25
nov

Sois belle et tais toi !

Et voilà, je suis enfin prête pour ma soirée fiasco. J’hésite encore entre me montrer froide et distante, sait-on jamais que cela attiserait son (absence) de désir pour moi, ou me saouler et lui sauter dessus, au risque de me prendre le râteau du siècle et de ne plus jamais oser sortir de chez moi et de devoir partir vivre sur une île déserte.

Je parle de Monsieur Echec bien sûr. Je viens de passer une heure à essayer des fringues, c’est fou comme certains jours tout semble moche. Enfin, je rectifie, tout semble moche, SUR MOI. J’ai pourtant acheté une petite nouveauté spécialement pour ce soir, hier je me trouvais superbe dedans, ce soir je me trouve hideuse : bobonne, vieille fille, moche archi moche.

J’ai donc retourné toute ma garde-robe, et mis un peu plus le souk dans ma chambre qui ressemble pourtant en permanence à une zone sinistrée ! Pour finalement me rabattre sur une vieille, très vieille (achetée l’an dernier, donc limite périmée) fringue dans laquelle je me trouve passable.

Est-ce typiquement féminin, cette capacité à se trouver charmante un jour, et repoussante le lendemain ? Pourquoi toujours se prendre la tête sur une apparence que l’on ne peut changer, à la rigueur un peu modifier, mais réellement changer non. Sauf à avoir recours à la chirurgie. Je me suis souvent demandé ce que je changerais en moi si un chirurgien m’offrait une opération. Et je n’ai toujours pas trouvé la réponse. Car après réflexion, je changerais un peu de tout, donc rien de bien particulier. Je n’ai pas un gros défaut style nez difforme, seins trop petits ou trop gros, l’ensemble est banal. Le mot est dit, banal. Rien de bien effrayant, rien de bien transcendant. Pas de quoi se pâmer comme devant une Claudia Chou-fleur, une Adriana Carrément Bleue ou une Naomi Soupe Campbells. J’ai mon petit charme, du moins je l’espère, mais je ne serai jamais choisie pour le calendrier Pirelli, hélas trois fois hélas.

Cette réflexion m’est inspirée par la difficulté que j’ai eue à trouver quelque chose à me mettre sur le dos parmi les monceaux de vêtements qui peuplent ma vie et par cette chanson que j’ai en tête depuis quelques jours et dont un fidèle lecteur de ma petite chronique quasi quotidienne a eu la gentillesse de me transmettre les paroles : «Etre une heure, une heure seulement, Etre une heure, une heure quelquefois, Etre une heure, rien qu'une heure durant, Beau, beau, beau et con à la fois».

Et en effet, comme cela doit être fabuleux de ne pas se prendre la tête, car on l’a superbe, cette fameuse tête. De ne pas, régulièrement, se questionner : qu’ai-je fait de ma vie, que vais-je faire de ma vie, quels sont mes rêves, mes peurs. Arrêter de s’auto-saouler avec toutes ces questions sans réponse. Simplement, enfiler un jean, un simple petit top moulant, lâcher sa superbe crinière, ourler ses cils d’un soupçon de mascara (inutile vu leur longueur sidérante), un chouia de brillant à lèvres, et partir à la conquête du monde, sans aucun scrupule, sans risque, sans peur. Sentir le regard de tous sur soi. Se sentir admirée, adulée. Etre belle, naturellement, sans artifice, sans même le vouloir. Un don de Dieu. Et être conne (non que je me juge super intelligente, mais je parle d’être conne dans le vrai sens du terme : sois belle et tais toi), ne jamais se prendre la tête pour rien, simplement vivre, profiter sans penser au lendemain. Bon je m’en vais manger et danser, ça me la videra, ma tête 

17
nov

Petite sortie solitaire

Aujourd’hui j’ai fait quelque chose qu’une célibataire se voit un jour ou l’autre obligée de faire seule, même si elle préfère de loin le faire à deux… ou à plusieurs.

Je vois d’ici vos regards lubriques, m’imaginant en train d’utiliser un de ces nouveaux sex toys vendus partout comme des tupperwares, en forme de canard, de dauphin ou autre taupe.

Alors que j’évoque ici une activité innocente qui peut être pratiquée par tout belge, de 7 à 77 ans (voire plus) : aller au cinéma.

Aller au cinéma seule est pour moi l’épreuve ultime : je me faufile, tête baissée, vers mon siège, où je m’enfonce le plus profondément possible, espérant ne pas avoir été repérée par les milliers de spectateurs, venus, eux, en famille-ravie-pleine-de-vie ou en couple-heureux-qui-s’aimeuh, et qui se demandent tous : « Mais que fait-elle là, la PAUVRE, toute SEULE ». Voilà pourquoi les quelques fois où je vais au ciné seule, c’est à la séance de 14h, la moins fréquentée. Tellement j’ai honte. Et je n’aime pas ça. Aller au cinéma seule, c’est comme aller au cinéma à plusieurs, mais sans popcorn : il manque quelque chose pour que le moment garde sa magie. Personne avec qui partager son avis sur le film, c’est sinistre. Bon, là, j’avais gagné une place, et j’avais grand besoin de me détendre. Et comme j’avais congé, aussitôt pensé, aussitôt fait.

En entrée je me suis offert une dose de graisse et sucre : super big hamburger, portion géante de frites, plotche massive de sauce, et glace coulante en dessert. En pleine digestion, je me dirige vers le vieux ciné de mon enfance (décidément cette semaine aura été celle de la nostalgie). Ma ville étant équipée d’un giga complexe cinématographique, je ne fréquente plus que très rarement les petits cinémas dits « de quartier ». Ce petit flash back n’était pas pour me déplaire : les vieux sièges défoncés, les accoudoirs ayant déjà tout vécu, les ouvreuses toujours pas sympas (enfin ça, dans le giga complexe, elles ont été recrutées sur le même critère).

Je me trouve donc une petite place dans la salle encore vide : ouf. Suivent après moi : deux amies, un petit couple d’étudiants, une bande de copains/copines, une quadragénaire TOUTE SEULE COMME MOI, et enfin, un homme, seul aussi (décidément toutes les âmes solitaires ont eu la même idée aujourd’hui), qui ne trouve rien de mieux, alors que la salle comporte au bas mot 200 places, de s’installer juste devant moi, faut oser ! Je me suis donc farci son crâne brillant durant toute la séance. Je n’ai bien sûr pas osé bouger, car me lever aurait été risquer d’entendre hurler «ooooh regardez, elle est SEULE la PAUVRE !».

Le film était sensas, encore mieux que ce à quoi je m’attendais, pas mal d’humour, une émotion inattendue. J’y suis allée de ma petite larme à la fin et j’ai donc attendu que tout le monde sorte avant de me lever, parce qu’une femme seule qui va au cinéma, et qui, en plus, pleure, vraiment, c’est pas raisonnable !(PS : le film c’était prête-moi ta main avec la charmante Charlotte Gainsbourg et Alain Chabat que j’aime pas spécialement mais qui m’a fait très très bon effet).