26
mar

Ciel, un homme !

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L’autre jour, je suis passée devant mon ancienne école, où j’ai passé les neuf premières années de ma vie scolaire.  J’ai toujours une bouffée de nostalgie en passant dans cette rue pleine de souvenirs.  D’habitude, la grille est fermée et on n’y voit que dalle, sans doute pour protéger les têtes blondes des vilains pédophiles toujours à l’affût de chair fraîche.
 
Mais cette fois, la grille était grande ouverte, m’offrant une vue totale sur « ma » cour de récréation, « mon » préau qui a été remplacé par une classe, « mon escalier » duquel coulait toute cette eau lorsque j’ai provoqué cette fameuse inondation dont je vous ai déjà parlé (pour rappel pour les nouveaux : découvrant, avec ma meilleure amie, un évier bouché, on a eu la super idée de tester « ce que ça donnerait si on ouvrait le robinet à fond », résultat inondation dans toute l’école et trombes d’eau dans les escaliers, à mourir de rire, surtout qu’on n’a jamais su que c’était nous, normal j’étais première de classe et elle seconde, si si j’étais la première je vous le jure, dingue hein, alors zont jamais imaginé qu’on pouvait être cap’ de ça) donc j’ai retrouvé « mon » escalier (d’ailleurs, cet escalier, c’est celui où j’ai failli mourir étouffée par un bonbon, sous les regards inconscients de mes camarades, c’est fou la vie trépidante que j’ai menée et les souvenirs que j’ai dans cet escalier), donc je disais que j’ai retrouvé « mon » escalier, remplacé par un escalier en métal et « ma classe » avec vue sur cour, disparue également because incendie (je le jure devant dieu, je n’ai rien à voir avec cet incendie). 
 
Finalement, plus rien n’est pareil dans mon école, titchu.  C’est pas normal qu’on change tout comme ça, sans avertissement, sans autorisation des anciens.
 
Rien n’est pareil, sauf ce passage.  Ce fameux passage.  Le passage magique.  Tant observé.  Tant craint.
 
Ce passage qui menait à la cour des garçons.  Des hommes.  Ou presque.
 
Ce passage qui menait à une porte toujours fermée, à quadruple tour.  C’était le temps des écoles non mixtes.  Mixtes en maternelle, non mixtes en primaire, comme si, une fois six ans atteints, nous n’avions plus le droit de voir la race inférieure opposée.  (et que celui qui me demande de quel siècle je parle aille directement au coin).  Imaginez, lorsque, par miracle, cette porte s’ouvrait.  C’était la folie.  La curiosité nous tenaillait.  La peur nous terrassait.  Quel stress de tenter d’observer cette race à part.
 
Une fois par semaine, par contre, pour aller en gymnastique, nous franchissions la porte magique pour rejoindre le local ad hoc. Parfois, à l’occasion, nous avions droit à quelques spécimens mâles rougissant sur notre passage.  Quelle aventure !
 
Qué souvenirs que tout ceci.
 
Et puis d’un coup sec, paf, je me suis retrouvée en première rénové.  Dans une autre école.  Mixte.  Angoisse monstrueuse.  Des garçons.  Des hommes. 
 
Le premier jour l’organisation de la classe fut à mourir de rire : une grappe de filles coincées à droite, une grappe de mecs boutonneux à gauche, un vide intersidéral au centre.  Et moi, dans le vide intersidéral.  Car bien sûr, en grande blonde intérieure que j’étais déjà, je suis parvenue à me retrouver toute seule au milieu de ce jeu de quilles, en compagnie d’un garçon tout seul lui aussi.  Jean-François qu’il s’appelait.  J’ai donc partagé le dernier banc avec un garçon.  Un homme.  Et on est devenus potes.  Je vous dis pas les rumeurs et les questions.  Les rires sous cape.  « Anaïs avec un garçon, ouh la menteuse, elle est amoureuse ».  Pourtant non.  Non, rien de plus.  M’enfin, de mon temps, à douze ans, on aimait les Barbies et les Bisounours, pas les fringues de lolita, les garçons et les hauts talons.  Question de génération.
 
Et voilà comment un passage devant mon ancienne école a réveillé tous ces souvenirs.  Aaaah ma bonne Dame, c’était le bon temps… temps de l’insouciance.  Temps de l’innocence.
 
Pour illustrer ce billet, je vais m’adonner à un sport blogguesque répandu il y a quelques temps sur la blogosphère : vous offrir une photo de moi petite…  Oui, vous pourrez le dire dès aujourd’hui : zavez vu Anaïs en photo (pas ravie de devoir prendre la pose, à ce niveau je n'ai pas changé).  Alors, heureux ?
 
moibbrond
et voilà mon école à moi rien qu'à moi de quand j'étais petiote... made by Olivier.  Astuce, je suis à la fenêtre... 
Ecole d'Anaïs 2

 
N'oubliez pas d'aller lire le billet de la Sudinette et celui d'Angie et aussi celui d'Amandine.
Vous pouvez aussi découvrir tous les textes sur le blog (attention majorité en néerlandais) 
 
 

28
fév

Quand j’étais môme (continuons la semaine nostalgie)

Quand j’étais môme, si je voulais m’amuser, je chaussais mes patins à roulettes, deux roues devant, deux roues derrière.  En métal bien lourd.  Adaptables à ma pointure, pour durer une vie.  De rollers en ligne il n’était pas question.

Quand j’étais môme, lorsque je devais préparer une élocution, je me rendais à la bibliothèque, je faisais des recherches durant des heures, des photocopies à la pelle (non, pas des stencils, faut pas abuser).  D’internet ou de google, il n’était pas question.  J’écrivais mon élocution à la main, ensuite, vive le progrès, j’ai eu une machine à écrire sur laquelle il fallait pousser comme une dératée pour qu’elle fonctionne.  Les caractères n’étaient pas effaçables.  D’ordinateur il n’était pas question. 

Quand j’étais môme, pour boire du jus d’orange ou du lait, je décollais le coin de la tétra brik, je le coupais tant bien que mal, et je me servais le breuvage.  D’ouverture sur le dessus au moyen d’un clip et d’un petit sticker, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour appeler mes copines, je devais tourner un gros cercle de plastique pour composer le numéro et parler dans un cornet relié à l’appareil.  De touches digitales ou de sans fil, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, les jeux électroniques, c’était une barre blanche face à une autre barre blanche, qui se renvoyaient une balle carrée.  Le tennis, ça s’appelait.  De 3D ou Wiii il n’était pas question.

Quand j’étais môme y’avait Dallas ou Dynastie.  Point barre.  De Docteur House, Greys Anatomy, Heroes, Lost, Prison Break, Newport Beach, Gilmore Girls, les Expert 1, 2, 3, 4, 5, … il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour corriger mes grosses fautes, j’utilisais du tip-ex liquide bien baveux, qui séchait en plus de cinq minutes.  De correcteur en tape, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, j’achetais des 33 tours.  Et des 45 tours.  Siiiii.  Mais non, pas des 78 tours. Pffff.  Je les ai encore tous.  Sauf que j’ai plus de tourne-disque.  Rien n’est parfait dans la vie.  De CD ou autres fichiers audio il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour participer à un concours, je prenais une carte postale, j’écrivais consciencieusement la réponse, je collais mon timbre et je marchais jusqu’à la boîte aux lettres.  De clic sur « envoyer », il n’était pas question.

Quand j’étais môme, je parlais des heures au téléphone avec mes copines, au grand dam de môman qui venait tous les quarts d’heure me rappeler le coût des communications Belgacom.  De gratuité après 17h il n’était pas question.

Quand j’étais môme j’allais au cinéma dans le salon-TV de ma ville.  Un petit ciné, une petite salle.  De complexe gigantesque avec pop corn à 4,95 eur il n’était pas question.

Quand j’étais môme, lorsque j’avais rendez-vous avec des amies, on fixait l’heure et l’endroit bien avant (« 11h aux escargots », ça ne vous rappelle rien, les namurois ?)  D’appel de dernière minute par G il n’était pas question.

Quand j’étais môme, j’écoutais de la musique sur mon gros walkman dévoreur de piles.  Et De piles rechargeables ou de lecteur MP3, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour prévenir môman d’un retard, j’allais dans une cabine téléphonique, où je glissais quelques piécettes ou une carte Belgacon.  De GSM, il n’était pas question.

Quand j’étais môme, pour une opération de l’appendicite on restait une semaine à l’hôpital.  Avec la TV.  Avec des visites.  Des cadeaux.  Des bonbons.  D’hôpital de jour il n’était pas question.

Quand j’étais môme, comme mon ami Larousse l’a si bien dit dans une publicité dont j’étais folle, les souris n’étaient encore que des souris et les puces que des puces.

Parfois, ça me manque, le temps oùsque j’étais môme.

Et une illu de Flo (oui passque j’ai du stock de Flo, de quoi tenir jusqu’à son retour de là-bas au loin, ouf, trois fois ouf)

quandjetaismomept

27
fév

Des vieux oncles squelettiques et des cachous

C’était encore un rituel annuel que j’exécrais : rendre visite à la famille de « nuuuuuuuuuuuut » (le nom du village a été expressément remplacé pour préserver l’anonymat des protagonistes).

Dans ma tête d’enfant, ces visites étaient d’une sinistrose extrême.  Tout était démesuré.

L’endroit me semblait à l’autre bout de la terre, triste et sordide.  C’était un restaurant, mais dans mes souvenirs, nous n’y mangions point (je me trompe sans doute, mais je ne garde aucun souvenir d’un quelconque repas).  Nous allions directement dans le fond de l’établissement, où se trouvait un salon enfumé, une pièce interdite au public, sans fenêtre, sombre, ornée de vieux rideaux en velours foncé.  Ambiance film d’horreur.  Là, se trouvait, avachi dans son fauteuil, un vieil oncle très éloigné (j’ignore d’ailleurs si j’avais un quelconque lien de sang avec lui), dont je n’ai bien sûr pas souvenance du prénom.  Il était maigre comme une branche d’arbre séchée, et tellement ridé que son visage ne ressemblait plus à un visage et que ses mains ne ressemblaient plus à des mains.  Elles étaient maigres et tordues, avec une peau fripée et des veines toutes bleus prêtes à exploser.  

Au bout de ces mains, une boite de cachous.  Toujours.  Chaque année.  J’appelle ça des cachous, mais c’était plutôt des bonbons anisés, petits, noirs, surmontés d’une croix.  Et chaque année, il tendait sa petite boîte pour me donner un cachou.  Et chaque année, j’en prenais un.  Cet homme devait être quelqu’un de gentil, pour qui une visite enfantine mettait un peu de joie, peut-être, dans une vie morne, mais il me faisait une peur bleue.  Il me présentait toujours si gentiment ses bonbons, mais dans ma tête d’enfant, je le prenais pour un mort-vivant.  Je me demande même si je ne devais pas m’installer sur ses genoux, argh, j’en frémis d’horreur.  D’année en année, il était toujours là, dans son fauteuil, avec ses cachous.  A croire qu’il n’en bougeait jamais, que ce fauteuil était en fait une chaise percée sur laquelle il passait sa vie en permanence.

A côté de lui, un perroquet.  Dans sa grande cage arrondie.  Coco.  Prénom original.  Seule note colorée dans cette ambiance famille Adams.  Coco, paraît qu’on couvrait sa cage pour qu’il la ferme (dixit môman avec qui j’ai discuté tantes poilues et tontons cachous hier, vous le savez).

Et dans la pièce d’à côté, les cuisines.  Cuisines dont je n’ai gardé qu’un seul souvenir : les discussions sur les tombes à aller « visiter ».  Chaque année.  Des tombes d’illustres inconnus devant lesquelles j’étais censée me recueillir, en bonne petite chrétienne.  Ce que je ne faisais pas.  Cependant, une de ces tombes me traumatisait chaque année.  Celle d’un bébé.  Un bébé de la famille de Monsieur Cachou.  Mort dans ses premiers jours d’existence.  Etouffé dans son berceau, faute d’avoir fait son rôt.  Peut-être une mort subite du nourrisson, dont on ne parlait pas à l’époque.  Un bébé mort, pour l’enfant que j’étais, c’était l’horreur et le drame incommensurable.

J’en ai gardé une obsession des rôts pour les bébés (tout bébé qui passe entre mes mains a intérêt à roter vite, sinon pas de dodo), une aversion pour les petits vieux qui offrent des cachous et une haine des visites de tombes.

Je ne visite jamais aucune tombe.  Jamais.  Parce que je n’ai point besoin d’être devant un bout de marbre pour penser à ceux qui me manquent.  Tant.  De plus en plus.  Et pour toujours.  Je me tourne vers mon cœur, et je pense à eux.  Tout simplement.  A n’importe quel instant.  

Une image issue des studios Pixar, totalement représentative, et qui m’a soudainement fait me rappeler le prénom de ce Tonton Cachou… comme quoi les souvenirs ne demandent parfois qu’à remonter, bigre, je vais en cauchemarder, c’est sûr.

  vieillard

26
fév

Des vieilles tantes, des poils et des cachous

Nuages m’interrogeait, hier, suite à mon billet « des baisers et des pralines » : je cite « Il devait aussi y avoir des vieilles tantes à qui donner des baisers, non, avec des poils ?  En Belgique, il n'y a pas si longtemps, on disait "baise" pour un baiser, ça donnait donc des phrases comme celle-là : "bonne-maman va te donner une grosse baise". Tu as aussi connu cette expression ? »

Une vague de souvenirs m’a alors submergée…

Bien sûr, j’ai connu l’expression « viens que je te donne une grosse baise », à prononcer « bèèèèèèèèèèèèse » ou « bééééééééééééééése », bien sûr.  Bien sûr !  D’ailleurs je suis convaincue que dans certaines contrées retirées, dans certains quartiers (quartchés), voire dans ma rue, ça se dit encore.  C’est sans doute typiquement belge, et ça me fait rien rire.  J’aime bien.  Ça laisse une odeur et une saveur nostalgique et populaire, au sens noble du terme, dans l’air.

Mais venons-en au fait : les vieilles tantes poilues.

Tout le monde a croisé dans son passé une vieille tante poilue.  La mienne était la sœur de mon bon-papa adoré.  Donc ma grand-tante.  Elle avait le même physique que mon bon-papa d’amour : une grosse tête au centre de laquelle trônait un pif énorme, et des lèvres épaisses, énormes, envahissant tout (il semble que les grosses lèvres soient une caractéristique familiale – les baisers gluants dont question au billet qui précède provenaient également de grosses lèvres - caractéristique dont je n’ai malheureusement pas hérité – adieu mes rêves à la Angelina Jolie).  Et si ce physique collait parfaitement à mon bon-papa chéri, dont j’aimais le gros pif et les grosses lèvres pas collantes, sur sa sœur, c’était différent.  Sans doute par manque de tendresse de part et d’autre.  Puis c’était une bonne sœur.  Pas au sens de « bonté », que nenni, plutôt l’inverse.  Au sens catho du terme.  Une sœur.  Une vraie de vraie.  Y’a toujours une nonne dans les familles bien comme il faut non ?  Elle avait toujours ce truc noir sur la tête et cette croix qui pendouillait.  Et ces grosses, mais tellement grosses, lèvres.  Et puis elle devait avoir des poils, oui, au menton.  Sûrement.  Ma bonne-maman d’amour aussi en avait, des poils au menton, mais ça me faisait rire.  Ils étaient blancs.  Et piquants.  Et elle les enlevait à la pince à épiler, ses poils piquants blancs.  Mais voilà, c’était ma bonne-maman et … je vous épargne à nouveau le couplet tendresse.  

Donc oui, une vieille tante poilue, j’ai connu.  Et là, d’un coup, je me dis « mais est-elle toujours vivante, sœur machintruc (honte sur moi, pas moyen de me souvenir ni de son prénom ni de son nom religieux) ? »  Passque bon, je parle au passé… mais qui sait… elle lit peut-être ce blog !

Un coup de fil à môman s’impose.

Je reviens.



Me revoilà (après une heure de discussion : tantes poilues, neveux goulus, futur livre, boulot de merde, drôle de famille et patati et patata…) et je n’ai pas de réponse en fin de compte.  On ne sait pas si elle vit toujours.  Mais sans doute que oui.  Une coriace, la tante poilue, je vous le dis.  Paix à son âme si tel n’est pas le cas.

Et voilà, je cause je cause, je ponds des lignes et des lignes… sans encore avoir abordé le second thème du billet : les cachous.  Ou plutôt l’oncle à cachous.

Ça sera donc pour demain… il se fait tard, et le billet en serait trop long.  Me voici donc partie pour une semaine de « retour dans mon passé ».

Entre-temps, la baise à tous.
 
Et une illu de Missbean... pour toutes les poilues du menton... ou d'ailleurs !
epilation

25
fév

Des baisers et des pralines

Voici le second texte de ma participation au concours Cadeau des Editions de l'Ermitage... 

S’il est une période que j’ai eue en horreur toute mon enfance, c’est celle de la visite annuelle à la famille éloignée.  Vous avez dû connaître ça, vous aussi.  Un morceau de famille éloignée, tellement éloignée qu’on ne trouve rien à dire lors de cette rencontre, ou presque. J’y allais les pieds de plomb, en général à la Toussaint, histoire d’aller fleurir les tombes de lointains ancêtres disparus depuis le siècle dernier.  Je partageais un repas fait de mets inhabituels et infects.  Nous parlions de tout et de rien.  Surtout de rien, d’ailleurs.

Une fois venue l’heure de la séparation, je recevais systématiquement une boîte de pralines.  Oh non, pas des Neuhaus ou des Godiva, même pas des Léonidas.  Une grande boîte remplie de dizaines de petites pralines de piètre qualité, toutes plus immangeables les unes que les autres.  Un kilo de pralines acheté pour moins de cent francs (2,5 eur) au supermarché du coin.  Infectes.  Faites d’un chocolat qui contenait tout sauf du chocolat.  Farcies de mixtures indéfinissables, mais qui avaient un point commun : qu’elles soient composées de crème, de sucre, d’alcool ou de pâte pralinée, tout était mauvais.  Je garde peut-être de cette époque une sainte horreur des pralines, quelles qu’elles soient, même les plus prestigieuses.  Lorsque j’en reçois, je pratique toujours de la même façon : j’en prends une au hasard, je la croque puis, comme je n’aime jamais son contenu, je la jette, et ainsi de suite.  Occasionnellement, j’en découvre une à mon goût.  Rarement.

Mais le pire des cadeaux que je recevais lors de ces réunions familiales traditionnelles, c’était sans doute les baisers que m’offraient les enfants de cette famille si éloignée.  Oh rassurez-vous, de chastes baisers.  Des baisers de gamins prépubères.  De gros baisers.  Bien gras.  Bien collants.  Bien mouillés.  Bien claquants.  Bien sonores.  Bien gluants.  Tellement gluants que j’en gardais les joues mouillées durant plusieurs longues minutes.

Nous partions ensuite.  Nous quittions les lieux jusqu’à l’année suivante.  Moi, boîte de pralines sous le bras, joues encore humides de ces baisers tant redoutés.

A mon arrivée à la maison, j’allais me rincer le visage puis mettre mon kilo de pralines à la poubelle.  Ou bien mettre mes pralines à la poubelle avant de me rincer le visage.

L’ordre avait peu d’importance, le rituel était cependant immuable.