5
mai

Ça sent la volaille !

Pour un concours organisé par le blog crêpe georgette, avec BeautyLounge (cf bannière, il fallait illustrer cette image, là, en bas.  Vous imaginez combien ça m'a inspirée, moi qui aime replonger à l'occasion dans mon passé.  Voici donc le résultat, vous pouvez, dès ce 6 mai, lire tous les textes et voter sur le blog.

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L’autre jour, en me promenant, j’ai senti une odeur me chatouiller les narines.  Une odeur tellement particulière.  Une odeur familière, dans un quartier dont j’ignore pourtant tout.

Une odeur de pintadeau.

Le pintadeau de mon enfance.  Bien doré.  Bien tendre également.  Plein de champignons.  Avec un tas d’oignons rissolés.  Et une sauce.  A dévorer avec des frites ou des pommes de terre.

Et me voilà transportée dans la cuisine antique de bon-papa et bonne-maman.

Une bouffée de nostalgie m'a sauté au visage.  Une bouffé d’odeurs, aussi. 

La truite aux amandes, dont je mangeais d’abord les joues.  Les joues, c’est le meilleur de la truite.  Et si elle est saumonée, c’est encore plus mieux.

La grosse soupe avec plein de légumes, et un morceau de couenne de cochon dedans.  Plein de poils, la couenne.  Ben oui, le cochon ça a des poils.  J’aimais pas les poils.  Mais keske j’aimais cette couenne.

Pour rester dans les cochonnailles, le petit lard du nouvel an, fabriqué spécialement pour l’occasion.  A dévorer avec des carottes râpées.  Et du pâté.  Maison, lui aussi.  Un rituel immuable.  Qui se terminait immanquablement par des cerises macérées dans l’alcool.  Des myrtilles aussi, parfois.

Et le roastbeef.  Aaaah, le roastbeef.  Inégalable.  Tout simplement.

Y’avait aussi les poulets, ramenées du marché, tuées immédiatement et plumées par bibi.  Ça puait.  Mais ça puait.  Puis c’était si bon.

Le lapin aussi, déjà évoqué dans ces colonnes.  Le lapin avec lequel je jouais le mercredi.  Que je mangeais le dimanche.  On se disputait les abats.  Trop bons, les abats.

Puis y’avait les desserts.  Le biscuit roulé à la confiture.  La tarte au sucre ou à la cassonade. 

Et les expériences inédites : tenter de faire des galettes avec un minimum de beurre, un minimum de sucre, un minimum d’œufs.  Ça donnait des briques.  Alors je mangeais la pâte crue, j’avais droit à une grosse cuiller. La tarte au sucre avec un minimum de sucre, c’était pas super non plus, mais quel souvenir.

Le choco-mousse, à dévorer bien frais sur une tartine moelleuse.  J’ai la recette, pour perpétuer la tradition.  Je suis parvenue à le réussir, une fois.  A le rater, cinq fois.

Et les madeleines, aaaargh, les madeleines fraîches, encore chaudes.  A engloutir.  Une dans chaque joue, à la manière du hamster.

Puis y’avait la tarte aux fraises décongelées.  Infecte.  Des fraises molles et mouillées, qui faisaient se désagréger le gâteau.  Je feignais de n’avoir plus faim.  Pour ne pas les peiner.

Tous ces souvenirs se sont engloutis dans ma tête ce jour là.  A cause d’une odeur de pintadeau.  Grâce à une odeur de pintadeau.

J’ai faim. 

 
crepe


17
avr

Oh mère-grand, comme tu as de grandes mains

C’est pour mieux te câliner mon enfant !

Fait frisquet.  Mais y’a du soleil.  Alors je saisis le thriller que je dévore depuis hier (j’aime dévorer des livres, ça remplit la cervelle plutôt que l’estomac, et puis point de cellulite avec une brique de papier) - c’est le dernier Marie Jane Clark, je vous en parlerai prochainement dans une chronique lecture – et je décide de profiter de ces moments printaniers.

Je mets mes lunettes de soleil et à moi la terrasse pour une après-midi lecture.

Bon fait frisquet, mais c’est tellement agréable.  Et une vague de souvenirs me revient en mémoire.

Quand j’étais petite, et même quand j’étais adolescente d’ailleurs, voire même quand j’étais jeune adulte, et que j’allais chez ma grand-mère, elle m’incitait toujours à aller m’installer au soleil, dans le jardin.  Elle m’installait un transat à l’ancienne : un siège recouvert de tissus et de ressorts métalliques, qui se transformait, pour autant que l’on ait fait le graduat (enfin maintenant ça s’appelle baccalauréat, je sais) en technique Ikéa, en presque lit.

Je m’installais sur le transat, je le transformais en presque lit, et je lisais des magasines : femme d’aujourd’hui, femme moderne et femme actuelle (y’a sans doute un S à femme pour l’un ou l’autre, mais dans le doute je m’abstiendrai).  

A l’occasion, elle m’apportait un jus d’oranges pressées, un milk shake chocolat fait avec son terrible chocomousse dont j’ai toujours la recette (disponible sur simple demande) ou un petit bâton de côte d’or au lait (le meilleur chocolat du monde et des environs), que je me devais de suçoter le plus longtemps possible, car il n’y aurait pas de second bâton (« préserve tes dents, ma petite Anaïs », me disait-elle).

Puis elle me faisait des « doudouces » sur les jambes, qu’à l’époque j’avais non poilues.  J’ai toujours adoré les « doudouces ».

Pendant ce temps, mon grand-père s’affairait en cuisine ou s’occupait de son potager.  Il adorait son potager.  Son potage aux poireaux était un régal.  Tous ses potages d’ailleurs, auxquels il ajoutait un morceau de couenne de cochon, à déguster sans modération (mais en enlevant à l’occasion l’un ou l’autre poil de l’animal).

Après le repos, je partais à la découverte du jardin sauvage, grignotant au passage une framboise ou une mûre.  Parfois une fraise des bois.  Etrangement, ces fruits sont actuellement mes préférés.

J’allais aussi jouer avec les lapins, les nourrir, les caresser, en attendant le dimanche suivant, où je les mangerais, indifférente à cette mutation de « lapin câlin » en « lapin cuit aux petites oignons ».

A l’occasion, je faisais du parfum avec les pétales de rose mis à ma disposition, j’adorais ça.  Il puait mon parfum.

Le samedi, c’était jour de marché.  On ramenait un poulet.  Vivant.  Mon grand-père le tuait rapido presto, le trempait dans l’eau chaude, et je le plumais.  J’adorais plumer le poulet.  Ça pue, un poulet mouillé.  Mais c’est bon, un poulet grillé.

C’est chouette les grands-parents.

Ça fera bientôt dix ans.  Ça fait plus de dix ans peut-être déjà.  Difficile à dire, l’Alzheimer fait mourir nos proches avant leur véritable mort, y’a pas à dire.  Dix ans presque ou dix ans déjà, peu importe.  Dix ans.  Sans grands-parents.  Mais j’ai bonne mémoire encore.  Et j’ai une mémoire sélective.  J’ai oublié les moments pesants, la messe le dimanche, l’adoration du pape (a-t-on idée), les pointes de sévérité, l’ennui parfois, la salle de bains un peu froide, Visa pour le Monde et l’école des fans.  

Et je ne garde en tête que ces moments d’enfance, ces moments d’adolescence.  

Ces moments « grands-parents ».

Retour à la réalité.  

Le soleil s’est caché.

Les heures ont passé, j’ai fini mon thriller.

Petite illu printanière de Vidalinda… 

que je trouve adorable et qui correspond à ce que je disais récemment : j’ai des pensées à repiquer et des pensées à coucher sur papier…

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26
mar

Ciel, un homme !

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L’autre jour, je suis passée devant mon ancienne école, où j’ai passé les neuf premières années de ma vie scolaire.  J’ai toujours une bouffée de nostalgie en passant dans cette rue pleine de souvenirs.  D’habitude, la grille est fermée et on n’y voit que dalle, sans doute pour protéger les têtes blondes des vilains pédophiles toujours à l’affût de chair fraîche.
 
Mais cette fois, la grille était grande ouverte, m’offrant une vue totale sur « ma » cour de récréation, « mon » préau qui a été remplacé par une classe, « mon escalier » duquel coulait toute cette eau lorsque j’ai provoqué cette fameuse inondation dont je vous ai déjà parlé (pour rappel pour les nouveaux : découvrant, avec ma meilleure amie, un évier bouché, on a eu la super idée de tester « ce que ça donnerait si on ouvrait le robinet à fond », résultat inondation dans toute l’école et trombes d’eau dans les escaliers, à mourir de rire, surtout qu’on n’a jamais su que c’était nous, normal j’étais première de classe et elle seconde, si si j’étais la première je vous le jure, dingue hein, alors zont jamais imaginé qu’on pouvait être cap’ de ça) donc j’ai retrouvé « mon » escalier (d’ailleurs, cet escalier, c’est celui où j’ai failli mourir étouffée par un bonbon, sous les regards inconscients de mes camarades, c’est fou la vie trépidante que j’ai menée et les souvenirs que j’ai dans cet escalier), donc je disais que j’ai retrouvé « mon » escalier, remplacé par un escalier en métal et « ma classe » avec vue sur cour, disparue également because incendie (je le jure devant dieu, je n’ai rien à voir avec cet incendie). 
 
Finalement, plus rien n’est pareil dans mon école, titchu.  C’est pas normal qu’on change tout comme ça, sans avertissement, sans autorisation des anciens.
 
Rien n’est pareil, sauf ce passage.  Ce fameux passage.  Le passage magique.  Tant observé.  Tant craint.
 
Ce passage qui menait à la cour des garçons.  Des hommes.  Ou presque.
 
Ce passage qui menait à une porte toujours fermée, à quadruple tour.  C’était le temps des écoles non mixtes.  Mixtes en maternelle, non mixtes en primaire, comme si, une fois six ans atteints, nous n’avions plus le droit de voir la race inférieure opposée.  (et que celui qui me demande de quel siècle je parle aille directement au coin).  Imaginez, lorsque, par miracle, cette porte s’ouvrait.  C’était la folie.  La curiosité nous tenaillait.  La peur nous terrassait.  Quel stress de tenter d’observer cette race à part.
 
Une fois par semaine, par contre, pour aller en gymnastique, nous franchissions la porte magique pour rejoindre le local ad hoc. Parfois, à l’occasion, nous avions droit à quelques spécimens mâles rougissant sur notre passage.  Quelle aventure !
 
Qué souvenirs que tout ceci.
 
Et puis d’un coup sec, paf, je me suis retrouvée en première rénové.  Dans une autre école.  Mixte.  Angoisse monstrueuse.  Des garçons.  Des hommes. 
 
Le premier jour l’organisation de la classe fut à mourir de rire : une grappe de filles coincées à droite, une grappe de mecs boutonneux à gauche, un vide intersidéral au centre.  Et moi, dans le vide intersidéral.  Car bien sûr, en grande blonde intérieure que j’étais déjà, je suis parvenue à me retrouver toute seule au milieu de ce jeu de quilles, en compagnie d’un garçon tout seul lui aussi.  Jean-François qu’il s’appelait.  J’ai donc partagé le dernier banc avec un garçon.  Un homme.  Et on est devenus potes.  Je vous dis pas les rumeurs et les questions.  Les rires sous cape.  « Anaïs avec un garçon, ouh la menteuse, elle est amoureuse ».  Pourtant non.  Non, rien de plus.  M’enfin, de mon temps, à douze ans, on aimait les Barbies et les Bisounours, pas les fringues de lolita, les garçons et les hauts talons.  Question de génération.
 
Et voilà comment un passage devant mon ancienne école a réveillé tous ces souvenirs.  Aaaah ma bonne Dame, c’était le bon temps… temps de l’insouciance.  Temps de l’innocence.
 
Pour illustrer ce billet, je vais m’adonner à un sport blogguesque répandu il y a quelques temps sur la blogosphère : vous offrir une photo de moi petite…  Oui, vous pourrez le dire dès aujourd’hui : zavez vu Anaïs en photo (pas ravie de devoir prendre la pose, à ce niveau je n'ai pas changé).  Alors, heureux ?
 
moibbrond
et voilà mon école à moi rien qu'à moi de quand j'étais petiote... made by Olivier.  Astuce, je suis à la fenêtre... 
Ecole d'Anaïs 2

 
N'oubliez pas d'aller lire le billet de la Sudinette et celui d'Angie et aussi celui d'Amandine.
Vous pouvez aussi découvrir tous les textes sur le blog (attention majorité en néerlandais) 
 
 

28
fév

Quand j’étais môme (continuons la semaine nostalgie)

Quand j’étais môme, si je voulais m’amuser, je chaussais mes patins à roulettes, deux roues devant, deux roues derrière.  En métal bien lourd.  Adaptables à ma pointure, pour durer une vie.  De rollers en ligne il n’était pas question.

Quand j’étais môme, lorsque je devais préparer une élocution, je me rendais à la bibliothèque, je faisais des recherches durant des heures, des photocopies à la pelle (non, pas des stencils, faut pas abuser).  D’internet ou de google, il n’était pas question.  J’écrivais mon élocution à la main, ensuite, vive le progrès, j’ai eu une machine à écrire sur laquelle il fallait pousser comme une dératée pour qu’elle fonctionne.  Les caractères n’étaient pas effaçables.  D’ordinateur il n’était pas question. 

Quand j’étais môme, pour boire du jus d’orange ou du lait, je décollais le coin de la tétra brik, je le coupais tant bien que mal, et je me servais le breuvage.  D’ouverture sur le dessus au moyen d’un clip et d’un petit sticker, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour appeler mes copines, je devais tourner un gros cercle de plastique pour composer le numéro et parler dans un cornet relié à l’appareil.  De touches digitales ou de sans fil, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, les jeux électroniques, c’était une barre blanche face à une autre barre blanche, qui se renvoyaient une balle carrée.  Le tennis, ça s’appelait.  De 3D ou Wiii il n’était pas question.

Quand j’étais môme y’avait Dallas ou Dynastie.  Point barre.  De Docteur House, Greys Anatomy, Heroes, Lost, Prison Break, Newport Beach, Gilmore Girls, les Expert 1, 2, 3, 4, 5, … il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour corriger mes grosses fautes, j’utilisais du tip-ex liquide bien baveux, qui séchait en plus de cinq minutes.  De correcteur en tape, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, j’achetais des 33 tours.  Et des 45 tours.  Siiiii.  Mais non, pas des 78 tours. Pffff.  Je les ai encore tous.  Sauf que j’ai plus de tourne-disque.  Rien n’est parfait dans la vie.  De CD ou autres fichiers audio il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour participer à un concours, je prenais une carte postale, j’écrivais consciencieusement la réponse, je collais mon timbre et je marchais jusqu’à la boîte aux lettres.  De clic sur « envoyer », il n’était pas question.

Quand j’étais môme, je parlais des heures au téléphone avec mes copines, au grand dam de môman qui venait tous les quarts d’heure me rappeler le coût des communications Belgacom.  De gratuité après 17h il n’était pas question.

Quand j’étais môme j’allais au cinéma dans le salon-TV de ma ville.  Un petit ciné, une petite salle.  De complexe gigantesque avec pop corn à 4,95 eur il n’était pas question.

Quand j’étais môme, lorsque j’avais rendez-vous avec des amies, on fixait l’heure et l’endroit bien avant (« 11h aux escargots », ça ne vous rappelle rien, les namurois ?)  D’appel de dernière minute par G il n’était pas question.

Quand j’étais môme, j’écoutais de la musique sur mon gros walkman dévoreur de piles.  Et De piles rechargeables ou de lecteur MP3, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour prévenir môman d’un retard, j’allais dans une cabine téléphonique, où je glissais quelques piécettes ou une carte Belgacon.  De GSM, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour une opération de l’appendicite on restait une semaine à l’hôpital.  Avec la TV.  Avec des visites.  Des cadeaux.  Des bonbons.  D’hôpital de jour il n’était pas question.

Quand j’étais môme, comme mon ami Larousse l’a si bien dit dans une publicité dont j’étais folle, les souris n’étaient encore que des souris et les puces que des puces.

Parfois, ça me manque, le temps oùsque j’étais môme.

Et une illu de Flo (oui passque j’ai du stock de Flo, de quoi tenir jusqu’à son retour de là-bas au loin, ouf, trois fois ouf)

quandjetaismomept

27
fév

Des vieux oncles squelettiques et des cachous

C’était encore un rituel annuel que j’exécrais : rendre visite à la famille de « nuuuuuuuuuuuut » (le nom du village a été expressément remplacé pour préserver l’anonymat des protagonistes).

Dans ma tête d’enfant, ces visites étaient d’une sinistrose extrême.  Tout était démesuré.

L’endroit me semblait à l’autre bout de la terre, triste et sordide.  C’était un restaurant, mais dans mes souvenirs, nous n’y mangions point (je me trompe sans doute, mais je ne garde aucun souvenir d’un quelconque repas).  Nous allions directement dans le fond de l’établissement, où se trouvait un salon enfumé, une pièce interdite au public, sans fenêtre, sombre, ornée de vieux rideaux en velours foncé.  Ambiance film d’horreur.  Là, se trouvait, avachi dans son fauteuil, un vieil oncle très éloigné (j’ignore d’ailleurs si j’avais un quelconque lien de sang avec lui), dont je n’ai bien sûr pas souvenance du prénom.  Il était maigre comme une branche d’arbre séchée, et tellement ridé que son visage ne ressemblait plus à un visage et que ses mains ne ressemblaient plus à des mains.  Elles étaient maigres et tordues, avec une peau fripée et des veines toutes bleus prêtes à exploser.  

Au bout de ces mains, une boite de cachous.  Toujours.  Chaque année.  J’appelle ça des cachous, mais c’était plutôt des bonbons anisés, petits, noirs, surmontés d’une croix.  Et chaque année, il tendait sa petite boîte pour me donner un cachou.  Et chaque année, j’en prenais un.  Cet homme devait être quelqu’un de gentil, pour qui une visite enfantine mettait un peu de joie, peut-être, dans une vie morne, mais il me faisait une peur bleue.  Il me présentait toujours si gentiment ses bonbons, mais dans ma tête d’enfant, je le prenais pour un mort-vivant.  Je me demande même si je ne devais pas m’installer sur ses genoux, argh, j’en frémis d’horreur.  D’année en année, il était toujours là, dans son fauteuil, avec ses cachous.  A croire qu’il n’en bougeait jamais, que ce fauteuil était en fait une chaise percée sur laquelle il passait sa vie en permanence.

A côté de lui, un perroquet.  Dans sa grande cage arrondie.  Coco.  Prénom original.  Seule note colorée dans cette ambiance famille Adams.  Coco, paraît qu’on couvrait sa cage pour qu’il la ferme (dixit môman avec qui j’ai discuté tantes poilues et tontons cachous hier, vous le savez).

Et dans la pièce d’à côté, les cuisines.  Cuisines dont je n’ai gardé qu’un seul souvenir : les discussions sur les tombes à aller « visiter ».  Chaque année.  Des tombes d’illustres inconnus devant lesquelles j’étais censée me recueillir, en bonne petite chrétienne.  Ce que je ne faisais pas.  Cependant, une de ces tombes me traumatisait chaque année.  Celle d’un bébé.  Un bébé de la famille de Monsieur Cachou.  Mort dans ses premiers jours d’existence.  Etouffé dans son berceau, faute d’avoir fait son rôt.  Peut-être une mort subite du nourrisson, dont on ne parlait pas à l’époque.  Un bébé mort, pour l’enfant que j’étais, c’était l’horreur et le drame incommensurable.

J’en ai gardé une obsession des rôts pour les bébés (tout bébé qui passe entre mes mains a intérêt à roter vite, sinon pas de dodo), une aversion pour les petits vieux qui offrent des cachous et une haine des visites de tombes.

Je ne visite jamais aucune tombe.  Jamais.  Parce que je n’ai point besoin d’être devant un bout de marbre pour penser à ceux qui me manquent.  Tant.  De plus en plus.  Et pour toujours.  Je me tourne vers mon cœur, et je pense à eux.  Tout simplement.  A n’importe quel instant.  

Une image issue des studios Pixar, totalement représentative, et qui m’a soudainement fait me rappeler le prénom de ce Tonton Cachou… comme quoi les souvenirs ne demandent parfois qu’à remonter, bigre, je vais en cauchemarder, c’est sûr.

  vieillard