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jui

Wallonieland, trois ans plus tard…

Ces derniers temps, j'ai eu l'occasion de voir énormément d'émissions et/ou films sur l'holocauste :

Tout d'abord, La rafle, superbe film relatant la rafle du Vel' d'hiv', dont j'ignorais tout.  Un film dont le nom de la réalisatrice, Roselyne Bosch, ne pouvait être que prédestiné.  Magnifiquement joué, tout en émotions (cela va de soi) et totalement véridique, à l'exception de la scène finale dont je me serais bien passée, car à quoi bon ajouter du mélo fictif à ce qui d'ores et déjà tellement mélo ?  Je me pose encore la question, plusieurs semaines après avoir vu ce film.  A part ça, un film à voir.

Dans la foulée, et dans une pulsion « pleurons un bon coup tant qu'à faire », j'ai re-re-regardé La liste de Schindler.  Toujours aussi beau.  Toujours autant de larmes avec cette petite fille en rouge, seule tache colorée du film. Et toujours autant de larmes à la fin, quand les acteurs accompagnent les véritables survivants dans une marche autour de la tombe de Schindler.

Puis, j'ai opté pour Le garçon au pyjama rayé, mais je me suis contentée des bonus, ayant déjà vu le film (et beaucoup pleuré).

J'ai aussi regardé Plus tard, tu comprendras.  Ni pleuré ni accroché.  A la limite rien pigé.  Mais le hasard a fait que ça parlait encore holocauste.

Ensuite, il y a eu les émissions de télévision :

Sur la rafle du Vel' d'Hiv, bien sûr, liée au film, avec le témoignage du seul enfant survivant de cette folie meurtrière.

Sur la déportation juive en Belgique, et sur la part de responsabilité des autorités belges, avec cet homme qui, 70 ans plus tard, n'a toujours pas osé regarder cette photo de sa femme et de ses trois fils de 6, 5 et 2 ans, tous assassinés dans les camps.

Et puis Apocalypse aussi... ces heures passionnantes d'archives parfois inédites.

En fait, j'ai vu tant d'émissions en quelques semaines, quelques mois, que je ne peux vous en faire la liste (vous m'enverriez le psy pour « obsession génocidaire aggravée »).

Pour terminer cette série triste, j'ai acheté « Le pianiste ».  Un peu pour le piano, un peu pour l'histoire aussi.  Déjà vu au cinéma.  Pas encore regardé en DVD.

Et durant toutes ces séances cinéma/télé, je n'arrêtais pas de me répéter ces questions, en boucle : « Mais comment n'ont-ils pas compris ?  Pourquoi n'ont-ils pas fui ?  Pourquoi, quand on les a privés de leurs jobs, n'ont-ils pas réagi ?  Pourquoi, quand on les a dépouillés de leurs biens, n'ont-ils pas pris la poudre d'escampette ?  Pourquoi, quand on a voulu les ficher, ont-ils été s'inscrire ?  Pourquoi, quand on les a obligés à porter l'étoile, n'ont-ils pas fait leurs bagages ?  Pourquoi, quand on les a convoqués, ne se sont-ils pas cachés ? »

Beaucoup de pourquoi... 

Et la réponse est sans doute que, même si on leur avait dit « méfiez-vous, ne vous montrez-pas, ne vous inscrivez pas sur les listes, ne portez pas l'étoile, fuyez le plus loin possible, ils vont vous déporter vous réduire à néant vous exterminer vous gazer vous faire disparaître », ils n'y auraient pas cru.  La majorité n'y aurait pas cru.  Quasi personne n'y aurait cru.  Comment croire à ça ??????

Il y a trois ans, j'écrivais « Wallonieland », après avoir vu un JT qui relatait, une fois encore, les vexations subies par les Wallons de la part des Flamands.  Et j'écrivais ça à la manière d'un mur, un peu comme celui qu'a connu Berlin.

Trois ans plus tard, au vu de l'actualité sordide de mon pays que j'aime, j'en viens à me demander si mon scénario de 2007 n'était pas finalement l'option la plus positive.  J'en viens à me demander si, un jour, on ne dira pas de moi, Wallonne, comme on l'a dit en 40 des juifs « c'est une Wallonne, un rat, un parasite, une profiteuse, à exterminer au plus vite, elle mène le pays à sa perte, pas de pitié, débarrassons-nous d'elle par quelque moyen que ce soit ».  J'en viens à me dire qu'un mur, c'était trop espérer.  J'en viens à me demander si je ne devrai pas un jour, dans mon propre pays, porter un signe distinctif de mon ignominie : être Wallonne.  J'en viens à réaliser que même si tout cela se produisait, je n'y croirais pas, je continuerais à avoir confiance, à espérer que tout s'arrange, à me dire que tous ne pensent pas cela, que nous sommes d'un même pays, d'une même Europe, d'une même planète terre.

Puis je repense à 1940. 

Vous trouvez la comparaison absurde ? 

Actuellement, elle l'est... sans doute...  

Mais dans quelques années ?  Quelques mois ?

Il y a 70 ans, ce furent les juifs.

Il y a 16 ans, ce fut le Rwanda.

Et j'oublie tous les autres, partout, de tous temps.  Je n'ai jamais été douée en histoire, donc les dates et les détails, j'oublie.  Mais cela a toujours existé, ce désir d'extermination.

Actuellement, où que je surfe sur internet, je ne lis que des propos islamophobes qui donnent parfois froid dans le dos.  La faute au 11 septembre sans doute.

Alors, j'en viens à douter de l'absurdité de ma comparaison, et j'ai peur.  J'en viens à penser que l'absurdité n'est pas si absurde.  Et j'ai encore peur.

Peur que le pire reste à venir.

Peur qu'un jour des gens se demandent, en découvrant l'histoire belge :

« Mais comment n'ont-ils pas compris ?  Pourquoi n'ont-ils pas fui ?  Pourquoi, quand on les a privés de leurs jobs, n'ont-ils pas réagi ?  Pourquoi, quand on les a dépouillés de leurs biens, n'ont-ils pas pris la poudre d'escampette ?  Pourquoi, quand on a voulu les ficher, ont-ils été s'inscrire ?  Pourquoi, quand on les a obligés à porter un signe distinctif, n'ont-ils pas fait leurs bagages ? Pourquoi... »

C'est finalement la question que je me pose actuellement : pourquoi ça dans mon pays ?

 

06:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

1
jui

Mon testament

Il y a quelques temps, un bichon a hérité de 12 millions de dollars, suite au décès de sa richissime maîtresse.  Le frère de la défunte a hérité de 10 millions de dollars, qu'il doit consacrer exclusivement à la petite bête.  L'histoire ne dit pas ce qu'il adviendrait de l'argent si l'animal venait à décéder (un accident est si vite arrivé, gnark gnark).  Le frère garderait-il son pactole ?  Qui hériterait des 12 millions du bichon qui n'a, sauf erreur, pas rédigé de testament.

Cette histoire incroyable, qui n'arrivera jamais en Gelbique, car un animal belge ne peut hériter de son maître (d'ailleurs je pense que c'est pareil en France, mais j'attends confirmation des juristes français qui viennent s'abreuver de débilités ici), a tout de même eu le mérite de me faire réfléchir à ma succession.

Car il n'est jamais trop tard.

Imaginez que je vienne à mourir cette nuit, d'un arrêt du cœur fulgurant (un cœur qui ne bat pour personne n'a-t-il pas tendance à s'assoupir ?), d'étouffement par absorption inopinée d'un rat baladeur (on avale bien un certain nombre d'araignées par an, pourquoi pas un rat ?) ou d'étranglement par écharpe Strelli (oui je dors avec, faut bien en amortir le coût, et puis en ce moment, y'a plus de saison, après un week-end de pentecôte limite caniculaire, c'est à nouveau l'automne hein, l'hiver ne tardera pas).

Petite parenthèse : l'heure est grave, je ne parvenais plus à écrire ce mot, « coût », j'ai d'abord écrit « cou », mais je savais qu'il s'agissait de ce que j'ai entre la tête et les épaules, ensuite j'ai opté pour « coup », mais là également, je sentais un stuuuuuuut.  Enfin, j'ai trouvé « coût », mais après d'interminables secondes.  Ce n'est pas normal.  Mon neurone serait-il malade ? Fin de la petite parenthèse.

D'abord, si je venais à mourir, vous n'en seriez pas avertis.  Ce blog resterait silencieux à jamais.  Vous seriez interloqués.  Estomaqués.  Lassés.  Et vous disparaîtriez à jamais.  Vous oublieriez le blog et ma personne, et personne ne saurait que je suis en train de me faire dévorer par les vers, enfin non, personne ne saurait que mes cendres reposent ici ou là (j'ai pas encore fait mon choix).

Ensuite, si je venais à mourir, ben je n'ai pas d'héritier.  Pas d'époux qui profiterait de ma fortune.  Pas d'enfant qui attendrait sa majorité pour la dilapider.  Rien.  Nada.  Angoisse.  Même le rat ne pourrait hériter, cf mon explication qui précède.

Mais alors, qui va profiter de mes fringues, mes bottes, mes écharpes Strelli, mes godasses Pataugas, mes lasagnes surgelées, mon bordel, mes 1.478 livres, mes 246 DVD et mes piles de magazines ?

Et surtout, diantre, qui nourrira le rat, le câlinera, le caressera, l'aimera ?

Sacrebleu, pitiééééééééééé, je veux pas mourir.  Jamais.  Ou pas tout de suite.

Superbe illu de Cyberbv.

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06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

31
mai

Il est reviendu !

Je m'étais promis de vous en reparler s'il revenait.

C'est maintenant chose faite.

Il est reviendu.

Nan.  Pas Saint-Nicolas, on a encore bien le temps.

Nan.  Pas Père Noël, il est toujours au Pôle Nord.

Nan.  Même pas Saint-Valentin, quoi que lui je  pense qu'il ne quitte jamais le plancher des vaches, histoire de traumatiser 365 jours par an (366 parfois, sacrebleu) les pauvres célibataires dont je fais partie.

Je vous parle de mon point noir.  Celui que je croyais avoir anéanti à tout jamais ici. 

Ce petit saligaud m'aura fait suer des mois pour l'avoir, et le voilà de retour.

Je vais donc m'arracher la peau du dos avec une brosse en chiendent, seule solution envisageable pour m'en débarrasser définitivement.

Si c'est pas malheureux ma bonne Dame.

Me demande s'il est pas amoureux de moi, tout bien réfléchi.  Allez, je la fais courte cette fois, j'ai de la gym à faire pour tenter de l'anéantir à nouveau avant l'été et la saison des bikinis.

 

 

06:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

18
mai

Il faut souffrir pour être grande

Ce n'est pas la première fois que j'entends parler de ce phénomène, à la TV ou dans la presse, mais un article lu récemment m'a donné envie d'en parler.

Parler de ces chinoises qui se jugent trop petites et s'infligent ce que j'appelle des mutilations, juste pour gagner quelques centimètres, dans l'espoir qu'ils seront la porte ouverte à un mariage heureux ou un job passionnant. 

Elles ne chaussent pas simplement des hauts talons.  Elles ne mettent pas simplement des talonnettes dans leurs chaussures.  Elles passent sur le billard, se font « trouer » les os, entourer les mollets de cages métalliques, et, durant des mois, jour après jour, elles allongent, millimètre après millimètre, cette cage métallique qui étirent les os et leur font gagner ces si précieux centimètres.  Les souffrances sont horribles, disent-elles, certaines pètent un câble, d'autres regrettent.  L'opération n'est pas sans conséquence, certaines ne marcheront plus jamais normalement.  L'opération est chère, plus de 1.000 eur, une folie là-bas, jugée tellement nécessaire pourtant.  L'opération est barbare.

Tout ça pour ça !

Tout ça pour grandir de quelques misérables centimètres et jouir d'une meilleure vie.

Je les plains et je les admire à la fois.  Je les comprends, aussi.

Moi aussi, j'ai été petite.  Sujette à moquerie.  Invisible sur les photos de classe.  Je ne suis toujours pas grande, je n'ai pas atteint le sacré 1m70, mais je le frôle et j'ai rejoint la moyenne.  Comme on se sent bien quand on est dans la moyenne.  Dans la norme.  Je hais ces jugements de valeur que la société moderne nous inflige, ces obligations de répondre aux normes : belle, intelligente, grande et mince.  Et si tu n'y parviens pas, tâche d'être moyennement jolie, moyennement intelligente, moyennement grande et moyennement mince, ça suffira amplement.  Malheureusement c'est une réalité.

... suite... après trois dodos.

Ce post était resté quelques jours en attente.  Jusqu'à ce que je tombe par hasard, en allumant ma TV pour visionner un DVD, sur un reportage qui m'apprend que cette technique est également pratiquée en France, mais sous certaines réserves et dans de meilleures conditions.  Je l'ignorais totalement.  Merci destin qui m'a fait allumer ma bonne et fidèle TV à la bonne seconde.  En France, les patients sont mieux suivis, certains médecins refusent l'opération si elle n'est qu'esthétique.  Mais la souffrance est là.  Et le prix : 32.000 eur pour le patient qui témoigne.  Remboursé ?  Le reportage ne le dit pas.

La conclusion du reportage est totalement révélatrice : une enquête a révélé que les grands se mariaient plus vite et étaient mieux payés que les petits...  

 

06:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

18
mai

Y’a plus de saison ma bonne Dame

Une lectrice me l'a dit « en avrèl, change pas d'semèlll' ».

Et puis, tout le monde sait ça, car on nous le répète depuis la nuit des temps, et en tout cas depuis que, tout bébé, nous gazouillions allègrement lorsque le soleil dardait ses faibles rayons printaniers et que notre barboteuse nous donnait chaud : « en avril, ne te découvre pas d'un fil, en mai, fais ce qu'il te plait ».  ça me rappelle ce temps où, en mars, j'achetais mes chaussures d'été, que je ne pouvais pas mettre, interdit que c'était, malgré mes airs désespérés.  Et c'était rebelote en août, avec les bottes fourrées.  Rien ne change, même adulte, on aspire à la nouvelle saison, synonyme de nouvelles fringues et nouvelles shoes.

Oui, bon.

Ben moi, j'ai fait une découverte hautement scientifique tout récemment.  Et quand je dis hautement scientifique, j'entends une découverte qui va révolutionner le monde. Rien que ça.  Enfin, le monde météorologique.

J'ai découvert que les saisons s'accélèrent.  Ou accélèrent, chais plus comment ça se conjugue.

Oui.

Elles ne durent plus trois mois, comme dans le temps.

Elles durent trois semaines (voire trois jours, au choix).

Ainsi, mi-avril.  Printemps.  On ne se découvre pas d'un fil, mais on sent les bourgeons qui, eux, ont envie de se découvrir.  Ça sent la sève.  Ça sent les petits oiseaux.  Ça sent le renouveau.  J'achète des nouvelles godasses et une veste pour la jolie saison.

Fin avril.  Eté.  Chaleur folle.  Suffocante.  Sueur puante dans les bus.  Bronzette en petit top, voire en bikini (j'ai failli, je le jure).  Sandalettes.  Enfin, tongs, comme on dit maintenant.  Je coupe le chauffage.  Vive la belle saison.

Début mai.  Automne.  Les bourgeons angoissent.  Je ressors mes bottes et mon écharpe, mais je garde ma veste de jolie saison.  Je remets le chauffage le matin dans la salle de bains.  Je caille dans le living, mais le chauffage, en mai, que nenni.

Début mai, un tantinet plus tard.  Hiver.  Tout s'accélère, même les saisons, en trois jours, l'automne est chassé par l'hiver.  Je rallume mon chauffage, cédant aux supplications de mes orteils tout bleus.  Je me love à nouveau dans ma couette d'hiver, housse en molleton en bonus.  Je ressors même ma veste d'hiver, après une séance « caillons en chœur à l'arrêt du bus ».

Mi mai.  Printemps.  Il est reviendu.  Les Saints de glace ont chassé l'hiver.  Le printemps revient.  Je rempote géraniums et autres pensées.  Et mes pensées vont déjà vers l'été...

Mais bon, c'est à y perdre son latin, non ? 

Passque, avec tout ça, j'ai même pas eu le temps d'avoir mon rhume des foins saisonnier.  Quant à ma grippe hivernale, zappée aussi.

Je vous le disais, y'a plus de saisons.

Superbes photos issues de ce site.  

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06:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |