4
mar

Voyage dans la quatrième dimension

Ce 1er mars, mon réveil sonne et me réveille, vu que c'est son but, au son de Fun Radio, depuis le jour où la radio au dauphin bleu ne fonctionnait plus et que j'en ai pris une autre au hasard, car être réveillée par une radio en silence, ça réveille peu...

Et comme chaque matin, ce sont les gossips de Virginie, savoir les infos people et méchantes du jour.  Sont hyper méchants sur Fun Radio, voilà pourquoi je préfère de loin Contact et l'humour bon enfant de Maria et Pascal, qui sont adorables.  Mais bon, Contact, c'est juste une fois sous ma douche, et c'est ainsi.

Donc les gossip de Virginie.

Au moment où mon réveil s'enclenche, ils sont en train de se fendre la tronche à propos de Laurence Bocolini qui aurait quelque chose dont j'ignore tout vu que j'ai pas entendu le début.  J'entends juste les animateurs railler son surpoids d'une façon qui me débecte, à grands coups de "on vous mettra pas de photo sur manualaradio point com, elle entre pas dans l'écran".  Humour qui ne me fait pas rire, passque les moqueries sur le physique des gens, j'aime pas, je trouve ça petit, très petit, et digne de gens à petit QI. 

Et je réalise qu'apparemment c'est leur cible préférée, car j'ai déjà entendu, y'a quelques semaines, des moqueries similaires sur Laurence Bocolini.  Même pas original, en plus.  Passque les moqueries étaient totalement identiques, du genre elle entre pas dans l'écran, sur la photo ou que sais-je.  Pathétique.

Gossip suivant (ou suivante ? on dit un ou une gossip ?).  En exclusivité mondiale et intersidérale, les animateurs nous révèlent le titre de la nouvelle chanson de Lady Gaga, Born this way, qu'elle a chanté en sortant d'un oeuf géant.  Et en exclusivité intersidérale, Fun Radio nous fait écouter les premières phrases de ladite chanson.

Euh, je suis dans la quatrième dimension ou quoi ? 

Passque Born this way, elle passe sur toutes les radios depuis un petit temps déjà.  Alors ces premières notes a capella, c'est pas de l'exclu ça, ma bonne dame, que nenni.

Et d'un coup, une angoisse me tenaille les poumons.  Ben ouais quoi, pourquoi l'angoisse ne pourrait-elle tenailler que l'estomac, la pauvre ?

Nous sommes le 1er mars.

Pas le 1er avril, non.  Dommage, ça aurait expliqué cette impression de quatrième dimension.

Nous sommes le 1er mars.

Et si, ces deux derniers mois, j'avais simplement rêvé.  Si rien ne m'était arrivé.  Si je me réveillais seulement.   Accablée par la fièvre, croyant avoir vécu deux mois durant ma nuit ?

Si nous n'étions que le 1er janvier au fait (bonané, les amis).  Si j'avais la grippe.  Si ma cuisine était encore un ancêtre des cuisines.  Si les quinze jours à venir allaient être abominables, pleins de fièvre, de toux, de côtes froissées et d'antibiotiques.  Si les quinze jours suivants allaient être abominables, pleins de poussière, de caisses à porter, d'encombrement, d'hommes de métier dans mon home sweet home.

Si je me réveillais le 1er janvier, croyant être le 1er mars...

Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah.

Horreur et putréfaction glauque.

Je me lève avec angoisse.  Pas de sensation de grippe.  C'est déjà ça.  Je prends ma douche puis descends découvrir ma cuisine.  Nouvelle.  Ouf.

On est bien le 1er mars, le spectre de la quatrième dimension s'éloigne.

Finalement, une fois au bureau, une collègue m'apporte l'explication.  On est donc bien le 1er mars.  Et la raison de ce blabla sur Fun radio est simple : congés scolaires ma bonne dame, et qui dit congés scolaires dit rediffusions de vieux (vieilles ?) gossip de Virginie.

Ouf.  J'ai eu chaud.

07:58 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

17
fév

Une presque bourde en matière de Siempre / Toujours / Altijd

L’autre jour, je suis allée faire des courses dans un supermarché discount, comme on les appelle maintenant.

J’avais besoin de dérivés de papier.  De plein de dérivés de papier.

Kekseksa, les dérivés de papier, vous demandez-vous, une lueur d’intelligence dans le regard (comme quoi, ça peut arriver à tout le monde, d’avoir soudainement cette lueur qui s’anime).

Les dérivés de papier sont, en vrac : papier WC, mouchoirs en papier par paquets de dix, mouchoirs en papier en boîte, protège-slip et serviettes hygiéniques.  Je fais mon stock de ce genre de chose dans les magasins discount, vu que c’est super beaucoup méga moins cher.  Et comme le mot l’indique, stock équivaut à grandes quantités, de quoi tenir un siège en cas de troisième guerre mondiale.

Après avoir déjà mis dans mes grands sacs de quoi m’essuyer le derrière et le nez, me vlà au rayon « femmes ».

Et là, le choix est immense.

Il fut un temps où, dans les discount, y’avait qu’une sorte de chaque truc.  Et une sorte pas pratique pour un sou.  Les serviettes hygiéniques ressemblaient à des langes géants hyper inconfortables.  Les protège-slip ne protégeaient rien et se désagrégeaient au moindre frottement.  Les tampons n’avaient pas encore envahi les lieux.

Mais maintenant, c’est Byzance.  C’est Noël.  C’est Pâques.  C’est tout à la fois.

Y’a des protège-slip en veux-tu en voilà, certains étant même parfumés à l’aloe vera.  Je comprends mal l’intérêt d’avoir du parfum à cet endroit, vu que moi, je passe pas mon temps à me contorsionner pour me renifler l’entrejambes, mais soit. 

Y’a des tampons en veux-tu en voilà, avec ou sans applicateur, avec ou sans embout qui se détend, avec ou sans ficelle (naaan, là, je rigole, sans ficelle, vous imaginez ?  Faudrait l’enlever aux forceps).

Et y’a des serviettes en veux-tu en voilà.  Des normales.  Des normales avec ailettes.  Des normales ultra-longues pour la nuit, qui remontent jusqu’au nombril et jusqu’au bas du dos.  Des ultra-minces.  Des ultras-minces avec ailettes.  Manque juste le modèle de serviettes intégrées dans un slip, qu’ils ont pas encore inventé.  Tiens, je le ferais bien breveter, sauf que c’est nin pratique en journée.  Mais pour la nuit, why not ?

Me vlà donc devant le rayon des Siempre, des Toujours, des Altijd, bref des ersatz d’Always, à la recherche de mon graal.

Que je trouve.

Mais je réalise à quel point c’est cher.

Passque si j’achète du Siempre, du Toujours, du Altijd, bref de l’ersatz, c’est pour pas payer le prix Always quoi.  Et ben là, leur Siempre / Toujours / Altijd, il est à 2 euros et des.  Dingue comme ça a augmenté.  J’avais pas réalisé, vu que j’ai toujours un stock de hamster, j’avais plus acheté tout ça depuis deux ans, au bas mot.

Et mon œil de lynx se pose, chance extrême, sur le paquet.  Et mon neurone se réveille.  La madame sur le paquet, elle a plus l’âge d’utiliser des Siempre / Toujours / Altijd. Elle à l’âge d’être en pause Siempre / Toujours / Altijd.  L’âge d’être en ménopause.

Et mon neurone pige.  Je m’apprête à acheter des protections contre fuites urinaires…

Oh, rien de grave, ça nous pend au nez à toutes et tous.  Juste que je suis un chouia jeune quoi.  Juste que c’est trois fois plus cher que mes Siempre / Toujours / Altijd…

Mon portefeuille a donc échappé de peu à la ruine.  Et moi j’ai échappé de peu à un achat inutile… pour l’instant…

La suite demain…

11:41 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

15
fév

Les phrases qui tuent (le retour)

J'ai publié un billet "les phrases qui tuent", il y a bien longtemps déjà, genre en 2007... enfin, c'était paru dans 7Dimanche.

"Les phrases qui tuent

On y passe tous un jour. Comment ça, pas vous ? Vous ne perdez rien pour attendre. Elles vous guettent au coin d’une bouche : les phrases qui tuent. L’air de rien. Ni vues ni connues. Elles s’immiscent au détour d’une conversation anodine. On ne les attend pas. On les prend en pleine poire. Au départ on dirait presque un compliment, mais la chute est lourde, très lourde. Souvent, on est tellement éberlués qu’on ne trouve rien à répondre. On reste paf (paf la célibattante, paf l’écrivaine en herbe, paf le thon, pas l’amoureuse), bouche bée, yeux tremblants, mains grandes ouverte (ou l’inverse). Et on les ressasse, des mois, des années durant. Je dis « on », mais je pense « je ». La flemme de remplacer ces « on » par des « je » et surtout d’accorder les verbes, vous me pardonnez ?

Bien sûr, y’a les phrases qui tuent les célibattantes : « alors, toujours célibataire ? Oui ! Mais tu t’envoies en l’air parfois, tout de même ? », « Quand est-ce que tu nous présentes enfin ton petit copain ? »

Y’a également les phrases qui tuent les amoureuses : « T’as un joli décolleté, mais je trouve que tu devrais faire du banc solaire », « Ouf, mini mini la jupe, dommage que tes jambes ne soient pas parfaites », « Viens dans mes bras mon cœur, aaaargh, t’as pas un peu forci ces derniers temps ? »

Ensuite y’a les phrases qui tuent les écrivaines en herbe : « J’ai lu ton dernier billet d’humeur, ben t’écris bien quand même, finalement ! », « T’as vraiment des lecteurs dans 7dimanche ? »

Enfin y’a les phrases qui tuent les thons « Meuh non t’es pas moche, mais la fille là-bas, par contre, elle, elle est super jolie tu trouves pas », « Pas mal ta nouvelle coiffure, ça change de la coupe informe que tu arbores depuis vingt ans »…

A l’avenir, avant de prononcer une phrase qui tue, tournez-la sept fois entre vos neurones.

Add. du 30/5 : nouvelle phrase qui tue "Anaïs, n'essaie pas de rentrer dans la voiture, elle est trop près du mur, même si tu étais mince tu n'y arriverais pas"... »

Ce qu'il y a de super cool atroce démentiellement abominable, avec les phrases qui tuent, c'est qu'elles sont comme les mots clés, comme les boutons, comme les tablettes de chocolat blanc au spéculoos et comme la cellulite : quant y'en a plus, y'en a encoooore... elles ne disparaissent jamais, les phrases qui tuent.  Petit florilège de phrases qui tuent bien lourdes bien récentes :

D'une (ex) amie : "Oooh, dingue, sous cet angle-là tu ressembles vraiment à Balasko". (Euh, et à Claudia Chou Fleur ? Non ? Vraiment pas ?)

D'une vendeuse, alors que je fais du shopping avec Mostek, dix ans de moins au compteur : "Vous payez déjà ou vous attendez votre fille ?" (Qui a une kalachnikov à me prêter ?)

D'une autre (ex) amie : "t'as envoyé un manuscrit à un éditeur ?  T'y crois vraiment alors ?" (Euh, et ma main dans ta gu..., tu veux y croire ?)

D’une collègue, de l’air dédaigneux du chat à qui on propose un vieux morceau de poisson pas frais « oh, il est rose, ton nouvel appareil photo… ça fait barbie » (d’abord c’est pas rose, c’est fuchsia).

D'une (future ex) voisine (mais j'aime pô les déménagements) : "Anaïs, j'ai bien pensé à toi, j'ai acheté un superbe petit érable pourpre, pour pas cher en plus, tu sais, comme celui que tu avais, qui a crevé à cause du gel.  Quel dommage hein, il était siiiii beau". (Euh, vivement les prochaines gelées, qu'elles soient fortes et loooongues)

D'une amie, toujours le mot pour rire, quand je lui dis "Dans ce magasin, je m'habille en M", "Aaaaaaah ouiiiiiii ?", d'une voix incroyablement étonnée (bon, ben la Kalachnikov, ça sera du double usage, tant qu'à faire).

De la même (future ex) voisine : "Tiens, me suis offert un joli nénuphar, c'est chouette hein, ça me rappelle quand le tien fleurissait, que c'était joli, vraiment dommage qu'il ne fleurisse plus depuis deux ans". (La mort aux rats, ça tue les fleurs de nénuphars ? Juste pour info hein…)

D'une collègue : "Oh, ton nouveau petit gilet, c'est mauve Milka" (Euh, tu me traites de vache, là ?)

D'une future ex amie : "j'ai un moment pensé à t'inviter à venir manger pour ton anniversaire, vu qu'on n'avait rien de prévu, mais finalement non". (Et dire que c'est ma "meilleure" amie, les autres n'ayant même pas évoqué l'idée de se voir pour l'occasion, rhaaaaaaaaaaa, une île déserte, viiiiiite).

 D’un futur ex pote : "Coucou ça va ? Quoi de neuf ?  Oui, bon, ça fait onze mois que je t’ai pas donné de news, mais tu vas pas te formaliser hein.  Moi, du neuf ?  Oh rien, je me suis juste fait larguer" (Ben voyons, alors on rappelle sa bonne vieille potesse consolatrice dont on n’a pas besoin quand on nage dans le bonheur, ben va faire ta brasse ailleurs).

D'une autre collègue (elles m'en veulent toutes ou quoi ?), "ça va pas Anaïs, t'es vraiment soufflée en ce moment", "ouiii, ça va, j'ai pris deux kilos, je sais hein, on va pas en faire un fromage, même si je suis habillée en mauve Milka".

D’une collègue (je vous le dis, y'a une coalition contre moi), quand je fantasme sur un chanteur brun ténébreux plus jeune que moi « il est plus jeune ! », « oui, ben c’est juste pour fantasmer », « oui, mais trop jeune pour toi, même pour fantasmer » (c’est quelle loi qui empêche de fantasmer sur un plus jeune, voire de passer à l’acte avec lui hein ?)

De ma mère : "Si j'avais su, j'aurais pas eu de mômes." (Euh, et ben moi, si j'avais su, j'aurais pas eu de mère...)

D'un pote : "Tu m'as l'air en forme en ce moment... pas comme y'a quelques semaines, quand tu étais blafarde et déprimée, que tu paraissais dix ans de plus...", (t'as raison, ma main droite aussi est en forme, tu veux une preuve ?)

17:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

8
fév

L'énigme du jour

Nous tentions, Mostek et moi, de trouver les dates du congé de Carnaval.

Mon passé catholique me rappelant que le mardi gras, sauf erreur, c'est 40 jours avant Pâques, because qu'au mardi gras on joue à Grosse Bouffe, avant de faire la diète quarante jours, je commence à chercher la date de Pâques, me disant qu'il me suffira ensuite de déduire 40 jours, et le tour serait joué.

D'ailleurs comme on dit toujours par chez nous "Mardi gras un mardi, Pâques un dimanche".

Pâques tombe le 24 avril, le lundi de Pâques le 25.

Si je calcule bien, je place alors le mardi gras le mardi 15 mars, soit 40 jours avant le 25 avril.

Consultant alors un calendrier belge de congés scolaires, pour en avoir confirmation, je réalise que le mardi gras a lieu le mardi 8 mars.  A moins que le mardi gras se situe après la semaine de congé, ce qui serait tout de même étrange...

Alors, qui peut me dire pourquoi, en Gelbique, le mardi gras tombe 47 jours avant Pâques ?  Pourquoi le carême doit durer 47 jours et non 40 ?

Bon, je fais pas le carême hein, entendons-nous bien, c'est juste pour mon érudition personnelle quoi...

PS : J'ai déniché les dates jusque 2035... et y'a bien un stuut en 2011 : http://www.lexilogos.com/fetes_date.htm.

PS2 : On vient de faire un petit récapitulatif passionnant avec Mostek et La collègue sans surnom, donc pour rappel :

- le mardi gras on bouffe

- le mercredi des cendres (donc le lendemain) on arrête de bouffer

- le vendredi saint, Jésus est mouru

- le dimanche de Pâques (soit normalement quarante jour après le mardi gras) on rebouffe pour fêter la résurrection de Jésus

- le lundi de Pâques Jésus monte au ciel

- le jeudi de l'Ascension Jésus remonte au ciel, euh non y'a un stuut, il fait quoi du coup le lundi de Pâques ? (Je me dois de reconnaître que je pensais que c'était Marie qui montait, alors que non, mes collègues avaient raison, quoique Mostek ait dit "Jésus monte au ciel ? Marie monte au ciel ? Joseph monte au ciel ?", mais sa première proposition était la bonne, pour Mostek hip hip hip hourra

- le lundi de la Pentecôte, l'esprit saint redescend (sans la vieille carcasse de Jésus)

- le lundi de Pâques, j'ai checké, il se passe rien, sinon une éventuelle chasse aux oeufs

- A l'Assomption (je pense que c'est le 15 août), Marie monte au ciel, enfin je pense...

Je vous épargne la Noël, ça tout le monde sait.

Hein que vous savez ?

 

13:24 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (14) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

4
fév

Voyage au cœur de la Sibérie belge

Flash back.  31 décembre 2008.  Toute à ma joie du réveillon à venir, je pars bosser, le cœur léger et le bagage mince (Aznavour).  Deux mètres plus tard, c’est le cœur serré et le bagage toujours aussi mince que je tente en vain de marcher jusque l’arrêt de bus.  Jamais vu ça de ma si courte existence : ma ville entière est une patinoire.  Impossible de trouver le moindre endroit non verglacé.

Au bout de cinquante mètres à marcher comme un canard, je réalise que c’est peine perdue : une fois à l’arrêt, j’attendrai en vain un bus qui ne viendra jamais.  Comme j’ai une conscience professionnelle à toute épreuve, je ne me déclare pas vaincue et j’appelle Mostek, qui vit pas loin de chez moi et part bosser bien plus tard que moi.  Nous décidons que je la rejoindrai chez elle et que nous aviserons en fonction de l’état des routes.  J’entame donc un long périple jusqu’à chez elle.  Par temps sec : 5 minutes.  Avec ce verglas : 30 minutes, entrecoupées de gros jurons, de « c’est quoi ce temps de merde et ce pays de merde », de glissades diverses et variées, dont la pire m’obligeant à m’accrocher à un mur pour éviter la chute.  J’aime vraiment pô ça, le verglas.  Limite si je préfère pas la neige, avant qu’elle ne se tasse : quand on marche dedans, on glisse pas.

Comme Mostek est téméraire, c’est bien en tuture que nous regagnons ensuite le bureau.  Sans encombre.  Le chemin entre l’endroit où elle stationne et la porte qui nous sépare de la chaleur, de la quiétude, des dossiers et des clients horribles charmants est un second désastre pour moi qui n’ai aucun équilibre dès qu’un grain de glace est sous mon pied.

Retour vers le futur, savoir en ce 2 février 2011.  Après un mois de décembre digne du Québec, ces dizaines de centimètres de neige, ces congères jamais vues auparavant, cette gadoue au dégel, dégel qui a duré des jours et des jours, je pensais que l’hiver nous avait quittés.  Oui, ça va, je sais, le printemps c’est le 31 mars, mais pour moi « mars » rime avec « beau temps », et ce dès le 1er jour du mois.  Donc pour moi toujours, l’hiver, c’est plutôt novembre décembre janvier que janvier février mars.  Ça a toujours été ainsi, même si j’ai conscience d’être en décalage par rapport à la véritable météo. 

Alors, en ce 2 février 2011, lorsque j’ai entendu sur Contac’, la radio au dauphin bleu, qu’il fallait faire attention au verglas, qu’il y aurait des perturbations dans les bus et tout, j’ai même pas fait gaffe.  Après avoir affronté décembre, janvier, ça sera finger in the noze, verglas ou pas.

En sortant de chez moi, je tâte cependant le terrain du bout du pied.  Ça glisse pas.  Ni sur mon trottoir, ni sur la route.  Rassurée, j’entame ma marche jusqu’à l’arrêt de mon bolide avec chauffeur.  D’un pas dynamique. 

Au coin de la rue, je repère un suspect.  A cette heure matinale, toute personne croisant mon chemin est suspecte.  Tout animal aussi d’ailleurs.  Le suspect ne bouge pas, il semble penché sur sa chaussure, mais c’est peut-être une tactique pour s’emparer de mon sac lorsque je passerai à sa portée.

Vaillamment, je continue ma route, accélérant le pas.

Et c’est là que je glisse sur une énorme plaque de verglas, cachée sur un trottoir, la garce.  Epaisse et mousseuse, comme si un seau d’eau savonneuse avait été jeté juste avant que je ne passe, exprès.  Nouvelle tactique du suspect ?  Me faire glisser puis me dépouiller ?

Dans ma glissade, je parviens à garder l’équilibre et à ne pas me retrouver les quatre fers en l’air, mais je ne réussis pas à m’empêcher de pousser un cri d’effroi assorti d’un « mais c’est quoi ce truc qui glisse ? »

Et c’est là que le suspect se met à parler.  Enfin la suspecte.  Elle me dit « c’est du verglas ».  Clair et net, j’ai l’air blond avec ma question à six sous posée à haute voix.  Je discute alors avec la suspecte, plus du tout suspecte, qui m’apprend qu’elle est tombée en faisant son jogging, que je dois faire attention et tout et tout.

Je marche ensuite à petits pas prudents vers l’arrêt de bus.  J’attrape un bus, en retard, vu que certains ne circulent pas, et je pars enfin au turbin.

J’y arrive en un morceau.  A l’arrêt, je descends et entame une nouvelle marche jusqu’au bureau.  Bon, « marcher » n’est pas le mot adéquat, vu que le trottoir est une patinoire.  Pire que la mini plaque sur laquelle j’ai failli m’étaler auparavant.  C’était de la gnognotte que cette plaque.  Ici, pas un centimètre carré du trottoir ne semble épargné.

J’avance donc lentement, tel un cygne qui sort de l’eau (Zavez déjà vu un cygne qui marche ?  Il a la grâce d’un pachyderme, une grâce inversement proportionnelle à celle du cygne sur l’eau).  Très lentement.

Et ce qui devait arriver arriva, comme dit toujours ce bon vieux Bob (pas Bob l’éponge, Bob Boutique, le célèbre auteur bruxellois).

Après deux mètres à peine, à l’endroit où le trottoir est en très légère pente, je sens mon pied droit glisser tout seul.  Suivi de mon pied gauche.  Voilà, je vais tomber.  Et je ne saurai jamais me relever, c’est clair et net.  Je cherche du regard quelque chose à quoi me raccrocher et repère quelques branchages de haie, que je saisis prestement.  Bien sûr, si je m’étale, les branches me suivront, je ne me fais aucune illusion.  Alors je tente un rapprochement vers le piquet de béton qui soutient la haie, et je m’y accroche telle une naufragée à sa bouée.  Même accrochée, mes pieds n’ont toujours aucune stabilité.  Alors je reste scotchée à mon poteau.

Et je ris du spectacle que je donne aux automobilistes.  Et je prie pour que, dans la pénombre, ils ne me voient pas.  Et je me dis que ça ne peut pas durer.  Que je ne peux attendre le dégel ainsi.  Que le jour va se lever, que d’autres bus vont arriver, que je dois « mover ».  Que ça fait trente bonnes secondes que je suis immobile, et que ça ne fera pas avancer le schmilblik.

Mais comment faire ?

Revenir en arrière, d’où je viens, là oùsque marcher était encore possible.  Ou presque.

Alors je fais un périlleux demi-tour, je retourne sur mes pas et je me dirige vers la route.  Bingo, elle est pas verglacée, la route.  Alleluia.  Je rejoins ensuite mon bureau par la route, non sans devoir affronter, en Indiana Jones de la Sibérie belge que je suis, divers aléas : une rue à traverser, un trottoir gelé, un nid de graviers scotchés et glissants, de la pierre bleue avide de me faire tomber et un gazon maudit.

Le pire dans tout ça : ce jour, 2 février 2010, est supposé être celui de la fin de l’installation de ma cuisine.  Tout est quasi prêt… manque juste l’essentiel : raccordement de l’évier, placement des taques de cuisson, du frigo et du congélateur.  L’essentiel quoi…  Et chais pas pourquoi, j’ai comme un horriiiiible, un trèèèèès horriiiible pressentiment…

Le meilleur dans tout ça : ce verglas crée des liens.  Il délie les langues, et c’est bien sympa, parfois, un brin de causette le matin.

PS : le verglas n’aura pas entamé la progression des cuisinistes, ouf ouf ouf. Photos suivent…

08:04 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |