23
jan

Flash back

Petit retour en arrière. Du plus loin que je me souvienne j’ai toujours aimé écrire, ça doit être génétique. J’avais moins de dix ans que je cherchais déjà des correspondantes et correspondants dans mon mensuel « 30 millions d’amis ».

J’ai donc eu un tas de contacts, souvent en France. Pour la plupart, je m’en souviens peu, ce fut très éphémère. Avec l’un d’eux par contre, ça a duré plusieurs années, il vivait dans le Sud de la France, dans un magnifique petit village que j’ai eu le bonheur de découvrir récemment (ça m’a fait bizarre de me balader dans les ruelles de ce village, j’ai imaginé que je croisais mon fameux correspondant !). Je devais avoir 12 ans. Ce fut une sympathique amitié. On s’était même échangé des photos. Vers 18 ans, j’ignore pourquoi, je l’ai recontacté, mais le charme était rompu, nous n’étions plus sur la même longueur d’ondes. Joli souvenir.

Bien plus tard, rebelote, j’ai répondu à une annonce dans mon hebdo féminin (je suis du genre fidèle, quand j’achète une hebdo ou un mensuel, je le fais à la vie à la mort). La correspondance a commencé en douceur, mais très vite nous sommes tombés dans une frénésie absolue. A l’époque, l’internet en était à ses tout débuts, je n’avais ni PC ni bien sûr adresse mail. Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ! Quand j’y repense j’ai l’impression d’avoir cent ans. J’ai pu vivre sans PC, sans le net, vraiment ? Je ne m’en souviens pas.

Nous étions donc de vrais correspondants. Sur du joli papier, avec nos écritures. Enfin je mens, moi j’utilisais mon PC, j’imprimais mes écrits et je les postais. C’était la condition sine qua non pour obtenir réponse, car je suis totalement illisible lorsque j’utilise un bic. J’aurais dû être médecin. Après une ou deux semaines nous en étions à une lettre par jour, que j’attendais avec une impatience folle. Imaginez comme mes week-ends étaient tristes sans facteur ! A cette époque je vivais en ville et le facteur passait à l’aube. Je partais travailler à pied, ma missive du jour à la main. J’étais tellement excitée que je la lisais en marchant, je riais souvent seule en rue. Si quelqu’un se souvient d’une jeune fille un peu folle qui, chaque jour, traversait la ville, en lisant, en riant, c’était moi ! Durant ma pause de midi, je lui répondais systématiquement, nos lettres étaient de plus en plus longues. C’était devenu une drogue. Et j’étais beaucoup plus accro que je ne le suis maintenant des messages sur le net, j’ignore si c’était la jeunesse ou plutôt le plaisir d’une vraie correspondance, avec écriture, odeur, petites notes…

Quand je parlais de « mon correspondant » à mes amies, j’avais des étoiles plein les yeux. Pour la Noël il m’a fait la surprise de me téléphoner. Tout aurait pu foirer mais non, le courant passait aussi bien par téléphone que par courrier, alors nous avons cumulé. Un courrier le matin, un appel téléphonique le soir. Ma facture Belgacom, seul fournisseur à l’époque, était astronomique.

Ensuite vint enfin le temps de la rencontre. Je l’ai d’abord crue décevante, pas de petit déclic à sa vue, mais nous nous sommes vite revus et arriva ce qui devait arriver… Une très jolie histoire, pas très longue, mais qui restera l’un de mes plus beaux souvenirs. Mon correspondant était devenu mon amoureux. Et si je vous en parle ce soir, c’est parce que c’était finalement les prémices des rencontres sur internet ! génial non ? J'ai toujours été à la pointe du progrès.

Bon la nostalgie c’est fini pour ce soir, je repars à l’attaque. Où sont mon Plongeur, mon Cynique et mon Gentil ? Et bien pour tout dire, ils sont là, dans la petite boîte, pareils à eux-mêmes : le Cynique toujours cynique. Le Gentil toujours gentil. Et le Plongeur toujours distant. Je laisse passer la semaine, et j’attaque, non mais !

22
jan

Ma thérapie Strelli

Bon c’est clair, quand on est super culturée comme moi, donc qu’on lit Le Diable s’habille en Prada ou qu’on regarde Le Diable s’habille en Prada (ça me rappelle le post que je vous ai promis sur les livres et leur adaptation au ciné, faut que je bosse dessus), on ne peut qu’avoir envie de marques.

La seule que j’ai, c’est de notoriété publique maintenant, c’est Strelli, et encore, une écharpe (bon j’avoue, deux, mais j’en voudrais plus, je l’ai déjà dit, oui, je sais, je le dis et le redis, j’en veux de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, Oliviiiiiiiieeeeer tu m’enteeeeeends ?). Quand je suis allée l’acheter, cette fameuse écharpe, j’espérais être envahie d’un bien-être profond, mais pas du tout, j’ai juste eu l’impression que la vendeuse me regardait en ricanant « tiens vlà une nouvelle qui vient se donner des airs de grande dame en s’offrant une de nos petites écharpes ». Honteuse, j’étais. Je me sentais indigne de porter ça. Ben oui, c’est bête. Maintenant je la porte, je l’aime, et je me sens belle dedans, ça valait donc l’investissement.

Comme ça, spontanément, je rêve de Prada, Gucci, Chanel, YSL (bien qu’en fait je n’ai pas la moindre idée d’à quoi ressemblent leurs collections, c’est juste que ça fait chic et snob et parisienne). Chanel et YSL ça fait bobonne non ? Y’a Dior aussi dans la série chic pour vieilles. Ah oui, Calvin Klein ça doit être pas mal, et Dolce et Gabbana, parce que ça sonne exotique (oui ben pour moi l’exotisme est juste de l’autre côté de la Meuse, je suis provinciale et j’assume).

Et puis y’a pas que les fringues, y’a les sacs, les grands parfums, les crèmes antirides tellement chères qu’elle ne peuvent que les faire disparaître, mes rides. C’est plus chic de se tartiner de Chanel que de Nivéa, c’est clair.

Vu que je me lasse quasi instantanément de ce que j’achète. Vu que je suis la reine des achats compulsifs et irréfléchis (pléonasme). Vu que les miroirs de magasins me rendent une image magnifique, que ne rend jamais mon propre miroir une fois que je rentre et que je déballe le tout. Vu tout ça (et vu que j’ai un bête salaire de bête employée bêtement diplômée), j’achète du prêt-à-porter chez Hache et Aime, Innove, Myrtille et autres fruits des bois, Prom(od)enons-nous dans lesdits bois, enfin bref vous connaissez hein. J’achète beaucoup. Monsieur psy aurait beaucoup à dire sur le sujet j’imagine.

Moi je dis juste que quand j’étais plus jeune, j’ai été contrainte de grandir au milieu d’autres ados fils de… et de …, des proute ma chère, qui se présentaient chaque matin avec un nouveau jeans de la dernière marque à la mode (mais si, rappelez-vous, Chevignon, Chipie, C17, Cacharel et j’en passe), alors que moi je traînais dans mon vieux jeans de l’an quarante, même pas coupé comme il fallait. Ajoutez à ça que j’étais dans la classe poubelle (vous ignorez ce qu’est une classe poubelle ? c’est que vous avez eu la chance de choisir les options à la mode), que j’étais petite (ça va mieux) et moche (ça va pas mieux), et voilà comment une petite bonne femme de dix ans pétillante et dynamique devient en moins de temps qu’il ne faut pour le dire une ado renfrognée et complexée. C’est aussi rapide que ça (bon y’a un divorce dans le chemin, qui n’a pas dû arranger les choses, mais j’ai pas envie de faire pleurer dans les chaumières ce soir, parce que l’Abbé Pierre est parti et ça fait quand-même un pincement au cœur, je vais pas en rajouter une couche). Des années (des siècles ?) ont passé, je vais mieux, merci. Mais de temps en temps, j’ai cette bouffée de complexes qui m’envahit encore, alors je plonge le nez dans mon écharpe Strelli, et ça va mieux, beaucoup mieux, merci. Une thérapie pas si chère que ça…

20
jan

Fouilles

J’ai voulu faire quelques fouilles pour vous retrouver une «dissert» que j’avais faite sur l’amour, et la relire par la même occasion (et enfin, la publier, si publiable elle était). Par la même occasion je cherchais toujours mes vieux journaux intimes, histoire de se marrer un peu (dont un consacré uniquement à de jolis textes trouvés au fil de mes diverses lectures et qui auraient pu m’inspirer).

Je n’ai pas mis la main sur mes dissertations, ni sur mes journaux, autant chercher l’homme idéal dans le stade de France ! Comment est-ce possible d’égarer tout ça (mais si c’est possible avec la carte Kiwi tu paies moitié prix – petit délire hommage à Boulu – pub SNCF) !

J’ai par contre retrouvé :

L’intégralité des cartes d’anniversaire reçues à ce jour, soit de quoi recycler suffisamment de papier pour fabriquer des bottins destinés à un quartier entier de Bruxelles.

Tous mes travaux d’études, qui tendent à prouver que j’étais orientée social (le divorce, les enfants battus, la drogue) ou révolte (Ceausescu, Mussolini, le sang contaminé). Que des sujets joyeux. Déjà !

Ma correspondance entière avec diverses amies et mon correspondant-devenu-mon-amoureux (je vais me faire une soirée relecture, doit y avoir au bas mot 200 lettres classées par ordre).

Des tas de souvenirs d’histoires d’amour (je suis une incorrigible conservatrice) : ticket de train, coquillages, petits mots doux, dessins, bouchon de bouteille de champagne (aucun moyen de me souvenir avec qui je l’ai bue), carton d’invitation à une soirée d’ado (à l’époque, elles se distribuaient en rue) où j’ai rencontré un garçon qui a fait battre mon cœur et mon corps durant des mois (oh comme je parle bien), une cassette vidéo (faut que je vérifie rapidement ce qu’elle contient), 56 cassettes audio contenant monologues de mon correspondant-devenu-mon-amoureux (les 200 lettres ne suffisaient pas).

Mes « livres de mes amies » (avec photos, hobbies, descriptifs à mourir de rire) et mes carnets de poésie. Oh surprise, un carnet où j’ai tenté de devenir dessinatrice professionnelle, à dix ans. J’ai bien fait de me réorienter vers l’écriture !!!! Vous voulez voir ? (c’était un carnet Sarah Kay, ça vous inspire ?)si oui allez ici c’est fou, on les reconnaît toutessara07

Le fameux livre « les mystères de la vie en BD », une BD bleue (non rigide), où j’ai découvert que les bébés ne naissaient pas dans les choux (maman, je le savais déjà, je lisais le OK en cachette), comment se passe l’amour, le sexe, la grossesse. Une BD qui devrait être remboursée par la mutuelle tant elle serait encore utile aujourd’hui, pleine d’humour, de petits détails démentiels et utiles.

Tous les journaux, hebdos, magazine où j’ai laissé un trace de moi (j’avais oublié ce témoignage sur «vivre seule ou chez papa-maman » dans un recueil de Vie Féminine). Pas moyen de retrouver les trucs super anciens parus dans Flair, dommage.

Un préservatif périmé depuis 2004 (misère).

Et… last but not least… ma toute première publication, que je vous livre en exclusivité : HISTORAMA (à mon avis on avait dû m’imposer le sujet, car je hais l’histoire, la géo, la politique, les math et les sciences). Tirée à UN exemplaire (devenu depuis un collector). J’avais totalement oublié l’existence de ce spécimen. A l’époque, pas de PC, pas de machine à écrire, juste deux mains. Mon Dieu je suis si vieille que ça ? (le préservatif périmé sert à cacher le nom de la rédactrice en chef, sauf que, seconde misère, j’ai aussi dû tipp-exer virtuellement mon téléphone et mon prénom, a-t-on idée de mettre autant d’infos dans un mensuel tiré à un exemplaire).

Cette plongée dans le grenier de ma vie m’a beaucoup amusée et je planifie un méga rangement prochainement, histoire de découvrir d’autres curiosités.historama

25
déc

Ecris moi si tu as le courage, écris moi dis moi la vérité (Barzotti)

Ma passion des écrits-confessions remonte à l’enfance. Peut-être même avant. Qui sait si dans le ventre de moman je ne racontais pas déjà ce que je pensais : «fait trop chaud ici ce soir», «j’ai envie de fraises, moman, tu peux en manger ?», «j’aime pas cette musique, pitié», «et oh papa, crie pas si fort, je t’entends», «quand est-ce que je sors, je m’ennuie, je veux découvrir le monde»… Il est clair que dès que j’ai pu me déplacer seule, j’ai couru m’offrir un carnet (pour la petite histoire, c’était un petit carnet à spirales Hello Kitty – que j’ai toujours quelque part ici, au fond d’un tiroir -, comme quoi la boucle est bouclée, cette petite chatte est à nouveau à la mode). Et c’est parti pour une ronde infinie de journaux intimes.

Hello Kitty a tout su de mon emploi du temps : dimanche 31 décembre 1981 : au matin : je me suis levée, lavée, habillée, j’ai mangé des tartines car ce soir c’est le réveillon. J’ai été faire les courses avec maman. J’ai regardé Téléchat et Lolipop. Les amis sont arrivés et on a fait le réveillon. C’était super. On a mangé des crevettes, de la dinde et de la bûche. J’ai reçu deux disques, un livre, un poster. On a lancé les serpentins et je suis allée faire dodo. (et il en fut ainsi durant de longs mois, où j’ai confirmation que chaque jour je me suis levée, lavée, habillée – avec les fautes d’orthographe en prime – j’étais pourtant la meilleure de la classe, mais ça laissait encore à désirer).

Hello Kitty a fait place à un carnet à carreaux, avec cadenas. Cette période marque un grand tournant : j’ai découvert que j’avais des états d’âme : dimanche 31 décembre 1984 : je l’aime je l’aime je l’aime. J’aime V. Mais c’est dur l’amour. Parce que ma meilleure amie X, qui est dans la même classe que moi et que lui, l’aime aussi. On pense qu’Y et Z l’aiment aussi. Mais lui il n’aime que W, ça se voit. Avant il aimait P, il l’a même embrassée je crois. Mais ils ne se parlent plus maintenant. Je voudrais qu’il m’aime… Je suis triste. (et il en fut ainsi durant de longs mois, où j’ai découvert les souffrances de l’amour, avec moins de fautes mais il en restait – pour la petite histoire V fut longtemps mon meilleur ami, j’en étais bleue, amourette d’une fillette à peine sortie de l’enfance, et lorsqu’il m’a proposé un vrai rendez-vous, j’ai reculé et annulé… cela laissait déjà présager de mon avenir amoureux, mdr).

J’ai ensuite eu ma période asiatique, laquelle a duré un nombre incalculable d’années. J’avais une provision de carnets chinois pour toute une vie. Ils sont toujours bien alignés, dans ma bibliothèque. Eux seuls connaissent les secrets qu’ils renferment. Beaucoup d’états d’âmes, c’est fou ce qu’une ado de 14 ans peut souffrir. Nuance : peut croire qu’elle souffre. Ces carnets ont tout vécu avec moi : chagrins d’amour, passage de l’enfance à l’adolescence, désir soudain d’un chien qui résoudrait toutes mes peines (JE VEUX UN CHIEN inscrit en grand sur le journal laissé exprès ouvert au moment des fêtes – je n’ai pourtant jamais reçu de chien), l’achat joyeux du premier soutien gorge (yes, enfin, les voilà – faut dire qu’ils avaient une guerre de retard, les vilains), coups de foudre, envies de mourir typiques des crises d’ado, premier sortie en boîte et premier râteau (j’ai toujours été championne à ce jeu là), premier verre d’alcool, amourettes diverses pour chanteurs ou acteurs (les carnets prenant à ces époques du poids, vu les photos collées sur chaque page), poèmes et phrases cultes recopiées un peu partout...

Je suis enfin retombée dans une phase « emploi du temps ». Laquelle fut un moment cumulée avec la phase chinoise. En plus des états d’âme asiatiques, j’avais chaque année mon nouvel agenda exacompta, dans lequel j’inscrivais consciencieusement tout ce que je faisais : les sorties, les cinés, les concerts… Plus de ressenti, juste du vécu. Lassant au possible, mais un bon aide mémoire.

2006 : j’ai cédé à l’appel du net… et me voici ! Le ton est différent mais le but est resté le même. A une nuance près : je me dois d’appeler ceci un journal public et non un journal intime.

Relire tout ça actuellement fait un plaisir fou, c’est en même temps à mourir de rire, et tellement émouvant. Je vous en livrerais bien quelques extraits, pour le fun, mais c’est vraiment trop drôle… je pense qu’il faut l’avoir vécu pour comprendre la naïveté des propos de l’enfance, la complexité de ceux de l’adolescence et la dureté de ceux de la très jeune adulte. Je me ferais bien un 25 décembre relecture, je reviens quand j’ai fini de tout relire, vers… 5 h du mat ??