29
déc

Voyage en nostalgie sur fond musical

Je vous écris des années 80, où je suis donc partie en voyage musical après avoir rebranché la chaîne hi-fi de mon paternel.  J’ai moi-même une chaîne hifi, of course, mais une micro.  Avec juste un lecteur K7 qui ne sert pas, la radio et un lecteur CD.  Elle m’accompagne depuis genre 1997, voire avant, la résistante.  J’ai également toujours le tourne-disque de mon enfance, mais il n’a plus de « lecteur », ça s’appelait un diamant à l’époque non ?  J’avais tenté d’en retrouver un, en vain, il y a des années.  Je parie qu’actuellement ça serait possible, vu que les tourne-disques sont à nouveau en vente, avec fonction conversion MP3.  J’ai donc hérité de cette chaîne hifi, qui allait me permettre, en ce jour solennel, de réécouter ma collection de 33 et 45T, plus jamais écoutée depuis en tout cas 1995, voire avant.

Je commence fort, avec un 33T reçu quand j’étais môme, qui contenait Words de FR David, ma passion fugace de l’époque.  Je lance le 33T, et je me mets à brailler comme un veau.  A gros sanglots longs des violons de l’automne.  Je n’aurais pas imaginé que ce morceau me ferait un tel effet.  L’effet de l’enfance, l’effet de cette période où j’avais une famille que je croyais (innocence bête) unie.  L’effet de me revoir, en flash-back, écouter ce morceau dans ma chambre de l’époque, que je n’aimais même pas en plus.  L’effet de savoir que si je peux écouter ce morceau, c’est because of la fauchieuse qui a fauché.  Et je pleure je pleure je pleure.

Puis la source se tarit et je me concentre sur le morceau. 

Ah que le son est mauvais, strident, criard.  Mais que c’est bon, ce geste de soulever le bras du tourne-disque et de le déposer précautionneusement sur le disque, en essayant de ne pas le faire glisser, histoire de ne pas casser immédiatement mon nouveau jouet.  Ah que c’est chouette finalement d’avoir mon âge, d’avoir connu l’époque des disques, tout simplement.  D’en avoir acheté, reçu, offert, collectionné.  De ne pas devoir dire « les disques, ah ah ah, mais j’étais pas née ».  D’entendre, à la fin du morceau, les craquements si caractéristiques de cette époque, les craquements des vinyles.

Je décide alors, après avoir bien pleuré, d’écouter quelques 45 tours.  Immédiatement, je réalise à quel point c’est chiant de devoir changer de disque toutes les 3 minutes 28 secondes, d’autant que le rond (pour ceusses nés après 1990, le rond se met au centre du 45T pour qu’il ne bouge pas, vu le trou qui le perce en son centre, tandis que le 33T n’a pas besoin de rond, son trou étant plus petit – c’était la leçon tourne-disquesque du jour). 

Je vous commente en direct live…

Mylène Farmer, pour commencer, me susurre qu’elle est désenchantée.  De circonstance après les larmes absolues d’il y a dix minutes chrono.  Je me sens comme elle.

Un peu plus de joie avec Kim Wilde et Cambodia, dieu que c’est chouette.  Et je danse.  Oups, la fin du disque tourne en eau de boudin, tout se bloque, doit y avoir une grosse grosse poussière.  Et oui, en ce temps là, les peluches s’accumulaient sur le diamant, et fallait les enlever précautionneusement.

Tiens, deux 45T d’Amnesia, ça me rappelle vaguement quelque chose.  Allez, j’écoute Ibiza.  My god, de la new beat.  Comment ai-je pu aimer ça ?  Ah ben oui, j’ai aimé, et finalement, certaines tonalités me plaisent encore, nostalgie nostalgie, qui me catapulte à la mer du Nord, avec ma meilleure amie homonyme de l’époque, les sorties au Stardust chaque soir, et la new beat à chaque minute.

Madonna et Live to tell.  J’ai tous les 45T de Madonna, qui fut ma première passion (après Belmondo, of course).  Et eux ont un traitement de faveur : des pochettes plastique de protection.  J’ai même des maxi collector, yesssss.  Le jour où elle décèdera (le plus tard possible hein), ça vaudra une fortune non ?  Sait-on jamais…

Minutes plan plan avec le duo Glenn Medeiros et Elsa et leur roman d’amitié.  Je me revois en voyage scolaire à Londres.

Luna Parker et ses états d’âme Eric.  Je la connaissais par cœur, comme quasi toutes.  J’adorais, comme toutes.

Cretu chante Samourai, kekseksa ?  Plus aucun souvenir, allez, j’écoute.  Après avoir enlevé quelques crasses qui squattent le 45T.  Bon ça me rappelle vaguement quelque chose, sans plus.  On dirait du vague Depeche Mode.  Aaah, yes, au refrain je me resitue. Ohouho, ohouho, et je chante, je hurle.

Pour toi Arménie.  J’achetais tous les disques à vocation humanitaire.  We are the world aussi.  Et les Restos du cœur aussi.  Et même Sampan, dernier matin d’Asie, que j’avais totalement oublié.  Y’a que celui pour l’Ethiopie que j’avais zappé, car il n’était qu’en version maxi, tandis que mon budget, lui, était mini.

Bros et When will I be famous.  Dingue, j’avais oublié qu’ils avaient un jour existé, eux ! Une de mes amies en était raide dingue, genre amoureuse quoi.  Pas moi, moi c’était Madonna, mais j’étais pas amoureuse.

Tragic error – klatsche in die hande.  Et vlà de l’allemand, la période new beat, le retour.  Dieu que ça a dû être dur pour ma famille de supporter les écoutes de ces morceaux, que je suis sûre, je mettais en version repeat (oui, ça existait sur mon tourne-disque, le bras revenait puis repartait au boulot, qué progrès déjà à l’époque).

2 belgen – Lena.  Sans doute le morceau préféré de ma pré-adolescence.  Complètement folle de ce morceau, qui passait à la fête de l’école oùsque j’étais, la fête du collège que ça s’appelait, aux auto-scooters.  C’était trop cool ce week-end festif annuel.  Et j’étais amoureuse.  J’allais aux auto-scooters en rêvassant à mes amours en écoutant Lena.  Rhaaaaaaa, Lena Lena, this melody…

Zinno – What’s your name.  Quelle idée d’acheter « Bond, my name is Bond », moi qui ai toujours détesté ces films.  Cette chanson ne me rappelle rien, absolument rien, si ce n’est que je l’ai aimée à un moment précis…

France Gall – Cézanne peint.  Magnifique morceau, qui me fout toujours les mêmes frissons. Souvenir du concert à Forest où je l’avais vue.  Et du second concert où j’avais vomi mes tripes sur les chaussures de mon accompagnatrice, la pauvre.  Coût de ce 45T, 110 francs, dit l’étiquette.  En 1985. Et la pochette précise « extrait de l’album Débranche, disponible en K7 et compact disc ».  kwaaaaaaaa, les CD existaient déjà en 1985 ?  Ah ben ça alors.

Celine Dion – La religieuse.  Pas le gâteau non, la vraie religieuse.  Je parie que je suis la seule au monde à connaître ce morceau.  Et à l’aimer à la folie.  Me demande, là, si j’ai pas finalement loupé ma vocation.

Kylie Minogue et Jason Donovan et leur Especially for you.  J’adore.  Cucul ?  Ben oui, c’est le but.  A l’époque, on bavait toutes devant Jason, que personne ne tente de le nier.  Ni brun ni ténébreux, mais on bavait.  Me demande ce qu’il est devenu, tiens.

Rho ben ça, je savais même pas que j’avais ce disque : Chi mai d’Ennio Morricone, BOF de Belmondo dans Le professionnel.  Rha ce film.  Rha Bebel.  Ral la fin, tragique et cruelle.  Rha cette musique sublime.  Le disque date de 1980, cela doit être mon tout premier 45T, le premier de ma vie.  Trop beau.  Ça me rappelle cette belle émission sur la carrière de Bebel, que j’avais regardée il y a peu, avec plein d’extraits de ses films et de ses cascades.  Je l’admire toujours, mon Bebel.  J’avais 8 ans et il fut mon premier amour.

France gall – poupée de cire poupée de son.  Là, j’étais pas née, bande de vilains.  Ce disque me vient de ma môman.  J’adorais.  J’adore encore.  J’ai plus la pochette, drame, où peut-elle bien être ?  En plus, à l’époque, on avait quatre chansons par 45T oui oui oui, quasi un mini album quoi.  Alors j’écoute aussi, tant qu’à faire : dis à ton capitaine, un prince charmant et les titres me reviennent sans tricher… sauf le 4e qui ne veut pas surgir…

Si ces morceaux vous ont rappelé des anecdotes, des premiers baisers, des disputes, des tranches de vie… ne me laissez pas seule avec mes souvenirs, partagez partagez partagez, dites-moi tout.

27
déc

Voyage en nostalgie dans un remake de C’est du propre

J’ai récemment pris une big décision : ranger la pièce qui m’a servi à un certain moment de ma vie de bureau / chambre d’amis / grenier, devenue, au fil des années, un grenier, simplement un grenier.  Un grenier mal rangé en plus, malgré mes investissements dans ces chères Billy (les bien connues bibliothèques Ikea).  Mal rangé car j’ai la sale habitude, plutôt que de ranger, de déplacer d’une pièce à l’autre : je range le living en encombrant la chambre, puis je range la chambre en encombrant cette pièce-là.  J’ai une seconde sale habitude : ne rien jeter.  Emmagasiner mon passé.  Et vu que j’adore acheter, ça vous donne une idée de la gravité de la situation : livres, CD, DVD, souvenirs de chaque lieu de villégiature, livres scolaires jugés encore utiles, photos, extraits de presse, articles écrits par bibi, papier de la multinationale que je gère tant bien que mal, anciennes fringues dans lesquelles je n’entre plus (et si j’y entrais, je n’oserais bien sûr pas sortir avec sauf pour un bal costumé années 80-90), mais sait-on jamais que 1. je maigrisse, 2. la mode revienne aux épaulettes, 3. une terrible maladie synonyme de ce bestiau qui se déplace de traviole me frappe (et le 3, je prie tous les saints pour que jamais jamais jamais).  Et puis sinon, je recyclerai en torchons ou pyjamas, rien ne se perd titchu.  Sans oublier les fringues, que là, vu que mon pied a grandi (paraît que le pied se tasse avec l’âge), le bougre, je jette parfois, si j’en ai le courage.

Et là, j’avais atteint la situation des pires clients de C’est du propre.  En version bordel et poussière uniquement, rassurez-vous.  Dans cette pièce, pas de sacs poubelles pleins d’asticots et d’odeurs putrides, pas de vieilles assiettes poilues, rien que du sec, du poussiéreux, du encombré.  Tellement encombré qu’il était impossible de circuler dans la pièce.  Plus un mètre carré de disponible, rien que des box en plastique remplis, des livres éparpillés partout (cette manie d’aimer lire me perdra, je l’ai toujours su).

Ma décision fut donc prise un beau matin : chaque jour, j’allais bosser une demi-heure chrono dans cette pièce.  Pas plus, histoire de ne pas être dégoûtée trop vite, pas moins, histoire d’avancer un peu.

Le pire, quand on range une pièce dans cet état, c’est qu’il faut d’abord dégager le sol pour pouvoir y circuler.  Et le pire du pire, c’est qu’on passe plus de temps à déplacer le brol d’un coin à l’autre de la pièce : je vais arranger le coin bibliothèque, allez zou je bouge tout vers le coin bureau, puis je range le coin bureau, je redéplace vers la bibliothèque, puis je fignole la bibliothèque en déplaçant à nouveau tout mon barda.

Mais petit à petit, jour après jour, j’ai réussi.

Le premier jour, après une demi-heure, j’ai rangé tous les livres dont je vous parle chaque dimanche, jusqu’alors installés en piles instables au pied de mes bibliothèques.  En jouant à la chaise musicale, je récupère de la place : les dictionnaires vont dans le bureau, les classeurs dans le meuble, et les livres à leur place dans la bibliothèque. Bon, ça, ça me prend trois heures hein, ne rêvez pas, après la première demi-heure on ne voit pas la différence.

Le deuxième jour, je continue à me salir les mains dans les livres poussiéreux.

Le troisième jour, j’abandonne l’idée de ne bosser qu’une demi-heure, sinon mon opération rangement va durer jusqu’au 1er novembre 2015 au bas mot.  Je bosse donc quand ça me chante.  Et ça me chante souvent, vu que quand je ne suis pas dans la pièce en question, je n’arrête pas de penser « ah je mettrais bien ça là, je déplacerais bien ce meuble, et mettre ça à la place ».  Un tantinet obsessionnel quoi.

Le cinquième jour, j’entame les gros travaux : déplacer trois bibliothèques.  Qu’il me faut vider au préalable, ah ah ah.  Et là, le bordel prend des proportions encore plus énormes qu’au début du rangement.  Mais je ne me laisse pas envahir par le désespoir, et courageusement (tel un des sept nains), je vide les bibliothèques, je perce un passage dans le brol et je traîne les meubles à leur nouvel emplacement.  En me pétant le dos, bien sûr, histoire d’avoir un joli souvenir.  Puis je regarde le résultat.  Sympa.  Puis je regarde le brol : pire qu’avant le premier jour.

Le sixième jour je prends mon courage à six mains, car il m’abandonne.  Je déplace des bacs à rangement A4 récupérés de là oùsque je bosse quand on a déménagé il y a … sept ans.  Pratiques, mais jamais utilisés.  Ils sont attachés par deux, je décide de les laisser seuls pour en faire une tour.  Quatre heures, six litres de sueurs et six cents jurons plus tard, j’ai réussi.  Ces rangements sont une bénédiction : je peux y glisser tous les souvenirs débiles et/ou déprimants et/ou émouvants que je retrouve :

- une déclaration d’amour d’un homme que je n’aimais pas en retour (pourquoi je l’ai gardée ? passque j’ai reçu peu de déclarations d’amour dans ma vie, alors tant qu’à faire)

- une déclaration d’amour que moi j’ai faite, et qu’il a laissée là, sans réponse, car il ne n’aimait pas en retour (pourquoi je l’ai gardée ?  par sadisme envers moi-même, pour ne plus jamais déclarer mon amour, d’ailleurs je ne l’ai plus jamais déclaré)

- cette rose séchée extraite d’un bouquet offert par… dingue, j’ai oublié son nom, alors que j’ai couché avec, tchu

- le numéro téléphone d’un mec dont j’ai cherché en vain le nom il y a quelques mois, quand je l’évoquais avec des copines

- des faire-part de décès en pagaille, bonne-maman, bonne-maman, bon-papa, bon-papa, papa, et d’autres encore

- des coupures de presse relatant des événements auxquels j’ai assisté

- un plumier plein de souvenirs d’adolescence, dont cette fameuse photo volée dans le bureau du préfet d’éducation, d’un mec qui me faisait craquer (j’en ai déjà parlé non ?  quelle aventure)

- une photo extraite d’un voyage scolaire, découpée pour ne garder qu’un visage masculin… dont j’ignore actuellement tout, tchu cet Alzheimer précoce, c’est saoulant

- le classeur que j’ai utilisé durant toutes mes années de rénové, avec plein de petites notes, de mes copines, ou de phrases, du genre à pleurer dans les chaumières qu’on écrit quand on est ado et qu’on vit sa crise d’ado, triste monde cruel, classeur recouvert de photos publicitaires de Marie-Claire, que j’achetais chaque année à la rentrée  

- des cartes et bricolages de ma filleule, du temps oùsqu’elle était haute comme trois pommes et me déclarait sa flamme enfantine

- la carte accompagnant le fameux bouquet, signée… ce qui me permet de retrouver son nom.  Vous voyez que tout garder a du bon, passqu’oublier le nom d’un mec avec qui j’ai fait la chose, j’aime pô ça.

Le septième jour, comme dieu le père, je me repose.  Non mais, pourquoi lui et pas moi ?

Et les jours suivants, je continue encore et encore, passque c’est que le début d’accord d’accord.

Au bout de tous ces efforts, j’obtiens une jolie pièce pleine de lumière, avec un coin bureau, un coin biblio et un coin disco, si c’est pas le bonheur ça, je vous le demande, keske c’est…

Finalement, ce rangement, c’est comme une sorte de voyage dans le passé, une sorte de travail de deuil peut-être.  Version optimiste : ranger, faire le vide, pour un nouveau départ.  Version pessimiste : ranger, tout préparer pour un départ, pour LE départ.  Paraît que les gens qui vont passer de l’autre côté, inconsciemment, rangent tout, préparent tout.  Brrrrr, ça fait froid dans le dos. Oui, bon, restons sur la version optimiste, c’est mieux.

Une fois le travail bien avancé, une fois que j’ai dégagé et organisé le coin bibliothèque/musique, je branche la chaîne hi-fi héritée de mon père il y a des mois déjà, que j’avais stockée sur quelques centimètres carrés libres et je pars en voyage… un voyage musical.

16
nov

Tremble, petite Belge non addict de Tintin/Kuifje

Je mets Tintin dans les deux langues nationales, car il paraît que les flamands tirent la tronche à Spielberg d’avoir préféré Tintin à Kuifje, mais franchement, comment voulez-vous que Spielberg prononce Kuifje, sérieusement ?

J’ai récemment compris pourquoi j’aime pô Tintin.  J’avais écrit « je hais », mais le mot est trop fort, je ne le hais point, je l’aime pô, tout simplement.

J’aime pas Tintin car il est trop parfait, il réussit tout ce qu’il entreprend.

J’aime pas Tintin car il est pas brun ténébreux, il est blond à houpette.

J’aime pas Tintin car son papa est mort et que les héritiers sont pas cool avec les tintinophiles.

J’aime pas Tintin car le dessin animé que je regardais quand j’étais gosse avait un générique effrayant au possible, avec une voix vilaine qui disait « Tintin et le crabe aux pinces d’or », un peu comme si le crabe allait surgir de l’écran et me couper la tête.

J’aime pas Tintin car en reparlant du générique de ce dessin animé, j’ai eu une assimilation symptomatique avec L’île aux trente cercueils, cette série en noir et blanc qui m’a traumatisée étant enfant, un peu comme Tintin quoi.

J’aime pas Tintin car il est hautain, et même si ça rime, j’aime pas ça.

J’aime pas Tintin car la façon dont les histoires sont écrites dans les bulles (on dit les phylactères, et j’ai même réussi à l’écrire sans ouvrir mon dico, yesssss), c’est moche, c’est strict, c’est droit.

J’aime pas Tintin car ses dessins sont trop rigides, trop parfaits.

J’aime pas Tintin car moi j’aime L’agent 212.  Nokotopulelebistouillidagredo.  Pulélé.  Pulélé.  Pulélé.

La seule chose que j’aime dans Tintin, ce sont les expressions du Capitaine Espadon, oups Haddock, ça j’aime. 

Mais même si j’aime pas Tintin, y’a une chose que j’adoooore : c’est parler de Tintin et vous dire pourquoi je l’aime pas.

27
oct

Papy fait de la résistance

Il y a quelques mois, j’ai vu une chouette émission dont j’ai oublié le nom mais qu’importe.  Ça parlait des secrets de famille.  J’ai peut-être d’ailleurs déjà évoqué l’émission ici, sait-on jamais, je parle tellement de tout et de n’importe quoi que j’en oublie mes sujets…

On y voyait le secret de l’origine.  Découvrir à vingt ans que son père, au sens génétique du terme, est le voisin décédé et non pas celui qui vous a lu Martine à la mer pour vous endormir ou vous a flanqué des fessées quand vous faisiez du chambard (à l’époque, la fessée était encore autorisée).  La vérité est toujours bonne à dire, mais elle est souvent difficile à révéler.

On y voyait le secret de la collaboration, et la honte pour les enfants nés de tels parents.  Une honte infondée, car doit-on porter le poids des erreurs de ses parents ?  Non.

On y voyait Benoîte Groult (si mes souvenirs sont bons), témoigner de la couardise de sa famille face à une voisine juive dont les parents venaient d’être embarqués, qu’ils ont refusé d’héberger, par peur.  Comment juger, à l’aise dans mon canapé, sans avoir ressenti cette peur de la mort, cette menace permanente allemande ?  Un peu facile.  Je n’aurais peut-être pas fait mieux.

On y voyait le secret des résistants avec une femme apprenant à l’âge adulte que ses parents décédés durant la guerre en étaient, qu’ils avaient été assassinés.  Cela lui avait été caché depuis l’enfance, et lorsqu’elle découvre leur correspondance enflammée de l’époque, quelle émotion.

Magnifique émission, qui m’a plongée dans mon propre passé, tout comme l’a fait cette série des « Combattants de l’ombre ».

Mon bon-papa, l’un des deux, était résistant.  Un vrai de vrai.  On a retrouvé ses cartes et ses médailles officielles et tout et tout.  Il aurait notamment aidé des parachutistes anglais.  Je ne sais rien de plus.  A part qu’il s’est retrouvé prisonnier, où, je l’ignore, et qu’il en est revenu avec des maladies en veux-tu en voilà.  Je n’en ai jamais parlé avec lui.  Mais ça fait tout de même chaud au cœur de le savoir, comme une fierté mal placée car, comme je le disais plus haut, résistant ou collabo, je n’en ai aucune gloriole ou honte à tirer, c’était sa vie.  Mais tout de même, c’est cool.

Mon bon-papa, l’autre des deux, était résistant.  Un faux de faux.  Une résistance pleine d’humour.  Celle-là, c’est lui qui me l’a racontée.  Sans doute plus facile à évoquer que la véritable résistance.  Une résistance gastronomique, durant l’occupation allemande.  Les allemands ne parvenaient pas à faire des frites et s’en inquiétaient.  Ils demandent confirmation qu’ils doivent bien attendre que ça soit bouillant.  Oui oui.  Et puis ils doivent plonger les bâtonnets de pommes de terre, c’est bien ça ?  Oui oui.  Et attendre ?  Oui oui.  Et puis c’est prêt ?  Oui oui.  Mais pourquoi alors ça se désagrège au lieu de faire des frites ?  Aucune idée ! Voilà la résistance grand-paternelle, l’autre des deux : avoir laissé les Allemands tenter en vain de faire des frites… dans de l’eau bouillante. 

Et finalement, c’est totalement cool, d’avoir eu deux papys ayant fait de la résistance, chacun à son échelle.

Le drame, cependant, ce sont les années qui séparent les générations.  C’est le fait que, quand j’étais ado, tout ça ne m’intéressait pas.  C’est maintenant que j’aimerais parler avec eux de leur passé, de leur vécu, de leur ressenti, de ce qu’ils ont fait ou pas fait.  Maintenant.  Trop tard.  Ils sont dans la tombe.  Si un au-delà existe, j’espère qu’ils m’y attendent pour tout me raconter autour d’un bon verre de pinard.

11
sep

Il est...

Il est environ 15 heures ce mardi-là, je pense que c’est un mardi, et je reçois un mail d’une amie.  J’ignore quand je l’ouvre exactement, passqu’à l’époque, au bureau, on n’a qu’un seul pc relié à l’internet, on n’a même pas l’adsl, et pourtant on n’est plus au siècle dernier depuis peu, mais il me fait frissonner, ce mail.  C’est le but, mon amie sait que je vais frissonner en découvrant ce crash d’un petit avion de tourisme, moi qui a si peur des grands zoiziaux de métal.  Alors je frissonne, et je m’informe. 

Il est 15 heures 30, re-mail.  Et là, tout le monde a compris.  Effroi planétaire.

Un effroi qui ira en grandissant avec l’effondrement, l’effondrement bis, la troisième collision, puis la quatrième, évitée de justesse.  Tous ces morts.

Il est 18 heures.  Moi qui ne matte jamais les JT, à peine rentrée at home, je m’accroche à mon téléviseur comme un naufragé à son palmier.  En fait, je n’y crois pas.  J’ai l’impression de regarder un film catastrophe, que tout va s’arrêter dans un happy end.  Un peu comme quand je regarde Titanic, espérant durant plus de deux heures que l’iceberg ne sera pas là.

Il est 20 heures. J’étouffe d’angoisse, alors je m’enfuis de chez moi, besoin d’air.

Il est 22 heures quand je rentre, re JT, avec toujours les mêmes visions d’horreur.  Durant des heures, je ne peux me détacher de mon écran.  Encore aujourd’hui, je suis comme hypnotisée quand je revois des images, ne pouvant y croire tout en sachant que c’est bien réel.

Ce jour là, on a tous compris que l’impensable pouvait se produire.

Depuis ces dix années, j’ai vu énormément de choses.

J’ai vu sur la toile les théories les plus farfelues, auxquelles j’ai failli croire, failli seulement, sur ce coup monté par les Etats-Unis.

J’ai vu les frères Naudet plonger dans l’horreur, au hasard d’un reportage sur les pompiers de NYcommencé bien avant la date fatidique.

J’ai vu une femme voilée de noir, non en signe de deuil, que du contraire, annoncer, sourire aux lèvres, du moins je l’imagine ainsi, à quel point ça avait été formidable pour elle de voir s’effondrer les tours.  Sa joie était similaire à la mienne quand je vois un feu d’artifice.

J’ai vu des gens faire le choix de sauter pour échapper à l’enfer, conscients qu’en bas, ce serait un autre enfer.

J’ai vu l’épouse d’un passager du vol 77, celui du Pentagone, dire qu’elle aussi a souffert, elle aussi a perdu son époux, pas dans les tours, ailleurs, mais pareillement.

J’ai vu, ou plutôt entendu, les appels passés de là-haut, les adieux déchirants, les supplications, les déclarations d’amour, les voix empreintes de la certitude d’un vie qui va cesser.

J’ai vu le courage de passagers qui décident de tenter le tout pour le tout pour éviter un drame encore plus dramatique que celui qu’ils allaient à coup sûr vivre.

J’ai vu un enfant de moins de dix ans annoncer, comme s’il racontait une histoire lue dans un livre, qu’il n’a pas connu son père « il était dans la tour, un avion est tombé dessus, et il est mort… and he died ».  J’ai vu cet enfant réclamer des câlins et des bisous, qu’il n’aurait jamais.

J’ai vu des proches des terroristes ayant piloté les avions témoigner de ce qu’ils menaient une vie si normale, avant, que jamais ils n’auraient cru ça d’eux.

J’ai vu des pompiers à l’agonie d’avoir respiré les poussières toxiques pour sauver des vies, héros hier, aujourd’hui abandonnés par leur pays, qui ne fera rien pour eux.

J’ai vu la mère d’une victime, musulmane, expliquer qu’elle n’a pas eu droit à la sollicitude offerte aux autres parents de victimes, aux autres victimes, expliquer que l’avis de recherche de son fils était systématiquement arraché.

J’ai vu la peur absolue, l’angoisse infinie.  Je l’ai ressentie, aussi loin que j’étais.  J’ai vu la compréhension, après le second impact, que ce n’était pas un accident, que c’était délibéré.  J’ai vu la terreur que cela continue encore et encore, que la ville soit détruite, que ses habitants soient anéantis.  J’ai vu l’apocalypse lors de l’effondrement, les courses effrenées à travers les rues, les cris, les « My god » à répétition, les larmes, encore et encore. 

J’ai vu, revu, et vu encore des tas et des tas de choses sur ce jour que personne n’oubliera.

Et dix ans plus tard, je ne me dis qu’une seule chose : aucune idéologie, aucune religion, aucune croyance, ne justifie une telle haine de l’autre.

Le mot de la fin à Kroll…

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