19
avr

Ma main me dit…

J'ai donc testé, durant mon atelier d'écriture du jour, l'écriture automatique.

Kekseksa ?  Noircir, dans l'exercice qui m'occupait, une page entière de mon écriture, sans jamais m'arrêter, sous aucun prétexte, quitte à dire n'importe quoi par moment, mais noircir noircir noircir, afin que l'écriture devienne presque automatique.

Le thème : l'estime de soi

Le début du texte : ma main me dit

A insérer : mains baladeuses, la main au panier

J'étais dubitative, même si, quand j'écris pour ce blog, je le fais très vite, tapant à dix doigts aussi vite que j'écris, voire plus vite, mais tout de même, écrire sans m'arrêter, toute une page, sans ponctuation, sans majuscule, en suivant un thème, en insérant des mots, euh, moi y'en a être cap ?

Et bien j'ai adoré cet exercice.  Ma main l'a moins aimé, endolorie qu'elle était, vu que plus j'avançais, plus les idées se bousculaient dans ma tête, plus je devais écrire écrire écrire, en mode quasi automatique, tout bien réfléchi, sans réfléchir, plus spontanément.

Captivante expérience, dont voici le résultat (j'ai ajouté un peu de ponctuation, histoire que vous puissiez respirer) :

Ma main me dit que je n'aurais jamais dû tolérer cela de lui, jamais boire ces deux non ces trois ou alors ces quatre verres de sangria, ne pas accepter ses mains baladeuses sur mon corps chaste, non je rigole, pas si chaste que cela, à mon âge, ma bonne dame, vous pensez bien, mais je n'aurais pas dû succomber à cette tentation, c'était si bon vous voyez.  Sa main dans la mienne, ça faisait si longtemps que je n'avais pas ressenti cela.  Aussi cette douceur, de ses mains fines et quasi imberbes, enchaînées aux miennes, ô my god rien que d'y penser j'en tremble encore, cette sensation lorsque du dos de la main il passait sur ma joue et repassait encore, c'était d'un érotisme fou, mais fou, je ne vous dis que ça, une folie extrême.  Heureusement, nous étions dans un lieu public sinon je ne répondais plus de mon corps et puis tout s'est enchaîné trop vite, si vite, beaucoup trop vite pour moi, hé faut pas pousser non, jamais le premier soir, jamais j'ai dit, six rendez-vous avant le sexe c'est mon amie qui me l'a dit et je n'y dérogerai pas, chuis pas un bout de bidoche moi non mais pour qui il me prend, un verre, une pitta, un peu de musique douce dans un bar à la mode et allez roulez jeunesse, un tendre baiser, deux trois caresses, la main au panier et pif paf pouf c'est réglé au plumard et vogue la galère non non et non deux verres de sangria ça ne suffit pas.  Moi j'ai un honneur à défendre, je veux plus que ça, je veux des rires, je veux des discussions à n'en plus finir, je veux des souvenirs, je veux tout ça et plus encore, je veux une course folle au bord de la mer, je veux des palourdes parce que le mot est joli même si je ne suis pas lourde, je veux une sole alors, avec du vin blanc, et je veux un moelleux au chocolat puis je veux un lit moelleux.  Je veux de la tendresse des caresses ma main dans la tienne ton corps sur le mien comme le chante Suarez.  Je veux tout ça tout ça tout ça et je veux voir, outre le désir dans ses yeux, l'admiration, l'amour, la tendresse, le rêve et l'avenir. Na.

16
fév

« Ecrire, créer, évoluer… »

Joli projet résumé en trois petits mots si importants.  Des mots qui ne sont pas de moi, mais de la créatrice de cet atelier auquel j’ai participé pour la première fois ce jour.  Que du bonheur !  Un atelier menée par Josette Carpentier, que j'ai découvert(e) - l'atelier, l'animatrice - via quelqu'un qui m'avait renseigné, y'a quelques mois, son site, son livre, mais j'ai oublié qui était cette personne, qu'elle en soit remerciée, le tam tam a fonctionné. Et vu que je me creuse la cervelle depuis hier à me dire "mais c'était qui", qu'elle se manifeste...

Ça faisait quelques mois déjà que j’avais envie de tester un atelier d’écriture, mais j’avais le trouillomètre à zéro.  Ecrire sur ce blog est une chose aisée, je le fais quand j’en ai envie, quand j’en ai le temps, je poste, et puis voilà.  Mais écrire à un moment donné de la journée, selon des contraintes horaires, d’après certaines directives, au milieu d’autres personnes, c’est tout autre chose.

Puis j’ai repéré cet atelier de journal créatif, qui allie l’écriture, le collage et le dessin, et ça m’a tentée.  Mais j’ai oublié et, en janvier, je me suis dit qu’il était trop tard… jusqu’à ce que le destin me fasse un petit signe, lundi, en m’envoyant un rappel : il me restait trois jours pour m’inscrire.  Et je n’ai plus hésité, mue par une pulsion soudaine (euh, une pulsion est sans doute toujours soudaine), je l’ai fait.

Et ce jour, après un chtit Quick et une virée à la recherche de ma nouvelle marotte, à savoir les bagues Pylones, que je veux dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (j’ai rien trouvé, dû tout commander, tchu, qué succès), j’ai rejoint le lieu de mon nouvel atelier.  J’ai failli rebrousser chemin une fois sur place, because je trouvais pas où il avait lieu, y’avait que des portes fermées devant moi… la bonne excuse pour filer à l’anglaise et échapper à mes angoisses de la nouveauté, des personnes inconnues, de ma non-créativité, de la page blanche… et j’en passe.

Mais non, Anaïs est courageuse (sic) et elle a demandé son chemin, pour se rendre à son atelier.

Je ne vais rien vous raconter, bien sûr, passque tout cela, c’est entre nous, les participants, c’est confidentiellement confidentiel, c’est notre tranche de vie, d’écriture, de collage, de dessin, de partage aussi, à nous, rien qu’à nous.

Je vais juste vous montrer le résultat d’un des exercices, celui qui m’a le plus touchée, pas durant l’écriture, mais durant la lecture.  Cinq ans et des poussières de mois de blog, les petits zamis, mais jamais je n’avais lu ce que j’écrivais, à haute voix, à d’autres.  Je vous poste mes blablas, vous les lisez (parfois), vous commentez (rarement) et puis voilà.  Mais là, j’ai lu, j’ai été écoutée, et j’ai eu les poils qui se sont dressés à la fin, d’émotion de tout ce que ce texte éveillait en moi, d’émotion de me sentir écoutée aussi, d’émotion d’entendre mes propres mots sortir de ma bouche, pour la première fois.  Sensation incroyable !  Et puis, grande première aussi : ne pas écrire sur mon pc, mais avec un bic, avec ma main, j’avais oublié la sensation que cela faisait…

L’exercice, donc, était de tirer au hasard quatre mots et quatre phrases, puis d’écrire un texte les contenant.  Bon, bien sûr, le terme « radiateurs » et celui « d’apparence innocente » ont évoqué en moi une histoire se terminant d’une façon bien gore, avec des enfants torturés et attachés à des radiateurs, par une gentille mamy, mais j’ai eu peur d’être éjectée illico par les autres, faut pas pousser, pour une première, je devais me tenir à carreau, alors j’ai laissé voguer mon imagination un peu plus, vers quelque chose de plus supportable, et finalement, mon passé a émergé, paf.  Mais je ne vous en dis pas plus, je vous laisse lire !

Les mots : maison, confitures, arbrisseaux, radiateurs

Les phrases : d’apparence innocente, les bruits du monde, ça nous touche, l’enfer c’est

(Si le cœur vous en dit, avant la lecture, faites l’exercice, vous aussi, histoire de comparer nos inspirations réciproques…)

Et mon texte, le voici.  Bien sûr, il est spontané, sans relecture aucune, donc plein de défauts que j’aurais corrigés, si j’avais écrit sur mon pc, comme d’habitude.  Ici, je n’ai pas pu, et finalement c’est peut-être mieux comme ça, comme disait l’autre… Il est très court, aussi, mon texte, une fois dactylographié, alors qu’il me semblait si long sur papier…

Allez, bonne lecture.

Dans sa maison d’apparence innocente, elle s’affairait à ses confitures.  A la fraise, à la rhubarbe, au coing aussi, même si la fraise était sa préférée.  Lorsqu’elle était face à sa casserole, les bruits du monde ne l’atteignaient plus guère, la concentration était sa meilleure amie.  Occasionnellement, elle se rendait au jardin pour y cueillir quelques fruits sur les arbrisseaux qui l’ornaient, lesquels allaient améliorer encore sa préparation.

Une fois celle-ci terminée, elle la mettait à refroidir sur l’appui de fenêtre près des radiateurs durant plusieurs heures, avant de se rendre à la boulangerie la plus proche pour y acheter du pain frais.

De retour à la maison, elle préparait deux tartines, qu’elle emballait soigneusement, les déposait dans son vieux cabas de paille et repartait à petits pas vers le cimetière.  Elle s’installait confortablement devant la tombe de celui avec qui elle ne fêterait jamais ses noces de diamant, dévorait son goûter et lui parlait : « tu vois mon cœur, dix ans déjà que tu es parti, et ça me touche toujours de manger cette confiture que tu chérissais tant.  L’enfer, c’est vraiment la vie sans toi.  Allez, à demain ».

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29
jan

Ce jour-là…

Voici ma deuxième participation au jeu d'écriture du Blog à mille mains, d'après une photo de GabrielleLa première était ici, si ça vous tente de la relire.  Ah ben tiens c'est ma troisième, la vraie première étant ici. (Désolée, les liens cliquables semblent en panne, je demande à Skynet de checker cela)

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Qu’est-ce qu’on a ri ce jour-là.

Qu’est-ce qu’on a déconné, aussi.

C’était la veille de l’ouverture du bar de Mathieu et Ludivine, le Lumat qu’il s’appelle, leur bar.  Ils en avaient tellement rêvé, de leur Lumat.  Lumat comme Ludivine et Mathieu, of course, mais aussi comme lumière du matin.  So poetic.

...

 

Cette histoire est à découvrir en intégralité dans le livre que j'ai écrit à deux plumes avec Rachel Colas :

Histoires à mourir de vivre

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29
jan

Votre Souricette à vous, elle s’appelait comment ?

« Le dimanche, on écrit au lit ».

Pour une fois, ce dimanche, je n’ai pas lu au lit : j’ai écrit au lit.

Je ne vous l’ai pas encore dit, mais en ce moment j’ai envie d’écrire des histoires pour les petits.

J’en ai déjà écrit trois.  J’adore ça, écrire pour les bout’chou.

Je vous entends déjà rire « comment, Anaïs, qui n’a pas de marmots, écrit pour les nôtres, ben voyons, c’est fort de café décaféiné ça ».

Ben non c’est pas fort de café décaféiné.

J’ai écrit des guides où j’apprends aux célibataires à être ordonnées et à cuisiner, moi qui suis désordonnée et ne cuisine pas.

J’ai écrit des histoires de tueurs diaboliques, moi qui n’ai jamais tué personne.

J’ai écrit des histoires d’amour à la vie à la mort, moi qui ne suis pas aimée (c’est là que vous pouvez pleurer).

Donc pourquoi je pourrais pas écrire des histoires pour les petits ?

Ma dernière histoire parle de Souricette, je l’ai écrite ce matin.  Les deux premières, vous demandez-vous, petits curieux ?  Top secret, je vais pas tout vous dire non plus hein, faut préserver le mystère de la marketing Anaïs team (seuls les anciens lecteurs comprendront cette expression).

Souricette, elle a partagé mon enfance.  Elles ont partagé, devrais-je dire, car je me rappelle d’une Souricette au corps psychédélique et d’une autre en vichy rouge, ma mienne.

Je ne l’ai plus, malheureusement, ma Souricette.

Me reste juste cette photo.  Un bout de bonheur dans la maison du bonheur, celle de mon enfance.  A côté de Souricette, un lapin sans nom qui trône encore dans mon grenier, lui.  Et au milieu, c'est mouaaaaa.

Et vous, votre Souricette, elle s’appelait comment ?  On peut voir une photo, pliiiiz ?

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15
sep

L’ordure

Depuis deux heures déjà, Elise regarde cette lettre du coin de l’œil droit.  Elle la regarde sans oser l’ouvrir.  Elle ignore ce qu’elle contient.  Elle sait ce qu’elle contient.  Une lettre d’un notaire ne peut contenir que de mauvaises nouvelles.  Y’a que dans les films que les notaires vous annoncent que vous héritez d’un oncle inconnu, descendant d’une lignée de chercheurs d’or en Amérique, dont le bas de laine avoisine la cagnotte de l’Euromillions.  Et puis d’abord, en Belgique, hériter d’un oncle d’Amérique, ça fait plus la fortune de l’Etat que de l’héritier.  Et puis elle a pas d’oncle aux poches pleines de pépites d’or, elle le sait.

Alors elle n’ouvre pas la lettre.  Car elle sait qu’elle va y apprendre son décès.  Ce ne peut être que ça.  SON décès.  Vingt ans qu’elle n’a plus prononcé son nom.  Vingt ans qu’elle ignore comment l’appeler.  Son géniteur.  Son père.  L’ordure, comme l’a toujours appelé sa mère.  L’ordure.  C’est fort.  C’est dur.  Ça résume tout.  Elle, elle ne l’a plus appelé depuis vingt ans, dans les deux sens du mot « appeler ».  Elle a voulu oublier son numéro de téléphone.  Elle a décidé qu’il ne serait plus rien pour elle.  Certainement pas un papa.  Pas non plus un père. Pas même une ordure.  N’être rien, c’est pire qu’être une ordure, non ?

 

...

 

Cette histoire est à découvrir en intégralité dans le livre que j'ai écrit à deux plumes avec Rachel Colas :

Histoires à mourir de vivre

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