16
mar

La nouvelle orthographe dans la presse belge

 

Ne fuyez pas à la lecture de ce titre, je ne vais pas vous faire une leçon de français.

J'ai appris ce matin, par Romain Muller, membre du groupe de modernisation de la langue et spécialiste des questions orthographiques, un adorable Monsieur qui a  pris la peine de relire l'intégralité de mon livre « le savoir écrire » pour s'assurer que je n'y racontais pas des bêtises, via la newsletter « orthographe en direct » qu'il gère et à laquelle je suis abonnée, que certains quotidiens belges (la Dernière Heure, la Libre Belgique et le Soir, pour ne pas les citer), se mettaient à l'heure de la nouvelle orthographe (qui n'est plus si nouvelle que cela puisqu'elle date de 1990 et qu'elle fêtera donc bientôt ses vingt ans).

Les éditions électroniques de ces journaux seront donc proposées dans les deux orthographes, ancienne et nouvelle, laissant le choix au lecteur, et indiquant les mots modifiés par la nouvelle orthographe en rouge.  Bonus : un passage de la souris sur ce mot donnera l'explication qui justifie la modification.

Que du bonheur, et point de quoi pinailler, comme aurait dit ma prof de français, adepte déjà de cette réforme, qui m'a bassinée durant trois ans et donné l'envie d'en savoir plus sur cette nouvelle orthographe, à laquelle j'étais au départ opposée, pensant « on va pas changer MON français, j'aime pô les réformes, j'aime que mon français reste intact ».  Avec le recul, après réflexion, et une fois la réforme connue, j'ai changé d'avis.

J'ai donc, dans mon livre, fait la part belle à cette réforme, via une introduction qui explique le pourquoi du comment, via le texte des modifications inséré en fin d'ouvrage, et via, à chaque règle soumise à la réforme, un encart expliquant la variante pour le lecteur.  Ainsi, le lecteur apprend en quoi consiste la réforme petit à petit, et choisit s'il veut l'appliquer ou pas.

Tout ça pour vous dire que j'ai été ravie de voir que la presse belge s'y mettait, mais que j'ai frôlé la crise cardiaque doublée d'une crise de rire en lisant les commentaires laissés par les lecteurs sur le site dhnet.be, qui annonce cette nouveauté dans cet article. 

C'est à mourir de rire.  Mais c'est presque pathétique.  A l'heure où je vous écris, 84 % des internautes se déclarent contre cette réforme.  Mais combien parmi ces 84 % savent exactement en quoi elle consiste ?  Je serais vraiment très curieuse de le savoir...

En lisant les commentaires d'internautes voulant conserver à tout prix LEUR français - commentaires souvent criblés de fautes, c'est le comble du comble - j'ai compris que, presque vingt ans plus tard, le chemin est encore long pour pouvoir écrire, sans être critiquée :

« Je ne cèderai point : les cent-vingt-deux ognons que j'ai laissé pourrir dans mon frigo depuis le mois d'aout finiront dans les lave-vaisselles de ma voisine, même si elle risque une crise de larmes aigüe » (combien de mots « réformés » dans cette phrase sans queue ni tête ?)

En lisant ces commentaires, toujours, j'ai réalisé plusieurs choses :

 - un bon nombre d'internautes pensent que cette réforme vient juste d'entrer en vigueur, qu'elle est limitée à la Belgique et que l'Académie française devrait s'y opposer fermement... - la réforme date de 1990 et a été décidée par l'Académie française et les instances francophones compétentes.

- beaucoup s'accrochent à un français qu'ils sont incapables de pratiquer correctement - alors à quoi bon faire compliqué si on peut simplifier ?

- beaucoup en profitent pour régler leurs comptes avec les enseignants et la jeunesse d'aujourd'hui qui ne vaut plus rien ma bonne Dame - je me demande ce que cette pauvre réforme a à voir avec ça ...

- tous, ou presque, imaginent que cette réforme sert à aicrir en fonétik ou presk - voyons, un peu de sérieux !

- la majorité critique quelque chose dont elle ignore presque tout, et ça me met en colère, très en colère.

- certains pensent que l'ancienne orthographe sera jugée comme « fausse » - c'est ... faux, cela va de soi, les deux orthographes sont autorisées depuis la réforme.

- enfin, beaucoup pensent que la presse devrait d'abord écrire sans faute, avant de se lancer dans l'application de la réforme (sur ce coup-là, je partage un tout petit peu leur avis, mais depuis que j'écris pour la presse et que je réalise à quel point une faute est si vite faite, je suis bien plus tolérante...)

En bref, les internautes critiquent critiquent critiquent, à croire que c'est le seul langage actuel.

Alors, passque j'ai envie de réagir, je vous copie un petit extrait de mon livre, qui explique que cette réforme, c'est bien.  Voilà.  Na.

« Lorsque l'Académie Française a introduit une réforme orthographique en 1990, ayant pour but de simplifier certaines règles, d'aucuns ont crié au scandale.  Comment pouvait-on oser toucher à la sacro-sainte langue française, à une tradition aussi vénérée que la recette des macarons parisiens ou des frites belges !  Il n'en était point question !  Plutôt mourir.

Cependant, si l'on analyse la langue française au fil des siècles, force est de constater qu'elle n'a fait... qu'évoluer.  Vous exigez des preuves ?  Vous avez bien raison.  Toujours exiger des preuves (preuves d'amour, notamment).  Les voici les voilà : trois versions d'un même texte, le début de l'une des Fables de La Fontaine.

Édition originale (dix-septième siècle)
Une Grenoüille vid un Bœuf,
Qui luy sembla de belle taille.
Elle qui n'estoit pas grosse en tout
comme un œuf [...]

Édition de 1802
Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'étoit pas grosse en tout
comme un œuf [...]

Orthographe d'aujourd'hui
Une grenouille vit un bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout
comme un œuf [...]

Tout comme les frites belges se servent actuellement parfois avec du paprika (si, si, je vous l'assure, goûtez et vous m'en direz des nouvelles), tout comme les macarons ne sont plus  uniquement sucrés de nos jours, la langue française a besoin de rester une langue vivante et en constante évolution. 

Pourquoi, dès lors, tenter de la figer inutilement, alors que les simplifications proposées ont pour but d'aider les générations présentes (vous) et à venir (vos enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants etcetera).

Toutefois, les modifications sont recommandées, sans être obligatoires.  Le choix est dès lors laissé au libre arbitre de l'utilisateur de la langue française... à savoir vous (toujours vous, vous êtes la star en fin de compte) et vos enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants etcetera... »

(Extrait du savoir écrire pour les filles - merci de ne pas recopier cet extrait, soumis au copyright, tout comme l'intégralité de ce blog).

Pour tout savoir sur la réforme : http://www.orthographe-recommandee.info/

 

PS : parmi les milliards de fautes trouvés dans ces commentaires d'adeptes du français d'avant 1990, j'en ai trouvé une sympa :

Premier commentaire : « ils sont du à quoi ? »

Correctif :  « Oups "dû", pardon. »

A mourir de rire... ou de désespoir.

 

PS2 : si j'ai fait des fautes dans ce billet, je m'en esscusss platement, chuis énervée... je sais, c'est pas une esscusss mais c'est ma mienne.

 

23
fév

Information incroyablement incroyable

Samedi, j'étais au resto pour un anniversaire.  J'étais malade comme un chien et j'ai donc failli annuler.  Mais je trouvais ça nul de ne pas être présente à l'annif d'une amie... d'autant que c'est moi qui avais le cadeau, argh.  J'ai donc, après avoir somnolé toute la journée, pris une douche sur le tard, douche qui m'a exténuée, je me suis ensuite reposée (comme c'est original), puis je suis allée au resto, ou plutôt je m'y suis traînée, toujours aussi molle.  Afin d'oublier ma santé fragile (vous pouvez verser une larme, je comprendrai), j'ai décidé de noyer mon chagrin et mes microbes dans l'alcool.  Après un chtit apéro, ça allait d'ailleurs vachement mieux.  Ah, l'alcool, ya que ça de vrai pour soigner tous les bobos, chagrins d'amour ou autres (la loi m'oblige cependant à apporter la précision suivante "buvez avec modération, ne conduisez pas après avoir bu, l'alcool peut provoquer des cancers et rendre débile et patati et patata").

"Où veut-elle en venir ?", vous demandez-vous, songeurs, angoissés et inquiets.  Je vous comprends. 

Je ne vais pas vous raconter que j'ai pris une escalope pleine de fromage, de tomate, de gras et de pâtes, un régal qui dépasse l'entendement.  Que le dessert c'était un tiramisu plein de bougies et qu'on a chanté "happy birthday to you" version accélérée.  Qu'on a vraiment bien ri et tout et tout.  Tout ça est banalement banal.

Ce que je veux vous révéler, c'est une chose sidérante.  Digne de l'enquête sur le watergate.  Digne de la machination qui a provoqué la mort de Kennedy.  Digne du mystère du triangle des Bermudes.  Digne d'une enquête sur la pousse des poils en été.

Asseyez-vous.

J'ai appris une chose dont je ne me suis toujours pas remise.

Ma vie ne sera plus jamais pareille.

Samedi, un pan de mon passé m'a sauté au visage, en découvrant une information incroyablement incroyable : qui est Mademoiselle Toutlemonde.  Ou plutôt qui était Mademoiselle Toutlemonde, puisque sa chronique dans Flair s'est interrompue il y a un petit temps déjà.

Bien sûr, seules les fans de Mademoiselle Toutlemonde comprendront et partageront mon émotion.  Mais ses fans sont nombreux, j'en suis convaincue.  Car Mademoiselle Toutlemonde, elle n'était pas comme tout le monde justement.  Semaine après semaine, les lectrices de Flair ont partagé sa vie, sa grossesse, ses rires et ses larmes.  Mademoiselle Toutlemonde a marqué les esprits au même titre que les Schtroumpfs, Tintin ou Candy.  Et oui...

Et j'ai donc mangé avec une de ses amies.  Et maintenant je connais le véritable nom de Mademoiselle Toutlemonde.  Je n'en reviens toujours pas.  Vous non plus hein ?  Dingue hein !  Fou hein !  Incredible hein !

Me reste à manger avec Mademoiselle Toutlemonde, et je pourrai mourir tranquille (et moins idiote, sans doute).

Qui est-elle ?  Mais vous n'y pensez pas, voyons.  J'ai juré de tenir le secret, sur ma propre tête.  Nan, même sous la torture, je ne dirai rien, est-ce bien clair ?  Mais si vous avez des actions chez Strelli, Farniente ou Darcis, contactez-moi en privé...

 

21
mai

Chantal - ze come back de la mort qui tue

Il y a un petit temps déjà, j’ai vu que Chantal revenait.  Ze come back.  Ze big come back qui déchire.  Comment ça kééé Chantal ? Ben Chantal Goya une fois.

J’ai d’abord cru à un nouvel album.  Mais non, elle revient avec ses big succès intergalactiques.  Ses chansons qui ont bercé mon enfance : Guignol, Babar, Snoopy, Polichinelle, Pandi Panda, le chat botté...  Sans oublier Voulez-vous danser grand-mère, Le lapin (qui a tué un chasseur), les malheurs de Sophie, adieu les jolis foulards, Bécassine et Guignol, et j'en passe.

Mais connaissez-vous Papa Ballon ? 

J’ai tellement pleuré sur cette chanson, surtout au moment oùsque Papa Ballon s’envole au paradis emporté par ses ballons bouhouhouhouhou houhouhouhouhouhou houhouhouhouhou houhouhouhouhou grnffffffffffffffffllllllllllllllll (reniflement caractéristique de la pleureuse qui a la morve qui dégouline).  J'ai presqu'autant pleuré que sur Le petit chien perdu de la Bande à Basile (quelle culture !).  Presque.  Passque le petit chien perdu, c'est encore plus trisssss'.

Et bien moi, je vous le dis, j’ai franchement sincèrement absolument envie d’aller voir Chantal Goya en concert.  Histoire de déguster un petit bout d'enfance.  Et le premier qui rira aura une tapette...

PAPA BALLON
(Paroles : Roger Dumas, musique : Jean-Jacques Debout)


C’était un pauvre vieux marchand de ballons
Et nous autres on l’appelait Papa Ballon
Il y en avait de toutes les couleurs
Et pour nous autres c’était un vrai bonheur
Car chaque jour avec l’argent des ballons
Il disait : « Tenez mes enfants, allez donc
Vous acheter un petit peu de bonheur »
Alors nous on lui chantait du fond du cœur :

Papa, au clair de la lune
Papa, nous ferons fortune
Papa et ce jour là nous t’emmènerons Papa Ballon
Papa, au clair de la lune
Papa nous ferons fortune
Papa alors plus jamais nous ne te quitterons

Il dormait dans un pauvre cabanon
Mais c’était un merveilleux Papa Ballon
Il nous disait toujours : « mes pauvres enfants
Je suis vieux et je n’ai pas besoin d’argent »
Mais il nous achetait ce que nous voulions
Et le soir quand il nous jouait du violon
Il nous disait qu’une fée veillait sur lui
Alors nous on lui répondait : « c’est promis »

Papa, au clair de la lune
Papa, nous ferons fortune
Papa et ce jour là nous t’emmènerons Papa Ballon
Papa, au clair de la lune
Papa nous ferons fortune
Papa alors plus jamais nous ne te quitterons

Puis un jour il nous a dit: « Allons, allons
Vous n’avez plus besoin de Papa Ballon
Adieu donc puisqu’à présent vous êtes grands »
Et tout à coup là-haut dans le firmament
Emporté tout doucement par ses ballons
Nous avons vu s’envoler Papa Ballon
Il avait l’air si heureux à cet instant
Qu’on chantait encore un peu en se quittant :

Papa, au clair de la lune
Papa, nous ferons fortune
Papa et ce jour-là tu nous manqueras Papa Ballon
Papa, au clair de la lune
Papa, nous ferons fortune
Papa mais tu sais que jamais nous ne t’oublierons
Papa, au clair de la lune
Papa, nous ferons fortune
Papa mais nous n’oublierons jamais Papa Ballon

goya

5
mai

Ça sent la volaille !

Pour un concours organisé par le blog crêpe georgette, avec BeautyLounge (cf bannière, il fallait illustrer cette image, là, en bas.  Vous imaginez combien ça m'a inspirée, moi qui aime replonger à l'occasion dans mon passé.  Voici donc le résultat, vous pouvez, dès ce 6 mai, lire tous les textes et voter sur le blog.

beautylounge4

L’autre jour, en me promenant, j’ai senti une odeur me chatouiller les narines.  Une odeur tellement particulière.  Une odeur familière, dans un quartier dont j’ignore pourtant tout.

Une odeur de pintadeau.

Le pintadeau de mon enfance.  Bien doré.  Bien tendre également.  Plein de champignons.  Avec un tas d’oignons rissolés.  Et une sauce.  A dévorer avec des frites ou des pommes de terre.

Et me voilà transportée dans la cuisine antique de bon-papa et bonne-maman.

Une bouffée de nostalgie m'a sauté au visage.  Une bouffé d’odeurs, aussi. 

La truite aux amandes, dont je mangeais d’abord les joues.  Les joues, c’est le meilleur de la truite.  Et si elle est saumonée, c’est encore plus mieux.

La grosse soupe avec plein de légumes, et un morceau de couenne de cochon dedans.  Plein de poils, la couenne.  Ben oui, le cochon ça a des poils.  J’aimais pas les poils.  Mais keske j’aimais cette couenne.

Pour rester dans les cochonnailles, le petit lard du nouvel an, fabriqué spécialement pour l’occasion.  A dévorer avec des carottes râpées.  Et du pâté.  Maison, lui aussi.  Un rituel immuable.  Qui se terminait immanquablement par des cerises macérées dans l’alcool.  Des myrtilles aussi, parfois.

Et le roastbeef.  Aaaah, le roastbeef.  Inégalable.  Tout simplement.

Y’avait aussi les poulets, ramenées du marché, tuées immédiatement et plumées par bibi.  Ça puait.  Mais ça puait.  Puis c’était si bon.

Le lapin aussi, déjà évoqué dans ces colonnes.  Le lapin avec lequel je jouais le mercredi.  Que je mangeais le dimanche.  On se disputait les abats.  Trop bons, les abats.

Puis y’avait les desserts.  Le biscuit roulé à la confiture.  La tarte au sucre ou à la cassonade. 

Et les expériences inédites : tenter de faire des galettes avec un minimum de beurre, un minimum de sucre, un minimum d’œufs.  Ça donnait des briques.  Alors je mangeais la pâte crue, j’avais droit à une grosse cuiller. La tarte au sucre avec un minimum de sucre, c’était pas super non plus, mais quel souvenir.

Le choco-mousse, à dévorer bien frais sur une tartine moelleuse.  J’ai la recette, pour perpétuer la tradition.  Je suis parvenue à le réussir, une fois.  A le rater, cinq fois.

Et les madeleines, aaaargh, les madeleines fraîches, encore chaudes.  A engloutir.  Une dans chaque joue, à la manière du hamster.

Puis y’avait la tarte aux fraises décongelées.  Infecte.  Des fraises molles et mouillées, qui faisaient se désagréger le gâteau.  Je feignais de n’avoir plus faim.  Pour ne pas les peiner.

Tous ces souvenirs se sont engloutis dans ma tête ce jour là.  A cause d’une odeur de pintadeau.  Grâce à une odeur de pintadeau.

J’ai faim. 

 
crepe


17
avr

Oh mère-grand, comme tu as de grandes mains

C’est pour mieux te câliner mon enfant !

Fait frisquet.  Mais y’a du soleil.  Alors je saisis le thriller que je dévore depuis hier (j’aime dévorer des livres, ça remplit la cervelle plutôt que l’estomac, et puis point de cellulite avec une brique de papier) - c’est le dernier Marie Jane Clark, je vous en parlerai prochainement dans une chronique lecture – et je décide de profiter de ces moments printaniers.

Je mets mes lunettes de soleil et à moi la terrasse pour une après-midi lecture.

Bon fait frisquet, mais c’est tellement agréable.  Et une vague de souvenirs me revient en mémoire.

Quand j’étais petite, et même quand j’étais adolescente d’ailleurs, voire même quand j’étais jeune adulte, et que j’allais chez ma grand-mère, elle m’incitait toujours à aller m’installer au soleil, dans le jardin.  Elle m’installait un transat à l’ancienne : un siège recouvert de tissus et de ressorts métalliques, qui se transformait, pour autant que l’on ait fait le graduat (enfin maintenant ça s’appelle baccalauréat, je sais) en technique Ikéa, en presque lit.

Je m’installais sur le transat, je le transformais en presque lit, et je lisais des magasines : femme d’aujourd’hui, femme moderne et femme actuelle (y’a sans doute un S à femme pour l’un ou l’autre, mais dans le doute je m’abstiendrai).  

A l’occasion, elle m’apportait un jus d’oranges pressées, un milk shake chocolat fait avec son terrible chocomousse dont j’ai toujours la recette (disponible sur simple demande) ou un petit bâton de côte d’or au lait (le meilleur chocolat du monde et des environs), que je me devais de suçoter le plus longtemps possible, car il n’y aurait pas de second bâton (« préserve tes dents, ma petite Anaïs », me disait-elle).

Puis elle me faisait des « doudouces » sur les jambes, qu’à l’époque j’avais non poilues.  J’ai toujours adoré les « doudouces ».

Pendant ce temps, mon grand-père s’affairait en cuisine ou s’occupait de son potager.  Il adorait son potager.  Son potage aux poireaux était un régal.  Tous ses potages d’ailleurs, auxquels il ajoutait un morceau de couenne de cochon, à déguster sans modération (mais en enlevant à l’occasion l’un ou l’autre poil de l’animal).

Après le repos, je partais à la découverte du jardin sauvage, grignotant au passage une framboise ou une mûre.  Parfois une fraise des bois.  Etrangement, ces fruits sont actuellement mes préférés.

J’allais aussi jouer avec les lapins, les nourrir, les caresser, en attendant le dimanche suivant, où je les mangerais, indifférente à cette mutation de « lapin câlin » en « lapin cuit aux petites oignons ».

A l’occasion, je faisais du parfum avec les pétales de rose mis à ma disposition, j’adorais ça.  Il puait mon parfum.

Le samedi, c’était jour de marché.  On ramenait un poulet.  Vivant.  Mon grand-père le tuait rapido presto, le trempait dans l’eau chaude, et je le plumais.  J’adorais plumer le poulet.  Ça pue, un poulet mouillé.  Mais c’est bon, un poulet grillé.

C’est chouette les grands-parents.

Ça fera bientôt dix ans.  Ça fait plus de dix ans peut-être déjà.  Difficile à dire, l’Alzheimer fait mourir nos proches avant leur véritable mort, y’a pas à dire.  Dix ans presque ou dix ans déjà, peu importe.  Dix ans.  Sans grands-parents.  Mais j’ai bonne mémoire encore.  Et j’ai une mémoire sélective.  J’ai oublié les moments pesants, la messe le dimanche, l’adoration du pape (a-t-on idée), les pointes de sévérité, l’ennui parfois, la salle de bains un peu froide, Visa pour le Monde et l’école des fans.  

Et je ne garde en tête que ces moments d’enfance, ces moments d’adolescence.  

Ces moments « grands-parents ».

Retour à la réalité.  

Le soleil s’est caché.

Les heures ont passé, j’ai fini mon thriller.

Petite illu printanière de Vidalinda… 

que je trouve adorable et qui correspond à ce que je disais récemment : j’ai des pensées à repiquer et des pensées à coucher sur papier…

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