16
mar

Les mots impossibles

Il y a des mots qu'il est impossible pour moi de prononcer.  Impossible d'entendre.  Impossible de lire.  Impossible d'écrire.  IMPOSSIBLE.

Ces mots, les voici...

Attendez, je prends mon courage à deux mains et deux pieds, pour y parvenir.

Déjà, rien que d'y penser, je frémis d'effroi.

Alors les écrire.

Allez : Anaïs, tu peux le faire.

Je peux le faire.

Ces mots, les voici.

Glaire.

Pus.

Mollard.

Voilà.

C'est pensé.

Dit.

Ecrit.

J'ai la nausée aussi, maintenant.  Tiens, « nausée », mot impossible ?  Un peu.  Mais pas autant que glaire, pus et mollard.

Ces trois mots, quand j'y pense, j'ai les poils qui se hérissent, l'estomac qui se retourne, les intestins qui se réveillent, le cœur qui palpite, les orteils qui frémissent, le foie qui se bile, la rate qui se dilate, les yeux qui s'exorbitent et la langue qui s'assèche.

Pourquoi, me direz-vous, un mot n'est qu'un mot.

Ah non. NON. Un mot, c'est tellement de choses.

Le mot « tendresse », par exemple.  Je vois un nouveau né mangé des yeux par ses parents.  Je vois un enfant dans une balançoire et son papa qui le pousse délicatement.  Je vois un chat qui ronronne sous les caresses.  Je vois une femme qui ronronne sous les caresses.  Je vois un baiser aussi doux qu'un nuage un soir d'été.  Je vois une portée de poussins sous l'aile de leur mère poule.  Je vois un simple regard, mais qui en dit tant et tant... Je vois tellement de choses qu'un blog entier ne suffirait pas.

Alors, parvenez-vous à imaginer maintenant, ce que je vois avec les mots « pus », « glaire » et « mollard » ?

En vrac et sans tri préalable, je vois, une infection qui tourne en gangrène, avec amputation à la clé.  Je vois une quinte de toux qui n'en finit pas.  Je vois un abcès qui éclate et répand son contenu en gros jets.  Je vois un mouchoir gluant et plein de miasmes.  Je vois un trottoir constellé de crachats en relief.  Je vois un gosse qui éternue sans mettre la main devant sa bouche.  Je vois une grosse boule qui laisse présager ce qui se trouve en dessous.  Je vois l'autopsie d'un patient mort d'une pneumonie, découpe des poumons à l'appui.  Je vois des postillons de quelqu'un qui a un rhume.  J'entends le même quidam en train de se moucher.  Les glouglous du contenu de son nez.  (« Relie-toi directement à l'égout », lui a-t-on d'ailleurs dit - non, ce n'est pas moi qui l'ai dit, mais j'aurais aimé).  Je vois du vert.  Je vois du jaune.  Je vois du brun.  Je vois du blanc.  Je vois de l'opaque.  Du gluant.  Du vert jaune brun blanc opaque et gluant.  Je vois un œuf qui casse.  Le blanc qui se répand.  Les trucs blancs qui semblent lier le jaune au blanc qui glissent doucement, inexorablement.  Je vois un escargot qui se balade, laissant ses traces partout.  Je vois du sel sur une limace.  Je vois tellement de choses qu'un blog entier ne suffirait pas.  Je vois tellement de choses encore pire que ce que j'imaginais... vu que j'ai tenté de vous trouver une petite illustration (incroyable les variétés de glaire qui existent, comme la glaire cervicale, la glaire pour détecter l'ovulation, et même une chanson, « au glaire de la lune », et cette définition de pus : « Humeur morbide sans analogue dans l'état sain, caractérisée par des globules spéciaux, et se produisant d'ordinaire par l'effet d'une inflammation »).  Je reviens, je vais vomir, je suis, moi aussi, d'humeur morbide maintenant.

Vous comprenez mieux pourquoi ces trois mots, je ne peux ni les écrire, ni les dire, ni même y penser ?

Et j'imagine qu'il en existe tant d'autres...

Des idées ?

Illu trouvée sur http://leblase.net/

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06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

10
mar

ça m'en bouche un sein !

Oui, bon, mon titre est bof, mais c'est ce qui m'est venu à l'esprit.  La Belgique, c'est vraiment un pays perturbé, et je pèse mes mots.  Alors qu'on nous bassine jour après jour avec le dépistage du cancer du sein, son intérêt vraiment vraiment vraiment important, et que je ne sais combien de femmes sur dix auront un cancer du sein dans leur vie, histoire de nous faire angoisser comme des malades et palper nos loches à longueur de journée en sentant des boules à chaque coin (pour autant qu'un nichon puisse avoir un coin), l'Inami, cette chère instance nationale qui veille à notre santé, veut interdire le dépistage individuel avant 50 ans pour ne plus autoriser que le simple mammotest tous les deux ans, uniquement entre 50 et 69 ans.  Sans doute qu'à partir de 70 ans, on peut crever, on est périmée... et avant 50, ben ça évolue si vite que c'est peine perdue, l'état va pas dépenser de sous...

Franchement, je trouve ça ignoble, d'autant qu'autour de moi, les cas de cancers du sein avant 40 ans, ben y'en a.  Voilà.

Alors, vous les belges, hommes ou femmes, pensez au fric que notre cher état dépense en conneries diverses et variées (je ne les énumérerai pas ici, histoire de pas faire jaser dans les chaumières, mais je n'en pense pas moins)... songez à celui qu'il veut épargner sur notre santé (celle de vos mères, vos femmes, vos filles), et signez cette pétition.

Tchu, chuis énervée sur ce coup-là.

 

Cancer du sein : pour un dépistage efficace

18:39 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

10
mar

Cabillaud et célibat, même combat

Cabillaud et morue, même poisson.  Vous lisez bien : cabillaud = morue. Incroyable non.  J'aurais dû atteindre l'âge honorable de ... non, je ne peux décemment l'avouer dans ces colonnes, même si vous le savez presque tous (rien à faire, l'écrire m'angoisse, tant j'ai l'impression d'avoir vingt ans dans ma tête et soixante dans mes artères, ce qui fait somme toute une moyenne presque exacte), il m'aura donc fallu être si moins jeune pour apprendre cette information capitale.

Mais l'information capitale, c'est que le fish-stick de ma jeunesse se meurt.  Contre toute attente, le cabillaud est en voie de disparition.  J'en ai dévoré toute mon enfance, à toutes les sauces, sans jamais imaginer que je participais, à mon échelle, à sa disparition. On le pensait à jamais mangeable, comme les petits pois ou les champignons de Paris.  Comme le jambon ou les lardons (ça vaaaaaaaa, je sais que ça vient du même animal, mais ça rime).  Que nenni.  Il n'en reste quasi plus.  Vous imaginez ?

Je l'avais déjà vaguement lu, mais là, la réalité m'a sauté en plein visage : bientôt, plus de cabillaud.  En remplacement, on nous propose du colin, du saumon, du ceci ou du cela.

Moi, j'aime tous les poissons, là n'est pas la question.  Mais ce qui me fait peur, c'est cette idée de disparition, pas naturelle, pas due à une période glaciaire, pas due à un tremblement de terre, pas due à une météorite, nan, due à l'homme, sans grand h.

Partie immergée de l'iceberg, passque des espèces en voie de disparition, y'a plus que ça sur notre planète pourrie par l'homme, toujours sans grand h.

Et quand on y réfléchit, ça fout la larme à l'oeil.  Tout ça pour ça.  Tout ça pour du fric.  On tue pour de l'ivoire, on tue pour de la fourrure, on tue pour de l'aphrodisiaque, on ne fait que ça, tuer.

Et puis, décidément, cabillaud et célibat, même combat.  Passque les célibataires beaux-riches-gentils-drôles-romantiques-tendres-bruns-ténébreux, ben, sur cette planète, ils sont actuellement aussi rares que les cabillauds, moi je vous le dis, ma bonne Dame.

Et pour illustrer ce sujet ô combien douloureux, une petite pub dont je suis folle, courte mais trop bonne, avec un choli poisson.  Passque moi aussi, je suis comme ce poisson, si on m'empêche de péter, j'explose, voilà, c'est dit, c'est écrit.

 


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06:45 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

2
mar

Intéressant

Sommes-nous tous soumis ?

Un dossier sur la "soumission", vraiment passionnant, malheureusement faut payer pour certains articles... deux sont gratuits, dont Celui-ci.

07:01 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

25
fév

D'un regard

Elle ne l'avait pas cru quand son vieux père le lui avait annoncé, c'était tellement risible.  D'ailleurs, elle ne croyait en rien de surnaturel, elle avait les deux pieds bien posés sur cette terre, elle.  Elle ne croyait pas en dieu.  Elle ne croyait pas au paradis.  Ni à l'enfer, d'ailleurs.  Les anges, pour elle, n'étaient que des décorations de Noël.  Les esprits, une invention des scénaristes.  Elle, elle croyait en la vie.  En la nature, née du big bang.  En l'argent, censé lui faciliter l'existence.  A peine si elle croyait en l'amour, concept trop abstrait pour son esprit cartésien. 

Alors, croire en un pouvoir aussi absurde que ridicule, c'était le grand n'importe quoi.

Ainsi, lorsqu'il lui avait prétendu détenir le pouvoir de tuer d'un simple regard, pour autant qu'il soit en colère contre la personne regardée, elle n'avait rien trouvé de mieux que de le mettre au défi de la tuer.  Elle lui avait chanté, d'un air aussi espiègle que moqueur "il a les yeux révolver, il a le regard qui tue", sur l'air d'un tube de Marc Lavoine, puis lui avait lancé "prouve-moi que tu as ce fameux pouvoir, tue-moi d'un regard, allez, vas-y, je sais que je te mets souvent en colère, vas-y, vas-y, n'hésite pas".

...

Cette histoire est à découvrir en intégralité dans le livre que j'ai écrit à deux plumes avec Rachel Colas :

Histoires à mourir de vivre

 

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09:05 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (20) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |