9
sep

Le Tec perdrait-il la tête ?

Pour les non belges, le Tec, ça veut dire Transports en commun... tout un programme peuplés d'odeurs, de cris, de foule en délire, de mouvements brusques, de correspondances ratés et surtout... de grèves !

Lors de la grève sauvage (si si, c'est sauvage de faire grève sans préavis, alors que j'ai prévu d'aller en ville m'offrir un Mac Do au même moment... en bus... tchu !) d'il y a quelques mois, je me suis souvenue de ce à quoi j'avais assisté 48 heures plus tôt.

Flash back.

Je suis installée dans le bus, squattant deux places pour moi seule, car je trimballe trois sacs gonflés de victuailles saines et légères (sauce bolognaise home made by Delhaize, melo cakes moelleux à souhait, mozzarella, jambon de Parme pas vraiment de Parme mais au même goût et Tic Tac à l'ersatz de cerise, au melon et à la pastèque, nouveaux goûts d'été, yeah).  En face de moi, une dame âgée et son chien.  Au moment où je m'installe, le chien, apeuré à la vue des sacs, ou de ma tête, je l'ignore, s'enfuit rejoindre son maître, âgé lui aussi, qui se tient debout un peu plus loin.  Attention, je n'ai fait fuir que le chien, le maître étant debout bien avant mon arrivée.  Je ne voudrais pas être accusée d'avoir obligé un pauvre vieux monsieur à rester debout, que les choses soient claires.

Le bus démarre dans un crissement de pneus, catapultant des cailloux aux quatre points cardinaux.  Je m'accroche à mon siège comme une puce à son chat et je vois le pauvre, ô vraiment pauvre, vieux monsieur se balancer comme un fétus de paille dans les dunes de La Panne en décembre.  Il tangue, il tangue, comme un bateau ivre (je suis dans une phase métaphorique là).

Et à chaque mouvement du bus, à chaque tournant, c'est la même valse : un vieux monsieur qui se balance dans un bus, menaçant à tout moment de tomber.  Il ne s'assied pas malgré les places libres.  J'extrapole en imaginant qu'il souffre peut-être d'un mal de dos chronique l'obligeant à garder la position debout.

Et le chauffeur s'en moque, il roule comme sur un circuit de formule 1, totalement inattentif au drame qui se prépare.  Un cri d'effroi poussé par le monsieur ne le fait même pas réagir.

Finalement, tout est bien qui finit bien, nous échappons au pire : aucune chute, aucun bras cassé, aucun trauma crânien, c'est un miracle miraculeusement miraculeux.

Deux minutes plus tard, me voilà à nouveau en train d'attendre un bus.  J'en vois un, à quelques mètres, qui démarre lentement, se déporte vers la bande de circulation puis s'arrête au feu devenu rouge.  Un passager potentiel court alors vers le bus et tente d'y pénétrer, frappant au carreau pour amadouer son chauffeur.  Chauffeur qui doit être une femme en pleins ragnagnas, ou son alter ego masculin, passque le refus est net et définitif.  Un bus ayant quitté, même partiellement, son arrêt, peut refuser l'embarquement.  Ici, j'en suis témoin, le geste est mesquin.  Le feu est encore rouge pour un bon bout de temps, le bus n'a bougé que de deux mètres, son « cul » étant toujours à l'arrêt.  Petit.  Très petit.  On appelle ça le pouvoir, ma bonne Dame.

Le passager, furieux, se met alors à tambouriner comme un damné à la porte du bus, tentant de la fracasser, le tout en hurlant des insanités que la morale réprouve, pour finalement envoyer un bon gros crachat bien gras bien mouillé sur ladite porte, dans un dernier geste désespéré et agressif.

Et là, j'en suis restée bouche bée.

En dix minutes à peine, j'avais assisté à l'irrespect d'un chauffeur vis-à-vis d'un vieil homme (et vis-à-vis de tous les passagers ballottés de tous côtés), à l'irrespect d'un second chauffeur refusant un petit service qui ne coûtait rien de rien, et à l'irrespect d'un passager tombant dans la vulgarité extrême.

Franchement, ça fait peur.  Vraiment très peur.

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

4
sep

Trois jours sans plats préparés et sans montre

Day 1

Dimanche.  Midi.  Plein soleil.  Je glande sur un transat.  Soudain, odeur de barbecue.  Les barbecues devraient être interdits, ça démoralise les célibataires qui n'ont dans leur frigo qu'un vieux reste de pâtes poilues.

Voilà, le mal est fait, j'ai envie d'un barbecue.  Je prends mon courage à deux mains, soulève ma vieille carcasse rouillée, et décide de lancer, dès 13 heures, les trois jours sans plats préparés ni montre.  J'enlève illico ma montre, j'arrête le mécanisme, histoire de ne pas la remettre par réflexe (et d'économiser trois jours de pile - radine, moi, meuh non !)

Je file ensuite faire des courses pour un repas fait maison : saucisse, salade, pommes de terre.  Oui, bon, rien de super relevé.  Mais ce n'est pas un plat préparé, qu'on se le dise.

De retour chez moi, je lance les saucisses et les pommes de terre dans une poêle, et je tente de faire cuire le tout.  Dingue comme ça "spite", des saucisses de campagne, ma bonne Dame.  Y'en a plein ma cuisine, que je vais devoir laver, alors qu'elle est nickel depuis sept ans, puisqu'elle n'a jamais bossé depuis mon arrivée dans les lieux.  Et n'a dès lors jamais été nettoyée non plus, tant qu'à faire.  J'exagère, elle a l'habitude des odeurs de lasagnes et de pâtes.  De pizzas aussi.  

Qu'on m'envoie une ambulance d'urgence, j'ai les avant-bras carbonisés par les explosions de graisse de saucisses.  Mon Dieu que c'est gras, une saucisse.

Pendant ce temps, je lave la salade.  Passque j'ai pris une vraie salade.  Pas de la salade en plastique que l'on achète dans un sachet.  J'épluche ma tomate, avec mon nouvel éplucheur tupperware spécial tomates acheté pour l'équivalent d'un demi-mois de salaire, chez Moustique (elle ne perd rien pour attendre), et j'arrose le tout de vinaigrette.  En bocal.  J'avoue.  Je n'allais pas acheter huile et vinaigre pour trois jours, faut pas pousser bobonne.

Quelques minutes plus tard, mon festin est prêt.  Et c'est bon.  Vraiment bon.  Chuis contente.  Je digère ensuite paisiblement sur ma terrasse, en feuilletant quelques Flair datant des vacances, non encore disséqués.  Le temps se gâte, il fait orageux et lourd.  Je décide de rentrer.  Histoire de bosser un peu, aussi.  Il doit être dans les 14 heures, j'imagine.

Je m'approche de mon PC, le réveille, et constate avec horreur intense qu'il est 15h59.  Je n'ai décidément aucune notion du temps.

La journée se passe, et je survis sans trop de problème, malgré mon poignet, marqué par une grosse trace blanche, sur laquelle je ne puis plus connaître l'heure.

Dans la soirée, je file me coucher.  Une fois au lit, je regarde mon réveil et réalise qu'il est encore tôt.  Fait noir si tôt d'habitude ?  Ah ben oui, on va vers l'automne alleye une fois.  Je bouquine jusqu'à ce que le sommeil prenne possession de ma cervelle.

Day 2

Le réveil sonne à 6h20.  Boulot oblige.  Dans la salle de bains, c'est le drame.  Je n'ai pas l'heure.  Fort heureusement, le journal de 6h30 rythme ma douche.  Ensuite, je surveille l'arrivée de l'horoscope, qui survient toujours vers 6h50, histoire de gérer mon horaire et de ne pas louper mon bus.  Mon regard part tout le temps vers l'évier, à la recherche de ma montre, qui s'y trouve toujours, d'habitude.  Autre réflexe, je regarde sans cesse mon poignet, désespérément nu.  L'horreur.  J'ai tellement peur de ne pas gérer mon temps que je me retrouve à l'arrêt de bus bien trop tôt.  Je n'ai même pas entendu l'horoscope, ayant sans doute quitté la salle de bains avant.  Ce fut la phase "préparation du matin" la plus rapide de ma vie.  A l'arrêt du bus, je tente quelques fois de découvrir l'heure, puis j'abandonne la lutte.  Et je me sens d'un coup plus sereine.  Perdue, cette sale habitude de regarder l'heure toutes les trente secondes, en attendant désespérément le bus.  J'arrive au bureau.  La femme de ménage s'inquiète de mon arrivée si matinale, elle a peur d'être en retard.  Je veux la rassurer, sachant qu'il doit être l'heure habituelle, mais je ne puis, et pour cause, je n'ai pas accès à l'heure, sauf à sortir mon gsm, ce que je ne fais pas.  Je ne le ferai jamais, d'ailleurs.

Durant la journée, mon pc me donne gentiment l'heure.  Pas de gros problème.  A midi, courses avec Mostek.  A la caisse, envie de connaître l'heure.  Drame international.  Je songe alors à mon ticket, qui me rassure : il est 13h09, nous avons du temps devant nous.

L'après-midi se passe.  Sans casse.  Je pars ensuite à la conquête de mon bus.  A l'arrêt, le bus n'arrive pas.  Je tiens le coup, sans regarder mon gsm.  Aucune idée de l'heure.  Après une longue attente, le voilà enfin.  Vais-je avoir ma correspondance ?  Je l'ignore.  Mais je réalise que, dans ce cas précis (savoir le retour à domicile avec les bouchons, les retards et les correspondances qui ne correspondent pas), ne pas connaître l'heure ne m'apaise pas, que du contraire.  Je n'arrête pas de me dire « mais bon Dieu, quelle heure esquilè donc ? » (avec l'accent, une fois).  

Bien sûr, je rate ma correspondance.  Il est cependant clair que ma montre n'y aurait rien changé.

De retour chez moi, sans doute épuisée par ce manque qui a peut-être des conséquences inconscientes, je monte directement au lit.  Il doit être 17h.  17h14, me confirme mon magnétoscope.  Je m'endors.  Même pas honte.  A mon réveil, je descends faire mon énoooorme vaisselle (tiens, ce bol date de la visite de ma filleule, il y aura un mois demain, là j'ai vraiment honte).  Bosser un peu me déculpabilise.  Mais quelle heure est-il, ne vais-je pas louper Cold Case ?  Mon micro-ondes, fidèle compagnon, me rassure : 19h43.  Je réchauffe une saucisse de la veille, me fais une petite salade, et dévore ce frugal repas.  Pas de plat préparé, mais pas de réel effort non plus.  J'ai honte, mais je suis naze.  Trop naze même pour casser un œuf dans une poêle.  Bosser, c'est tuant, je vous le dis.  Me faudrait un traiteur à domicile, tiens.

Day 3

Je commence à nettement mieux gérer mon temps.  Dès l'aube, je me précipite à la salle de bains, sans stress, et je parviens à me préparer sans trop traîner, mais sans angoisser.  Le rituel immuable du matin semble avoir réglé mon horloge interne, même si, sans montre, je suis nettement plus rapide.  Autre point positif : ne pas devoir enlever ma montre avant de filer sous la douche.  Comment ça, je suis fade de chez fade.  Ben oui, ça me saoule d'enlever ma montre, voilà tout.  

Par contre, je ne m'habitue pas à cette trace blanche à mon poignet, poignet que je passe mon temps à scruter, scruter et scruter encore, en vain.  Le réflexe est fortement conditionné : dès que l'on parle d'heure, ma main monte spontanément vers mes yeux, lesquels se désespèrent de ne rien comprendre.  Je sens sur moi des regards interrogateurs : elle fait quoi celle-là à regarder son « absence de montre » ?

La journée passe.  Ni plus lentement.  Ni plus rapidement.  Ce qui me prouve que regarder sans cesse l'heure ne la fait pas avancer plus vite.  Bien dommage.  Mais ne pas la regarder n'a aucune incidence non plus.  Dissertons un instant sur la valeur du temps, qui passe si vite le samedi et le dimanche et si lentement les autres jours.  Qui passe lentement durant les études, mais si vite une fois qu'on travaille.  Et qui pourtant est immuable.  Amen.

Vu mon état à la limite de la dépression, suite à ces considérations temporelles, et étant donné que la perspective d'une soirée à tenter encore de faire un repas potable sans mon pote bistro-dîner (oui bon, bistro dîner est mort, mais existe-t-il réellement meilleur représentant des plats préparés ?) ne m'enchante guère, et le mot est faible, Mostek a pitié de ma pauvre âme (et surtout de ma pauvre santé mentale défaillante), et me convie à un cours de cuisine en bonne et due forme dans son humble demeure.  Je reprends d'un coup d'un seul goût à la vie, étant donné ses talents culinaires incommensurables (nan, je ne passe pas la pommade, c'est la stricte vérité), j'oublie illico presto ma montre, ou plutôt mon absence de montre, et je me rue chez elle pour une soirée qui s'annonce gourmande...

Verdict de ces trois jours : connaître l'heure est une de mes passions.  Je n'en doutais pas, vu qu'à part ma salle-de-bains (mais je vais y remédier), toutes les pièces de mon domicile sont équipées d'horloges.  Me passer d'une montre n'a été supportable que parce que d'autres supports (le pc, le magnétoscope, le micro-ondes...) me fournissaient l'information.  Quant à l'interdiction des plats préparés totalement invivable, rien de surprenant non plus, je déteste autant cuisiner que j'adore manger.  Ce qui est, je le conçois, un tantinet problématique...  

Rien à faire, j'ai définitivement une horloge dans la cervelle... et un poil dans la main.

Demain, sur ces ondes (enfin, dans ces colonnes), la recette de Mostek, en exclusivité mondiale (et avec photo et tout et tout) !  Ne manquez pas ce rendez-vous extraordinaire, dès 6 heures comme d'hab.

PS : il est 20 heures et quelques (c'est la météo sur RTL, donc doit être près de 20h), soit 79 heures après le début de l'expérience, et je n'ai pas remis ma montre... pire (ou mieux), j'ai même prévu de me faire une omelette aux champignons frais, serais-je sur la voix de la sagesse et de la zenitude ?

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

2
sep

J’ai failli mourir trois fois mais j’ai sauvé deux vies… (suite)

Un fois bien habituée à cette piscine à vagues tueuses de môman, je me sens totalement en sécurité.  Sûre de moi.  Maître-nageuse dans l'âme, ou presque.  C'est le moment que choisit ma filleule, profitant de l'inconscience totale qui me terrasse, pour me proposer d'aller au Rapido.

Déjà, le nom aurait dû me mettre la puce à l'oreille.  Rapido, ça veut dire rapide.  Et quand c'est rapide, c'est pas lent.  Et si c'est pas lent, c'est pas fait pour bibi.  Mais, à cet instant précis, et fatidique, mes neurones sont au repos.  Aucun signal d'alarme ne retentit dans mon esprit.  Même pas quand la petite (oserais-je dire, la petite garce, non, je n'ose, mais tout de même, je l'ai pensé, a postériori) me dit « faut pas avoir mal au dos pour aller au Rapido, ça ira ? »  Mais J'AI MAL AU DOS moi.  Très mal.  Enfin pas à ce moment précis, mais en général, j'ai des problèmes de dos, vous le savez.  Alors pourquoi aucun signal d'alarme ne s'est allumé dans ma cervelle, je l'ignore encore. 

Dans un éclair de lucidité, je tente de savoir ce dont il s'agit, passque le Rapido, on ne le voit pas.  « Des petites descentes avec un tout petit peu d'eau, 90 centimètres ».  Toujours aucune réaction de ma part.

Même en montant plusieurs dizaines de marches, je ne réagis pas.  Pas du tout.  Je monte, telle une condamnée à mort ignorant que l'échafaud symbolise la grande faucheuse.  Je reste stoïque et je monte, marche après marche.  Une fois en haut, on ne voit toujours rien.  Enfin si, un tout petit toboggan de plastique, entouré de fausses roches, qui mène à un bassin, un peu plus bas.  Pourquoi, à cet instant précis, n'ai-je pas rebroussé chemin ?  Je l'ignore encore. 

Tout se joue parfois en une seule toute petite fraction de seconde.

Ma fraction de seconde à moi, c'est celle durant laquelle j'ai vu partir ma filleule dans le toboggan, et j'ai décidé de la suivre.  Par peur du ridicule si je faisais demi-tour, sans doute.  Par espoir que cette petite descente serait facile et rigolote. 

J'ai posé le pied sur le toboggan, et me suis laissée emporter jusqu'au bassin, là, en bas.  J'ai pas aimé.  Mais pas aimé du tout.  Mais j'ignorais encore que le pire restait à venir.  Sinon, j'aurais tenté de remonter.  Mais une fois la descente entamée, plus rien n'est possible, il faut continuer.

Et j'ai continué.  Et ça n'a fait qu'empirer.  C'est le sadisme de cette attraction, ça commence en douceur.  Pour ensuite torturer les pauvres femmes telles que moi qui détestent l'eau et sentent la mort arriver comme la mouche sent la crotte à dix mètres.

Ma filleule m'avait bien sûr abandonnée à mon triste sort, pour s'adonner à ses jeux nautiques adorés. 

J'ai donc descendu le toboggan suivant.  Puis le suivant.  Et c'est là que le drame a commencé, les toboggans devenant de plus en plus longs.  De plus en plus rapides.  De plus en plus mouillés.  La descente, passe encore, même si je déteste ça.  Je déteste les toboggans.  Je ne les ai aimés qu'entre 3 et 6 ans.  Point barre.  Mais je déteste encore plus les toboggans remplis d'eau déferlante, qui au lieu de faire atterrir la victime dans du sable bien moelleux et réconfortant, la plonge dans 90 centimètres d'eau.  Et la noient.  Passque oui, on peut se noyer dans 90 centimètres d'eau.  Même dans 5 d'ailleurs, j'ai failli, quand j'étais môme (je vous raconterai une autre fois).

Mon angoisse augmente à chaque fois, jusqu'à ce que je me retrouve tête sous l'eau, à tenter de remonter et de survivre.  Là, vraiment, parmi la foule d'enfants joyeux, j'ai vraiment la trouille.  Impossible de remonter.  Impossible d'appeler à l'aide, je refuse d'être la vieille qui a dû être secourue dans le Rapido.  Le ridicule ne tue pas, d'accord, mais y'a des limites.

Je poursuis donc ma route et manque de me noyer une première fois.  Toute cette eau partout, en-dessous, à droite, à gauche, devant, derrière.  Sans compter cette eau qui dégringole sur ma tête, pour couronner le tout.  C'est l'enfer.  Un enfer mouillé.  Je crache.  Je tousse.

Après une pause de plusieurs minutes durant laquelle la foule s'agglutine derrière moi, je continue ma route.  Patatras dans le bassin.  Je coule.  Je me noie.  Et je m'accroche au maillot d'un homme qui passe par là, pour remonter plus vite.  Il me regarde d'un air étrange.  Il a pitié.  Je ne vois plus rien.  Je crache.  Je tousse. 

Descente suivante.  La pire.  Dans le noir.  Bande de sadiques.  Il fait noir et me voilà projetée dans le bassin suivant, dans le noir lui aussi.  Panique totale et absolue.  Là, je m'accroche à un pauvre homme qui passait, lui aussi, par là.  A sa pilosité, que je m'accroche.  Il sent ma panique et me demande si ça va.  Non, ça ne va pas, je vais mourir, c'est clair.  C'est net.  Il me dit de faire attention à mes lunettes.  Passque oui, j'ai mes lunettes sur la tête.  Sinon je n'y vois rien.  Mais les lunettes, ça ne se met pas, au Rapido.  Trop dangereux.  Si j'avais su.

Ma filleule me retrouve.  Elle voit que je panique et me répète tout le temps « ça va marraine ? »  Nan, ça va pas, filleule indigne, m'avoir entraînée dans les gorges du Verdon.  Que dis-je, les chutes du Niagara.  T'as pas honte !

Descente suivante.  La coulée d'eau me retourne comme une crêpe et je sens que je vais tomber dans le bassin en arrière.  Là, c'est clair, c'est la mort assurée.  Je me retourne tant bien que mal.  On se découvre des ressources insoupçonnées dans ces moments là.  Et je tombe, paf, dans l'eau, d'où ma filleule tente de me sortir.  Je l'entends dire « ça va marraine, ça va marraine ? »  Je remonte enfin et l'engueule de m'avoir entraînée dans ce truc à la con.  Je tousse.  Je crache.  Et je pense que c'est fini.  Mais que nenni.

Reste encore un dernier toboggan, bien entendu le pire.  Le meilleur, diront les adeptes.

Epreuve ultime, dont je sors, j'ignore par quelle miracle, vivante, et avec, toujours, mes lunettes sur le nez.  Je tousse.  Je crache.  J'engueule ma filleule.  Tentative de meurtre, à son âge, c'est la maison de correction assurée.

Je regagne mon transat.  Je me mouche durant une demi-heure pour évacuer toute cette eau.   Je me plonge dans la lecture du Ciné Revue, vu qu'il n'est plus question que j'aille dans l'eau, rondidju. 

J'observe.  Des Messieurs tatoués : des ailes d'ange dans le dos, un serpent autour du bras.  Un gaminou tout noir rigole dans les bras de son père.  Une fillette bouclée adorable me fait des sourires.  Tous les enfants ont des bouées rigolotes, ne faisant qu'une avec un Tshirt.  Ça doit être la mode. 

Une fois que j'ai repris mes esprits, je rejoins la troupe pour plusieurs séries de vagues.  Finalement, c'est gai les vagues.  Et à côté du Rapido, c'est du pipi de mouche, les vagues.

Nous terminons la journée par un frugal repas : frites (grasses) fricadelle (tiède), mayo (fade) et coca (light).  Retour au bercail, épuisée, terrorisée.  Mais ravie d'avoir ce drame à vous conter...

Dites, vous pensez qu'il y a un lien de cause à effet : chuis allée quatre fois au WC après ma descente du Rapido... en urgence ... et pour ne rien vous cacher : chiasse d'enfer.

PS : voilà la description de cet enfer sur le site d'Aqualibi, clair que si je l'avais lue, j'aurais pas tenté l'expérience : "Attraction vedette, cette rivière de 140 m de long vous entraîne dans les méandres de l’Amazone. Escalade, averse tropicale, tourbillon et cascades en tous genres sont au rendez-vous pour faire de vous de vrais aventuriers sans peur et sans reproche !"

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

1
sep

J’ai failli mourir trois fois mais j’ai sauvé deux vies…

Ce récit de ma presque-mort, je vous l'avais annoncé y'a belle lurette déjà, mais j'ai pris un tantinet de retard et je vous prie de bien vouloir m'en excuser.  Lorsque je suis en vacances, je suis encore plus fade qu'à l'accoutumée, ce qui est dramatiquement dramatique, je le conçois.  Pour ma défense, j'ai eu beaucoup de boulot à domicile (meuh nan, pas de grand nettoyage, zêtes fous), ce qui a ralenti mon rendement bloguesque.

Bref.

J'ai failli mourir trois fois.

Et par ma faute en plus.

Passque quand môman m'a annoncé qu'une sortie à Aqualibi était prévue avec ma filleule, j'ignore quelle mouche au venin délirant m'a piquée, moi qui ai horreur de tout ce qui est aquatique et qui n'autorise pas les vilains pas beaux à mettre les têtes des jolies filles comme moi sous l'eau.  Je me suis écriée « oooooh, je peux venir avec ».  Et je suis allée avec.

Mais dès mon arrivée, je comprends mon malheur.  Ça devait encore être l'effet de la mouche au venin délirant, car je m'étais imaginé un endroit calme et paisible, parsemé de transats, avec cocktails de fruits à volonté et accès à une piscine chauffée remplie de bruns ténébreux. 

A peine franchis les vestiaires me rappelant l'enfer vécu durant toute mon enfance lors des cours collectifs à la piscine, à peine sentie l'odeur du chlore qui chatouille les narines et pique les yeux, je réalise l'ampleur de la chose : une foule d'enfants surexcités squattent MA piscine à bruns ténébreux.  De bruns ténébreux il n'est d'ailleurs pas question.  Que des pères de famille chauves ou bedonnants.  Les rares transats sont couverts d'essuies qui disent « pas touche ».  Mais le pire, c'est le bruit.  Comme si la population de quarante-trois piscines communales s'était réunie sur place. 

Mais qu'importe, nous sommes là pour nous amuser, et nous allons nous amuser.  Quoi qu'il advienne.  Nous « volons » quatre sièges à la cafeteria, que nous installons tant bien que mal le long d'un mur.  Puis nous abandonnons nos essuies, tongs et Ciné-Revue de la semaine pour tester la température de l'eau, entrant dans la piscine par un genre de rampe étrange, en forme d'escargot.

Ben elle est froide, en plus.  Qui a osé me parler d'une eau à 36 degrés ?  Hein ?  Qui ?  Publicité mensongère.  Bon, je l'admets, c'est plus chaud qu'une piscine communale.  Fort heureusement.

Nous nous enfonçons dans les profondeurs de l'océan, enfin de la piscine, ma filleule, ma môman pas très rassurée et moi.  Bien entendu, le but est d'avoir pied, passque quand je n'ai pas pied, je panique.  D'autant qu'il n'y a aucun bord auquel se raccrocher dans cette piscine, les bords étant, étrangement, plus d'un mètre plus haut.  Cet endroit est décidément bien bizarre.  Sans nous en rendre compte, nous dérivons lentement mais sûrement vers la « grande profondeur », et ma chère môman, qui a une taille disons « réduite », perd pied.  Et panique.  Passque si moi je nage comme un caillou, elle, elle nage comme une colonie entière de cailloux.  La voyant au bord de la noyade, et remarquant son regard extrêmement paniqué, je n'écoute que mon courage et je nage vers elle à la vitesse de l'éclair (traduction, je tends la main) pour la ramener vers une profondeur plus décente.  Je suis une héroïne.

Nous retournons ensuite dans la piscine par le côté plage, qui nous offre un dénivelé bien agréable et plus sécurisant.

Et là, fort étrangement, je suis bien.  Je fais même un peu la planche, malgré la foule.  Passque depuis que j'ai appris à la faire, la planche, je la ferais en permanence (l'appel est lancé : qui vit à Namur et a une piscine chauffée à 36 degrés à me prêter ?).

Une voix lointaine annonce quelque chose, et môman me demande « il a dit kwaaa le môôssieur ? ».  J'ai rien compris et je m'en moque, ça doit être une annonce du style « le petit Nicolas attend ses parents Goscinny et Sempé au centre d'accueil. »

Nous continuons quelques instants nos barbotages, jusqu'à ce qu'une petite vague vienne nous chatouiller le menton.  Suivie d'une plus grosse.  Suivie d'une encore plus grosse.  Etonnées, estomaquées, stressés, nous nous réfugions au bord de la piscine, bord qu'il est impossible de franchir, je vous le rappelle, puisqu'il fait deux mètres de haut (je comprendrai ensuite que c'est pour contenir ces abominables vagues).  Grosse erreur, les vagues sont plus hautes sur les bords.  Je ne perds pas ma môman de vue, tout en tentant de respirer malgré les vagues, de plus en plus hautes.  Comme elle semble se noyer, je la tire vers moi et je tente de nous traîner vers « l'entrée de la plage ».  Nous survivons tant bien que mal à cette mésaventure, avec la promesse de faire attention aux messages quasi inaudibles lancés au micro, des fois que le prochain serait « attention on lance les mygales », « attention c'est le moment de la tornade », « attention frites gratuites pour toutes à l'entrée de la plage », « attention beau brun ténébreux attend Anaïs sur son transat ».

Forte d'avoir sauvé deux vies, enfin d'avoir sauvé deux fois la même vie, je file m'étendre un peu sur ... ah ben non, j'ai pas de transat, juste un siège dur comme de la pierre, sur lequel je m'avachis pour parcourir mon Ciné Revue.

Tout ça avant de presque mourir trois fois... mais ça sera pour demain, car ce billet est déjà suffisamment long, non ?

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

29
aoû

Wallonieland… un an déjà !

Il y a un an, je publiais mon billet Wallonieland, qui avait suscité pas mal de réactions et avait été relayé sur certains blogs et sites, ainsi que dans la presse.

365 jours plus tard.  Heure du bilan. 

Pas un bilan politique, je n'y connais que dalle, vous ne le savez que trop bien.

Mais un bilan de ce que j'ai lu et entendu :

Jets de pierres sur les francophones lors du festival rock Wechter

Réactions vives, à La Panne et Coxyde, mer du Nord, contre les commerçants qui osent parler en français aux touristes

Interdiction d'acheter un terrain sans parler couramment le néerlandais ou sans suivre des cours, à Zaventem

Obligation de passer un examen linguistique avant de pouvoir se domicilier dans certaines communes de Flandre

Le bourgmestre de Lennik enlève les drapeaux belges pour les remplacer par le lion noir

...

Alors, 365 jours plus tard, mon billet est encore vachement d'actualité, non ?

Wallonieland, 29 août 2011 

Chère Elke,

Comment vas-tu depuis tout ce temps ? J'espère que tu te portes bien, ainsi que Wim et les petits, qui doivent avoir bien grandi déjà. Vous nous manquez, j'espère que tu le sais. Je t'envoie quelques photos de nous, prises lors de notre séjour au Danemark, j'espère que la censure n'y trouvera pas à redire, aucun site de Wallonieland n'étant visible sur les clichés, je l'affirme sur l'honneur.

J'ai tenté à maintes reprises d'obtenir un passeport pour venir te voir en Vlaanderenland, en vain. Je sais que je ne l'obtiendrai que lorsque je serai parvenue à décrocher le concours du bilinguisme. Ne t'inquiète pas, je vais chaque semaine suivre mes cours, et d'ici cinq à six ans, je pense que je m'en sortirai suffisamment pour réussir.

On m'a dit que le mur avait été rehaussé, car cinq wallonielandais avaient tenté de le franchir, voulant montrer la mer du Nord à leurs enfants, paraît-il. Quelle inconscience. Ils ont été fusillés, pour l'exemple. Dommage. Mais ça fera cinq chômeurs de moins ici, doit-on dire chez vous, et puis je comprends que vous ne souhaitiez plus prendre de risque, surtout depuis que ce village près de la frontière a été incendié lorsque des wallonielandais ont projeté ces boules de feu par-dessus le mur après avoir ligoté les sentinelles.

Comment vont tes parents ? As-tu pu avoir une dérogation pour leur rendre visite en Wallonieland, comme tu le souhaitais ? Ou sont-ils parvenus à quitter la zone sans encombre pour retourner chez eux ? Quelle malchance qu'ils aient été par là-bas durant l'érection du mur.

Je continue à travailler en zone neutre, mais ce n'est pas facile, surtout avec les deux heures d'attente aux barrages chaque matin et chaque soir. Les fouilles corporelles ne sont pas agréables non plus. Depuis le temps, pas moyen de faire comprendre aux sentinelles que je ne tenterai plus d'emporter quoi que ce soit chez moi. J'ai retenu la leçon depuis mon incarcération.

J'ai revu l'autre jour ce film sur cette famille allemande qui avait réussi à survoler le mur de Berlin au moyen d'une montgolfière. Tu te souviens, nous l'avions vu ensemble. Cela fait si longtemps. Et cela nous avait semblé tellement irréel, tu te souviens ? Cela m'a donné quelques idées, mais je n'en dirai pas plus, de crainte que la censure refuse de te transmettre cette lettre.

Je te joins quelques DVD français, ainsi que quelques Flair francophones, j'espère que tu auras le droit de les garder. Si tu as des Flair néerlandophones, je serais ravie de les recevoir, je pense pouvoir les garder en arguant de mon souhait d'obtenir un passeport bilingue.

Nous partons demain en vacances à Dunkerke. En souvenir du bon vieux temps, La Panne, Coxyde. La mer du Nord, en France, n'a pas tout à fait la même saveur, mais tu sais que même par les dunes, il est impossible d'atteindre cette bonne vieille Belgique, oups ça m'a échappé, ce bon vieux ancienland. La mer me manque tant, tu sais. J'ai affiché cette photo que tu avais prise, elle me rappelle cette époque folle où nous y passions nos vacances, ensemble.

Tu trouveras en annexe, comme convenu par la législation, la traduction flamande de cette lettre.

Nous vous faisons de gros bisous et gardons espoir de vous revoir bientôt en chair et en os.

Anaïs, Zhom et petitsdhom.

PS : A l'occasion, envoie-nous quelques grains de sable bien de chez vous, enfin de chez nous, enfin je ne sais plus...

08:07 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |