18
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 13 : fatiguée

J’ai toujours été fatiguée mais là ça dépasse l’entendement. Préparer mes tartines m’épuise, couper ma viande m’épuise, marcher m’épuise. Alors, marcher et puis couper ma viande et enfin faire mes tartines, c’est au dessus de mes forces. Aller bosser, je n’ose même pas y penser.

Pourtant, j’aimais ça, bosser à temps partiel, j’aimais mes collègues, mon boss, les clients, même si parfois, comme tout le monde, ils étaient pénibles. Je prenais 2 bus pour y aller. Je marchais, je débranchais l’alarme, je m’installais, je m’absentais quelques minutes pour aller chercher du pain, au retour, je faisais mes recherches, mes projets d’acte, je prenais le téléphone et je disais « au revoir, bonne journée », il était midi et je rentrais chez moi en prenant 2 bus, en marchant, en faisant quelques courses, en mangeant en ville ou chez moi, de temps en temps en nettoyant, en faisant la lessive ou en repassant. Mon Dieu, my God, rien que d’y penser je suis exténuée.

Pourtant, je rêve d’y retourner, de reprendre ma vie, de revoir mes collègues et mon boss, de remonter les escaliers, de redébrancher l’alarme, de redécrocher le téléphone « étude du Notaire… » ,euh….comment il s’appelle déjà ? Bon c’est pas gagné !

Encore quelques mois de « patience », mot bénits ici.

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16
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 12 : 18 ans et non 10 (naaan c'est pas mon âge)

18 ans et non 10

Si ça fait 18 ans et non 10 comme je le croyais, que j’ai plus pris l’avion, c’est parce que ma sœur a compté pour moi et si elle a compté pour moi, c’est parce que je lui ai demandé de comparer ce que j’écrivais avant avec ce que j’écris maintenant et de voir si il y a une quelconque ressemblance. Ouf y’en a une, paraît-il, mon cerveau fonctionne donc un peu.

Lors de mes nombreuses discussions en famille, j’ai appris plein de choses qui n’ont fait qu’ajouter de l’eau à mon moulin vide ou presque. Et c’est là que je parle de mes trois chats, qui sont toute ma vie, et dont j’avais oublié jusqu’à l’existence, parce que ça démontre, si besoin en est, qu’on peut vraiment tout oublier, même le plus important, le primordial de son existence. Lorsque j’ai pu faire un premier retour WE, j’ai bien oublié avoir placé chez moi un poêle moderne avec des galets blancs, que j’ai de suite jugé superbe et une cuisine équipée grise, que j’ai de suite jugé hideuse. Va comprendre, bah, c’est une autre histoire maintenant, rassurez-vous, cette cuisine, je la trouve aussi superbe que mon poêle à galets.

Bon, les trois chats, vlà que je m’éloigne encore du sujet. Ils sont donc trois, mais ils ont été longtemps 2, de 2003 à 2012 on va dire. Gribouille et Praline, les Cornish Rex femelles. Puis le petit troisième, Iguaï, le sphinx, aussi appelé « Toutnu », premier mâle, mais sans poils, avec grain de folie, arrivé en 2012. Tout ça, après mon accident, je l’ai carrément oublié, rayé, zappé. Et quand ça m’est revenu, ce ne fut pas folichon, dirons-nous. La première phrase que j’ai dite, et qu’on m’a répétée, car je ne m’en souviens nullement, couchée que j’étais sur mon lit de douleurs, non, je ris, j’ai oublié je dis, mais c’était sûrement sur un lit, couchée que j’étais, ne sachant pas marcher mais sachant parler puisque j’ai dit « C’est quoi ces trois chats ? Qu’on les tue, on sera tranquille. » Fort heureusement pour moi, ce fut refusé par mes proches…

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14
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 10 : les alligators

Pourquoi j’ai commencé à parler des alligators et de la Floride alors que moi j’aime les chats et la Californie. Parce que tout a commencé avec des exercices que m’a proposés ma logopède, je l’ai déjà dit mais j’adooooooore radoter, contenant des images à décrire ou dont il fallait s’inspirer pour écrire. L’une de ces images, la plus inspirante pour moi, montrait un aéroport. Horreur, malheur. J’ai donc choisi cette image, moi qui n’ai plus pris l’avion depuis 10 ans (en réalité beaucoup plus…).

Et voilà comment à partir d’une photo d’aéroport, je ponds deux pages sur la Floride, la chaleur, ma chute à venir, les alligators, les moustiques et les dauphins, bref tous les animaux possibles et imaginables sauf les chats, que j’ai à peine évoqués dans ces pages. Ce ne sont que les premières bribes d’une mémoire encore défaillante.

Mes chats chéris feront l’objet d’un chapitre entier, gloire assurée.

Un jour, c’était avant le jour fatidique de mon accident, j’ai décidé de prendre l’avion, pas pour aller tout près, facile, mais pour aller à l’autre bout du monde, en Amérique, là où vivent les alligators et les moustiques. J’ai toujours détesté l’avion.

Un mois que je n’en dormais plus, bien sûr, cette peur de l’avion que j’ai depuis toujours, même si on m’a convaincue de partir, avec des jolies phrases (un peu) et des menaces (beaucoup). J’ai pris 28 kilos de bagages, persuadée que les robes mettent souvent de bonne humeur et calment l’angoisse. Raté. Toujours aussi peur que j’ai. J’ai même pris un couteau des fois qu’il y aurait un terroriste parmi les passagers, que je m’empresserais de tuer pour être célèbre et faire la une de la presse à sensations. Mal m’en a pris, j’ai fini à la douane, contrôlée par un monsieur très zélé.

Cinq heures plus tard, je me suis retrouvée dans mon avion vers la Floride, toujours aussi angoissée et persuadée que nous allions tomber.

C’est d’ailleurs ce que je n’ai cessé de me répéter en silence en voyant le circuit de l’avion, de l’Europe à l’Amérique « on va tomber on va tomber on va tomber ».

Heureusement, on n’est pas tombé et on est arrivé en Floride durant la nuit, par une chaleur étouffante, le soleil du côté de ma mer (l’inverse de l’Europe) et la piscine hyper attirante, pour calmer la chaleur. Un bain de minuit avec les moustiques, je me dis « pas mal ». J’ai toujours détesté les moustiques j’ai dit (comme le chantait Vanessa « un mosquito c’est un moustique en colère ou qui galère ») mais en Belgique, il y en a moins, voire très peu, juste la nuit ceux qui font un bruit de dingue quand on dort (enfin quand on essaye de dormir). Je les vois, enfin, je les entends, je les imagine. Ceux de Floride sont pires, les hôteliers ont construit au-dessus des piscines des genres de gros treillis, enfin des moustiquaires quoi, avec deux entrées pour coincer les bêtes. La première fois, j’ai pas pigé que je devais me mettre près de la piscine mais sous la moustiquaire. Je me suis donc mise près de la piscine, face aux moustiques et j’ai été attaquée comme jamais, piquée comme jamais. Parce que ces bestioles piquent même quand on est éveillé, pas comme en Belgique. J’ai vu la bête me piquer et se nourrir de mon sang, miam miam. Rien que ça, la haine !

Le lendemain, les vacances ont vraiment commencé, avec leur lot de visites… 

En Floride, on adore déjeuner. On est parti à 6 (deux voitures) et on a choisi plein d’hôtels (on bougeait tous les jours), sans petits déj inclus, on les prend dans un resto, c’est la fête tous les jours : crêpes, brownies, œufs, sucré, salé, que du bonheur.

Ben j’ai dit deux voitures, mais je ne roule pas ! Déjà à l’époque je détestais conduire, j’ai toujours détesté conduire même si j’avais mon permis. Ouais, je suis une détestophile en puissance. Maintenant, je n’ai plus le droit, j’ai eu un trauma au cerveau que j’ai déjà raconté mais que je vais encore résumer des fois que vous auriez oublié, parce qu’en décembre dernier, sur le trajet de mon cours d’écriture, une voiture de conasse m’a écrasée et envoyée après coma et opération, en revalidation, mais on n’est pas ici pour pleurer dans les chaumières, alors changeons de sujet.

On mange de délicieux petits déj et la mer est un lac plein d’alligators. Le rapport ? Ben aucun ! Je vois cependant des alligators partout, qui me blessent, me font tomber, me mangent, me tuent, limite, pire que l’avion. Limite. Mais j’aime les regarder, contrairement aux avions. Et au lieu de chanter « elle voit des nains partout », je chante « elle voit des alligators partout ». Je les regarde, comme dans un parc, comme à Walibi et moi de chanter sans cesse : « Alligator, Walligator ».

D’abord, le bébé alligator qu’on élève on se demande bien pourquoi. On lui ferme la bouche de peur qu’il morde, le pauvre. Quand je dis « on », il s’agit des soigneurs. Ensuite on va sur l’eau et on roule comme des dingues, pour avoir du  vent. C’est un bateau qui va vite « qu’on dit ». On fait une photo souvenir avec la bête, j’ai nommé l’alligator. Et pendant ce temps, je pense à mon retour en Belgique qui m’angoisse au plus haut point.

On se demande bien pourquoi ça me fait si peur, puisque de toute façon, je vais tomber. A quoi bon y penser puisque ça va se produire.

Bon. La Floride, c’est beau, il fait bon (trop chaud diraient certains râleurs, dont Moi, j’ai toujours détesté la chaleur), il y a plein d’oiseaux, enfin de dauphins dans l’eau, avec des soigneurs qui s’en occupent, des animaux nageurs ça s’appelle, mais je n’en ai qu’un vague souvenir, tellement je pense à ma chute en avion à venir. Et, à me souvenir de ces vacances presque oubliées mais toujours vives dans ma cervelle abîmée par l’accident qui confond encore les mots « oiseaux » et « dauphins », « lait » et « eau », « carotte » et « tomate » et j’en passe.

En Floride, j’ai visité un parc d’attraction, genre Disneyland en pire, on va dire Walibi. Dans un moment de folie, me voilà lancée dans un genre d’ascenseur de maison hantée qui monte et qui descend, vite, vite, vite. Et je descends, vite, vite, vite. Jusqu’à ce qu’on fasse une photo souvenir : me voilà immortalisée, pour toujours, en train d’hurler et de m’accrocher à mon amie (à ce moment là je détestais mon amie).

Je l’ai déjà dit, les alligators sont ma passion et ma terreur. Mais il y a aussi les dauphins, qui ont des oiseaux, enfin des poissons (en fait non ce sont des mammifères) qui respirent et nagent avec des humains, ici avec les soigneurs qui adorent les dauphins, surtout sur une tartine. Au fond, ça se mange le dauphin ? Moi je rêve de nager un jour avec eux, ça restera un rêve, j’ai toujours détesté nager.

Enfin, la Floride est un shopping géant. D’abord, le pays est plein de magasins remplis de vêtements de toutes marques et de toutes tailles. Très peu pour moi, j’ai ce qu’il faut, genre 200 vêtements. Par contre, les magasins qui me plaisent sont ceux pleins de chats, que je n’ai pas encore, c’est parce que maintenant j’en ai 3 dont un Toutnu (dont je parlerai bientôt, promis), et de sapins de Noël remplis de faux chats. On est en août et c’est Noël. Génial. Et il y a des chats. Re génial. J’aime ce pays.

L’autre seul bon souvenir que je garde, j’ai toujours détesté les souvenirs, c’est la route sur les keys, en voiture, avec la mer à perte de vue et les restos improvisés le soir.

J’ai toujours aimé la mer et les restos. J’ai toujours détesté l’avion et ça se confirme aujourd’hui si besoin en est.

Après 15 jours d’angoisse, je remonte dans l’horrible engin, copie on va tomber 3 x , et on ne tombe pas puisque j’arrive à Bruxelles. Je descends, je soupire et je jure qu’on ne m’y prendra plus jamais.

Je rentre chez moi.

Ça fait dix-huit ans. Je n’ai plus jamais pris l’avion. Je déteste toujours l’avion.

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13
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 9 : orthopad

Il y a quelques mois, le médecin a décidé de me cacher un œil puis l’autre avec un scotche, appelé un orthopad ou par moi « un œil ». ça avait pour but d’améliorer ma vue, comme celle des jeunes enfants qui ont parfois ça. Car en plus d’avoir bousillé ma jambe gauche et mon bras gauche, cet accident a aussi bousillé mon œil gauche, sans parler de mon cerveau, gauche et droit cette fois (enfin ça j’en ai déjà parlé).

Comme ça ne marchait pas, à part me faire ressembler à un panda de Pairi Daiza, j’ai vu un super Ophtalmo hyper spécialisé dans la cervelle, à Gembloux qui, avant de m’opérer à Saint-Elisabeth (bisque bisque rage on m’avait promis que je ne passerais pas par l’opération) a voulu, sans grande conviction il est vrai, essayer le prisme, savoir un ajout sexy come tout sur mon œil droit, de – 12 de dioptrie.

Ce qui fut commandé chez l’opticien de chez Dieu qui a ouvert sa boutique et s’est marié, rien n’est parfait. Et est fermé le lundi (jour où j’y suis allée) rien n’est décidément parfait. Je ne l’ai donc pas vu me fabriquer mon prisme mais maintenant je l’ai. Et c’est pire. Je vois double et de travers. Hyper dangereux, quand on marche déjà comme un canard (c’est pas moi qui le dis, c’est ma kiné). Va falloir m’habituer il parait. Mais je vois que dalle avec ce truc. Je marche mal, je porte mal, je vois encore plus mal. Y a de la joie ma parole. Patience patience m’a-t-on dit. Voilà le mot le plus entendu depuis mon accident Je hais la Patience, pas de bol. Enfin, il me reste un bel opticien pour rêver, c’est déjà ça.

Finalement, je serai opérée le 15 janvier 2016, histoire de bien commencer l’année.

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12
déc

Nanowrimo (3ème) : Mes 3 vies - épisode 8

L’autre jour, le jeudi 13 août 2015 (ce n'était pourtant pas un vendredi 13) j'ai pleuré devant l’ascenseur de Lennox et ai été consolée par l'infirmière qui m'a beaucoup aidée et m'a reboosté le moral. Faut dire qu'il en avait besoin vu que je hurlais "on n'avait qu'à me laisser crever en décembre, je serais tranquille et avec le temps tout le monde s'en serait remis". Elle m'a dit une phrase qui fait réfléchir mais cesser de se poser 36000 questions à chaque seconde (qui suis-je où vais-je dans quel état j’erre) "VIS, TU VERRAS". Alors j'ai cessé de pleurer, je suis rentrée dans ma chambre, j'ai pris ma douche et lavé mes cheveux et j'ai attendu le coup de fil de 19h30 qui n'est jamais venu (zaï zaï zaï zaï là là là là là, comme chantait Dassin ou, plus neuf, J 'attends l'amour de mes rêves j'attends l'amour la douceur et la fièvre, comme chantait Jenifer). J'ai beau pleurer sans cesse comme un veau pour le moment, j'ai toujours une chanson en tête malgré tout, ce qui énerve beaucoup de monde et en fait rire d'autres. Comme le coup de fil n'arrivait pas et que suis très très sensible désormais, j'ai à nouveau pleuré comme un veau (pauvre bête, quesqu'elle pleurniche) puis j'ai fait dodo de 20 à 7 h, en rêvant que le téléphone sonnait (mais non). Quand ça va mal donc, ce qui arrive souvent, même si les autres malades croient que je suis toujours de bonne humeur car c'est l'impression que je donne, je me dis que la solution pour moi aurait été d'être morte : pas de coma, pas de rééducation, pas de médecins et pas ses huit mois dans une chambre qui est loin d'être la mienne même si j'ai fini par l'appeler "ma chambre". Le bonheur quoi, si tant est que la mort puisse être le bonheur. Puis quand ça va bien (si on peut aller bien dans mon état), bon quand ça va mieux dirons-nous, je me dis que si je suis là c'est pour une raison, que j'ai un truc à dire, à écrire, à raconter, bref une vie à vivre, même si elle est différente de ce que je pensais. Très différente. Au matin, j'ai encore pleuré (dingue comme le corps humain a en stock des larmes) puis j'ai séché lesdites larmes pour déjeuner, la neuropsy et la kiné.

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