1
déc

Syndrome d’immunodéficience acquise

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Ça a dû être un de mes premiers sujets d’élocution.  Vous savez, ce moment monstrueux où l’élève se retrouve seul face à 29 paires d’yeux, à tenter de les captiver, à tenter de réciter son texte en donnant l’impression de ne pas le réciter.

Les sujets médicaux ou sociaux ont toujours eu ma préférence : l’affaire du sang contaminé, la dictature de Ceausescu en Roumanie, le divorce et ses conséquences psychologiques pour l’enfant, et le syndrome d’immunodéficience acquise.

On en parlait à peine que j’en savais déjà tout, ou presque.  Du moins ce qu’on pouvait en savoir à l’époque : propagation, symptômes, traitement, espérance de vie.

Vingt ans plus tard.

La science a évolué.

Pas les mentalités.

Une jolie campagne se propage telle une épidémie en Belgique :  « C’est l’exclusion qu’il faut exclure. Pas les séropositifs. »  Dans la lignée de la campagne française, les belges « célèbres » s’interrogent.

Alors, moi aussi, je m’interroge.  

Et si j’étais séropositive, oserais-je le dire, le crier sur les toits, l’assumer, envers et contre tout, envers et contre tous ?

Aux clients, je ne dirais rien.  Des fois qu’ils refusent à l’avenir de me serrer la main.  Des fois qu’ils refusent que je traite leurs dossiers.  Des fois qu’ils refusent de me parler au téléphone.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle au corps.

Aux collègues, je ne dirais rien.  Des fois qu’ils ne m’offrent plus l’habituelle frite mayo de leur cornet.  Des fois qu’on me réserve des WC pour moi rien que pour moi.  Des fois que je n’aie plus droit au bisou du matin.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle à la peau.

Aux amis, je ne dirais rien.  Des fois que je décèle du dégoût dans leur regard.  Pire, de la pitié.  Pire encore, de la peur.  Des fois que tout d’un coup, je n’aie plus ni amis ni amies.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle au cœur.

Aux voisins, je ne dirais rien.  Des fois que des palissades s’érigent.  Des fois que les volets se ferment.  Des fois que les regards se détournent.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle à la vie.

Non, en 2007, si j’étais séropositive je n’oserais le dire.  
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06:45 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

29
nov

Mourir en travaillant

Ils sont partis bosser ce matin, comme chaque matin, depuis des années peut-être.  Ils ont peut-être râlé, car un petit crachin bien belge tombait, et car ils allaient travailler dehors.  Ils ont pris un bon café pour se dynamiser, ont avalé un petit déjeuner complet, qui tienne au corps, histoire d’avoir de l’énergie pour toute la journée.  

Puis ils sont partis, pensant sans doute au week-end qui approchait et à ce qu’ils feraient, avec leur famille, leur épouse, leur petite amie, leur maman, leurs potes, que sais-je encore.

Et ils ont entamé leur journée, en toute confiance.  

Jusqu’à ce que…

Est-ce normal d’aller bosser et de risquer sa vie ?  Est-ce normal de perdre sa vie au travail ?  Est-ce normal de mourir alors que des collègues sont chargés de votre protection ?  Ne sont-ce pas des choses qui se produisaient « dans le temps », du temps des charbonnages, du temps de l’esclavage, du temps de la construction des pyramides ?  

Le risque zéro n’existe pas.  Moi-même je peux me faire faucher chaque matin lorsque je tente de traverser la chaussée bien large et que des automobilistes irrespectueux, pressés et sans scrupules tentent de passer, envers et contre tout.  Je peux périr dans l’incendie du bureau, mourir sous les balles d’un client furieux, être étranglée par un collègue victime d’une crise de délirium tremens.  Mais la nuance est grande : je ne périrais pas à cause de mon activité professionnelle, mais dans le cadre de celle-ci.  Nuance.  De taille.

Ici ils sont morts.  On sait comment.  On ne sait pas encore pourquoi.  C’est ainsi.

Le risque zéro n’existe pas.  Mais j’ai de la peine pour eux, ce soir.

Peine qui ne semble pas partagée par les journalistes de la RTBF1 la Une, qui auront consacré une minute au sujet, après vingt-cinq minutes sur les files dans les écoles (dont je vous parlerai demain) et les problèmes politiques…  ça doit être ça, avoir le sens des priorités.

Comme quoi, on est bien peu de choses.

20:05 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

26
nov

Dimanche soir

C’est Nin possip’ une fois !

Je rédige un billet sur le dimanche soir et son ambiance particulière, afin de parler d’un feuilleton que je regarde chaque dimanche soir, et, j’ignore par quel subterfuge, mes doigts en viennent à parler natation.  C’est dire si le traumatisme est encore présent.

Donc je recommence.

J’ai jamais aimé les dimanches soir.  Il règne comme une ambiance douce-amère.  La fin d’une journée de repos.  La fin d’un week-end très chouette. Et en même temps une bouffée d’envie que cela continue.  En d’autres termes : pas envie d’aller bosser demain.

Et chaque dimanche soir, je regarde Brother & Sisters.

Et chaque dimanche soir, je pleure durant Brother & Sisters.

J’ai d’abord cru que c’était dû à cette ambiance dominicale.  Une sensibilité exacerbée, la nuit qui tombe tôt, une feuilleton familial et paf, l’Anaïs braille.

J’ai compris la semaine dernière que j’avais tout faux, lorsqu’une de mes collègues m’a parlé de Brother & Sisters et m’a interrogée, avec une énorme pointe d’étonnement dans la voix « c’est triste cette série, non ????? »

Et bien voilà le nœud du problème.  La série est triste, mais triste.  Dès le second épisode (si vous ne l’avez pas vu et ne souhaitez rien découvrir de son scénario, ne lisez pas ce qui suit) qui raconte la vie d’une famille, le patriarche décède et les ennuis commencent : sa maîtresse se manifeste, la famille apprend qu’il avait une fille cachée, laquelle fille bousille le couple de sa demi-sœur, déjà bancal, en embrassant l’époux, la société familiale périclite à cause des erreurs du père, la veuve ne se remet pas de l’infidélité de son défunt époux, le fils est stérile, sa femme parvient finalement à être enceinte de jumeaux grâce à un don de sperme, mais l’un des jumeaux, grand prématuré, décède, l’autre fils est rescapé d’Irak mais doit y retourner, pas le choix. Seule la dernière fille est la bulle d’oxygène de la famille, incarnée par Calista Flockhart, amoureuse d’un candidat à la présidence lui-même interprété par Rob Lowe.  Cesses de ma génération se souviendront de Rob Lowe, beau gosse de not’jeun’temps, qui a joué dans je ne sais plus quel film d’ailleurs.  En résumé c’est d’un triste, mais d’un triste !  En étant toutefois bourré d’humour et débordant d’amour.

Une jolie série.

Mais par pitié, une série à ne jamais diffuser le dimanche soir.

Image issue du site francophone Brothers & Sisters.
brothers&sisters

11:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

26
nov

Dimanche soir

J’ai jamais aimé les dimanches soir.  Il règne comme une ambiance douce-amère.  La fin d’une journée de repos.  La fin d’un week-end très chouette. Et en même temps une bouffée d’envie que cela continue.  En d’autres termes : pas envie d’aller bosser demain.

Cette sensation remonte à mon adolescence.  Période où je haïssais les dimanches soir.  Où plus la journée avançait, plus j’angoissais.

Parce que le lendemain, à la première heure, j’avais piscine.

En général, les ados adorent avoir piscine.  C’est mieux que math, histoire ou anglais.  Mais moi j’aurais volontiers troqué mon heure hebdomadaire contre une journée entière d’autres cours.

L’horreur commençait dans les vestiaires.  Y’a un âge où les filles n’aiment plus se déshabiller dans un vestiaire commun.  Ça compare la poussée des seins, ça scrute la cellulite naissante, ça vérifie le modèle du maillot, ça chicane, ça cancane.

L’horreur continuait de plus belle une fois près du bassin de natation, comme on l’appelait.  Parce que j’ai jamais su plonger.  J’ai jamais su sauter.  J’ai jamais osé aller dans la grande profondeur.  J’ai jamais su mettre ma tête sous l’eau.  J’ai jamais su nager en fin de compte.  A peine capable d’esquisser une brasse caillou.

