10
déc

Vivante !

Mais à quel prix.  Maigre.  Seule.  Enchaînée.  Triste.  Affaiblie.

Elle a tenu six ans.  

Six ans, ou presque.

Imaginez, ce que c’est six ans.  Je pourrais vous donner l’équivalent en mois, en jours, en heures mêmes, mais à quoi bon, une calculette suffit.  

Six ans, c’est un cycle scolaire entier.

Six ans, c’est deux fois mon passé professionnel.  Rien que deux fois.    

Six ans, c’est le nombre d’années depuis lesquelles je vis là où je vis.

Si ans, ce sont six étés, six hivers, six automnes et six printemps.

Six ans ce sont des enfants devenus ados. Des ados devenus adultes.

Six ans c’est plus qu’un mandat présidentiel.

Six ans c’est six fois la durée de vie de ce blog.

Six ans c’est juste un peu plus que « depuis le onze septembre ».

Six ans de silence.  D’attente.  D’espoir.

Puissent-ils ne pas être vains.
 
Une illu d'Acide
ingrid

06:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

1
déc

Syndrome d’immunodéficience acquise

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Ça a dû être un de mes premiers sujets d’élocution.  Vous savez, ce moment monstrueux où l’élève se retrouve seul face à 29 paires d’yeux, à tenter de les captiver, à tenter de réciter son texte en donnant l’impression de ne pas le réciter.

Les sujets médicaux ou sociaux ont toujours eu ma préférence : l’affaire du sang contaminé, la dictature de Ceausescu en Roumanie, le divorce et ses conséquences psychologiques pour l’enfant, et le syndrome d’immunodéficience acquise.

On en parlait à peine que j’en savais déjà tout, ou presque.  Du moins ce qu’on pouvait en savoir à l’époque : propagation, symptômes, traitement, espérance de vie.

Vingt ans plus tard.

La science a évolué.

Pas les mentalités.

Une jolie campagne se propage telle une épidémie en Belgique :  « C’est l’exclusion qu’il faut exclure. Pas les séropositifs. »  Dans la lignée de la campagne française, les belges « célèbres » s’interrogent.

Alors, moi aussi, je m’interroge.  

Et si j’étais séropositive, oserais-je le dire, le crier sur les toits, l’assumer, envers et contre tout, envers et contre tous ?

Aux clients, je ne dirais rien.  Des fois qu’ils refusent à l’avenir de me serrer la main.  Des fois qu’ils refusent que je traite leurs dossiers.  Des fois qu’ils refusent de me parler au téléphone.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle au corps.

Aux collègues, je ne dirais rien.  Des fois qu’ils ne m’offrent plus l’habituelle frite mayo de leur cornet.  Des fois qu’on me réserve des WC pour moi rien que pour moi.  Des fois que je n’aie plus droit au bisou du matin.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle à la peau.

Aux amis, je ne dirais rien.  Des fois que je décèle du dégoût dans leur regard.  Pire, de la pitié.  Pire encore, de la peur.  Des fois que tout d’un coup, je n’aie plus ni amis ni amies.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle au cœur.

Aux voisins, je ne dirais rien.  Des fois que des palissades s’érigent.  Des fois que les volets se ferment.  Des fois que les regards se détournent.  C’est bien connu, le SIDA, ça colle à la vie.

Non, en 2007, si j’étais séropositive je n’oserais le dire.  
sida

06:45 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

29
nov

Mourir en travaillant

Ils sont partis bosser ce matin, comme chaque matin, depuis des années peut-être.  Ils ont peut-être râlé, car un petit crachin bien belge tombait, et car ils allaient travailler dehors.  Ils ont pris un bon café pour se dynamiser, ont avalé un petit déjeuner complet, qui tienne au corps, histoire d’avoir de l’énergie pour toute la journée.  

Puis ils sont partis, pensant sans doute au week-end qui approchait et à ce qu’ils feraient, avec leur famille, leur épouse, leur petite amie, leur maman, leurs potes, que sais-je encore.

Et ils ont entamé leur journée, en toute confiance.  

Jusqu’à ce que…

Est-ce normal d’aller bosser et de risquer sa vie ?  Est-ce normal de perdre sa vie au travail ?  Est-ce normal de mourir alors que des collègues sont chargés de votre protection ?  Ne sont-ce pas des choses qui se produisaient « dans le temps », du temps des charbonnages, du temps de l’esclavage, du temps de la construction des pyramides ?  

Le risque zéro n’existe pas.  Moi-même je peux me faire faucher chaque matin lorsque je tente de traverser la chaussée bien large et que des automobilistes irrespectueux, pressés et sans scrupules tentent de passer, envers et contre tout.  Je peux périr dans l’incendie du bureau, mourir sous les balles d’un client furieux, être étranglée par un collègue victime d’une crise de délirium tremens.  Mais la nuance est grande : je ne périrais pas à cause de mon activité professionnelle, mais dans le cadre de celle-ci.  Nuance.  De taille.

Ici ils sont morts.  On sait comment.  On ne sait pas encore pourquoi.  C’est ainsi.

Le risque zéro n’existe pas.  Mais j’ai de la peine pour eux, ce soir.

Peine qui ne semble pas partagée par les journalistes de la RTBF1 la Une, qui auront consacré une minute au sujet, après vingt-cinq minutes sur les files dans les écoles (dont je vous parlerai demain) et les problèmes politiques…  ça doit être ça, avoir le sens des priorités.

Comme quoi, on est bien peu de choses.

20:05 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

26
nov

Dimanche soir

C’est Nin possip’ une fois !

Je rédige un billet sur le dimanche soir et son ambiance particulière, afin de parler d’un feuilleton que je regarde chaque dimanche soir, et, j’ignore par quel subterfuge, mes doigts en viennent à parler natation.  C’est dire si le traumatisme est encore présent.

Donc je recommence.

J’ai jamais aimé les dimanches soir.  Il règne comme une ambiance douce-amère.  La fin d’une journée de repos.  La fin d’un week-end très chouette. Et en même temps une bouffée d’envie que cela continue.  En d’autres termes : pas envie d’aller bosser demain.

Et chaque dimanche soir, je regarde Brother & Sisters.

Et chaque dimanche soir, je pleure durant Brother & Sisters.

J’ai d’abord cru que c’était dû à cette ambiance dominicale.  Une sensibilité exacerbée, la nuit qui tombe tôt, une feuilleton familial et paf, l’Anaïs braille.

J’ai compris la semaine dernière que j’avais tout faux, lorsqu’une de mes collègues m’a parlé de Brother & Sisters et m’a interrogée, avec une énorme pointe d’étonnement dans la voix « c’est triste cette série, non ????? »

Et bien voilà le nœud du problème.  La série est triste, mais triste.  Dès le second épisode (si vous ne l’avez pas vu et ne souhaitez rien découvrir de son scénario, ne lisez pas ce qui suit) qui raconte la vie d’une famille, le patriarche décède et les ennuis commencent : sa maîtresse se manifeste, la famille apprend qu’il avait une fille cachée, laquelle fille bousille le couple de sa demi-sœur, déjà bancal, en embrassant l’époux, la société familiale périclite à cause des erreurs du père, la veuve ne se remet pas de l’infidélité de son défunt époux, le fils est stérile, sa femme parvient finalement à être enceinte de jumeaux grâce à un don de sperme, mais l’un des jumeaux, grand prématuré, décède, l’autre fils est rescapé d’Irak mais doit y retourner, pas le choix. Seule la dernière fille est la bulle d’oxygène de la famille, incarnée par Calista Flockhart, amoureuse d’un candidat à la présidence lui-même interprété par Rob Lowe.  Cesses de ma génération se souviendront de Rob Lowe, beau gosse de not’jeun’temps, qui a joué dans je ne sais plus quel film d’ailleurs.  En résumé c’est d’un triste, mais d’un triste !  En étant toutefois bourré d’humour et débordant d’amour.

Une jolie série.

Mais par pitié, une série à ne jamais diffuser le dimanche soir.

Image issue du site francophone Brothers & Sisters.
brothers&sisters

11:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

26
nov

Dimanche soir

J’ai jamais aimé les dimanches soir.  Il règne comme une ambiance douce-amère.  La fin d’une journée de repos.  La fin d’un week-end très chouette. Et en même temps une bouffée d’envie que cela continue.  En d’autres termes : pas envie d’aller bosser demain.

Cette sensation remonte à mon adolescence.  Période où je haïssais les dimanches soir.  Où plus la journée avançait, plus j’angoissais.

Parce que le lendemain, à la première heure, j’avais piscine.

En général, les ados adorent avoir piscine.  C’est mieux que math, histoire ou anglais.  Mais moi j’aurais volontiers troqué mon heure hebdomadaire contre une journée entière d’autres cours.

L’horreur commençait dans les vestiaires.  Y’a un âge où les filles n’aiment plus se déshabiller dans un vestiaire commun.  Ça compare la poussée des seins, ça scrute la cellulite naissante, ça vérifie le modèle du maillot, ça chicane, ça cancane.

L’horreur continuait de plus belle une fois près du bassin de natation, comme on l’appelait.  Parce que j’ai jamais su plonger.  J’ai jamais su sauter.  J’ai jamais osé aller dans la grande profondeur.  J’ai jamais su mettre ma tête sous l’eau.  J’ai jamais su nager en fin de compte.  A peine capable d’esquisser une brasse caillou.

Alors les profs désespéraient de m’apprendre quoi que ce soit, à moi, petite chose maigre et tremblotante que j’étais.  Je me réfugiais dans la petite profondeur, en compagnie d’une autre petite chose maigre et tremblotante qui partageait mon supplice, et ensemble nous subissions cinquante minutes à grelotter en espérant que la prof nous oublie définitivement dans notre coin de piscine.

Et chaque semaine, c’était rebelote.  Jusqu’à ce qu’un maître-nageur, dans un moment d’exaspération intense, décide de tenter le tout pour le tout : me jeter au centre de la piscine pour créer un réflexe de nage.  Raté ! J’ai juste coulé et il a dû aller me récupérer, à la limite de la crise d’hystérie, avec une longue perche faite pour sauver les petites choses tremblotantes jetées violemment dans les vilaines piscines.  

La brasse caillou, je vous le disais.

C’est ce même maître-nageur qui, plus tard, me donnera quelques leçons bien utiles et me fera réussir mon brevet de 25 mètres.

Chuis fière.

Encore de nos jours, je n’aime pas trop les grandes profondeurs, je ne sais pas plonger, j’ai sauté une seule fois (et j’ai eu une crampe monumentale, donc je ne réitérerai pas l’expérience), et ma tête sous l’eau, c’est ok mais uniquement avec un masque.

On ne se refait pas !
natation


06:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |