24
jui

Rediffusion estivale pour Oriane : J'ai rencontré Pat Hibulaire

Oriane m'a demandé le 14/4/11, mais j'ai rien en stock à cette date, j'ai donc cherché le billet le plus proche, qui parle pas livres ou ne se contente pas de montrer une photo, et c'était "j'ai rencontré Pat Hibulaire", publié quelques jours après le 14.  Quelques jours avant le 14, y'avait "une bite, c'est moche", un billet qui avait généré énormément de visites à l'époque, mais très très court, comme un micro-pénis, alors j'ai préféré offrir une plus grande lecture à Oriane :

Bon, clair que j’aurais préféré rencontrer Saint-Nicolas avec ses chocolats, mais j’ai pas eu le choix.

Alors j’ai rencontré Pat Ibulaire.  Vous connaissez ?  C’est un personnage du Journal de Mickey ou de Super Picsou ou de … ben je sais plus, ce sont les trois journaux que je lisais quand j’étais môme, le Journal de Mickey était hebdomadaire, le … mensuel et le Super Picsou tous les deux mois (mais chais pas comment on dit, car bimensuel c’est deux fois par mois non ?)  Au milieu des gentils donc, y’avait le méchant, Pat Ibulaire.

Le matin, je suis la première à arriver au bureau.  Enfin pas tout à fait, vu que la femme de ménage technicienne de surface est là avant moi, bien avant moi.  Elle est cool et après notre conversation matinale habituelle, savoir le lundi « ça va, ben comme un lundi, oui vivement vendredi », le mardi « ça va, fatiguééééééééééééééée », le mercredi « ça va, vivement le wiiiiiiiiiikende », le jeudi « ça va, ouiiiiiiiiii, demain wiiiiiiiiiiiiiiikeeeeeeeeeeeeeeeeendeeeeeeeeeeeuh » et le vendredi « ça va, yes yes yes, que du bonheur c’est vendredi et demain c’est samedi on fout l’camp d’ici oh (ça se chante hein ça) », je rejoins mes pénates.

Soudain, même pas assise l’Anaïs, on sonne.

Trop tôt pour être le facteur.

Vu que je bosse dans le bureau « fort fort lointain », comme Shrek, il me faut un temps fou pour rejoindre le hall d’accueil et l’ouvre-porte.  J’entame donc ma randonnée jusqu’à la porte d’entrée, pas après pas, marche après marche, persuadée que c’est pas le facteur.  Et que j’ai pas envie d’ouvrir, du coup, mais c’est mon devoir.

Durant le trajet, ça sonne à nouveau, de façon impatiente.  Oui, l’impatience se remarque dans le coup de sonnette, vous n’aviez jamais remarqué ?

Après ce long périple, j’arrive à quelques mètres de la porte quand, soudain, le drame se produit : les coups de sonnettes exaspérés ont laissé place à des coups répétés sur la porte, assortis de mouvements violents sur ladite porte, pauvre petite chose fragile secouée pire qu’un morceau de fruit dans un blender à smoothies.  L’individu aimable qui sonnait gentiment à la porte a laissé place à une sorte d’Incroyable Hulk excédé de ne pouvoir entrer…  Et moi aussi je suis excédée de ce manque de respect.  Tout bien réfléchi, je suis plus effrayée qu’excédée, car c’est l’aube et je suis seule, la technicienne de surface m’ayant lâchement abandonnée pour se réfugier à la cave, une fois que les coups répétés ont commencé.  Et l’individu insiste, secouant la porte à qui mieux mieux, dans l’espoir vain de la voir céder… ce qui serait, somme toute, assez amusant.  Non ?  Non.

Je prends donc mon courage à deux pieds, j’ouvre la porte, et découvre… une petite dame toute menue toute frêle, à l’air courroucé de la puce face à un Sphynx.  L’air de rien, elle me remet un courrier.  Un simple courrier !  Un bête courrier.  Puis elle s’en va, toujours l’air de rien.  Tout ça pour ça…

Je vous le dis, ma bonne Dame, la clientèle n’est plus ce qu’elle était.

23
jui

Rediffusion estivale pour Caroline : Vive le monde moderne VS à bas le monde moderne

A la date du 19 décembre 2010, un dimanche, des chroniques livres, puisque le dimanche on lit au lit. Notamment une chronique très noëllesque, si tu veux tout de même avoir un billet à la date choisie.

Je rediffuse donc le billet de la veille, du 18, dont la lecture est plus sympa que des billets sur des livres parus il y a plus de deux ans :

En regardant Dirty Dancing en DVD l’autre jour, j’ai réalisé à quel point le monde moderne facilitait ce genre de chose : mater un film, au moment où je le désire, à la seconde où je l’exige.

Passque quand j’étais môme, au siècle dernier, ben c’était pas si facile, rha ben non ma bonne Dame.

D’abord, les magnétoscopes, ça coûtait un pont quand j’étais môme.  C’était du super méga luxe.  Notre premier, acheté d’occasion, le fut pour la modique somme de 2 000 eur.  2 000 eur de l’époque, soit encore bien plus actuellement.  Avoir un magnétoscope, c’était du luxe, puisque je vous le dis.

Ensuite, bien sûr, y’avait pas internet, on écrivait dans les grottes avec des branches noircies par le feu, du moins après qu’on l’ait inventé, le feu, donc impossible de regarder quoi que ce soit en streaming, ni de télécharger quoi que ce soit.  Impossible, de plus, je fais une petite digression, de trouver le nom d’un acteur ou d’un film sur internet, via Google, ce qui me contraignait, quand j’avais un nom sur le bout de la langue et que ça m’exaspérait de ne pas le retrouver pire qu’un moustique la nuit, à envoyer un sms à mes copines pour obtenir de l’aide (exemple : c’est qui déjà la femme du mec qui jouait dans ce film sur les avions de chasse, un brun craquant là…) – et là je parle d’après l’arrivée des GSM, car avant, c’était encore plus l’enfer…  Fin de la digression.

Alors, quand on voulait voir un film, on louait la cassette à la vidéothèque du coin.  Pas de VOSTF disponible, bien sûr, fallait se contenter de la VF.  J’en suis même à me demander si je savais que les VO existaient, habituée que j’étais à tout voir en français.

Pour Dirty Dancing, en 1987 donc, j’avais obtenu qu’on le loue un samedi, ce qui permettait de garder la cassette jusqu’au lundi matin, ô bonheur suprême.

Bien sûr, j’avais vu Dirty Dancing au cinéma.  Et m’étais prise d’une passion folle pour Patrick Swayze (c’était de mon âge, à l’époque… cela ne l’est plus maintenant, ce qui ne m’empêche nullement d’encore fantasmer sur ses pectoraux en chocolat belge).  J’avais acheté les deux cassettes (et oui, le CD n’existait pas encore) contenant la BOF, je collais des photos de Patrick dans mon journal intime, je traduisais mal She’s like the wind, que j’avais choppée sur une radio et que j’écoutais en boucle en rêvant que Johnny/Patrick me fasse danser puis me fasse l’amour comme un dieu du sexe.

Alors, l’arrivée de cette cassette vidéo de location dans ma vie mon week-end, ben c’était comme l’arrivée de Saint-Nicolas, comme la résurrection du Christ, comme la nouvelle collection d’écharpes Strelli : un bonheur.

Le samedi soir, donc, vision en famille de Dirty Dancing.

Et le dimanche, j’obtiens de le regarder encore deux fois, avant qu’on le (le = Patriiiick) range gentiment dans sa boîte pour le rapporter le lendemain au vidéoclub.  Tout ça sur la télé du salon, car bien sûr, à l’époque, c’était une télé par famille.  Je sais, c’était Les misérables quand j’étais môme, même qu’on jouait au tennis sur Atari, la misère je vous dis, mais j’en parlerai un autre jour, du tennis sur Atari ou de Donkey Kong, une digression suffit par billet.

Cela fait un bail maintenant, mais je m’en souviens comme si c’était hier.  Intense dimanche que celui-là, puis tristesse de devoir rendre la cassette.

Tristesse intense.

Désespoir profond.

Alors que de nos jours, ben c’est la satisfaction du besoin immédiat, ou la satisfaction immédiate du besoin enfin c’est chou vert et vert chou.  Avec internet, avec les DVD, avec les locations à la demande, avec le voocorder qui peut même mettre le programme en pause (je l’ai toujours pas, m’ont jamais rappelé chez Voo, enfin chez moi, mais je perds pas espoir)…

Bonheur immédiat.

Mais peut-être, sans doute, certainement, moins intense que celui que j’ai eu à pouvoir regarder deux fois Dirty Dancing sur un seul dimanche, sachant que je ne le verrais ensuite plus avant des mois, lors de son passage à la télévision.

Finalement, eske le bonheur immédiat ne gâcherait pas le plaisir de l’attente du bonheur, tout bien réfléchi ?

22
jui

Rediffusion estivale pour Paul : les addictions d'Anaïs

Paul a demandé à lire un billet écrit le 15 mai 2010.  Hasard étonnant, ce jour-là j'avais déjà publié... une rediffusion, ce qui ne m'est arrivé que genre dix fois en bientôt sept ans de blog...  Donc ce billet du 15 mai 2010 était déjà périmé, il l'est plus encore désormais, car datant de 2007-2008.  Il s'agissait de trois courts textes pour un concours. Bonne lecture Paul.

Who's next ?

Accro du shopping

Scénario : Le ciel est bleu, pas un nuage, la vie est belle, je suis belle, je suis la plus belle, c'est décidé !  Je m'en vais shoppinger.  Claquer du fric.  Faire valser les billets.  Faire voler la carte de crédit.  Vider la bourse.   J'ai lu que nous ne pouvons être tenus responsables des achats compulsifs que nous faisons.  C'est la faute à la dopamine.  Elle nous pousse à acheter pour assouvir un besoin de plaisir immédiat et éphémère.  Tant mieux.  Adieu culpabilité. 

Trois heures plus tard...

Je bondis de joie, je saute tel un cabri dans la prairie humide de rosée du matin, mes achats à la main, je jouis de ce bonheur qui m'anime.  Ces chaussures, ces fringues, ces livres, ces DVD, ces produits qui vont me rendre plus belle que belle.  L'extase à l'état pur.  Et patatras.  Je réalise que la guerre avec mon compte en banque est déclarée, que ma Visa va me faire la gueule trois mois durant, que je suis condamnée à ne m'alimenter que de pâtes sauce tomate jusqu'à la fin du mois et à déménager pour parvenir à stocker mes achats compulsifs.

Dieu sait pourtant que je suis stable, raisonnable, équilibrée, organisée, jeune, belle, fashion victim et propre sur moi, mais quand le Dieu shopping s'offre à moi, je ne peux définitivement y résister.

C'est grave docteur ?

 

Accro au chocolat

Bonjour, je m'appelle Anaïs et je viens de m'inscrire aux "dévoreurs de chocolat anonymes". 

Non, je ne suis plus une adolescente attardée vautrée sur son canapé et complètement accro au chocolat et ses ersatz.  Je suis une adulte équilibrée (ou presque), j'aime aimer, j'aime danser, j'aime rire, j'aime écrire, j'aime profiter de la vie, mais j'aime par-dessus tout manger du chocolat.  Et le mot est faible : j'adore dévorer du chocolat, je me repais d'engloutir du chocolat, je bave lorsque j'engouffre du chocolat, je jouis à chaque fois que mes papilles gustatives rencontrent du chocolat.  Manger du chocolat : un orgasme gustatif assuré.

Que la dépendance au chocolat soit due aux substances diaboliques qu'il renferme ou qu'elle soit simplement psychologie, générée par son goût divin, qu'importe.  Je m'en moque.  J'aime le chocolat.  C'est aussi simple que ça.

Sous toutes ses formes : le pain au chocolat du petit déjeuner accompagné d'un chocolat chaud (plus chocolat que chaud d'ailleurs), les barres chocolatées en veux-tu en voilà, le milk-shake chocolat et sa crêpe au chocolat chaud dégoulinant, les œufs de Pâques, les œufs de toute l'année farcis d'une surprise enfantine régressive, les biscuits recouverts d'un succulent glaçage à déguster morceau par morceau, la pâte à tartiner qui ne se mange qu'à la louche, j'en passe et des meilleurs... (NDLR là, j'ajouterais le blanc spéculoos, mon addiction actuelle).

Rien que de l'écrire, j'en bave.  Et je pars de ce pas acquérir un stock de victuailles plus chocolatées les unes que les autres.  Ne m'en veuillez pas, je ne peux plus résister...

Au secours !

 

Accro aux séries télé

Je suis raide dingue des séries télé.  En tous genres.  Raide dingue tout court dites-vous ?  Non, juste un peu ado attardée qui adore se repaître de la vie des autres, vibrer avec eux, aimer avec eux, rire avec eux.

Quand j'étais ado, j'étais folle des séries pour ados (c'est d'une logique implacable). 

Maintenant que j'en suis au stade de "l'adulescence", à savoir que je suis adulte, fraîche, moderne, que je bosse toute ma sacro-sainte semaine pour gagner ma croûte, mais que je suis néanmoins bloquée au stade mental de l'adolescence, je suis folle de toutes les séries, non seulement celle pour ados mais aussi toutes les autres.  Et quand je dis folle, le mot est faible.  C'est une véritable dépendance.  Si je n'ai pas mon quota hebdomadaire télévisuel, je craque, j'entre en crise de manque, je me rue chez le premier revendeur venu pour acheter ma dose (de DVD).

Mon dernier coup de folie en date : Prison Break.  Trois épisodes chaque mercredi.  Le nirvana à coup sûr.  Chaque mercredi, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, je me prépare psychologiquement à ce moment de béatitude qui m'attend.  Plus l'heure de diffusion approche, plus je frémis d'impatience.  Mais, ô rage ô désespoir, tout a une fin.  Depuis, je souffre d'un terrible vide dans ma vie, au point de tenter de trouver des bribes d'épisodes sur le net, tel la cigale cherchant de quoi manger une fois la bise venue.

Si une des séries ne passe pas encore à la TV, je squatte chez l'un ou l'autre détenant le sacro saint sésame permettant l'accès aux dernières saisons de mes séries vénérées : le décodeur BeTV.  En cas d'absence, je les soudoie, je les supplie de m'enregistrer les épisodes tant attendus.  Au besoin, j'exerce un chantage crapuleux. 

Je suis diabolique... et séries addict.

23
avr

J’ai testé « huit heures en compagnie de Pierre Rapsat »… et plus encore

Tout a commencé vendredi dès l’aube, au bureau, lorsqu’un mail du Soir m’annonçait un CD de « Scala chante Rapsat » offert avec son édition.

Ni une ni deux, je me précipite en librairie pour découvrir « la chose ».  J’aime les chorales, j’aime Rapsat, je ne pourrai qu’aimer une chorale qui chante Rapsat, d’autant que pour la petite histoire, Mostek m’avait proposé d’aller voir Scala au théâtre de Namur en février dernier… bon, finalement, elle s’était trompée, c’était pas Scala, mais une autre chorale, ah ah ah la bonne blague, mais j’y ai cru jusqu’au bout, que je verrais Scala…

Dans la foulée je découvre le triple CD, le livre et le DVD, que j’offre à mon compte en banque, j’en ai déjà parlé, puis je me souviens que le soir, y’a une émission spéciale.

A 20h05 pétantes (prout), je suis devant mon téléviseur, prête à regarder cette émission, dont je décide de lire le résumé dans ma bible Ciné Revue, et là, j’apprends que ce n’est pas une seule émission, mais une big soirée spéciale de la mort qui tue, que La Deux nous a réservée.  Yes.  Bonheur.  Souvenirs.  Emotions.  Nostalgie.  Je prépare mon graveur DVD pour une soirée de folie, histoire de garder tout cela en stock.  C’est une première pour ce graveur acheté en juillet dernier, qui me servait jusqu’alors uniquement de lecteur.

20h05, donc, Aimons les étoiles.  Film inédit biographique, plein d’émotion, comme je m’en doutais, avec les témoignages de ceux qui l’ont connu, dont son épouse et son fils.  Plein de surprises aussi, puisque j’y ai appris une foule de choses, notamment qu’il avait participé à l’Eurovision en 76, que ce concert à Forest auquel j’étais en 86 était une première pour un artiste francophone belge, que Du bleu dans les nuages fut uniquement enregistré sur maquette, pas le temps d’en faire plus, que l’album Dazibao avait été écrit dans l’ignorance de sa maladie, contrairement à ce que je pensais vu les thèmes des chansons… malheureusement prémonitoires.  Très joli moment que ce film, d’autant plus qu’il ne fut pas entrecoupé de publicités, oyé.

21h30. Concert Tous les rêves au Cirque Royal de Bruxelles, capté en 2001, peu de temps avant l’annonce de la maladie.  Superbe, surtout lorsque les cordes s’y mettent.

23h.  Quelque chose en nous de Pierre Rapsat, diffusée en 2007, rassemble à nouveau témoignages touchants, extraits de chansons et anecdotes amusantes.  Poignantes minutes lorsque son neveu chante Du bleu dans les nuages.

00h30. Conviviale poursuite, enregistrée lors de la sortie de Dazibao.  J’ignore s’il se savait malade, mais j’en ai bien l’impression.  Si tel était le cas, grosse bourde de François Pirette qui annonce « c’est lorsqu’on est malade ou très âgé qu’on écrit le mieux ».  Et Rapsat de répondre « je dois avoir écrit un chef d’œuvre alors ».  Glups.

1h30. Scala.  Un documentaire sur la genèse de leur aventure Rapsatienne, sur la naissance de cette chorale.  Sur ces deux frères plein de fougue et de charisme.  Sur la découverte par ces jeunes flamandes de l’existence de ce chanteur wallon dont elles ignoraient tout.  Sur la symbolique de les voir chanter en français.  Sur l’apprentissage difficile des paroles.  Magnifique reportage, même si je lutte contre le sommeil.

2h35.  Concert Passagers de la nuit en hommage à Pierre, donné après son décès.

Il est dans les 4 heures du matin, ces huit heures se terminent.  J’ai peu dormi, je suis imprégnée de tout cela, plus moyen de m’endormir malgré la fatigue.  Je persiste et signe durant tout le week-end en écoutant mes CD, encore et encore, en redécouvrant les paroles de certaines chansons (Judy, Du bleu dans les nuages), le tout dans un mélange d’émotion nostalgique et de bien-être absolu.

13
mar

14 mars 1997 (La vie d'une autre)

Et si je me réveillais le 14 mars 1997 ?  Ou plutôt, et si je me réveillais demain, 14 mars 2012, persuadée d’être le 14 mars 1997, ça me ferait quoi ?

Je sors d’avoir vu « La vie d’une autre », et ce film, je l’ai qualifié de traumatisant, même si le mot est fort.  A tout le moins, il est bouleversant et « philosophant ».  Surprenant aussi, troublant surtout.  Je partais pour une comédie romantique rigolote à la « 30 ans sinon rien », légère, fun et cucul la praline, mais que nenni.  De l’humour, il y en avait, bien sûr (même que Juliette Binoche en faisait un tantinet trop, parfois, juste parfois), mais surtout de la souffrance (même que Juliette est totalement et indubitablement parfaite dans ce type d’émotion).  Pas une comédie romantique, donc, mais une tranche de vie, une grosse tranche, une tranche de quinze ans, où l’on découvre ces quinze années oubliées, par petites doses, par petites touches, en même temps que Marie, alias Juliette Binoche, va le faire.  Avec le même étonnement qu’elle.  Et toute cette palette d’émotions par lesquelles elle va passer en faisant connaissance avec son fils, avec son job de femme d’affaire, avec ses conflits familiaux, avec l’amour de sa vie, pourtant si loin d’elle.  Et de se demander ce qui a bien pu lui arriver durant ces 180 mois.

Et de n’avoir de cesse de me demander, moi aussi, « et si ça m’arrivait ? »  Si, moi aussi, à l’instar de Marie, je me réveillais quinze ans plus tard, ne maîtrisant plus rien de ma vie, découvrant ce que je suis devenue, avec quelques jours seulement devant moi pour comprendre, réparer, renouer, aimer aussi.

Durant tout ce film, sans pourtant être distraite, je me suis posé cette question.

Et si je me réveillais demain matin en me croyant encore en 1997…

Je le ferais dans ce lit que je connais si bien, mais dans une chambre totalement inconnue. 

Je tâcherais de trouver mon chemin jusqu’à la salle de bain (où je pousserais des cris d’effroi en découvrant ma tronche ridée et des cris de joie en découvrant mes cheveux où le blanc a oublié de venir), jusqu’à la cuisine (où je pousserais des cris d’effroi en découvrant mon frigo vide), jusqu’à la porte de sortie et jusqu’à l’arrêt de bus, où mon abonnement me renverrait enfin une photo de moi telle que je pensais être, soit avec quinze ans de moins.

Je croiserais le rat et la souris en me demandant ce que font ces bestiaux inconnus chez moi.

Dans le salon, je découvrirais un truc étrange à côté de mon clavier d’ordinateur : un rat de plastique.  Et internet aussi, je le découvrirais...

Je partirais bosser avec une heure de retard, et j’arriverais au turbin pour réaliser que le bâtiment aurait été réaffecté.  Glups, il est où alors patron chéri ?

Avec deux heures de retard, finalement, après enquête, je rejoindrais mon lieu de travail, découvrirais mon nouveau boss et tous ces collègues inconnus.  Ah et bien en fait, tous le seraient, inconnus ! 

Mostek me proposerait un cinéma et je lui dirais « ok, mais, on est amies, toi et moi, alors ? »

J’apprendrais avec stupeur et joie intense mon nouvel horaire, et je partirais profiter de mon temps libre.

J’en profiterais pour aller dire bonjour à bon-papa et bonne-maman, mais trouverais porte close et apprendrais leur départ pour là-bas.

J’appellerais mon amie pour en parler, mais son numéro ne serait plus bon.

J’en appellerais une autre, qui me demanderait de la laisser tranquille, définitivement.

J’appellerais alors papa, mais son numéro ne serait plus attribué.  Chez lui, je trouverais une auteure belge qui se la pète grave et m’annoncerait froidement « il ne vit plus ici ».

J’irais me consoler en ville avec un chtit shopping, mais ne trouverais plus mes magasins habituels.

J’en visiterais d’autres et m’étonnerais de ne pas entrer dans mon 38 habituel.

Je baverais devant ces jolis petits trucs colorés dont j’ignorais tout : des macarons, que ça s’appelle.

J’achèterais quelques disques de parfaits inconnus : Mika et Lady Gaga.

Je m’offrirais une jolie photo du WTC de New-York.  Un jour, j’irais le voir, ce WTC.  Cette année, Floride, mais l’an prochain, qui sait…

Je me réjouirais d’être marraine dans peu de temps.  Ce petit être à venir, gamin ou fille, surprise surprise ?

Je découvrirais alors un tout petit téléphone dans mon sac, un gsm, moi qui avais juré, il y a quelques jours, de ne jamais tomber dans ce piège pour snobs.

J’appellerais au hasard un prénom masculin que je trouve joli et entendrais mon ex me demander avec étonnement pourquoi je l’appelle tant d’années après qu’il m’ait larguée comme un vieux slip.

Je rentrerais chez moi après avoir sorti ma carte d’identité, tiens, elle a rétréci, tiens, c’est quoi cette puce, tiens, y’a pas mon adresse, mais je vis où déjà ?  Je rentrerais chez moi après avoir sorti une carte de visite à mon nom et une autre à celui d’une certaine Anaïs Valente.

J’analyserais avec étonnement cette TV étrangement plate au milieu de mon salon et cet appareil bizarre avec un logo Voo.

Je trouverais dans ma bibliothèque les livres de cette Anaïs Valente. 

Je découvrirais peut-être un jour, au hasard de mes recherches sur cette Anaïs Valente, que ce blog, ben c’est le mien.

J’irais me coucher et déciderais de lire Et si c’était vrai, d’un certain Marc Levy.  Je le lirais au finish et pleurerais comme un veau la fin. 

J’ignorerais encore que, dans quelques semaines, j’allais tomber en amour…

Je m’endormirais, angoissée de me réveiller le 15 mars… de quelle année ???

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