer est foncièrement plus difficile (voire délicat) et ralentit absolument la course folle d'un détraqué qui s'auto-investit d'une mission d'extermination.

Cet acte de bravoure m’a rappelé une chanson qui suscite souvent en moi l’envie de mener le débat des résistants / collabos, en 1945 ou à tous moments d’ailleurs. Envie que je ne mets pas en pratique, vu la tête de mes interlocuteurs quand je dis « intéressant non, de tenter de savoir quel choix nous aurions fait : super résistant ou un super collabo ? » Au vu de leurs yeux aussi inexpressifs que ceux d’un caméléon déprimé, je n’insiste pas.

Je ne sais pas vous, mais moi je suis sûre que je n’aurais pas été collabo. Et je suis sûre que je n’aurais pas été résistante. C’est aussi simple que ça. Ou aussi compliqué. Défendre les opprimés, je dis oui trois fois oui. Mais le faire au péril de ma vie, je demande à réfléchir. Peut-être que face à l’ennemi, j’aurais pris la poudre d’escampette, me faisant toute petite, aussi transparente que possible. Peut-être que j’aurais démontré une témérité exemplaire, contre toute attente. Qui peut certifier, dans la peur, l’angoisse, les bombes, les menaces, qu’il aurait un comportement irréprochable ? Qui sait ce qu’il ferait, ce qu’il dirait, sous la menace d’une arme ? Certains le savent. Ceux qui l’ont vécu. Uniquement eux. Pas moi.

Et j’espère une chose, comme le dit la chanson, ne jamais avoir à vivre ça.

Né en 17 à Leidenstadt (JJ. Goldman)

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand ?


Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d'un torrent ?


Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d'une foi, d'une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir, tendre une main ?


Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant ?


On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau ?
Ou le pire ou le plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau
S'il fallait plus que des mots ?


Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand ?


Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D'avoir à choisir un camp

16:43 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

12
avr

7 millions !

7 millions de blogs en France. Vous lisez bien. Et au moment où j’écris ce billet, j’imagine qu’on est déjà passé à 7 millions et des milliers de poussières. Sans compter les blogs belges, les blogs suisse, les blog québécois, les blogs luxembourgeois (my God, oùsqu’on parle la France encore ?) pour ne parler que des francophones.

Ça fait peur non ?

En tout cas moi, y’a une question qui me trotte en permanence en tête, c’est d’où viennent mes lecteurs. Sans compter ceux qui sont tombés ici par hasard, en cherchant où acheter une lasagne Farniente avec un emballage cadeau Strelli, sans compter ceux qui viennent de mes blogs « amis » (comme c’est tarte, cette expression), sans compter ceux qui sont venus via une petite ligne en mon honneur dans un magazine ou une feuille de chou. Mais les autres, comment sont arrivés ici ? ça restera un mystère mystérieusement mystérieux. Ça me turlupine.

Ceci nous éloigne de notre sujet, les 7 millions de blogs.

Et dans ces 7 millions et des dizaines de milliers de poussières, mon petit blog belge, tout rikiki. Ça fait peur.

Voilà, le billet est terminé. Ce fut le billet le plus court de toute l’histoire du blog d’Anaïs.

07:28 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

2
avr

Petit poussin deviendra grand

Le fils de Lolo (mais si enfin Lolo, la Super Lolo, là à gauche dans les blogs de filles – Lolo tu es ma muse sur ce coup là) réclame un poussin, il veut un poussin.

Flash back. J’ai cinq ans, ou six ans peut-être, pas sept. C’est Pâques. A la caisse de l’Unic (rappelez-vous Unic, pas loin, pas cher) – devenu depuis GB puis Delhééés (mes détails sont inutiles ? je sais mais ça meuble et ça occupe vos soirées printanières mais néanmoins encore fraîches), donc à la caisse on donne un poussin à tout achat. Pas un poussin décoratif, un vrai de vrai. Sans réflexion aucune. Sans avertissement : « warning messieurs-dames, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, ceci est un poussin vivant, soit un bébé poule ou un bébé coq, vous l’adoptez en connaissance de cause ».

Ma môman, pourtant hyper intelligente et réfléchie, prend un poussin pour fifille. Fifille (alias moi) est ravie. Oh le chouette petit poussin vivant tout mignon tout doux tout chaud tout jaune. Oh qu’il est mignon quand il gambade dans le gazon. Qu’il est mignon quand il pépie. Qu’il est mignon quand il picore quelques graines. Oh voilà le chat. Oh le chat veut jouer avec le poussin. Oh le chat croque le poussin.

Et voilà fifille catastrophée, et môman encore plus catastrophée : le poussin est tout cassé, tout plein de sang, tout souffreteux – vérification faite au dico, souffreteux n’est pas le terme adéquat - tout agonisant.

Il est temps d’agir. Môman, sous le choc, cherche une solution pour achever le poussin. Un père fort et musclé aurait opté pour « je prends le poussin je jette le poussin contre le mur j’enterre le poussin ». Mais point de père fort et musclé. Môman, ni forte ni musclée, opte pour la noyade sous un couvercle de casserole. Sauf qu’un couvercle de casserole c’est bombé, et une poche d’air se forme. Je vous passe les détails. Dans mon souvenir, ça a duré des heures et des heures. La petite bête voulait vivre, envers et contre tout. Et chaque fois qu’on croyait que c’était fini, que môman soulevait le couvercle, il vivait, envers et contre tout. Et moi, cinq ans, six ans, pas sept ans, je pleurais, je pleurais, je pleurais, à gros sanglots longs.

Cet été j’ai dû achever un oisillon blessé trouvé sur mon balcon. J’ai tiré leçon de mon expérience de gosse. J’ai pris un couvercle de tupperware bien plat, sans poche d’air. Je sens encore les petits coups de bec désespérés sur le couvercle. Encore une petite chose qui voulait vivre, envers et contre tout. Et j’ai pleuré, pleuré, pleuré, pleuré, à gros sanglots longs.

Six ans ou trente ans, on ne se refait pas.

Oui c’est gore, comme Al. Et si ça peut empêcher une môman bienveillante d’offrir un poussin à son enfant chéri, je n’aurai pas tout perdu aujourd’hui.

20:06 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

1
avr

Tu crois que ton blog va tenir longtemps ?

Voilà la question qu’on m’a posée il y a déjà plusieurs semaines. J’étais offusquée.

Etait-ce un sous-entendu sur l’amour qui allait frapper à ma porte tout prochainement, m’empêchant de poursuivre mes divagations de célibattante ? Je l’attends de pied ferme, l’amour. Il ne fera que me donner des sujets de réflexion supplémentaires : comment parvenir à lui faire jeter ses chaussettes sales dans le bac à linge et pas à côté, comment lui apprendre à cuisiner, comment dire « je t’aime » sans se prendre une veste, comment obtenir une demande spontanée en mariage, comment maintenir le piment après dix ans de vie commune, comment obtenir le petit déj au lit … bref ça devrait m’inspirer.

Etait-ce un sous-entendu sur mon incapacité à trouver sans cesse de nouveaux sujets ? Les sujets, je ne les cherche pas, ils viennent à moi, dans le quotidien, dans mes lectures intellectuelles, dans ma vie professionnelle et privée. Et lorsque j’en cherche, je ne trouve rien. Par exemple, trouver un poisson d’avril (enfin deux poissons, un pour ce blog, un pour 7Dimanche) fut un enfer. Cela m’a demandé une réflexion et une énergie folle, en vain : imaginez Bibi, sur son canapé, derrière son écran plat, dans son bus, dans son bain, dans son lit, au bureau, dans la rue, sous sa douche, dans le canapé, se demandant « mais keske je vais bien pouvoir trouver ». Nombre d’idées : zéro. Une nuit de recherche plus tard. Nombre d’idées : zéro.

Une catastrophe, je n’ai pas d’idée de poisson d’avril : à part vous faire le coup de « j’arrête le blog », mais vous n’y croirez pas j’en suis convaincue, à part le coup de « j’ai écrit un livre je fais fortune je monte à Paris merci pour tout adieu », pas crédible non plus, à part le coup de « je suis amoureuse » mais je ne trouve pas ça hyper fun non plus, vu que je VEUX être amoureuse d’ici peu, c’est clair ? Toutes les idées qui m’effleurent me semblent loufoques et même pas drôles ! Voilà où tu en es Anaïs, si tu veux être volontairement drôle, tu ne l’es pas. Par contre, raconte-leur ta dernière minute blonde, et ils sont écroulés de rire.

Alors finalement, ma décision est prise. Il n’y aura pas de poisson d’avril cette année sur mon blog. Ce n’est pas faute d’avoir cherché, d’avoir essayé. Je vous le jure. J’implore votre clémence. Et je vous promets d’investiguer dès maintenant pour l’an prochain. Adressez-moi d’ores et déjà toutes vos bonnes idées par mail.

Merci.

08:44 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |