27
fév

Des vieux oncles squelettiques et des cachous

C’était encore un rituel annuel que j’exécrais : rendre visite à la famille de « nuuuuuuuuuuuut » (le nom du village a été expressément remplacé pour préserver l’anonymat des protagonistes).

Dans ma tête d’enfant, ces visites étaient d’une sinistrose extrême.  Tout était démesuré.

L’endroit me semblait à l’autre bout de la terre, triste et sordide.  C’était un restaurant, mais dans mes souvenirs, nous n’y mangions point (je me trompe sans doute, mais je ne garde aucun souvenir d’un quelconque repas).  Nous allions directement dans le fond de l’établissement, où se trouvait un salon enfumé, une pièce interdite au public, sans fenêtre, sombre, ornée de vieux rideaux en velours foncé.  Ambiance film d’horreur.  Là, se trouvait, avachi dans son fauteuil, un vieil oncle très éloigné (j’ignore d’ailleurs si j’avais un quelconque lien de sang avec lui), dont je n’ai bien sûr pas souvenance du prénom.  Il était maigre comme une branche d’arbre séchée, et tellement ridé que son visage ne ressemblait plus à un visage et que ses mains ne ressemblaient plus à des mains.  Elles étaient maigres et tordues, avec une peau fripée et des veines toutes bleus prêtes à exploser.  

Au bout de ces mains, une boite de cachous.  Toujours.  Chaque année.  J’appelle ça des cachous, mais c’était plutôt des bonbons anisés, petits, noirs, surmontés d’une croix.  Et chaque année, il tendait sa petite boîte pour me donner un cachou.  Et chaque année, j’en prenais un.  Cet homme devait être quelqu’un de gentil, pour qui une visite enfantine mettait un peu de joie, peut-être, dans une vie morne, mais il me faisait une peur bleue.  Il me présentait toujours si gentiment ses bonbons, mais dans ma tête d’enfant, je le prenais pour un mort-vivant.  Je me demande même si je ne devais pas m’installer sur ses genoux, argh, j’en frémis d’horreur.  D’année en année, il était toujours là, dans son fauteuil, avec ses cachous.  A croire qu’il n’en bougeait jamais, que ce fauteuil était en fait une chaise percée sur laquelle il passait sa vie en permanence.

A côté de lui, un perroquet.  Dans sa grande cage arrondie.  Coco.  Prénom original.  Seule note colorée dans cette ambiance famille Adams.  Coco, paraît qu’on couvrait sa cage pour qu’il la ferme (dixit môman avec qui j’ai discuté tantes poilues et tontons cachous hier, vous le savez).

Et dans la pièce d’à côté, les cuisines.  Cuisines dont je n’ai gardé qu’un seul souvenir : les discussions sur les tombes à aller « visiter ».  Chaque année.  Des tombes d’illustres inconnus devant lesquelles j’étais censée me recueillir, en bonne petite chrétienne.  Ce que je ne faisais pas.  Cependant, une de ces tombes me traumatisait chaque année.  Celle d’un bébé.  Un bébé de la famille de Monsieur Cachou.  Mort dans ses premiers jours d’existence.  Etouffé dans son berceau, faute d’avoir fait son rôt.  Peut-être une mort subite du nourrisson, dont on ne parlait pas à l’époque.  Un bébé mort, pour l’enfant que j’étais, c’était l’horreur et le drame incommensurable.

J’en ai gardé une obsession des rôts pour les bébés (tout bébé qui passe entre mes mains a intérêt à roter vite, sinon pas de dodo), une aversion pour les petits vieux qui offrent des cachous et une haine des visites de tombes.

Je ne visite jamais aucune tombe.  Jamais.  Parce que je n’ai point besoin d’être devant un bout de marbre pour penser à ceux qui me manquent.  Tant.  De plus en plus.  Et pour toujours.  Je me tourne vers mon cœur, et je pense à eux.  Tout simplement.  A n’importe quel instant.  

Une image issue des studios Pixar, totalement représentative, et qui m’a soudainement fait me rappeler le prénom de ce Tonton Cachou… comme quoi les souvenirs ne demandent parfois qu’à remonter, bigre, je vais en cauchemarder, c’est sûr.

  vieillard

26
fév

Des vieilles tantes, des poils et des cachous

Nuages m’interrogeait, hier, suite à mon billet « des baisers et des pralines » : je cite « Il devait aussi y avoir des vieilles tantes à qui donner des baisers, non, avec des poils ?  En Belgique, il n'y a pas si longtemps, on disait "baise" pour un baiser, ça donnait donc des phrases comme celle-là : "bonne-maman va te donner une grosse baise". Tu as aussi connu cette expression ? »

Une vague de souvenirs m’a alors submergée…

Bien sûr, j’ai connu l’expression « viens que je te donne une grosse baise », à prononcer « bèèèèèèèèèèèèse » ou « bééééééééééééééése », bien sûr.  Bien sûr !  D’ailleurs je suis convaincue que dans certaines contrées retirées, dans certains quartiers (quartchés), voire dans ma rue, ça se dit encore.  C’est sans doute typiquement belge, et ça me fait rien rire.  J’aime bien.  Ça laisse une odeur et une saveur nostalgique et populaire, au sens noble du terme, dans l’air.

Mais venons-en au fait : les vieilles tantes poilues.

Tout le monde a croisé dans son passé une vieille tante poilue.  La mienne était la sœur de mon bon-papa adoré.  Donc ma grand-tante.  Elle avait le même physique que mon bon-papa d’amour : une grosse tête au centre de laquelle trônait un pif énorme, et des lèvres épaisses, énormes, envahissant tout (il semble que les grosses lèvres soient une caractéristique familiale – les baisers gluants dont question au billet qui précède provenaient également de grosses lèvres - caractéristique dont je n’ai malheureusement pas hérité – adieu mes rêves à la Angelina Jolie).  Et si ce physique collait parfaitement à mon bon-papa chéri, dont j’aimais le gros pif et les grosses lèvres pas collantes, sur sa sœur, c’était différent.  Sans doute par manque de tendresse de part et d’autre.  Puis c’était une bonne sœur.  Pas au sens de « bonté », que nenni, plutôt l’inverse.  Au sens catho du terme.  Une sœur.  Une vraie de vraie.  Y’a toujours une nonne dans les familles bien comme il faut non ?  Elle avait toujours ce truc noir sur la tête et cette croix qui pendouillait.  Et ces grosses, mais tellement grosses, lèvres.  Et puis elle devait avoir des poils, oui, au menton.  Sûrement.  Ma bonne-maman d’amour aussi en avait, des poils au menton, mais ça me faisait rire.  Ils étaient blancs.  Et piquants.  Et elle les enlevait à la pince à épiler, ses poils piquants blancs.  Mais voilà, c’était ma bonne-maman et … je vous épargne à nouveau le couplet tendresse.  

Donc oui, une vieille tante poilue, j’ai connu.  Et là, d’un coup, je me dis « mais est-elle toujours vivante, sœur machintruc (honte sur moi, pas moyen de me souvenir ni de son prénom ni de son nom religieux) ? »  Passque bon, je parle au passé… mais qui sait… elle lit peut-être ce blog !

Un coup de fil à môman s’impose.

Je reviens.



Me revoilà (après une heure de discussion : tantes poilues, neveux goulus, futur livre, boulot de merde, drôle de famille et patati et patata…) et je n’ai pas de réponse en fin de compte.  On ne sait pas si elle vit toujours.  Mais sans doute que oui.  Une coriace, la tante poilue, je vous le dis.  Paix à son âme si tel n’est pas le cas.

Et voilà, je cause je cause, je ponds des lignes et des lignes… sans encore avoir abordé le second thème du billet : les cachous.  Ou plutôt l’oncle à cachous.

Ça sera donc pour demain… il se fait tard, et le billet en serait trop long.  Me voici donc partie pour une semaine de « retour dans mon passé ».

Entre-temps, la baise à tous.
 
Et une illu de Missbean... pour toutes les poilues du menton... ou d'ailleurs !
epilation

25
fév

Des baisers et des pralines

Voici le second texte de ma participation au concours Cadeau des Editions de l'Ermitage... 

S’il est une période que j’ai eue en horreur toute mon enfance, c’est celle de la visite annuelle à la famille éloignée.  Vous avez dû connaître ça, vous aussi.  Un morceau de famille éloignée, tellement éloignée qu’on ne trouve rien à dire lors de cette rencontre, ou presque. J’y allais les pieds de plomb, en général à la Toussaint, histoire d’aller fleurir les tombes de lointains ancêtres disparus depuis le siècle dernier.  Je partageais un repas fait de mets inhabituels et infects.  Nous parlions de tout et de rien.  Surtout de rien, d’ailleurs.

Une fois venue l’heure de la séparation, je recevais systématiquement une boîte de pralines.  Oh non, pas des Neuhaus ou des Godiva, même pas des Léonidas.  Une grande boîte remplie de dizaines de petites pralines de piètre qualité, toutes plus immangeables les unes que les autres.  Un kilo de pralines acheté pour moins de cent francs (2,5 eur) au supermarché du coin.  Infectes.  Faites d’un chocolat qui contenait tout sauf du chocolat.  Farcies de mixtures indéfinissables, mais qui avaient un point commun : qu’elles soient composées de crème, de sucre, d’alcool ou de pâte pralinée, tout était mauvais.  Je garde peut-être de cette époque une sainte horreur des pralines, quelles qu’elles soient, même les plus prestigieuses.  Lorsque j’en reçois, je pratique toujours de la même façon : j’en prends une au hasard, je la croque puis, comme je n’aime jamais son contenu, je la jette, et ainsi de suite.  Occasionnellement, j’en découvre une à mon goût.  Rarement.

Mais le pire des cadeaux que je recevais lors de ces réunions familiales traditionnelles, c’était sans doute les baisers que m’offraient les enfants de cette famille si éloignée.  Oh rassurez-vous, de chastes baisers.  Des baisers de gamins prépubères.  De gros baisers.  Bien gras.  Bien collants.  Bien mouillés.  Bien claquants.  Bien sonores.  Bien gluants.  Tellement gluants que j’en gardais les joues mouillées durant plusieurs longues minutes.

Nous partions ensuite.  Nous quittions les lieux jusqu’à l’année suivante.  Moi, boîte de pralines sous le bras, joues encore humides de ces baisers tant redoutés.

A mon arrivée à la maison, j’allais me rincer le visage puis mettre mon kilo de pralines à la poubelle.  Ou bien mettre mes pralines à la poubelle avant de me rincer le visage.

L’ordre avait peu d’importance, le rituel était cependant immuable.

19
jan

Sur un arbre perchée…

(premier texte proposé aux Editions de l'Ermitage pour le concours "Cadeau" organisé en décembre dernier)
 
En ce mois de décembre enneigé de 1979, je grelottais de froid chaque soir dans mon petit lit de fortune (versons une larmichette sur ce passé à la Cosette), mais l'espoir de recevoir un magnifique cadeau à Saint-Nicolas réchauffait tant que faire se peut mon petit cœur.  Ma commande était d’ailleurs prête depuis belle lurette : je voulais l'arbre magique.  Je l'avais vu à la TV (oui, à cette époque, la télévision existait déjà, et en couleurs en plus).  Je savais tout de l'arbre magique : son feuillage vert se soulevait pour laisser apparaître une véritable maison meublée et habitée de petits personnages adorables.  Ils y vivaient avec leur chien, disposaient d'une voiture et je savais qu'avec eux j'allais m'amuser comme un fossoyeur un jour de Toussaint. 
 
Tous les enfants connaissaient l'arbre magique à l'époque.  J'avais donc consciencieusement écrit ma missive au Grand-Saint, me contentant cependant d'indiquer "Bonjour Sint-Nicolas, je veut un arbre majik" (ou quelque chose du genre, mon orthographe de l'époque laissant sans doute un peu à désirer).  J’avais remis la lettre à maman pour qu’elle la transmette à qui de droit.  Et j'étais persuadée que Saint-Nicolas avait la science infuse et me livrerait sans problème l'arbre magique tant espéré.  Saint-Nicolas, il sait tout.
 
Le 6 décembre à l'aube, ayant peu dormi (excitation et impatience obligent), je descendis sur la pointe des pantoufles afin d'enfin découvrir MON arbre magique à moi rien qu’à moi.  Ce fut l'instant fatidique.  De magie il n’était plus question.  Moment dramatique.  Moment où ma vie s'écroula tel un arbre arraché par une tornade.  Point d'arbre magique, ma Bonne Dame.  Un arbre, en effet.  Mais pas un arbre magique.  Point de feuillage qui se soulève doucement pour laisser apparaître une maison meublée et habitée.  Point de petits personnages.  Point de chien.  Point de véhicule.  L'arbre que Père Fouettard (il ne pouvait s'agir que de lui pour m'imposer une telle déception) m'avait livré ne ressemblait en rien à l'arbre de mes rêves.  Objectivement, il était joli cet arbre, c'était l'arbre à Bidibules, des bonzhommes en forme d'œuf, qui regagnaient, au moyen d'un ascenseur, un petit arbre rigolo qui leur servait de demeure.
 
Mais rien n’y fit, ça n’était pas mon arbre magique, que Saint-Nicolas ne m’apporta d’ailleurs jamais, le fourbe.
 
S’il m’entend de là-haut, il est encore temps pour lui de se rattraper…
 
Merci à Laurent, spécialites en Bidibules, pour la photo de cet arbre-souvenir.
arbres

14
jan

Un jour à marquer d’une pierre blanche… ou bleue ?

Pourquoi, me direz-vous ?

Meuh non, c’est pas passque Mostèk a laissé un commentaire sur ce blog, même si ça mérite le détour, Mostèk qui laisse un commentaire, vu qu’en général ça tombe la semaine des quatre jeudis, enfin la semaine où elle est inspirationnée, où ses neurones sont réveillés, où son esprit est éclairé… bref, la semaine des quatre jeudis, c’est clair.  Donc profitez-en, c’est rare, donc précieux, quand la Mostèk laisse un com.  Et puis faut dire que c’est la gloire pour elle sur ce blog : après être dans la BD, la voilà dans un billet (et même deux, puisque je parle encore d’elle).  La gloire je vous dis !  Keske je vais en entendre demain moi.

Donc c’est pas à cause de ça que ce jour est à marquer d’une pierre blanche… ou bleue.

C’est à cause des Schtroumpfs  (les Smurfs, pour nos amis flamands et autres anglophones).  Oui oui, je vous parle de ces petits êtres bleus, qui, il y a longtemps loin d'ici vivaient dans un pays étrange et merveilleux.  Ces p'tits lutins joyeux.  Je vous parle des petits Schtroumpfs, lala lala la-schtroumpf, oui j’ai bien dit les Schtroumpfs, ces petits êtres bleus
Qui sont toujours heureux…

Donc les Schtroumpfs ont cinquante ans aujourd’hui.  On dirait pas, ma bonne Dame, mais sont schtroumpfement âgés déjà, ces petites êtres bleus qui sont toujours heureux (oui, je sais, je vous l’ai déjà faite…).

En grande fan des Schtroumpfs que je fus durant toute mon enfance, et de la Schtroumpfette, et du Grand Schtroumpf, et du Schtroumpf à lunettes, et du Schtroumpfs bêta (qui a dit « qui se ressemble s’assemble », que je lui envoie une schtroumpf dans la schtroumpf ?), je ne pouvais décemment pas ne pas en parler.  

Alors voilà.  J’en ai parlé.  C’est terminé.  Fin du billet.  Et happy birthday.  (et ça rime, zavez remarqué ?)

Et, au fait…

« Petits schtroumpfs attention !
Fuyez votre maison !
Gargamel et son chat
Combinent un plan qui vous perdra »

Je vous aurai préviendus !

(A l’instant précis où je terminais ce billet, Mostèk m’annonçait, sur msn, son retour du WC… et comme je le lui ai dit « j’ai terminé le billet, tu as fini de crotter… chacune sa spécialité » ah la la schtroumpfement bien trouvée, cette tirade, n’est-il point ?)

Et un petit Schtroumpf curieux (admirez sa petite queue, qui sauf erreur, risque d’être la cible de prédilection d’un Schtroumpf noir qui passerait par là, le transformant lui-même en Schtroumpf noir incapable de dire autre chose que « gnap gnap », ô drame…) issu du blog invasion de Schtroumpfs
curieux