Alors les profs désespéraient de m’apprendre quoi que ce soit, à moi, petite chose maigre et tremblotante que j’étais.  Je me réfugiais dans la petite profondeur, en compagnie d’une autre petite chose maigre et tremblotante qui partageait mon supplice, et ensemble nous subissions cinquante minutes à grelotter en espérant que la prof nous oublie définitivement dans notre coin de piscine.

Et chaque semaine, c’était rebelote.  Jusqu’à ce qu’un maître-nageur, dans un moment d’exaspération intense, décide de tenter le tout pour le tout : me jeter au centre de la piscine pour créer un réflexe de nage.  Raté ! J’ai juste coulé et il a dû aller me récupérer, à la limite de la crise d’hystérie, avec une longue perche faite pour sauver les petites choses tremblotantes jetées violemment dans les vilaines piscines.  

La brasse caillou, je vous le disais.

C’est ce même maître-nageur qui, plus tard, me donnera quelques leçons bien utiles et me fera réussir mon brevet de 25 mètres.

Chuis fière.

Encore de nos jours, je n’aime pas trop les grandes profondeurs, je ne sais pas plonger, j’ai sauté une seule fois (et j’ai eu une crampe monumentale, donc je ne réitérerai pas l’expérience), et ma tête sous l’eau, c’est ok mais uniquement avec un masque.

On ne se refait pas !
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06:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

19
nov

Tabou…

Avez-vous remarqué combien certains domaines de la santé ne doivent pas être abordés, sous peine de gêne intense et de rougissement permanent ?

Par exemple, si je décris de long en large mon mal de tête, signalant qu'il me vrille la tempe gauche, avec picotements de la tempe droite et lancement dans le haut de la nuque, aucun problème, mes interlocuteurs compatiront à mon triste sort.

Si je m'étends, sur mes problèmes de sinus droit, bouché en permanence, les insomnies qu’il provoque, la sécheresse buccale à force de respirer par cet orifice qui n’est en définitive pas fait pour ça, compassion également.

Par contre, dès que le débat s’oriente vers certains secteurs, je peux immédiatement chanter « tabou, sujets tabou « (Rapsat).

 Vous vous imaginez, vous, en train de décrire en long et en large votre dernière indigestion  « Oh ma bonne Dame, c’était plein de morceaux même pas désagrégés, on voyait encore que j’avais mangé du cassoulet et un moelleux au chocolat, et le reflux était si violent qu’une partie est repassée par le nez ».

Votre dernier rhume « Ma bonne Dame vous n’allez pas me croire, j’ai éternué sans pouvoir me retenir, et j’en ai eu plein les mains.  C’est là que j’ai deviné que les sinus étaient enflammés, à la couleur, entre le jaune et le vert, tirant par moment vers le brun.  Bien épais.  Et ça collait bien, quelle galère pour tout enlever, pire qu’un slime (jeu gluant de mon enfance) ».

Vos problèmes gastriques « moi ma bonne Dame, je digère ni l’ail ni l’oignon, surtout cru.  J’en remange durant des heures, et le goût d’ail remonte en permanence.  Je fais des renvois monumentaux, où je retrouve parfois des petits bouts d’oignon, c’est pas toujours frais, mais j’aime trop ça, impossible de m’empêcher d’en manger ».

Vos soucis intestinaux « même pas eu le temps de courir aux toilettes, ma bonne Dame, une seule proute mouillée, et ce fut la catastrophe.  Pourtant hier tout allait bien.  Bon, j’avais bien la crotte un peu alternante, par moment dure comme le caillou, ensuite liquide comme la fiente, mais rien de grave.  Enfin, en y réfléchissant bien, la couleur aurait dû m’avertir, j’avais jamais vu un brun pareil, tout bien pensé ».

Votre bronchite encore présente « j’ai des quintes de toux ma bonne Dame, vous n’imagineriez pas que ça puisse exister.  Mais faut bien expectorer toutes ces glaires glaireuses qui s’entassent.  Là non plus, vous n’imagineriez pas tout ce qu’un poumon peut comprendre outre l’oxygène, j’en ai plein mon mouchoir encore, làààààà, vous voulez voir ???? »

Alors, zavez la nausée ?  Voilà peut-être la raison pour laquelle on ne parle pas de tout ça… alors que ça nous touche tous, un jour ou l’autre… (pour ma part je préfère « l’autre », pitiéééé).

Illu de Bouledegomme que je remercie.
crotteDeNez

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (12) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |