19
jui

Joli mois de juin / juin, chagrin

Dans le bus ce matin, point d’étudiants en jeans déchirés, baskets et Tshirts bariolés. Tous sont en costume cravate ou jupe plissée. Mais keskispassssdonc ?

C’est vrai, ça fait tellement longtemps pour moi (versons une petite larme sur le temps qui passe), mais comment ai-je pu oublier ce supplice vécu durant neuf longues années : les exams. Pourtant, j’y pense encore. Chaque année. Traumatisme absolu.

Chaque année, en juin, je bénis le ciel de travailler, d’être active, et non plus avachie et somnolente sur un banc d’école ou en train d’étudier, beurkitude absolue pour moi.

Chaque année, en juillet, je pleure toutes les larmes de mon corps sur la vie cruelle qui fait que je dois bosser durant deux mois alors que, durant mes études, je pouvais glander à loisir (ben oui quoi, les deuxièmes sess’, moi, connais pas, oh ça va je peux bien me la péter un peu).

La vie est tellement mal faite.

Pourtant, jamais, oh non jamais, je ne souhaiterais revenir en arrière, sur ce point là (niveau drague, mecs, sorties, là je reviendrais bien en arrière, pour être un petit chouia plus délurée et un gros chouia moins coincée).

Ces jours interminables de la période de bloque, à être, de 8h30 à 16h30 (j’ignorais à l’époque que cet horaire était enviable, moi qui, maintenant, me lève à l’aube pour être au bureau chéri juste après l’aube, si c’est une vie ça ma bonne Dame). A lire, chaque matin, mon petit planning bien établi, reprenant l’intégralité des matières à mémoriser. A n’avoir que ça comme perspective durant deux semaines : étudier le matin, étudier l’après-midi, étudier étudier étudier. Un bout d’enfer remonté sur terre.

Cette période où môman chérie surgissait à tout bout de champ dans ma chambre pour me demander délicatement « ça va ? tu avances bien ? tu respectes bien ton planning ? t’es pas trop stressée» Je me demande encore comment j’ai pu résister à l’envie qui me tenaillait de lui lancer l’intégralité de mes syllabi à la figure en guise de représailles, en hurlant « siiiiiiiiiiiiiiii je suis stressée, alors n’en rajoute pas ». Je sais, c’était gentil de sa part, je sais, c’était par sollicitude, je sais, c’était par inquiétude, mais vous, ô mères, sachez que vos filles ne vont jamais bien durant leur blocus, mieux vaut ne rien leur demander. Contentez-vous de les nourrir et les abreuver. C’est bien compris ?

Cette période où je n’avais plus de voix, car, dotée d’une mémoire auditive, je me répétais, heure après heure, la matière, et la restituais ensuite en faisant les cents pas. A l’époque, point de PC, juste des feuilles griffonnées (oui, je sais, ça date, c’était au siècle dernier).

Puis la fin du blocus arrivait, et commençait une période tout aussi désagréable, mais qui avait pour avantage de faire avancer le schmilblik : les exams proprement dits. La joie de revoir enfin les copines, de partager ses angoisses avec quelqu’un qui comprend (et pô avec môman qui bien sûr ignore tout du stress des études). Les comparatifs de réponses à la sortie du local de torture. Angoisse angoisse angoisse, j’ai tout foiré, désespoir profond, ma vie est anéantie, mes espoirs professionnels également.

Ensuite, les oraux en petite jupe ridicule empruntée à môman (mais oui, elle sert à kéééékchose môman). Aaaaaaargh cet oral où je m’étais trompée de matière, je n’avais tout simplement pas étudié le sujet de la question. J’ai fait la même bourde pour un écrit d’ailleurs… C’est nin possip’ d’être aussi distraite.

Enfin, en toute dernière année, la défense orale du mémoire. Pour moi, ce fut la vautritude absolue, la foiritude intégrale. La honte du siècle. Rien que de vous en parler, j’ai comme une grosse boule dans le bide qui remonte qui remonte qui remonte, et qui redescend. Non, décidément, je ne peux en parler, dans dix ans peut-être.

Encore actuellement, savez-vous ma bonne Dame, je fais un cauchemar récurrent : version 1 : il s’avère que mon diplôme n’est pas valable, je dois retourner à l’école refaire les mêmes études, tout en le cachant à boss vénéré, version 2 : pour une raison inconnue, je me retrouve subitement à nouveau aux études, qui plus est en examens, version 3 : j’entreprends de nouvelles études. (c’est la pire version, je dois être atteinte d’une maladie neurologique grave dans ce rêve pour prendre une telle décision) Version 4 : je suis en plein examens et je ne comprends pas pourquoi je reprends des études pour lesquelles j’ai déjà un diplôme. Absurde. Dans tous les cas, je me réveille, en sueur, hébétée, dans mon lit king size, et il me faut plusieurs longues minutes à me répéter que non, je ne suis plus étudiante, et non, je n’aurai plus jamais à avaler des dizaines de feuilles griffonnées pour les vomir lors d’un oral prochain, calme-toi, ça va aller, zen, voilà, on respire bien, on fait le petit chien, jamais tu ne retourneras à l’école...

Y’aurait un thérapeute dans la salle ?

Voilà, si des étudiants passent par ici, je compatis à leur triste sort, espérant que ce ch’tit billet les distraira un tantinet. Et je vous dis une bonne chose : le monde du travail c’est encore pire, vous verrez, si si vous verrez, gnark gnark gnark.

8
fév

Il neige !

"Il neige" dit Musti.

"Il neige", dit la petite souris.

4
fév

J’ai une dent contre mes dents

Un post en trois (ou quatre ou cinq) parties (très long et très soporifique).

Ça commence comme un post nostalgique : du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours entendu ma grand-mère (la gentille, pas Tatie Danielle) me bassiner avec ses histoires de dents. « Soigne bien tes dents, ma petite Anaïs, tu en tireras bénéfice toute ta vie », « tu te brosses bien les dents, Anaïs chérie, c’est important tu sais ». Et ça me bassinait, autant que la mini bassine dans laquelle elle les faisait tremper, ses dents. Ça m’a toujours paru normal, cette double paire de dents qui passaient la nuit en solitaire. Double paire, car celles de mon grand-père tenaient compagnie à celles de ma grand-mère. C’est beau l’amour. Par contre son obsession des dents me privait de sucreries, ou du moins ma part était très restreinte : un mini bâton de Côte d’Or (au lait, le meilleur du monde) à sucer et à faire traîner toute une après-midi, c’est une fameuse frustration (c’est pas Docteur Psy qui me contredira). Voilà pourquoi maintenant il me faut ma plaquette quotidienne, et toujours du Côte d’Or au lait, le meilleur du monde, avec une exception pour le Nestlé grain de framboises qui est à se damner, et quelques spécialités diverses pour varier les plaisirs : le Galak Popri, le double lait Côte d’Or, les langues de chat de Geluck, le marzipan, et j’en passe (faut que je passe au paragraphe suivant, je commence à voir des bâtons de chocolat plein mon écran plat).

Ne pas avoir de dents était pour moi synonyme de crise de rires interminables, quand je demandais, comme un rituel, à mon bon-papa « fais Popeye bon-papa », et qu’il enlevait ses dents et serrait bien les mâchoires de façon à lui ressembler, j’étais aux anges. Avec ses grandes oreilles et son crâne d’œuf, il ne manquait que la pipe. Souvenirs souvenirs. Jolis souvenirs. Petit pincement au cœur. Fin de l’époque nostalgie.

Ça continue comme un post conte de fées : il était une fois une petite princesse brune aux yeux couleur charbon. Elle s’appelait Anaïs. Elle avait de mignonnes petites dents bien blanches, comme des petites étoiles en porcelaine. Elle vivait heureuse au sein de sa famille. Il y avait son papa, pas vraiment là mais quand même un papa, sa maman, très gentille tout plein, son chat qui lui faisait plein de câlins. Anaïs était une très bonne élève et avait plein d’amies. Elle avait créé une société de vente par correspondance de meubles suédois, avec bons de commande récupérés dans les papiers de son papa, catalogue trouvé dans la boîte aux lettres, et tout et tout, elle passait des heures à gérer son patrimoine (elle a gardé de cette époque une passion pour ce magasin suédois). Mais elle avait un vilain défaut : elle adorait les sucreries. Et comme toute petite fille qui abuse de bonbons et chocolats, Anaïs dut un jour aller chez le dentiste. Fin du conte de fées.

Ça continue comme un post banal et saoulant (si vous avez peur de vous endormir, foncez à la partie cauchemar) : j’ai donc très vite découvert les joies du dentiste. Souvent. Très souvent. Il avait pourtant l’air gentil, mon dentiste. Mais il cachait un lourd secret. Il faisait semblant de travailler correctement, mais c’était l’inverse. Il collait d’horribles plombs tout noirs sur mes horribles dents toutes trouées de brun (une carie ça s’appelle), sans bien enlever le trou brun (peut-être ignorait-il comment enlever un trou, ce qui n’est pas si facile au fond quand on y réfléchit bien), ce qui fait que le petit trou continuait à s’agrandir et à devenir lentement mais sûrement un grand trou, mais bien caché par le plomb. A un moment (mais j’ignore comment la réalité fut révélée au monde entier et à ma mère), je me suis retrouvée chez un autre dentiste. Il avait l’air gentil (et il l’est toujours, c’est limite si je ne le connais pas plus intimement que tous les hommes qui ont croisé ma vie jusqu’à ce jour), il a vu le désastre. Et durant des semaines et des semaines, des mois et des mois, nous avions notre petit cinq à sept du mercredi. Rendez-vous enfer qui fait que maintenant je vais chez le dentiste comme chez le coiffeur : une petite appréhension sur le résultat, mais pas de réelles angoisses. Pourtant j’en connais des gens angoissés par la fraise. Moi la fraise, et pas le fruit rouge qu’il faut impérativement acheter à Wépion, près de Namur (comment, vous ne connaissez pas la célèbre fraise de Wépion ?), donc la fraise, je la connais tellement que je ne frémis même plus quand je l’entends se mettre au turbin. Et elle connaît si bien ma bouche qu’elle y va les yeux fermés. Donc Gentil Dentiste a repris les choses en main et a débouché toutes les dents, enlevé à nouveaux les caries qui avaient continué leur petit bonhomme de chemin et rebouché le tout. Inéluctablement, chaque mercredi je débarquais chez mon Gentil Dentiste avec mon Ok magazine, puis avec mon Flair (on pourrait en faire un film style Amélie Poulain, oùsqu’on voit la petite Anaïs avec son livre Musti, puis Anaïs jeune ado avec OK, et Anaïs vieille ado avec Flair, dans un style un peu kitsch répétitif, je suis sûre que ça récolterait un succès fou ce film, on l’appellerait « les dents d’Anaïs »).

Pour la petite histoire, Méchant Dentiste a récolté la monnaie de sa pièce, car il a reçu un colis piégé qui lui a exterminé immédiatement une main. Depuis lors il n’exerce plus. Et ça ne venait pas d’un patient, ce colis, étrangement. Voilà justement un exemple de malheur dont je me réjouis (cf mon post sur le bonheur des autres), non pour la souffrance qu’il aura inéluctablement engendrée, mais de savoir que plus personne n’aura à subir les agissements de cette personne sans scrupules.

Ça finit (oui, vous êtes presque au bout de vos peines, et de toute façon si ça vous plait pas, suffit de chercher un blog à posts plus petits, non mais des fois) comme un post cauchemar : j’ai remarqué un jour que mes dents avaient l’envie d’avancer plus vite que moi dans la vie, en d’autres termes qu’elles avaient un genre d’érection permanente. Enfin bref elles pointaient vachement et dangereusement vers l’avant. Direction orthodontiste. Et un joli fil barbelé dans la bouche un. Et trois ans de consultations trois. Et pas de résultat, pas. Et un arrachage de dents ordonné par Méchant Ortho, un (quand on a une bouche faite pour 30 dents et qu’on a 32 dents, y’a un stuut). Et Gentil Dentiste qui refuse, refuse. Je t’aime Gentil Dentiste, ti amo, I love you, te quiero. Précision de Gentil Dentiste : on va plutôt enlever celles-là, là devant, et va voir un Gentil Orthodontiste à la place de Méchant Ortho, il te remettra ça en moins de deux. Et un arrachage de dents, un, finalement. Et un joli fil barbelé encore plus gros (avec en déco des élastiques, et même un trucmachin remède contre l’amour à mettre toutes les nuits, je vous jure, j’en ai bavé, au sens propre comme au sens figuré). Mais le résultat valait les souffrances. Fin du cauchemar (quoique).

Souffrances ? J’ai osé parler de souffrances !!!! Le pire restait à venir. Là on n’est plus dans un simple cauchemar, on plonge dans la scène ultime de Scream ! Eté 1990, une pulpite. Vous ne connaissez pas la pulpite ? Bénissez le seigneur chaque jour de ne pas connaître. Vous connaissez ? Soyez les bienvenus, je suis de tout cœur avec vous. La pulpite, c’est indéfinissable, il faut le vivre pour le comprendre, mais il parait que c’est la pire des souffrances dentaires, et je veux bien le croire. Il est temps pour moi de conclure ce post dentaire (je vous entends soupirer d’ennui d’ici, c’est limite irrespectueux pour le temps que je passe – que je perds ? – à rédiger mes niaiseries), donc je dirais juste que la pulpite c’est la douleur, un nettoyage interne, la douleur qui revient toute une nuit (passque le nettoyage il a pas marché vous comprenez ?), une dévitalisation, et le soulagement intense. 1994, pulpite, nettoyage, douleur qui revient, dévitalisation, douleur qui revient – aah là y’a un stuut, pourquoi la douleur revient ? car c’était pas la bonne dent ma petite dame (ça n’arrive qu’à moi ça non ?) -, nuit de douleur, redévitalisation, soulagement intense. 1996 : pulpite, nettoyage, douleur, dévitalisation. 1999 : pulpite, nettoyage, douleur, dévitalisation. Bon je me rassure en me disant qu’il ne reste que 25 dents vivantes, y’a de l’espoir (ah non 24 car les dents dévitalisées finissent par casser et on les arrache, youpie, bon débarras). Fin de Scream.

Quelqu’un a envie de m’embrasser, là, tout de suite, avec la langue ?

La morale de l’histoire : quand j’aurai une fille je lui dirai « Soigne bien tes dents, ma petite, tu en tireras bénéfice toute ta vie », « tu te brosses bien les dents, chérie, c’est important tu sais ».

23
jan

Flash back

Petit retour en arrière. Du plus loin que je me souvienne j’ai toujours aimé écrire, ça doit être génétique. J’avais moins de dix ans que je cherchais déjà des correspondantes et correspondants dans mon mensuel « 30 millions d’amis ».

J’ai donc eu un tas de contacts, souvent en France. Pour la plupart, je m’en souviens peu, ce fut très éphémère. Avec l’un d’eux par contre, ça a duré plusieurs années, il vivait dans le Sud de la France, dans un magnifique petit village que j’ai eu le bonheur de découvrir récemment (ça m’a fait bizarre de me balader dans les ruelles de ce village, j’ai imaginé que je croisais mon fameux correspondant !). Je devais avoir 12 ans. Ce fut une sympathique amitié. On s’était même échangé des photos. Vers 18 ans, j’ignore pourquoi, je l’ai recontacté, mais le charme était rompu, nous n’étions plus sur la même longueur d’ondes. Joli souvenir.

Bien plus tard, rebelote, j’ai répondu à une annonce dans mon hebdo féminin (je suis du genre fidèle, quand j’achète une hebdo ou un mensuel, je le fais à la vie à la mort). La correspondance a commencé en douceur, mais très vite nous sommes tombés dans une frénésie absolue. A l’époque, l’internet en était à ses tout débuts, je n’avais ni PC ni bien sûr adresse mail. Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ! Quand j’y repense j’ai l’impression d’avoir cent ans. J’ai pu vivre sans PC, sans le net, vraiment ? Je ne m’en souviens pas.

Nous étions donc de vrais correspondants. Sur du joli papier, avec nos écritures. Enfin je mens, moi j’utilisais mon PC, j’imprimais mes écrits et je les postais. C’était la condition sine qua non pour obtenir réponse, car je suis totalement illisible lorsque j’utilise un bic. J’aurais dû être médecin. Après une ou deux semaines nous en étions à une lettre par jour, que j’attendais avec une impatience folle. Imaginez comme mes week-ends étaient tristes sans facteur ! A cette époque je vivais en ville et le facteur passait à l’aube. Je partais travailler à pied, ma missive du jour à la main. J’étais tellement excitée que je la lisais en marchant, je riais souvent seule en rue. Si quelqu’un se souvient d’une jeune fille un peu folle qui, chaque jour, traversait la ville, en lisant, en riant, c’était moi ! Durant ma pause de midi, je lui répondais systématiquement, nos lettres étaient de plus en plus longues. C’était devenu une drogue. Et j’étais beaucoup plus accro que je ne le suis maintenant des messages sur le net, j’ignore si c’était la jeunesse ou plutôt le plaisir d’une vraie correspondance, avec écriture, odeur, petites notes…

Quand je parlais de « mon correspondant » à mes amies, j’avais des étoiles plein les yeux. Pour la Noël il m’a fait la surprise de me téléphoner. Tout aurait pu foirer mais non, le courant passait aussi bien par téléphone que par courrier, alors nous avons cumulé. Un courrier le matin, un appel téléphonique le soir. Ma facture Belgacom, seul fournisseur à l’époque, était astronomique.

Ensuite vint enfin le temps de la rencontre. Je l’ai d’abord crue décevante, pas de petit déclic à sa vue, mais nous nous sommes vite revus et arriva ce qui devait arriver… Une très jolie histoire, pas très longue, mais qui restera l’un de mes plus beaux souvenirs. Mon correspondant était devenu mon amoureux. Et si je vous en parle ce soir, c’est parce que c’était finalement les prémices des rencontres sur internet ! génial non ? J'ai toujours été à la pointe du progrès.

Bon la nostalgie c’est fini pour ce soir, je repars à l’attaque. Où sont mon Plongeur, mon Cynique et mon Gentil ? Et bien pour tout dire, ils sont là, dans la petite boîte, pareils à eux-mêmes : le Cynique toujours cynique. Le Gentil toujours gentil. Et le Plongeur toujours distant. Je laisse passer la semaine, et j’attaque, non mais !

22
jan

Ma thérapie Strelli

Bon c’est clair, quand on est super culturée comme moi, donc qu’on lit Le Diable s’habille en Prada ou qu’on regarde Le Diable s’habille en Prada (ça me rappelle le post que je vous ai promis sur les livres et leur adaptation au ciné, faut que je bosse dessus), on ne peut qu’avoir envie de marques.

La seule que j’ai, c’est de notoriété publique maintenant, c’est Strelli, et encore, une écharpe (bon j’avoue, deux, mais j’en voudrais plus, je l’ai déjà dit, oui, je sais, je le dis et le redis, j’en veux de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, Oliviiiiiiiieeeeer tu m’enteeeeeends ?). Quand je suis allée l’acheter, cette fameuse écharpe, j’espérais être envahie d’un bien-être profond, mais pas du tout, j’ai juste eu l’impression que la vendeuse me regardait en ricanant « tiens vlà une nouvelle qui vient se donner des airs de grande dame en s’offrant une de nos petites écharpes ». Honteuse, j’étais. Je me sentais indigne de porter ça. Ben oui, c’est bête. Maintenant je la porte, je l’aime, et je me sens belle dedans, ça valait donc l’investissement.

Comme ça, spontanément, je rêve de Prada, Gucci, Chanel, YSL (bien qu’en fait je n’ai pas la moindre idée d’à quoi ressemblent leurs collections, c’est juste que ça fait chic et snob et parisienne). Chanel et YSL ça fait bobonne non ? Y’a Dior aussi dans la série chic pour vieilles. Ah oui, Calvin Klein ça doit être pas mal, et Dolce et Gabbana, parce que ça sonne exotique (oui ben pour moi l’exotisme est juste de l’autre côté de la Meuse, je suis provinciale et j’assume).

Et puis y’a pas que les fringues, y’a les sacs, les grands parfums, les crèmes antirides tellement chères qu’elle ne peuvent que les faire disparaître, mes rides. C’est plus chic de se tartiner de Chanel que de Nivéa, c’est clair.

Vu que je me lasse quasi instantanément de ce que j’achète. Vu que je suis la reine des achats compulsifs et irréfléchis (pléonasme). Vu que les miroirs de magasins me rendent une image magnifique, que ne rend jamais mon propre miroir une fois que je rentre et que je déballe le tout. Vu tout ça (et vu que j’ai un bête salaire de bête employée bêtement diplômée), j’achète du prêt-à-porter chez Hache et Aime, Innove, Myrtille et autres fruits des bois, Prom(od)enons-nous dans lesdits bois, enfin bref vous connaissez hein. J’achète beaucoup. Monsieur psy aurait beaucoup à dire sur le sujet j’imagine.

Moi je dis juste que quand j’étais plus jeune, j’ai été contrainte de grandir au milieu d’autres ados fils de… et de …, des proute ma chère, qui se présentaient chaque matin avec un nouveau jeans de la dernière marque à la mode (mais si, rappelez-vous, Chevignon, Chipie, C17, Cacharel et j’en passe), alors que moi je traînais dans mon vieux jeans de l’an quarante, même pas coupé comme il fallait. Ajoutez à ça que j’étais dans la classe poubelle (vous ignorez ce qu’est une classe poubelle ? c’est que vous avez eu la chance de choisir les options à la mode), que j’étais petite (ça va mieux) et moche (ça va pas mieux), et voilà comment une petite bonne femme de dix ans pétillante et dynamique devient en moins de temps qu’il ne faut pour le dire une ado renfrognée et complexée. C’est aussi rapide que ça (bon y’a un divorce dans le chemin, qui n’a pas dû arranger les choses, mais j’ai pas envie de faire pleurer dans les chaumières ce soir, parce que l’Abbé Pierre est parti et ça fait quand-même un pincement au cœur, je vais pas en rajouter une couche). Des années (des siècles ?) ont passé, je vais mieux, merci. Mais de temps en temps, j’ai cette bouffée de complexes qui m’envahit encore, alors je plonge le nez dans mon écharpe Strelli, et ça va mieux, beaucoup mieux, merci. Une thérapie pas si chère que ça…