6
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 2

Deuxième vie : l’accident

Je partais à mon cours d’écriture, un samedi que je croyais comme les autres, mais qui ne l’était pas. Il était 14h02, dit le rapport de police, et je ne suis par arrivée au cours, vu que j’ai été renversée par une voiture fuchsia, dit le rapport de police, toujours lui, photo à l’appui, en noir et blanc, avec la voiture portant la trace de la tête ou de mon corps, et mes fringues sur le sol. Heureusement, vu ma mauvaise vue déjà avant, et encore pire maintenant, pas moyen de deviner quel vêtement j’avais. Je ne me souviens de rien, ce qui est sans doute mieux, mais je suis tombée dans les pommes et j’ai été emmenée au CHR ou j’ai subi une opération du cerveau et tout ce qui s’ensuit. J’ai été mise dans un coma artificiel aussi. Tout ça bien sûr, je ne m’en souviens pas, non plus d’avoir été conduite à William Lennox en ambulance (la gloire) le 21 janvier. Comme je le dis souvent, pour moi, comme je n’avais pas conscience de l’accident, ça allait, c’est pour mes proches que c’était le plus dur : Va-t-elle survivre ? Dans quel état ? Pourra-t-elle marcher ? Penser ? Parler ?

Et moi j’ajoute « pisser », car on a beau dire, c’est super important, ça semble naturel, fastoche, mais ça ne l’est pas.

Tout ça, je le répète encore ensuite, mais ne vaut-il pas mieux répéter deux fois que zéro ?

Au début je disais m'appeler Anaïs, alors que j’avais oublié les titres de mes livres. Le cerveau est tout de même étrange quand on me demandait « ils sont biens vos livres ? », je répondais que je n’en avais aucune idée. Avec le recul cette question est débile car même sans avoir eu un accident je me vois mal dire «  non, ils sont nuls à chier, surtout ne les achetez pas ». Qui dirait ça de ses livres, de ses bébés ? Donc quand on m’a demandé mon prénom, au tout début, quand j’émergeais à peine, j’ai répondu « Anaïs », qui est mon prénom d’auteure, pour ne pas mélanger avec mon prénom professionnel (oui, avant je bossais, j’avais un travail sérieux, comme aurait dit le personnage rencontré par le Petit Prince, que j’ai oublié, qui l’eut cru, mais je n’ai pas oublié l’essentiel : j’adorais le Petit Prince). Evidemment, les infirmières ont eu du mal à me suivre, déjà que je parlais anglais, si en plus je me trompais de prénom !

En plus des chats (vous verrez vite, ou je vous le dirai, que je les adore et que j’en ai des tas, tous très jolis (si si) et trois vrais, bien vivants), j’adooooooooooore Scratt, le personnage de l’Age de Glace. Quesque j’ai bassiné une collègue pour l’avoir à l’époque, son Scratt porte-clé, qui est toujours sur ma porte, car à forces de larmoiements, je l’ai reçu.  A William Lennox, j'ai reçu un Scratt « vibrant », c’est un Scratt dur qui a un gland et quand on l’éloigne en tirant sur sa corde (le gland), il revient en vibrant. Il faut connaître Scratt pour comprendre, of course j’ai de suite compris, et ri ri ri, j’adooooooooooooore. La question que je me suis longtemps posée est « qui m’a offert ce Scratt » ? Question que je me pose pour beaucoup de choses, ayant oublié les visites du début (dommage) et les conneries que j’ai pu dire (pas dommage). Finalement, j’ai su que ça venait d’une autre collègue. J’ai dû beaucoup parler de ma passion pour cette bestiole, vu que j’ai reçu un DVD d’une autre collègue avec une petite histoire de Scratt pour un anniversaire d’avant, que je viens de regarder. Tous mes Scratt viennent donc de mes collègues, qu’elles en soient remerciées (amen).

J’ai été opérée à Mont-Godinne en 2013, de l’endométriose, et j’ai participé à une marche ensuite, bref j’étais assez active contre cette maladie, qui ne touche que les femmes (pour faire bref, maintenant que la mémoire m’est enfin revenue sur cette maladie que j’ai – onze mois après l’accident, faut donc jamais perdre espoir, les règles ne sont pas totalement expulsées, et le sang restant cause lésions, douleurs et parfois kistes).

D’alleurs, au début je pensais qu'être à l'hosto suite à l’accident était lié à mon opération de l'endo à mont-godinne, je trouvais les conséquences importantes et je disais « si j'avais su me serais pas faite opérer » - dire que j'ai juste passé une nuit à l'hosto en me plaignant, sans savoir que le pire restait à venir…

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5
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 1

Première vie : avant l’accident

Bah, avant l’accident, nul besoin d’en parler beaucoup, je menais une vie « normale », si tant est qu’on puisse mener une vie normale, mais disons que c’était « métro boulot dodo » quoi. J’allais bosser, je rentrais près de mes trois chats, je mangeais des plats préparés ou les plats de ma voisine (ouais, la cuisine et moi, on faisait trois, et ce n’est pas prêt de s’arranger). Bref une vie banale, sans mari (donc sans homme), sans enfants, mais des chats des chats des chats, en veux-tu en voilà. J’ai toujours adoré ces bestioles, même si j’avais oublié en avoir après l’accident, au point que j’ai dit à ma famille, une fois sortie du coma « c’est quoi ces trois chats, qu’on s’en débarasse, on sera tranquille ». Fort heureusement, je n’ai pas été écoutée. Passque j’ai toujours adoré les chats (je me répète, mais c’est vraiment de l’amour – mon sphinx, qui fait dodo sur mes genoux, confirme), même si j’y suis allergique.

Ouaaaaaais, c’est le comble : chuis allergique au chat (et à la vache, mais on a rarement envie d’adopter une vache, à part un steak dans son assiette, et ce n’es pas ce qui j’appelle l’amour des animaux domestiques).

Toujours est-il que j’ai des chats, non pas un, mais trois, tant qu’à faire. Bon, ce sont des chats anti-allergiques (des cornish rex et des sphinx) et je prends aussi des médocs, et puis je ne dors pas avec, pour avoir une « zone neutre ».

Donc une vie normale, en me plaignant comme tout le monde, de la météo, de devoir me lever tôt pour aller bosser, des restos trop chers, ou pas bons, ou les deux, du magasin bourré de monde, de tout et de rien quoi, sans être consciente de la chance que j’avais d’avoir une vie normale, de regarder la pluie, de bosser, de manger au resto, de faire mes courses, tout et rien quoi.

Puis l’accident est arrivé…

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29
nov

12540

Le nanowrimo se termine demain, je n'ai pas gagné cette fois, je m'en doutais, mais ça m'a aidée et je vais continuer à raconter mon expérience...

Comme le nombre de mots ne s'affiche plus à droite (mystère), je vous l'écris : 12540, un jour je mettrai tout ici, oui oui.

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Mes premiers livres :

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2
oct

Paris 2013 (suite 3)

 

Claire n'est pas majeure. Et pourtant elle part. Demain. A la grande ville, diraient certains. Elle a natté ses longs cheveux noirs et mis sa tenue de scène, pour le plaisir de se plonger déjà dans l'avenir qui l'attend. Sous sa robe blanche vaporeuse de danseuse, elle est totalement nue. Liberté. Liberté chérie, si difficilement gagnée. Au prix de quel effort. Ses pieds nus profitent de ce rare moment de liberté : n'être pas enserrés dans des chaussures douloureusement satinées. Ses orteils pointure 38 se trémoussent. Ils frétillent d'impatience. Ils connaissent leur avenir. Radieux, fiévreux, joyeux. Tandis qu'elle se déplace et remplit sa malle, le voilage de sa robe caresse ses jambes musclées et ses fesses rebondies juste ce qu'il faut. Elle jette, pêle-mêle, ses dessous, ses robes, ses manteaux, ses bottes et ses chapeaux. Elle ne réfléchit pas trop. Peut-être se débarrassera-t-elle directement de ses frusques à son arrivée. Elle ignore encore ce que doit porter un petit rat. Elle se tourne vers son vieil ours en peluche défraîchie, le touche de son long doigt blanc peint de coquelicot et se laisse envahir par la nostalgie. Elle ne l'emmène pas avec elle. Demain, elle quitte son enfance. Elle quitte Hubert l'ours bougon, l'ours réconfort, l'ours trop vieux déjà. Dans sa petite malle, elle glisse sa collection de chaussons, ses justaucorps, ses tutus. Elle ferme les serrures cuivrées du bagage de ses bras minces, les dépose dans le coin de sa chambre, s'assied sur son lit défait, clôt ses yeux et sourit d'aise : demain, tout sera différent. Elle se couche, étend ses longues jambes, pose ses mains sur son ventre plat. Elle est si calme qu'on la croirait morte. A l'intérieur, elle est loin de l'être. Un volcan. Seul le frémissement de ses paupières pourrait la trahir. Elle se tourne, adopte une position foetale, ceint ses jambes de ses bras, laisse le tissu de sa robe la recouvrir, et, tandis que sa tresse glisse doucement le long de son cou, elle glisse dans le sommeil et la nuit qui la séparent de demain.

 

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Je lis les photos, je les dévore, je les décrypte. Je lis les romances aussi, et parfois la poésie. Je lis Paris qui m'héberge depuis trois ans déjà. Je ne choisis jamais mes lectures, elle s'imposent à moi. Elle me narguent jusqu'à ce que je les remarque. L'autre samedi, celui de la pleine lune, j'ai presque trébuché sur ces Fleurs du mal, pour y découvrir cette splendeur « là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». Au fil de mes découvertes, je les installe donc, en piles instables, de part et d'autre de la cheminée de marbre noir. Si la cheminée s'enflamme, ils seront les premiers à périr. Un risque. Tout est risque. Le plaisir est partout, dans une citation qui bouleverse, celle des Fleurs du mal, dans une petite souris suicidaire, qui a bouleversé le petit rat qui vit en moi, dans une traversée spatio-temporelle qui rapproche les âmes, et puis dans ce que je crée, dans ce que je m'invente. Je prends mon pied, lui qui fait mon métier. Je retiens peu mes livres, j'ai une mémoire de petite souris, encore elle, alors je les ausculte régulièrement, dans leur équilibre fragile. Parfois, j'en prends un au hasard, au risque de faire basculer les tours jumelles. Et je le relis. Et je le revis. J'écris partout, sur tout, sur rien du tout. Une tranche de rien, ça peut combler une vie. Ou être écrit. J'écris entourée de mes livres. De mes écrits. De mes chaussons de satin blanc aussi. Ils me rappellent qu'accoucher d'un écrit est parfois aussi difficile qu'accoucher d'une chorégraphie. J'écris sur des feuilles volantes, que j'égare sur le sol du salon. Le parquet en est jonché. Mon chat Molière aime les réchauffer de sa fourrure blonde et brune dont sort un parfum si doux... non, je plagie ! Il aime juste les réchauffer, et y aiguiser ses griffes. J'écris à la plume, légère, vaporeuse comme mes tenues de scène. Avant d'écrire, j'écris. Après avoir écrit, j'écris. Parfois, entre écrire et écrire, je dors, je mange, je bois, je déambule dans Paris. De l'inutile, qui parfois me nourrit. Qui souvent nourrit l'écrit. Mes écrits s'entassent dans les tiroirs de mon vieux secrétaire d'ébène. Ils attendent. Ils vous attendent. J'espère que vous les attendez.

 

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Presque vingt heures déjà. Pourquoi les journées s'écoulaient-elles si vite ? Pourquoi la nuit allait-elle tout envahir si bientôt ? Pourquoi l'éternité ne pouvait-elle être faite que de journées ensoleillées ? Il se sentait philosophe, ce soir. Il se sentait plutôt anxieux, comme chaque soir à l'approche de vingt heures. Il traversa rapidement le passage Jouffroy. Le lanterneau laissait encore passer un faible rai de lumière, alors que les lanternes au gaz venaient d'être mises en fonction par l'allumeur de réverbères. Bientôt, les ampoules allaient remplacer le gaz, et l'allumeur perdrait son travail. Le progrès, c'était le progrès.

 

Il progressa rapidement, tandis qu'une dernière éclaircie traversait la verrière, éblouissant les parisiens pressés. C'est alors qu'il sentit le premier malaise. Il sortit du passage, heurtant une demoiselle en robe aubergine, qui ronchonna quelques reproches, et se précipita vers la brasserie Zéphyr. De loin, il repéra le mot SETTELOIT, dont le reflet dans le miroir l'invitait à descendre aux toilettes. Il était sauvé. Ou presque. Le malaise s'accentuant, au point d'en être douloureux, il courut presque jusqu'à l'escalier qui le mènerait à son refuge, près des toilettes. A côté de la porte ornée d'une photo féminine, face à celle à photo masculine, s'ouvrait une toute petite porte, à hauteur d'épaule, décorée d'un vitrail couleur soleil. Il entra et la referma derrière lui violemment, puis poussa les trois verrous, qui grincèrent doucement. Dans cette pièce unique contenant un lit de métal, la luminosité était quasi imperceptible. Aucune fenêtre, aucun vitrage, aucun miroir. Il ne pouvait plus se voir. Seule l'ombre légère projetée au sol à travers le vitrail doré lui rappela qu'il était enfin en sécurité. Il s'assit sur son lit, tremblant de douleur, ses yeux lançant des éclairs. Il gratta une allumette et vérifia l'heure à sa montre gousset. Vingt heures vingt-trois. Dans sept minutes, la transformation commencerait. A peine s'il distinguait, à la lumière de la flamme en fin de vie, les quelques poils canins qui commençaient à envahir ses mains. A peine si ses canines commençaient à être douleur. A peine si ses paupières se faisaient plus fines. A peine si sa truffe était plus sensible. Sept minutes encore. Il s'attacha au lit d'acier au moyen de grosses chaînes puis attendit.

 

Il ne faisait que ça. Attendre.

 

Attendre la nuit infernale. Attendre la libération. Attendre huit heures.

 

Telle était sa vie.

 

Il se coucha en chien de fusil et attendit le matin.

 

 

 

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2
oct

Paris 2013 (suite 2)

 

Cinquième étage

 

Me voilà au cinquième étage. J'ai passé douze ans au cinquième étage. Mais à mon âge, keske c'est haut, le cinquième étage...

Je vois mon petit cabinet de toilette à l'ancienne. Trop choupinou.

Je vois la cheminée en fonte. Superbe. Une grille. Vais-je entendre les ébats nocturnes de mes voisins du dessus ?

Je vois une terrasse. Aaaaah, une terrasse. Au cinquième. J'y cours, avec mon appareil. Une terrasse. Je sors, je mitraille. Vertige. Je rentre. Je trébuche. Je catapulte mon appareil dans le vitrage. Sain et sauf. Une terrasse. Je bondis de joie, tel un gosse le matin de Noël. Et je ressors, pour photographier encore et encore...

 

Je t'écris de Paris

Je t'écris de Paris. Endormie. 6 heures du mat j'ai des frissons, comme disait la chanson. Le soleil dort encore. Une migraine me ronge les neurones. L'abus d'alcool colombien leur est nuisible. 6 heures du mat à Paris. Que se passe-t-il ? Les travailleurs émergent. Les éboueurs sont en plein taf. Les prostituées pointent la fin de leur journée. Les cafés commencent à se préparer.

Je t'écris de Paris. Assoupie. 7 heures du mat, envie d'un bonbon. J'écris Paris. Écrire Paris à Paris, c'est cliché. Mais c'est bon, comme un bonbon. Du miel. Dans mon bonbon. Du fiel dans mon stylo. Envie d'écrire un homme qui tranche des bides, se repaît des entrailles qui dégringolent sur le sol. On va encore me traiter de folle. J'écris un SDF, c'est bien aussi un SDF. Puis je m'assoupis.

Je t'écris de Paris. Blottie. Encore au lit. 8 heures du mat. Soleil levé. Par la fenêtre, des géraniums me saluent. Une vieille dame va venir les saluer, les arroser, je le sens je le sais, elle viendra à petits pas, puis me racontera son Paris. Celui de la guerre. De l'après-guerre. Paris détruite. Paris reconstruite. Paris revit. Paris folie. Centenaire, ma mémère. Denise Grey en puissance. Bon, toujours personne au balcon, je vais me doucher.

Je t'écris de Paris. Éblouie. 9 heures du mat, je monte le son. L'odeur de café monte jusqu'à ma porte. Le boire, jamais. Mais le humer, à chaque instant s'il vous plait. Sur le balcon, enveloppée dans ma seule serviette de bain, je photographie la vie.

J'ai faim.

 

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