8
jui

Quand j’ai de la merde dans les oreilles…

(Les prénoms, les lieux et tout et tout ont été modifiés, pour préserver l’anonymat des protagonistes).

Voilà une expression empruntée à « Nouvelle star » pour le billet du jour.  Un billet que j’ai envie de vous faire depuis un bail déjà, mais j’attendais d’avoir de la matière.  Tout bien réfléchi, je n’en ai pas beaucoup plus, mais soit, il est temps.  It’s time.

Durant un repas entre amis à le week-end dernier, à Bras, nous étions tous dehors, à profiter de la chaleur ambiante, emmitoufflés dans des plaids et collés à un brasero, lorsque, soudain, envie soudaine (vous aurez compris que ce fut décidé soudainement) : chanter.

Et nous vlà parti dans un délire, à chanter plein de vieux trucs français trop trop bons trop trop pleins de souvenirs trop trop que j’adore ça.

Et puis, Ronny de chanter « ils parlaient de Francis et des coups de grisous… (Au Nooooord c’était les corons – et non les chorons, qui est une sauce, qu’on se le dise, private joke) ».

Gros blanc.  Gros silence.  Euh, ils parlaient de Francis ?  Gros fou-rire.  Sauf que, ça doit pas être Francis, mais j’avoue que je sais pas de quoi ils parlaient, tout bien réfléchi.  Mais Ronny est convaincu : ils parlaient de Francis, sans doute un mineur bien connu à l’époque.  Oui, bon, soit, why not.  Quelqu’un suggère cependant « 36 », année d’un drame des mines sans doute.  Direction notre pote Google, qui nous confirme qu’ils parlaient bien de 36.

Gros fou-rire bis.

Pas un rire moqueur, non, passque moi, en matière de chansons pigées n’importe comment, je suis la reine.

Des exemples ?

Des exemples.

La meilleure des meilleures date de mon adolescence, du temps oùsqu’on sortait danser chaque samedi, du temps oùsqu’on se déhanchait sur Sinbad in New-York… en hurlant comme des hystériques « Sinbad in New-York, oh, Sinbad in New-York ».  Jusqu’au moment où, morte de rire, une amie nous a corrigées : pas Sinbad in New-York… sing Allelujah…  Oups.

Ensuite, la classique, celle que tout le monde a chanté de la sorte « c’est Noël c’est Noël c’est Noël », par Enya.  En fait, Sail away, je pense.

La plus ridicule, made by myself alone « j’veux un disque, de funky musique, for brosse à dents ».  Longtemps, je me suis demandé pourquoi ce mélange d’anglais (for) et de français (brosse à dents), ainsi que le rapport entre la funky musique et les brosses à dents.  Jusqu’à ce que, vingt ans plus tard, je découvre les paroles « j’veux un disque, de funky musique, faut que ça danse ».

Enfin, la plus « pas erreur finalement ».  Du temps oùsque je matais Dirty Dancing en fantasmant sur Patrick, du temps oùsque je collais plein de photos de lui dans mon journal intime (que j’ai toujours, vous voulez voir ?), du temps oùsque j’écoutais en boucle She's like the wind, chantée par himself, du temps oùsque j’avais recopié les paroles, dont « I look in the mirror, and all I see, is an young old man »‏.  Et je me disais que c’était étrange qu’il y voie un « jeune vieil homme ».  A l'époque, on n'avait rien pour trouver les paroles de chansons, pas d'internet, rien que du silex et des parchemins.  Et bien finalement, merci Google, c’était les bonnes paroles.  Pour une fois que je comprenais que je comprenais mal, je comprenais bien, et je l’ai compris bien tard (vous suivez ?).

 

 

La plus récente, c'est Zaz que j'entendais dire "donnez-moi un clitoris, je n'en veux pas"... Je me disais bien que c'était pas très normal de chanter ça (déjà, qui refuserait un clitoris, hein, qui ?).  En fait, elle refusait une suite au Ritz...


ZAZ je veux (clip officiel) par kerredine

 

Et puis, dans la culture collective, y’a bien sûr celle qui n’est pas de moi et qui est connue dans le monde entier.  Celle du gars qui entre chez un disquaire pour acheter « Mombo ».  Rien à faire, le disquaire ne trouve pas (de nos jours, il serait sur youtube, mais soit).  Désespéré, le disquaire lui propose de fredonner l’air du fameux disque.  Et notre client de s’y mettre « Mombo sapin, roi des forêts… »

N’empêche, c’était trop cool cette petite séance karaoké en plein air l’autre soir, trop trop cool.

 

Addendum du 9 août, une chtite nouveauté : dans la chanson le Jerk, moi je comprenais "elle se dit qu'avec son tour de poitrine, et un Tshirt Dolly Parton".  En fait c'est "elle se dit qu'avec son tour de poitrine, du genre Elle Partone".  Séki Ellie Partone, au fait ?

22
mai

Moment nostalgique : une voix en or

J'ai entamé un rangement de ma chambre, toujours un chouia sinistré après l'épisode "déménageons le brol de la cuisine durant les travaux", passque j'envisage d'y mettre un placard pour ranger mes kilos de fringues au mieux.  Et vu que le môssieur vient cette semaine pour le devis, pas le choix.  J'ai retrouvé, rangeant mes cd ayant émigré du living à la chambre, la BO d'Une voix en or.

Vous connaissez ?

Une télésuite que j'ai d'ailleurs sur cassette vidéo et que je ferais bien de regarder avant que mon magnéto ne me lache.  Et que je tente de graver sur DVD, ça serait cool... reste à acheter un graveur DVD / magnétoscope, ma bonne dame.

Qué souvenir que cette télésuite que j'avais adooooorée.  Cucul ?  Oui, un peu, mais j'aime le cucultisme, vous le savez.

Depuis hier donc, j'écoute le CD en boucle.

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18
déc

Vive le monde moderne VS à bas le monde moderne

En regardant Dirty Dancing en DVD l’autre jour, j’ai réalisé à quel point le monde moderne facilitait ce genre de chose : mater un film, au moment où je le désire, à la seconde où je l’exige.

Passque quand j’étais môme, au siècle dernier, ben c’était pas si facile, rha ben non ma bonne Dame.

D’abord, les magnétoscopes, ça coûtait un pont quand j’étais môme.  C’était du super méga luxe.  Notre premier, acheté d’occasion, le fut pour la modique somme de 2 000 eur.  2 000 eur de l’époque, soit encore bien plus actuellement.  Avoir un magnétoscope, c’était du luxe, puisque je vous le dis.

Ensuite, bien sûr, y’avait pas internet, on écrivait dans les grottes avec des branches noircies par le feu, du moins après qu’on l’ait inventé, le feu, donc impossible de regarder quoi que ce soit en streaming, ni de télécharger quoi que ce soit.  Impossible, de plus, je fais une petite digression, de trouver le nom d’un acteur ou d’un film sur internet, via Google, ce qui me contraignait, quand j’avais un nom sur le bout de la langue et que ça m’exaspérait de ne pas le retrouver pire qu’un moustique la nuit, à envoyer un sms à mes copines pour obtenir de l’aide (exemple : c’est qui déjà la femme du mec qui jouait dans ce film sur les avions de chasse, un brun craquant là…) – et là je parle d’après l’arrivée des GSM, car avant, c’était encore plus l’enfer…  Fin de la digression.

Alors, quand on voulait voir un film, on louait la cassette à la vidéothèque du coin.  Pas de VOSTF disponible, bien sûr, fallait se contenter de la VF.  J’en suis même à me demander si je savais que les VO existaient, habituée que j’étais à tout voir en français.

Pour Dirty Dancing, en 1987 donc, j’avais obtenu qu’on le loue un samedi, ce qui permettait de garder la cassette jusqu’au lundi matin, ô bonheur suprême.

Bien sûr, j’avais vu Dirty Dancing au cinéma.  Et m’étais prise d’une passion folle pour Patrick Swayze (c’était de mon âge, à l’époque… cela ne l’est plus maintenant, ce qui ne m’empêche nullement d’encore fantasmer sur ses pectoraux en chocolat belge).  J’avais acheté les deux cassettes (et oui, le CD n’existait pas encore) contenant la BOF, je collais des photos de Patrick dans mon journal intime, je traduisais mal She’s like the wind, que j’avais choppée sur une radio et que j’écoutais en boucle en rêvant que Johnny/Patrick me fasse danser puis me fasse l’amour comme un dieu du sexe.

Alors, l’arrivée de cette cassette vidéo de location dans ma vie mon week-end, ben c’était comme l’arrivée de Saint-Nicolas, comme la résurrection du Christ, comme la nouvelle collection d’écharpes Strelli : un bonheur.

Le samedi soir, donc, vision en famille de Dirty Dancing.

Et le dimanche, j’obtiens de le regarder encore deux fois, avant qu’on le (le = Patriiiick) range gentiment dans sa boîte pour le rapporter le lendemain au vidéoclub.  Tout ça sur la télé du salon, car bien sûr, à l’époque, c’était une télé par famille.  Je sais, c’était Les misérables quand j’étais môme, même qu’on jouait au tennis sur Atari, la misère je vous dis, mais j’en parlerai un autre jour, du tennis sur Atari ou de Donkey Kong, une digression suffit par billet.

Cela fait un bail maintenant, mais je m’en souviens comme si c’était hier.  Intense dimanche que celui-là, puis tristesse de devoir rendre la cassette.

Tristesse intense.

Désespoir profond.

Alors que de nos jours, ben c’est la satisfaction du besoin immédiat, ou la satisfaction immédiate du besoin enfin c’est chou vert et vert chou.  Avec internet, avec les DVD, avec les locations à la demande, avec le voocorder qui peut même mettre le programme en pause (je l’ai toujours pas, m’ont jamais rappelé chez Voo, enfin chez moi, mais je perds pas espoir)…

Bonheur immédiat.

Mais peut-être, sans doute, certainement, moins intense que celui que j’ai eu à pouvoir regarder deux fois Dirty Dancing sur un seul dimanche, sachant que je ne le verrais ensuite plus avant des mois, lors de son passage à la télévision.

Finalement, eske le bonheur immédiat ne gâcherait pas le plaisir de l’attente du bonheur, tout bien réfléchi ?

14
déc

Sarah Kay VS Jaklien Moerman... and the winner is...

Ben Jaklien Moerman, of course.

Pourquoi ?

Passqu'elle est belge, une fois, nom d'une petite frite salée.  Flamande, comme son nom l'indique.  Alors elle mérite de l'emporter sur Sarah Kay qui vient sans doute, comme son nom l'indique aussi, d'Angleterre, des States ou d'Australie.  Mais la Belgique, ben c'est chez moi.  Et j'ignorais sa belgitude, alors ça me fait chaud au coeur.

Passque c'est ma préférée, et qu'ici c'est mon blog, donc je fais gagner qui je veux.  Na.

Passque les recherches ont été difficiles, mais vraiment difficiles.  Et si une de mes lectrices ne s'était pas souvenue du fait qu'une carte d'anniversaire illustrée squattait la chambre de sa fillette, je n'aurais jamais su que ces dessins qui ont bercé mon enfance étaient de Jaklien.  Je m'étais souvenue que des signets de communion avaient également existé, outre les cartes et calendriers, mais impossible de retrouver quoi que ce soit.  Alors que ma lectrice soit remerciée sur quinze générations.

Passque ses animaux, chiens, chats, abeilles, lapins, ils sont trop mimis, trop parfaits, trop émouvants, trop tout.

Passque, outre ses dessins pastels, Jaklien fait aussi des cadres tout émouvants avec des fillettes aux yeux si tristes.  Et passqu'un cadre comme ça a vécu chez moi quand j'étais môme, du moins le pense-je (keske c'est moche, "pense-je").

Passque cette recherche a fait qu'une lectrice m'a suggéré certains sites, qui m'ont permis de redécouvrir d'autres illustrations de mon enfant, et ça c'est trop de la balle comme disent certains.

Passqu'en revoyant les cartes postales qu'elle faisait, j'en ai ressenti la texture, du papier pas très lisse, qu'on sentait sous le doigt.  Et que ça vaut tout l'or du monde.

Passque j'ai eu plein de flashs : une carte postale verte, un signet de communion marron, un calendrier mauve.

Voilà passque quoi.

Jaklien, si tu passes par ici, ben fais-nous un signe, quoi.  Un peu comme Karin et Rebecca, tu fais partie de la mémoire collective belge...

PS : Si vous avez dans vos greniers des dessins de Jaklien dont vous ne savez que faire... je les veuuuux, enfin je les voudraiiiiis, pitiééééé.

Les cartes dont je me souvenais :

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En version livre, puzzle, signet de communion...

 

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Des cartes où l'on retrouve son style, malgré quelques différences :

 

 

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Des cartes de voeux :

 

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Des dessins que je pense plus anciens, que j'avais oubliés, et qui m'ont sauté au visage quand je les ai revus :

 

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Et enfin, les petites filles tristes...

 

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2
déc

Et s’il n’en restait qu’une, ce serait celle-là…

Il est, comme ça, dans la vie, des profs qui marquent.  Qui laissent une empreinte indélébile sur le passé.  Sur notre passé.  Qui ne font que passer, mais qui sont toujours là, dans le fond des pensées, des années (argh, des décennies) plus tard.

Bien sûr, il peut y en avoir plusieurs.  Des tas, même.  Qui marquent.  D’une parole douce.  D’un geste amical.  Ou au fer rouge.  Qui traumatisent.  Qui tourneboulent.  Qui angoissent.

Et en ce moment, j’ignore pourquoi, enfin si, je sais pourquoi, quand j’y réfléchis bien, mais ce serait vraiment trop trop long à vous expliquer (et si moi-même, je dis ça, imaginez ce que ça donnerait, des pages et des pages d’explications), je suis à fond plongée dans mon passé scolaire.

Bien sûr, cela a commencé en maternelle.  Elle était sœur.  Bonne sœur quoi.  Et adorable.  Pas trop de souvenirs précis, mais une sensation positive.  Un souvenir global qui marque.  Au point que quand, dans un élan de folie absolue, je m’étais persuadée que ma vocation, c’était d’être instit’ (pourtant, je le jure, je n’étais pas sous l’emprise de substances illicites durant mon adolescence), j’ai fait un stage dans son école.  Elle n’était plus sœur.  Le système l’avait forcée à faire un choix.  Elle l’avait fait.

Etonnamment, en primaires, rien.  Que dalle. Nada.  Niente.  J’ai beau me creuser le gruyère, vraiment rien.  Pas la moindre petite instit attachante ou stressante.

En graduat, rien de transcendant non plus, à part ma responsable de TFE.  Mon choix, bien sûr.  Ça lui a pas fait beaucoup de boulot, car si moi y’en avait être nulle en langues (ce qui explique que j’ai choisi des études basées sur les langues, en toute logique), moi y’en avait aimer écrire, déjà.  Et mon TFE, il était bon (keske je suis modeste).  Je l’ai mal défendu à l’oral, ça c’est clair, mais il était bon.  Donc une prof qui laisse une jolie sensation.  Qui a d’ailleurs fait une brève apparition sur ce blog, un jour, étonnée de m’avoir vue dans sa lucarne.  Y’a pas de hasard.  Je l’aimais bien, voilà tout.  Elle était souriante, et gentille. Pétillante.

Et en rénové (rénové ou rénovées ?), y’a eu de la matière.  Souvent fétide… enfin non j’exagère, pas fétide, mais pas dans le genre « super bon souvenir », vous voyez.  Plutôt dans le genre traumatisme absolu.

Premier trauma.  La prof de gym sadique qui adooore obliger ses élèves à faire des acrobaties sur des engins aux noms barbares : plint, bok, barres parallèles, barres asymétriques, tapis de sol...  J’étais en échec permanent.  Je tremblais durant tout le cours, pauvre petite chose fragile que j’étais.  Et pourtant, je ne peux dire que je ne l’aimais pas.  Elle m’a toujours mis 50 %, pour sauver mon honneur.  Pour l’intention.  Pour l’encouragement.  C’était le seul cours où j’étais presque en échec, faut le faire.  Rhaaaa, un billet entier suffirait à en parler.  Allez, adjugé, billet suivra… un jour (je sais, je dois encore vous narrer la conclusion avec ex-profil de ma vie, je sais je sais).

Second trauma, mais le pire. Le prof d’anglais terrorisant (mais pas terroriste) qu’on guettait à la porte, croisant doigts et orteils pour qu’il soit malade.  Et lorsque le miracle se produisait, c’était le bonheur absolu et intégral pour toute la journée.  C’était rare.  Trop rare.  Le trauma des oraux en tête-à-tête avec lui.  Et pourtant, maintenant, j’aime l’anglais.  Va comprendre.  A-t-il jamais su les angoisses qu’il créait ?

Mais tout ça, tous ceux-là, ce sont ceux qui passent, qui laissent une petite trace.  Puis au revoir, merci, à bientôt peut-être, mais sans doute à jamais, ainsi va la vie.

Et puis il y a LE prof.  THE teacher (vous voyez, j’aime l’anglais).  L’empreinte indélébile.  Celui dont on dit « sans lui, je ne serais peut-être pas totalement celle que je suis maintenant » (qui a dit « dommage » ?).

Ce prof qu’on n’oubliera jamais.  Celui dont on se souvient du nom, contrairement aux autres, même vingt-cinq ans plus tard.  Celui qui était plus qu’un prof.  Celui qui rassure.  Qui aide. Qui encourage.  Qui est.  Qui fait être.  Celui pour qui on n’a pas l’impression d’être un élève parmi trente.  Parmi cent.

Celui-là, c’est celui à qui on pense directement, lorsque nos pensées se tournent vers notre passé.  Avec un petit pincement au cœur.  Une bouffée de nostalgie et d’affection.

En l’occurrence, pour moi, celui-là, c’est celle-là.

C’était au temps oùsque j’étais un petit oisillon effrayé.  Mais néanmoins déjà râleur, l’oisillon, ça va de soi.

Elle m’a encouragée lorsqu’il le fallait.

Elle m’a mis des livres en mains, détectant ce qui me plairait (L’écume des jours, un souvenir incroyable).

Elle m’a rassurée lorsque j’avais une note moyenne (en latin, bigre) et que j’appréhendais les représailles maternelles, s’engageant à argumenter en ma faveur lors de la remise officielle du bulletin. Keske j’ai eu peur ce jour là.  Keske je me suis accrochée à elle comme à une bouée.  Elle n’a pu le faire, me défendre, car j’ai reçu mon bulletin seule, finalement, totalement seule.  Mais l’intention y était.  Les représailles aussi.

Elle nous faisait rire.  Elle avait même lâché un énoooorme lapsus par rapport au nom d’un élève, absent, puis nous avait fait promettre le silence absolu.  On avait bien ri.  On s’était tus.  Car on avait promis.  Ce lapsus, je l’ai croisé un jour par hasard.  Y’a pas de hasard.  Ça doit être ça, la complicité.

Elle avait un jour crié "ça suffat comme ci", dans un accès de colère vite transformé en fou-rire.  je la ressors souvent, celle-là, tant je l'aime.

Elle parvenait à nous faire aimer son cours.  Pas d’ennui.  Une sensation de passion.  Attraction.  Intérêt.

Elle parvenait à être comme une maman poule pour les jeunes élèves que nous étions à l’époque.  Une maman poule pour une nuée de poussins, année après année.

Elle était notre maman à l’école, finalement.

Une maman pour moi.  Protectrice.  Montrant le chemin.  Stimulant les talents.  Faisant naître les envies.  Complice.

Elle était tout sourire, avec son look un peu excentrique.  En tout cas dans ma tête de môme pas encore totalement sortie de l’enfance, qui ne rêvait d’ailleurs que d’y rester encore un tout petit peu. 

C’est la seule à laquelle j’ai écrit lorsqu’elle a pris sa pension. 

Pour dire merci.  Ben oui, merci.  Simplement merci.

Passque finalement, des profs comme ça, qui sont comme des Pères Noël dans nos vies, enfin ici plutôt comme une Mère Noëlle, c’est tellement rare, tellement précieux, que ça marque un gosse.  Pour toujours.

Alors si un jour vous la croisez, ma Mère Noëlle, dites-lui juste que je ne l’ai pas oubliée.

Et vous, vous avez aussi, dans un coin de votre tête, un prof de cette espèce rare et précieuse, peut-être même en voie de disparition ?

PS : ce billet a plusieurs mois déjà… Au hasard des 159 pages que compte ce document « réserve de recrutement de billets », cherchant quelque chose à vous publier, je suis tombée dessus ce jour, le lendemain de la vision de « Fracture », ce téléfilm bouleversant sur l’enseignement, diffusé mardi sur France 2.  Y’a pas de hasard, je vous dis…