22
sep

Titeuf ou pas Titeuf, that’s the question

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Il y a un petit temps déjà, se profilaient à l’horizon deux anniversaires de petits nenfants.  Souviendez-vous, acheter les cadeaux d’anniversaire, c’est pas mon fort, d’autant plus si c’est pour des nenfants.  La dernière fois, la recherche d’une balle fut une véritable (més)aventure.  

Cette fois encore, j’avais demandé une piste : « keske je peux offrir pour les zanniversaires ? »

La réponse fut rapide, claire et brève : « une BD ».

En apparence, cela semble facile d’offrir une BD.  Ça se trouve partout une BD, comme les balles décorées pour fillettes.  Partout partout.

Mais je n’avais pas songé à une question subsidiaire « quel genre de BD ? »

Passque les BD, c’est comme la musique, les macarons et les marshmallows, y’en a de tous les genres.

Mais vraiment de tous les genres.  En plus, faut associer le genre à l’âge.  Ne pas offrir les bisounours à un enfant de onze ans.  Ne pas offrir Happy Sex à un enfant de six.  Complexité du choix.  Choix cornélien.  Tintin ?  Petit Spirou ?  Lou ?  Boule et Bill ? Nelson ? Les Schtroumpfs ? Keskejensaismoua !

En désespoir de cause, et en grande nulle en choix de cadeau, je vous le répète, je m’adresse à Mostek, de mon air le plus suppliant « keske je peux acheter comme BD pour deux gamins ? »

Elle ne réfléchit absolument pas (hé, j’ai pas dit qu’elle ne réfléchissait jamais, mais que là, son neurone avait répondu spontanément, en toute logique) et me répond « Titeuf ».

Yes.  Alléluia.  Hosannah au plus haut des cieux.  Bénie soit celle qui vient à l’aide d’une pauvre Anaïs.  C’est çaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.  Mais bien sûr, c’est çaaaaaaaaaaaaaaa.  Ce ne pouvait être que çaaaaaaaaaaaaa.  Titeuf.  TITEUF.  Le personnage adoré des courtes-culottes.  Mostek me sauve la vie.  Eternelle reconnaissance.  Sourire béat permanent au bureau (enfin durant dix minutes quoi, faut pas pousser, jusqu’à ce que mon sourire soit détruit pas une vilaine cliente pas belle en proie à une rage folle car boss chéri n’a pas rappelé dans la seconde).

Me voilà donc partie en quête d’un magasin qui vend des BD.  Facile à trouver.  Que du bonheur.

En entrant dans le magasin, je repère un énoooorme container plein de balles colorées.  Du Hello Kitty et de la princesse à revendre.  Note pour l’avenir : proposer d’intervertir les anniversaires, afin que celui de la fan de balles soit fêté en été.  Seconde note : d’ores et déjà acheter la balle de l’an prochain.  Troisième note : et si elle n’aimait plus les balles d’ici un an ?  Quatrième note : ne plus faire de notes, elles sont inutiles.

Je dégote le rayon des Titeuf, et le second choix cornélien se présente à moi.  Deux BD, ok, mais lesquelles ?  Zep est très créatif, et des Titeuf, y’en a plus de vingt, si mes souvenirs sont bons.  Alors :

- pour prendre deux BD au hasard, tapez 1

- pour prendre les numéros 1 et 2 tapez 2

- pour prendre les deux dernières tapez 3

J’abandonne le choix au hasard, me disant que si à l’avenir j’en achète d’autres, je suis cap’ de racheter les mêmes.

J’abandonne l’idée de prendre les deux dernières, me disant qu’il y a peut-être une suite logique aux histoires.

Je choisis donc Titeuf 1 et Titeuf  2.  Je m’évanouis en découvrant les titres de ces deux premiers ouvrages : « Dieu, le sexe et les bretelles », « l’amour c’est pô propre ». Est-ce bien raisonnable d’offrir ça à un enfant ?  Et si je prenais plutôt Musti ?  Ou Oui-Oui ?  Allons allons, sois moderne ma petite Anaïs, ne t’arrête pas à un titre et à ce dessin de Titeuf qui se mate les parties intimes en couverture.  J’imagine avec effroi l’intérieur de la BD, avec Titeuf qui se masturbe, Titeuf qui profite d’une merveilleuse fellation, Titeuf qui sodomise sa meilleure amie, Titeuf qui mate des vidéos pornographiques en faisant des choses pas très catholiques. Rhaaaaaaaaaaaaaa, dans quel monde vivons-nous ma bonne Dame.

J’achète donc les deux Titeuf et passe à la caisse avec la mine d’un gros pervers qui s’offre des magazines de cul en douce.  En prime, je choisis aussi des Titeuf version livres à lire, avec du texte et des images.  Orgie de Titeuf en perspective.

Et je me rends à la fête d’anniversaire munie de mes superbes emballages faits maisons, qui peuvent laisser croire qu’ils contiennent un ballon de foot ou une guitare, tant je suis douée pour emballer.  D’ailleurs, je suis douée pour emballer… dans tous les sens du terme, mais c’est une autre histoire sur laquelle je ne m’attarderai pas outre mesure.

J’offre le premier cadeau.  Opération déchirage d’emballage, découverte du cadeau, merci merci smack smack.  Un succès.  Je me gausse de ce choix, et, par souci d’honnêteté, j’avoue « je savais pas trop quelle BD choisir, mais ma collègue Mostek m’a conseillé Titeuf, car tous les enfants aiment Titeuf ».

Et c’est la que la catastrophe catastrophiquement catastrophique se produit : le second enfant, qui n’a pas encore ouvert son cadeau, s’exclame « non, tous les enfants aiment pas Titeuf, moi j’aime pas ».

Silence.

Blanc.

Une mouche passe.

Et repasse.

Rouge (ma tronche).

La vérité sort de la bouche des enfants.

Il aime pas Titeuf.  C’est une catastrophe, son cadeau comprenant Titeuf en BD et Titeuf en livre, orgie de Titeuf je vous dis.  Mais il aime pas Titeuf.

Bon.

Trop tard de toute façon.

Alors il ouvre son cadeau.  Au milieu de la procédure, il en remet une couche « ooooh, c’est Les Schtroumfs, c’est çaaaaaaa ? »

Naaaaaaaaaaa, c’est Titeuf, et t’as intérêt à faire semblait d’aimer, petit morveux, non mais.

Il termine d’ouvrir.

Et découvre ses Titeuf.

Il m’épargne un « J’aime pas Titeuf, je t’ai dit », mais n’en pense pas moins.

Puis il part dans un coin, lire Titeuf, qu’il n’aime pas.

L’an prochain, plus de Titeuf.  Et c’est là qu’il me dira, j’en mets ma paluche au feu « oooh, pas de Titeuf cette fois, dommage, j’avais tellement aimé ceux de l’an dernier ».  Sale môme.

07:47 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

27
aoû

Chuuuuuuuuuuut, top secret...

 

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(Ce billet, écrit y’a des lustres, n’a rien à voir avec l’actu de TF1, même si chuis fan de Secret Story et que j’assume, c’est juste qu’il est 23 heures ce jeudi que j’ai encore rien planifié pour vous passque  'ai écrit plein de nouveaux billets queje dois relire, passque j'ai fait des cakes au chocolat et passque je tchatte avec quatre personnes sur msn et que j’ai été piocher au hasard dans mes 250 pages de billets en stock pour vous trouver un petit quelque chose à grignoter en ce vendredi et le hasard m’a amenée devant ce billet…)

Il y a un petit temps, j’ai vu une émission sur les secrets de famille.  Y était évoqué le film « Un secret », tiré d’une histoire vrai, celle d’un couple portant en lui un secret horrible, celui du décès, volontaire, de la première femme du monsieur, qui, découvrant son infidélité, s’était livrée aux allemands, annonçant qu’elle était juive.  Elle avait également livré son fils.  Une sorte de suicide.  Le second enfant, né bien après, avait toujours ressenti cela sans que personne n’e parle.

Des secrets, il y en a de toutes sortes.  Ceux dont les victimes n’osent parler, comme l’inceste.  Ceux qui sont connus de tous sauf des personnes concernées, comme ne pas être l’enfant de celui que l’ont croit.  Ceux qui sont soupçonnés mais pas confirmés, comme les frères et sœurs adultérins.

Dans cette émission également, deux secrets liés à la guerre. Celui d’un couple fou d’amour, tous deux morts durant la guerre pour faits de résistance, dont la fille a ignoré l’existence durant des années.  Après l’avoir découvert, elle a retrouvé des lettres d’amour incroyables de ses parents.  Joli secret.  Puis celui d’un homme apprenant que son père avait été collabo, un secret bien plus difficile à accepter.

Des secrets, on en a tous, légers ou inavouables.  Un achat caché à son tendre (et radin) époux.  Une complicité avec un de ses enfants plutôt que l’autre.  Une grosse bourde dans un dossier jamais avouée à boss adoré.  Un baiser échangé un soir d’alcoolémie avancée, avec le mari de sa meilleure amie.  De faux seins.  Une cigarette fumée en cachette alors qu’on a cessé de fumer, officiellement.  Un œuf (ou un bœuf) volé au magasin… Autant de secrets que d’êtres humains sur terre, sans doute.

Moi-même, j’en ai.  Des petits et des gros.  Par exemple, ce blog a été tenu secret durant des mois, jusqu’à ce que j’en parle à une seule et unique personne, Mostek, qui a gardé le secret.  Je me souviens avoir, il y a vingt ans, confié un secret à celle qui était à l’époque ma meilleure amie.  Elle était la seule à le savoir, et par conséquent la seule à trahir mon secret ensuite.  Déception fulgurante.  Passque moi, je suis une tombe.  J’ai gardé pas mal de secrets, et j’en garde encore.  Jamais à l’abri d’une gaffe, l’Anaïs, mais ayant pour principe de ne jamais trahir la confiance liée au secret révélé.

Et puis, j’ai ce secret que nul ne connaît.  Ce secret que je n’ai confié à personne et que j’emporterai dans ma tombe, tant j’ai honte (honte comme sur le dessin de Ptit bordel, là-haut, vous voyez, honte honte honte).  Une honte qui parfois, remonte à la surface et me ronge.  Une chose secrète que j’ai faite et que je regretterai toute ma vie.  Un vrai secret qui le restera.  A tout jamais.  Mais qui n’enlève pas la culpabilité.  Pas un énorme secret, non, mais un vilain secret.  Impardonnable.  Faute avouée est à moitié pardonnée ?  Peut-être, mais ce secret, il m’est viscéralement impossible d’en parler, comme si, en mettant des mots, je lui rendais son horrible réalité, comme si je l’extrayais du fond de ma cervelle pour le rendre à nouveau vivant.  Impossible.  Je mourrai avec mon secret, espérant que, si Dieu ou qui que ce soit existe, il me fasse un lavage de cerveau à mon arrivée au paradis (ou en enfer).

Et vous, vous avez des secrets ?   Passque bon, ici, contrairement à moi, vous avez la chance de jouir de l’anonymat (mettez une adresse mail bidon, genre jaiunsecret@jteldiraipas.be), alors si l’envie vous vient de vous confier, de vous confesser, de vous libérer, c’est le moment, c’est l’instant.

Parlez maintenant ou taisez-vous à tout jamais.

07:09 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (23) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

13
aoû

Elles sont reviendues, sauve qui peut

C’est toujours en août qu’elles reviennent.  Je le sais.  J’ignore comment je le sais, mais je le sais.  C’est quelque chose que tout citoyen sait.  On l’apprend presque à la naissance j’imagine, puisque je ne me souviens pas de qui me l’a appris ni quand.  Ça fait partie de la culture collective et citoyenne quoi.

Bref, je le sais, qu’elles reviennent en août, les zébrées jaunes, alias les guêpes.

Mais cette année, enfer et damnation suprêmes, elles étaient bien en avance.

Dès début juillet, j’ai eu à subir leurs assauts.  Leurs attaques.  Si.  Elles attaquent, et que ceusses qui me disent « pas bouger, une petite bête ne mange pas une grosse (c’est moi que tu traites de grosse là ?), elle va partir, elle va pas t’attaquer, reste calme » se taisent à tout jamais, passqu’on en entend partout des histoires de zébrées qui se ruent d’un coup d’un seul sur un innocent citoyen qui ne bougeait pas, ne bronchait pas, ne parlait pas, ne provoquait pas, alors hein, les théories « pas bouger pas broncher », j’y crois pas.

Et donc, début juillet, je mange calmement une petite crêpe aux trois sucres, troooop bon.  Et je bois un Ice tea pêche, troooop glacé.  Je suis avec une amie et le moment est super, y’a du soleil, on a pris la namourette, j’ai trouvé des godasses à ajouter à ma collection.  Bref, moment bonheur.  Et petit bonheur supplémentaire, sur ma canette d’Ice tea, y’a un code pour avoir des réductions sur les DVD.  Alors, pour pas emporter la canette, je décide de noter le code.  Je saisis la canette.  Je l’approche pour lire le code.  Et là, le drame.  Une énoooorme zébrée, mais énorme, genre libellule version jaune, sort de la canette et me regarde d’un air méchant.  Elle est fâchée.  Comment je le sais ?  Ben elles sont toujours fâchées, les zébrées, zavez qu’à mater leur tête triangulaire, avec leurs antennes pointées agressivement vers leur proie et leurs yeux qui lancent des éclairs.  Brrrr.  La voyant sortir, donc, je pousse un hurlement digne de Jessica Lange quand King-Kong l’enlève (mais est-ce bien elle, j’ai un doute du coup, ma culture étant ce qu’elle est, jamais vu King-Kong, mais c’est le nom d’actrice qui m’est venue, comme un reflux de culture collective…), hurlement qui ameute le responsable de l’établissement.  Je rougis d’angoisse et de honte, je sue comme une truie ménopausée (j’avais d’abord mis un porc ménopausé, ça sonne mieux, mais Word pas content, car ménopausée n’existe qu’au féminin, qu’on se le dise), je respire comme une asthmatique en pleine crise.  J’ai eu peur, c’est normal hein.

Depuis lors, j’étais relativement tranquille.  A savoir que les zébrées se contentaient de me tourner autour quand : je bois quelque chose qu’elles aiment, je mange quelque chose qu’elles aiment, je parle et elles aiment mon haleine, j’ai du parfum qui sent bon, j’ai du gel qui sent bon, je transpire et elles aiment ça, j’ai un bouton  sur le nez qui leur plait pas, j’ai une fringue de couleur qui leur plait… et j’en passe.

Mais aujourd’hui, le summum de l’horreur.  Attention, thriller en vue.

A midi, je m’installe gentiment au soleil, avec mon petit repas, mon petit coca light et mon petit livre (le nouveau Beth Fantaskey, Alchimie, passionnant).  J’ai à peine le temps d’engloutir une bouchée que la voilà : la zébrée, avec son air gourmand et agressif.  J’envoie valser (Zazie) mon livre (et je perds ma page, tchu), je saisis mon assiette violemment (du coup la pomme de terre en chemise se retrouve noyée dans la sauce cocktail qui en devient toute chaude, tchu) et je me précipite à l’intérieur.  Puis je ferme la porte-fenêtre, car je sais qu’elle va me poursuivre.  Et je mange, terrée chez moi.

Ensuite, un peu plus tard, un verre en terrasse en agréable compagnie.  Tout va bien, la conversation est sympa, moment bonheur.  Soudain, une zébrée se pointe (chuis sûre que c’est celle de midi qui vient se venger de n’avoir pas pu manger dans mon assiette, sûre sûre – meuh non chuis pas paranoïaque).  L’angoisse monte, je m’éloigne le plus possible du bestiau qui hésite entre nos verres, nos canettes, nos lèvres.  Elle finit par se poser sur le bord d’une canette, puis par y entrer.  Et la voilà prise au piège d’un sous-bock.  Je devrais me sentir rassurée (argh j’avais écrit rassurer, vous voyez comme je suis traumatisée par l’angoisse), l’animal sauvage étant maîtrisé.  Mais je ne peux plus quitter le sous-bock des yeux : et s’il s’envolait, et si la zébrée poussait, de ses petites pattes musclées, sur le sous-bock pour le soulever, et si et si et si…  Finalement, mon comparse retourne la canette et le sous-bock, et coince définitivement la zébrée dans la canette.  En plus, le reste de boisson en coule, ce qui, espoir fou, pourrait noyer notre bestiau.  Mais rien n’est moins sûr.  Et même avec la canette retournée, je continue à angoisser.  Un peu comme si la seule présence d’un zébré à moins de dix (cent ?) mètres m’obligeait à ne plus penser qu’à ça rien qu’à ça.  Et je stresse.  Et j’ai des visions d’horreur.  Un coup de vent renverse la canette (le soleil a laissé place aux nuages, un coup de vent est donc possible), la zébrée s’échappe et, furieuse, se précipite sur le premier visage visible, savoir le mien, et se met à me piquer la lèvre encore et encore et encore.  Je la visualise, sur ma lèvre, aaaaaaaaaaargh je veux hurler.  Vision d’horreur suivante.  Elle parvient à se faufiler dans l’interstice entre la canette et la table et idem.  Vision d’horreur suivante. Elle pousse avec ses antennes pour soulever la canette et idem.  Et ainsi de suite.  Bref, plus moyen de me concentrer sur notre conversation.  Pourtant j’essaie, mais en vain.  Et je ne pense qu’à une chose, m’éloigner de cet endroit tellement dangereux pour moi.

Alors, nous partons.

Et j’avertis le serveur du danger… ben oui quoi, quand il va soulever la canette, vous le savez, elle va se précipiter sur le premier visage visible et idem.  A moins qu’elle ne se lance à ma poursuite, sait-on jamais…

Je hâte alors le pas jusqu’à mon humble demeure, où je me réfugie, toutes portes et fenêtres closes, des fois que la zébrées connaîtrait mon adresse (ah ben oui elle la connaît, elle y était ce midi, car oui c’était elle, je le sais).

Ouf, sauvée.

Jusque demain…

Dessin issu du blog de Coco.

Alias Corinne Rey.

 

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06:14 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (27) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

10
aoû

Non c'est non ! (pétition anti corrida)

La révolte gronde depuis qu'une partie de l'Espagne interdit la corrida, je m'en étais réjouie ici il y a peu, souvenez-vous.

L'arme des partisans de cette horreur ? Faire entrer la corrida à l'Unesco comme patrimoine culturel.

Ben voyons.  Et pourquoi pas y faire entrer aussi le lancer de chats vivants du beffroi d'Ypres (dans mon chtit pays)  tant qu'on y est ? Une pratique depuis longtemps remplacée par des peluches, on n'est pas des barbares en Gelbique...

Alors, faut lutter contre ça, et signer...

Pour signer, c'est ici.

(dessin issu de ce site)

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9
aoû

Camping

(Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait le fruit du hasard... enfin j'espère).

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Olivia était excitée comme une puce.  On aurait dit une enfant de cinq ans recevant une nouvelle Barbie pour sa collection.  Pourtant, elle approchait à grands pas de la quarantaine.  Mais sa joie faisait plaisir à voir.  Par la fenêtre de sa caravane, elle vérifia à nouveau qu’elle n’avait pas rêvé puis se tourna vers Rudy, son époux, et s’écria « voilà les nouveaux, voilà les nouveaux, les voilà, les voilà, viens vite !!! »

Ils occupaient leur caravane résidentielle toute l’année depuis cinq ans déjà, lorsque le CPAS avait cessé de leur octroyer ses aimables gratifications mensuelles, les poussant à quitter la petite maison deux façades qu’ils louaient depuis leur mariage et à s’installer dans ce camping, à deux pas d’Ostende.  Certes, les hivers étaient un peu rigoureux, malgré le poêle au gaz et le double vitrage qui équipaient ce modèle relativement récent, mais ils s’y étaient habitués. Et c’était l’ennui plutôt que le froid qui les terrassait d’octobre à mai, lorsque les vacanciers désertaient le camping.  L’ennui… et le manque de victuailles bien sûr, qui se faisait plus cruellement sentir durant ces mois de solitude.

Rudy s’approcha de sa chérie, jeta un œil à la Peugeot noire qui s’arrêtait dans l’allée du camping et esquissa un sourire.  Il était aussi excité qu’elle, dans tous les sens du terme « excité », mais tentait de ne pas le montrer.  C’était lui l’homme.  Le vrai.  Avec une voix d’homme.  Il se devait de rester calme et sérieux.  De gérer la situation.  Même si, au fond de lui, il brûlait tout autant d’impatience de découvrir les nouveaux arrivants et les cadeaux qu’ils apportaient.

Ils s’installèrent à genoux, l’un à côté de l’autre, sur la banquette étroite en skaï rose et contemplèrent le spectacle qui s’offrait à eux.  Le conducteur sortit en premier lieu et fit rapidement le tour du véhicule pour aller ouvrir à celle qui semblait être son épouse.  « Un galant, ça nous change », dit Olivia.  Il ne semblait âgé que d’une bonne trentaine d’années, mais son ventre distendu prouvait qu’il était un grand adepte de bières.  « A moins qu’il ne soit ‘enceint’ », ricana l’observatrice.  Il transpirait énormément et enleva brièvement sa casquette RTL pour s’éponger le front avec son bras.  « As-tu vu comme son crâne chauve semble glissant », ajouta-t-elle, « même une mouche ne pourrait s’y poser sans s’y noyer ».  Rudy lui sourit tendrement.  Il savait qu’à chaque arrivage, elle adorait observer ainsi leurs nouveaux voisins et se repaître de leurs défauts physiques.  Son humour l’attendrissait et le faisait mourir de rire tout à la fois.  Il remerciait chaque jour le ciel de lui avoir offert une épouse si drôle, si belle, si intelligente et si… ben parfaite quoi.  L’attention d’Olivia se porta alors sur celle qui attendait patiemment que son compagnon chauve et bedonnant sorte les valises : une petite blonde un peu replète, aux lèvres rose fuchsia et aux jambes qu’une mini-jupe trop moulante ne cachait pas le moins du monde.  « Penche-toi, mon Rudy, tu verras son protège-slip dépasser de son string », pouffa Olivia.  Rudy s’étrangla de rire.  Il l’aimait, son Olivia.  Il la vénérait.

Les nouveaux vacanciers, inconscients de la surveillance dont ils faisaient l’objet, et encore blafards en ce premier jour de congé, entreprirent de vider le coffre de leur voiture, sous le regard de plus en plus intéressé de notre couple de curieux.  Les allers et retours entre le véhicule et l’intérieur de la caravane commencèrent.  Trois valises bleues.  « Deux pour Madame, une pour Monsieur », se réjouit Olivia.  Cinq sacs recyclables du Delhaize pleins à craquer. Impossible cependant de deviner ce qu’ils contenaient. « J’ai faim.  Tu crois qu’ils auront des M&M’s comme la dernière fois ? »  Deux packs de bière. « Hé, mamour, tu vas devenir ‘enceint’ aussi ». Plusieurs bouteilles de soda de diverses marques.  Une bouteille de Pastis. « C’est nin vrai, qu’est-ce qu’ils ont tous avec le Pastis en ce moment, j’aime pô ça ». Un sac de pommes de terre.  Vingt-quatre rouleaux de papier WC décorés de bleu. « Zont peur d’avoir la chiasse ou quoi ? » Un frigobox qui semblait bien lourd. Un sac de chez Renman contenant probablement de la viande pour un barbecue.  Les nouveaux arrivants commençaient toujours leurs vacances par un barbecue, au point que ça en devenait lassant.  Super original aussi.  « Barbecue », ironisa Olivia.

Olivia poussait des petits cris de joie à chaque passage du couple de voisins.  Rudy la tempéra. « Elle est beaucoup plus petite que toi, ne te réjouis pas.  Et tu n’aimes pas le Pastis, que je sache.  Enfin, bon, y’a de la Jup’, ça c’est le pied, même si j’en ai marre de me farcir un barbecue chaque dimanche. »  « Rho, tais-toi, rabat-joie, embrasse-moi et tais-toi », conclut son épouse.  Elle brûlait d’impatience, comme chaque samedi.  Mais il leur fallait attendre.

Leurs voisins revinrent une dernière fois et firent sortir un chien de l’habitacle, avant de verrouiller le véhicule et d’investir leur nouveau lieu de villégiature.  « Et merde », murmura Rudy.  « Il est tout petit, ça devrait aller », rétorqua son épouse.  « Oui, mais tu sais bien que c’est pas la taille le problème.  J’aime pas faire de mal aux animaux », soupira-t-il.  « Rho, ne recommence pas avec ta pitié à la con, on n’a pas le choix, et puis, dans le fond, je suis sûre que tu aimes ça, allez, avoue », ajouta-t-elle.  Rudy ne répondit pas.  D’un rire, elle conclut : « qui ne dit mot consent ».  Il rit à son tour.

Rudy lança alors son regard habituel à son Olivia chérie.  Son regard du samedi.  Celui qui voulait dire « c’est notre journée préférée, on s’est bien rincé l’œil tous les deux, on va passer une super journée, une super nuit, alors maintenant suis-moi sur le lit, déshabille-toi, que je me rince l’œil tout seul et te fasse ton affaire ».  Le samedi, c’était le jour du sexe.  Du moins en été.  Moins souvent en hiver.  Chaque samedi, durant la belle saison, une fois les nouveaux voisins installés, Rudy entraînait son épouse dans leur chambre, vérifiait que la fenêtre était fermée afin que les vacanciers n’entendent rien et la poussait un peu brusquement, juste un peu, sur le lit, après lui avoir ôté sa chemise de nuit ornée de Minnie.  Toutes ses chemises de nuit l’étaient, c’était son petit plaisir à elle, le seul luxe qu’elle s’offrait, celui de s’acheter des chemises de nuit Minnie, mais il n’en éprouvait aucune lassitude, seul le contenu lui importait.  Et le contenu était à son goût : une poitrine opulente, des fesses charnues et un petit ventre légèrement rebondi qu’il aimait caresser après l’amour.  Il se déshabillait, s’affalait ensuite sur le lit à ses côtés et la laissait le chevaucher.  Elle adorait ça.  Ils étaient tellement excités par la présence des nouveaux qu’ils n’y allaient pas par quatre chemins et ne s’encombraient pas de préliminaires.  Olivia montait sur lui et c’était parti pour un rodéo rapide et efficace.  Trois ou quatre minutes, en général.  Parfois deux minutes seulement, quand leurs nouveaux voisins étaient dotés de bien plus de bagages qu’à l’ordinaire, ce qui décuplait leur enthousiasme.

Après cette « partie de pattes en l’air », Rudy filait sous la douche.  A peine sorti, Olivia faisait de même.  Ils ne pouvaient s’y rendre ensemble, les salles de bain de caravane étant trop exigües.  Dommage.

Ensuite, en fonction de leur humeur, ils optaient pour une sieste, une promenade en bord de mer ou, occasionnellement, un second rodéo sexuel.  Ils attendaient.  La patience n’était pas leur qualité première, mais ils n’avaient pas le choix, il fallait agir de nuit.

Ils attendirent donc.  Et s’occupèrent tant bien que mal.

Le soir venu, comme à l’accoutumée, Rudy programma le réveil pour qu’il sonne à trois heures.  Comme à l’accoutumée, Olivia prépara tout le matériel afin que Rudy n’ait plus qu’à l’emporter.  Comme à l’accoutumée, ils allèrent se coucher.  Et comme à l’accoutumée, ils eurent du mal à dormir, tant ils étaient fébriles et heureux.

A trois heures, le réveil fit son travail, et Rudy partit faire le sien, non sans avoir entendu les ultimes recommandations habituelles d’Olivia « T’as pris le Saint-Marc ?  Efface bien tes empreintes !  N’oublie pas de vérifier s’ils ont des M&Ms.  Sors la bouffe du frigobox en dernière minute, pour pas briser la chaîne du froid.  Vérifie qu’ils dorment bien avant d’agir surtout, pas comme la dernière fois, les cris risqueraient d’ameuter les voisins !  Et ne reviens pas encore avec tes godasses pleines de sang ou de cervelle, par pitié.  Rince-les et prends une douche si y’a trop d’éclaboussures, tu sais bien que je suis une chochotte, j’aime pas la vue du sang.  Et tu t’occupes du chien aussi, ne me refais plus le coup de la pitié, trop risqué, même régime pour tous, adultes, chiens, chats, gosses, souris… c’est clair ?  Puis tu prends carrément les trois valises et tu les ramènes, j’ai besoin de nouvelles fringues.  Surtout sois prudent sur la route.  N’allume pas les phares de leur voiture, tu sais bien que ça attire l’attention.  Et tu nettoies à fond hein, t’as le Saint-Marc.  Plus aucune trace.  Tu fous tout l’inutile à l’eau, comme je te l’ai appris.  Bon amusement.  Profites-en bien.  Ah oui, j’oubliais, tu pourrais ramener du poisson frais en revenant de la jetée après avoir tout jeté (elle rit de son jeu de mots), tant qu’à faire, pour le barbec’, parce que j’en ai ma claque de toute cette bidoche ».  Et lui de rétorquer, après avoir entendu cette litanie habituelle : « T’inquiète chou, je gère, depuis le temps. Va pour le péchon, t’as raison, ça nous changera. »  Il l’embrassa à plusieurs reprises, lui tapota le fessier et disparut dans la nuit.

***

Kevin, était excité comme une puce.  On aurait dit un enfant de cinq ans recevant une nouvelle petite voiture pour sa collection.  Et pour cause, il avait cinq ans et avait reçu ce matin une petite voiture pour sa collection, histoire de l’occuper durant le trajet jusqu’à la mer du Nord.  Une Peugeot rouge.  Il aurait préféré une Clio rouge, comme celle de papa, mais c’était une Peugeot, pas le choix.

Ce n’était cependant pas sa petite voiture rouge qui attirait son attention et le faisait sautiller sur place, mais un autre objet qu’il avait repéré, là-bas, au loin, sans savoir réellement ce dont il s’agissait.  Un objet rouge qui allait et venait au gré des vagues.  Il craignait de le voir disparaître, emporté par une vague trop brutale, même si le drapeau était vert en ce samedi matin ensoleillé, sur la plage d’Ostende.  Il attira donc sa mère vers le bord de l’eau, impatient, lui montrant du doigt l’objet de sa convoitise.  Celle-ci n’était pas emballée par cette marche forcée, plus tentée par un rapide bain de soleil, mais elle obtempéra pour satisfaire son fiston adoré.  Elle le suivit donc, marchant sans joie sur les coquillages cassés qui lui abîmaient douloureusement la plante des pieds, jusqu’aux premières vagues.

Kevin attrapa facilement l’objet rouge détrempé et le tendit à sa mère pour avoir son approbation.  Elle grimaça mais le prit en main, le secoua, l’essora, le frotta pour faire disparaître tous les grains de sable humides.  Elle crut repérer une petite tache de sang, mais le rouge du tissu se confondait avec le rouge de l’hémoglobine et, après une inspection minutieuse, elle ne trouva plus la supposée tache.  Elle n’aimait pas tellement ramasser des objets sur le sol et les recycler pour sa famille.  C’était sale.  Mais elle connaissait la passion de son fils pour le rouge, comme la voiture de son papa adoré, et n’eut pas le cœur de l’obliger à jeter sa trouvaille.  Et puis, avec l’eau de mer, les germes éventuels devaient avoir été anéantis.  De plus, avec son mari au chômage depuis peu, leur budget était restreint, alors tant qu’à faire…  Elle posa donc délicatement la casquette rouge RTL sur la tête de Kevin, qui souriait aux anges.

Ensuite, regardant sa montre, elle s’écria « Houlà, déjà presque onze heures, faut y aller, chouchou, c’est l’heure, papa doit nous attendre dans la voiture.  On va pouvoir avoir les clés et s’installer dans notre caravane… enfin, les vacances commencent vraiment.  Demain, on fera un barbecue. »

***

Midi approchait mais Olivia était encore tout engourdie de sommeil lorsqu’elle entendit le bruit caractéristique des pneus crissant sur les graviers.  Elle se réveilla complètement et se précipita d’un pas lourd à la fenêtre de la caravane, pour s’assurer qu’un véhicule se trouvait bien dans l’allée voisine.  C’était le cas.  Une Clio.  Rouge.

Puis, elle hurla d’une voix pleine de joie et de fébrilité, à l’attention de Rudy : « Les nouveaux, les voilà, les voilà, viens vite voir ».

(Photo issue de http://www.granddaddy.co.za, site de location de caravanes incroyables).

21:46 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |