13
aoû

Votre série de l’été – Anaïs à Paris – épisode 5 – séance shopping – 16 juillet

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Me voilà dans la ville de la mode et de la haute couture par excellence.  Oserais-je me ruer dans la boutique Strelli histoire de m’offrir une écharpe de Paris ?  Non.  Oserais-je visiter les boutiques Chanel, Prada, Dior et autre Gucci ?  Je crains d’être refoulée à l’entrée, telle Julia Roberts dans un rôle de Pretty Woman à qui de sordides vendeuses avaient refusé de vendre quoi que ce soit.  Je ne subirai pas cet affront.  Na.

Je me retrouve donc au « Bon Marché » qui, comme son nom ne l’indique pas, regorge d’articles de luxe pas bon marché du tout du tout du tout.

Je repère immédiatement un rayon entier de sacs Prada.  J’avance, telle une chatte prête à se ruer sur le moindre rat qui passe par là.  Mon œil se fait brillant.  Mon poil se fait doux (façon de parler, je n’ai pas encore décidé de refuser purement et simplement l’épilation, mais j’y songe).  Mes oreilles sont dressées.  Ça y est.  J’ai touché un sac Prada.  Ma vie ne sera plus jamais la même.  Pourtant, je ne les trouve même pas jolis, ces sacs, je préférerais m’offrir ce petit sac argenté que j’ai dévoré des yeux aux Galeries Lafayette (150 eur seulement, à vot’ bon cœur M’ssieurs Dames).  Je n’ose demander le prix du sac que j’ai touché, imaginant déjà les gros titres dans la presse people « la célébrissime bloggueuse Anaïs est décédée hier d’une crise cardiaque foudroyante.  Elle shoppingait calmement à Paris depuis quelques heures lorsqu’elle s’est effondrée.  Les secours ont rapidement été avertis, mais rien n’a pu être fait pour la ramener à la vie.  Par testament, elle a fait don de son blog à la science ».

Je m’éloigne rapidement du rayon Prada, histoire de ne pas faire chauffer la carte bancaire, d’autant que ma possibilité de découvert est largement inférieure au prix d’un sac Prada… enfin j’imagine.

Je déambule dans les rayons, Sonia Rykiel, Chloé… et j’en passe, louchant sur les robes de couturiers exposées par ci par là, les parfums capiteux et les sous-vêtements qu’on aurait peur d’enfiler.  

J’entre ensuite dans la maison de Hansel et Gretel : la grande épicerie de Paris du Bon Marché.  Un rêve éveillé : des sirops de barbapapa, de violette, des confitures à tout, des macarons colorés qui me font saliver, des chocolats luxueux, des truffes (la vraie, la truffe de forêt vénérée par les cochons ou les chiens pisteurs, pas la bête truffe en chocolat), des yaourts au nougat, et même du sirop de Liège et des langues de chat de Geluck (bande de faux belges).  Le magasin du bonheur.  Hors de prix, bien sûr.  

Je me mets à fantasmer : un jour, je viendrai à Paris tous les mois faire mon shopping à la grande épicerie de Paris du Bon Marché, je rangerai mes modestes achats dans un cabas Prada…  Un jour.

Je quitte ce lieu de perdition pour visiter quelques friperies plus abordables.  Les vendeuses sont hautaines.  Elles ignorent l’usage des mots « bonjour » et « au revoir ».  C’est peut-être tout bonnement une habitude typiquement belge, de dire ces petits mots magiques.  Je repère une blouse, j’ose demander son prix (10 eur) je l’essaie, je l’aime.  Je passe à la caisse.  Oups, elle est passée à 15 eur.  C’est la technique du marchandage inversé, qui dit mieux ?  Vexée, je n’achète pas, na. (quelle parisienne veut bien aller me la rechercher ma blouse, je me meurs sans ma blouse, je veux ma blouse, pitié rendez-moi ma blouse).

En rue, je croise le regard d’un vieil homme à collier de barbe blanc et à face écrasée, style bouledogue.  Il se rend au pressing, dans sa grosse voiture.  Il ressemble étrangement à ce célèbre français dont j’ai oublié le nom.  Soudain, je réalise que je suis à Paris.  Il s’agit bien de ce célèbre français dont j’ai oublié le nom.  

Cette séance shopping me fut tout de même profitable… voici en exclusivité mondiale mon sac de courses parisiennes…

De gauche à droite :
-    l’intégralité des magazines féminins français petit format, tellement moins chers que dans mon chtit pays
-    le carnet de gribouillages pour les adultes qui s’ennuient au bureau (à mourir de rire, parce que tant qu’à mourir, autant le faire au bureau, ça rapportera sans doute une bonne prime pour mes héritiers)
-    trois DVD romantiques à souhait : Prête-moi ta main, The holiday et Hors de prix
-    trois fleurs de douche multicolores et quelques couverts anti-griffe pour cuisiner, le tout en provenance d’Ikéa (je sais, faut le faire, aller chez Ikéa durant un séjour parisien)
-    un top blanc offert avec le DVD The holiday (d’ailleurs y’a ‘The holiday’ écrit dessus)
-    une jolie blouse achetée chez Kookai (passqu’en Belgique on n’a plus de magasin Kookai, enfin en tout cas pas dans ma ville, sniffitude absolue
-    la BD Valentine, hilarante, sorte de pastiche des magazines féminins (c’est le tome trois, je cherche depuis lors désespérément les tomes 1 et 2)
-    le Tshirt Sonia Rykiel offert gracieusement avec un magazine, taille 30, impossible à enfiler (soit les françaises sont filiformes, mais ça ne m’a pas marquée, soit il a rétréci avant lavage, bisque bisque rage – je me console en me disant que ça fera bien dans ma garde-robe, du Sonia Rykiel)
-    deux jolis sacs du Bon marché, histoire de me la péter dans ma petite ville et d’y fourguer tout ce dont j’ai besoin pour aller bosser : mon casse-croûte, mes magazines, mon lecteur MP3, mon déo, mon bouquin, mes médocs, mon parapluie, ma crème solaire (vive la Belgique), mon gilet…
-    « et ce machin vert tout en haut ? » me direz-vous.  C’est le treillis trouvé (enfin « trouvé » n’est peut-être pas le mot adéquat, vu qu’il m’a coûté bonbon) dans un magasin de jardinage (ça va je sais, on n’est pas à Paris pour écumer les magasins de jardinage, mais j’en cherchais depuis des lustres, de ce treillis qui me permet de m’isoler sur ma terrasse, à l’abri de tous regards ou paparazzi).

Voilà, c’est fini…

(NB : c’est Albert Jacquard, le ratatiné à collier).

Add. de 22h32 : j’ai oublié le livre « le français à l’école primaire », trouvé en brocante, passqu’on a toujours besoin de s’améliorer, et surtout, vu l’ancienneté de l’ouvrage, pour voir quelles phrases ils utilisent pour instruire les gamins : « accordez «’j’ai utilis… mon sex toy hier »

 

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10
aoû

C’est la fête, la fête…


Pour fêter la fin de mon sevrage TV/GSM/chocolat, je me suis offert une petite virée en ville en charmante compagnie.  Une petite virée délire.  Et régressive.

Une heure dans un rayon carterie, à zieuter des cartes, écouter les mélodies diverses lorsqu’on les ouvre, de Happy Birthday à la musique de Friends (au grand dam des caissières qui, j’en suis sûre, ont dare dare fabriqué des poupées vaudou à nos effigies, histoire de tenter de canaliser notre bonne humeur – en vain gnark gnark gnark).  Je découvre au passage les sacs de course présentés dans les colonnes de mon blog sacs de courses (comment, vous ne connaissez pas encore mon second blog ?  allez vite le découvrir en cliquant dans mes liens rien qu’à moi, à gauche).  Je saurai dorénavant où acheter un joli sac « j’aime pas poireauter » orné de … poireaux, qui l’eût cru.  Zont même le caddy à courses à l’identique, j’en rêve déjà…

On continue le trip régression par une dégustation de chewing-gum.  Un comble pour moi qui ait dénoncé cette habitude vachement… bovine dans ces colonnes cette semaine encore.  Je rumine je rumine je rumine.  J’en ai perdu l’habitude.  Tout comme celle de faire des bulles, que je redécouvre avec grand plaisir… jusqu’à ce que l’une d’elle m’éclate au visage.

On termine en beauté, chez Galler Chocolat-Thé.  Mon classique chocolat glacé, qui n’a rien, mais alors là rien à voir avec le banal milk-shake chocolat.  Il faut le goûter pour comprendre le bonheur nirvanesque qu’il représente.  En général, je l’accompagne de la galette tiède farcie de chocolat coulant.  Pas de bol, ils étaient en rupture de stock, je me suis dès lors rabattue sur un brownie, plus classique.  Une overdose de chocolat.  D’ailleurs, mon estomac a manifesté lourdement (dans les deux sens du terme) sa désapprobation…

Et, au fait, ce midi, j’ai mangé sans allumer la TV.  Chose que je n’aurais jamais faite avant.  Je suis sur la bonne voie.  Dans peu de temps, je mangerai en lisant des essais philosophiques ou la bible.

Une chtite photo de l’intérieur de Galler Chocolat-Thé (customisée par Nuages)… c’est à cette table que j’étais assise, la petite ronde…
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9
aoû

Trois jours sans TV, chocolat et GSM – the end

5…4…3…2…1… Terminéééééééééééééé…

Je ne la ferai pas longue, parce que j’ai aut’chose à faire que m’occuper du blog, je vous le dis.  Je m’en vais de ce pas zieuter mes feuilletons en dévorant mes délichoc et en envoyant quelques SMS…

Pour mettre une note d’humour après la superbe leçon de morale du dernier jour du test (qui prouve que se priver de TV rend encore plus dingo que la regarder six heures par jour), voici deux illus de Mako et Flo.  Je leur avais proposé d’illustrer mon défi, ce qu’elles ont immédiatement accepté avec enthousiasme (si si, elles étaient enthousiastes).  Je les en remercie car je peux être très saoulante avec mes idées à la noix.  Elles m’ont demandé ce que je souhaitais, je n’ai rien précisé, vu que je leur fais entière confiance et que j’adore toujours ce qu’elles me font.  Elles ont opté pour un avant/après, l’avant illustré par Mako, l’après par Flo.  Je ne vous cache pas que j’ai été prise d’un fameux fou rire en voyant ces dessins, tellement réalistes… Mako et Flo, sortez de mon corps !  

Je ne doute pas que vous apprécierez autant que moi…  Place aux illus…
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9
aoû

Trois jours sans TV, chocolat et GSM – jour 3

Mercredi.  6h00. Dernier jour de mon super défi.  Ça va être le jour le plus difficile, car je me surprends à penser « boarf, tu peux regarder la TV ce soir, le défi sera quasi réussi, tu auras quasi atteint les 72 heures, y sont pas à quelques heures près, tes lecteurs ».  Mais non.  Trois jours, c’est trois jours.  

12h00.  Je traîne mon aspirateur implosé (cf billet du rat) jusqu’au magasin.  Pas de bol, la garantie a expiré y’a un mois.  Vraiment pas de bol, surtout pour un aspirateur qui voulait tout faire dans ma vie sauf aspirer.  Le vendeur me confirme que je n’aurais pas dû acheter cette « merde » (je cite).  Glups… Mais cette merde, c’est lui qui me l’a vendue il y a deux ans et un mois…  Je lui pardonne car il est brun.  Je lui pardonne car il est beau.  Je lui pardonne car il est ténébreux.  Je lui offre mon aspirateur implosé et j’investis mes deniers gagnés à la sueur de mon front dans un nouvel aspirateur, que je traîne jusqu’au bureau.  Y’a un kilomètre du magasin au bureau.  Et un kilomètre à porter un aspirateur et ses accessoires, je vous prie de croire que ça forme la santé.  Au moins je m’endormirai tôt ce soir.

17h00.  Je quitte le bureau pour dix jours de congé.  Youpiiiiiie.  Vous comprenez pourquoi j’ai mené ce défi sur les trois premiers jours de la semaine.  L’an prochain, je ferai trois jours sans TV durant mes congés, promis, mais là, je préférais commencer en douceur.  Par contre, je n’ai pas hésité à choisir trois jours bien fournis en séries en tous genres, c’est le côté difficile du défi.  Je suis sûre que demain y’a rien à la TV, y’a jamais rien le jeudi (sauf « immersion totale » sur France 2, des émissions très intéressantes, mais je les ai déjà vues).

17h02.  Que vais-je faire ce soir ?  Une balade ?  Beurk fait sombre, fait froid, fait bruineux.  
Cuisiner, voilà, je vais cuisiner.  Me reste du saumon, me reste du lait.  Je vais retenter une béchamel.  Tralalaitou, je vais devenir la reine de la béchamel.

17h04.  J’arrive en ville (Quand on arrive en ville… me vlà encore à chantonner Starmania).  J’ai vu, samedi, un magnifique sac d’un doré très doux, pour un prix très très doux aussi (15 eur, ça change des Chloé, Prada et autres Vuitton dont j’entends parler sur tous les blogs de parisiennes sans doute gagnantes du lotto – ou loto pour les françaises), qui m’ira à ravir pour les chaudes journées estivales dont nous profitons depuis plusieurs semaines déjà (glups).  Sauf que samedi, le magasin était fermé.  Ça devrait être interdit par la loi, de fermer un magasin le samedi.  Sous peine de poursuites.  Et de sanctions pénales gravissimes.  D’autant que lundi, c’était fermé aussi.  Et qu’hier, je suis rentrée après la fermeture.  Et qu’aujourd’hui, ben il est vendu.  Reste un immonde sac doré matelassé, genre Mémé Duhameau.  La vendeuse ne compatit pas à ma tristesse, elle me jette un regard noir.  J’ai dû la déranger en la faisant sortir de sa réserve (au sens propre, car elle a une expression « tire la gueule » permanente, qu’elle ne quittera point), il est 17h11, sans doute l’heure de son feuilleton.  Ah, ces gens accro à la TV, quelle dure vie ils ont.  J’envisage de me consoler avec un pot de nutella mangé à même la rue, avec le doigt le plus long de ma main, alias le majeur.  

17h10.  Pas envie de rentrer.  Personne ne m’attend.  Rien ne m’attend.  Même pas l’équipe d’Esprit Criminel.  Même pas les pseudo stars de Secret Story.  Alors je rentre dans un autre magasin.  Je me transforme en tête chercheuse de sac.  Me faut un sac.  Question de vie ou de mort.  La tête chercheuse cherche… et trouve… un sac parfait : brun à sangles noires, qui ira donc parfaitement avec mes six manteaux noirs et mes huit manteaux bruns.  Vive la vie.  Vive mon sac.  Trois fois le prix du doré doux à prix doux, mais qu’importe.

Se priver de TV et de chocolat, ça coûte cher, ma Bonne Dame !

18h00.  Je me lance dans ma béchamel.  « Faire d’abord fondre la farine dans de la matière grasse », m’ont dit mes lectrices, « ça évite les grumeaux ».  J’ai toujours autant de grumeaux, mais je la réussis tant bien que mal, et me régale.  Dire qu’il fut un temps où j’achetais les pâtes au saumon en barquette préparée.  Chères.  Terminé.  Bien meilleur home made, et bien moins cher.  L’économie me permettra peut-être de m’offrir une écharpe Strelli pour l’hiver.  Et si j’allais déjà la chercher.  Demain par exemple.  Quoi de mieux pour commencer des vacances ?

18h10.  Je me régale.

18h15.  Je fais ma vaisselle, je range bien ma cuisine.  J’ai du temps.  Normalement, je me serais vautrée devant Secret Story, laissant tout en plan, à la merci des mouches et des poils verts.

18h21.  Je m’ennuie.  J’ai pourtant plein de trucs à faire, à lire, à écrire, à dire.  Mais j’ai un coup de pompe, pas d’inspiration, juste envie de m’affaler devant mes débilités télévisuelles adorées.  Ce n’est pas véritablement de l’ennui, c’est juste cette solitude qui m’étouffe un peu, ce soir.  Ce silence qui fait peur.

19h00.  Je reçois un mail de ma collègue adorée Mostèk, qui me rappelle que Newport Beach repasse sur Club et c’est la saison 2 depuis lundi, à 18h50 chaque soir.  J’ai vu les deux premiers épisodes de cette saison, et puis plus rien.  Ce soir, ce sera donc le troisième.  Aaaaaaaaaaargh, je cours comme une dingue jusqu’au magnéto, je lui fais avaler une cassette de force et je parviens à lancer l’enregistrement.  Enfin j’espère.  Si je n’ai pas mon feuilleton, je vous jure que j’arrête ce blog.  Et je me suicide par ingestion de melo-cakes.

19H18.  Je m’ennuie ferme.  J’irais bien dormir jusqu’à minuit.  J’ai même fait ma vaisselle, c’est dire si l’heure est grave.

19h20.  Je dresse l’inventaire de ce qui se trouve en dessous de mon lit, pour un prochain billet.  Je raconte un dimanche morose.  Je prépare la conclusion de cette expérience inédite.  Je suis inspirée.  Fièvre créatrice, quand tu nous tiens…

20h00.  En parlant d’Inventaire, je mets Christophe, je prends le livret de paroles, et je vais me faire une séance de chant.  Tant qu’à pleuvoir, je vais fournir une bonne raison au ciel.  J’ai envie de chocolat mais je tiens.  C’est étonnamment facile.  Je chante, et je m’amuse.  On doit m’entendre dehors, qu’importe.

0h00.  Fin de l’expérience.  Je suis relativement fière.  Bon, trois jours, c’est pas si long.  Bon, se passer de TV, de chocolat et de GSM, ce n’est ni vertueux ni honorable.  Mais peu de gens de mon entourage m’en auraient crue capable.  Ils ne sauront pas, de toute façon, que je l’ai fait.  Mais je l’ai fait.  J’ai tenu.  3 jours, 72 heures, 4320 minutes, 259.200 secondes.  

On ne peut pas dire que le GSM me perturbe, vu son silence permanent, j’ai eu envie deux fois d’envoyer un SMS, et puis j’ai renoncé.  Rien de grave.  Mon GSM ne me sert à rien.  Je le rallume.  Un message.  Pas le moindre SMS.  Celui de mon amie a dû disparaître…  Il y a quelques années, je n’avais pas de GSM, j’y étais farouchement opposée, et je vivais parfaitement sans.  L’envie de chocolat, au bout de trois jours, se fait sentir, mais elle est psychologique.  Peut-être que le chocolat endort les neurones, mais je ne pense pas, j’ai juste eu plus de temps pour moi, donc pour être inspirée et écrire, écrire, écrire.  Je ne me suis cependant sentie ni plus dynamique qu’avant...  Quant à la TV, oui, elle m’a manqué.  C’est clair.  Mais je pense que je réitérerai de temps en temps l’expérience d’une journée sans TV.  Pour profiter de la pluie et du beau temps, de la vie et de moi.  

La morale de l’histoire : si je ne pouvais emporter qu’une chose sur une île déserte, ce serait une rame de feuilles blanches et un bic (argh ça fait deux choses).  Parce que je pourrais me passer de TV.  De chocolat. De GSM.  Mais jamais je ne pourrai me passer d’écrire.  C’est dans ma tête.  Ça doit sortir.  Je serais au supplice sans cette possibilité.  Voilà la moral.  Finalement, la TV ne fait pas mon bonheur, le chocolat ne fait pas mon bonheur, le GSM ne fait pas mon bonheur, même s’ils y contribuent (comme le pognon).  Mais écrire, ça fait mon bonheur.  Versons une larme sur cette morale débile à la Anaïs.  Amen.
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8
aoû

Trois jours sans TV, chocolat et GSM – jour 2

Mardi 6h00.  Je me lève, guillerette devant le soleil qui me souhaite une bonne journée.  Inconsciente de ce qui m’attend.  Et puis soudain, j’émerge, et je réalise le drame de mon existence : pas de TV, pas de chocolat, pas de GSM.  

6h25. Je vérifie mon magnéto adorée (sidérant comme je le chouchoute en ce moment, le petit) et je constate avec stupeur qu’il n’a pas enregistré la bonne chaîne (je le vois sur l’écran, je n’ai pas allumé la TV, n’allez pas insinuer quoi que ce soit).  Sacrebleu, j’ai pas mon enregistrement.  Je veux mourir.  J’voudrais seulement dormir, m’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir (chais pas qui – Starmania).  Ma vie s’arrête l’espace d’un instant.  Que faire.  Que dire.  A qui m’en prendre.  A toi, ma bonne Anaïs, avec tes défis à la mords moi le noeud.  

La journée commence mal, et je me sens de sale humeur.  Comme un chien qui n’aurait pas son os à ronger, comme un rat qui n’aurait pas son bout de gruyère matinal.  Ça va saigner au bureau, clients, abstenez-vous de me téléphoner, collègues, ne tentez pas de me parler, patron, ne m’approche pas.

12h00.  Un Quick.  On compense comme on peut.  Je meurs d’envie d’un délice chocolat.  Peux pas.  Je zappe sur la glace, mais le topping est au chocolat.  Ceci dit, c’est tellement chimique, qu’il n’y a peut-être pas un millipoil de chocolat dans le topping au chocolat.  Si ?  Vous croyez ?  Bon, dans le doute, je m’abstiens et j’opte pour le topping caramel.  C’est mon premier.  Et j’aime.  Ça a du bon, cette privation de chocolat, je vais enfin découvrir d’autres choses.

13h00.  L’angoisse commence à monter.  Que vais-je faire ce soir ?  Je tente de soudoyer un des lecteurs du blog pour qu’il vienne me tenir compagnie.  En vain.  Il veut po. Condamnée à passer ma soirée seule.  Toute seule.  Je me noie dans mes dossiers et le travail pour oublier mon destin.

18h00.  De retour chez moi.  Je me concocte un bon repas que je mange dehors.  Je pense à tous ceux qui sont scotchés à Secret Story, alors que je profite des derniers rayons du soleil.  Ma demeure me semble cependant bien silencieuse.  Je lis.  Je mâche.  Je digère.  En silence.  Pas même une petite note de musique.  Je suis incapable de lire en musique.  Ce silence est assourdissant.  Il fait peur.  On a beau dire, la TV, ça noie la solitude, ça l’anéantit en apparences.  On l’oublierait presque.

18h30.  Voilà.  La soirée commence.  Sensation étrange.  Même pas un chtit bout de chocolat à me mettre sous la dent.  Enfin si, plein les armoires.  Mais je tiendrai.

18h31. Et maintenant, que vais-je faire ? (Gilbert Bécaud).  Une promenade.  

18h32. Une promenade.  Voilà une idée formidable.  Il fait magnifique.  Je vais aller me gaver de soleil jusqu’à en crever (célèbre citation de « Love Actually », transformée à la mode Anaïs).

19h00. Et c’est parti : chaussures, lecteur MP3, lunettes de soleil pour préserver mon anonymat.  En route mauvaise troupe.  J’oublie mon carnet de notes.  Sacrilège.  Je vais devoir retenir toutes mes idées, ça va faire un sacré bordel dans ma cervelle, ça.  Les pensées s’entrechoquent dès les premiers pas.  Ça me fatigue, d’avoir toujours une petite phrase qui me trotte dans la tête.

Y’a pas foule dans les rues ensoleillées.  A croire qu’ils regardent tous Secret Story.

Deux petits blonds d’une dizaine d’années jouent.  Amoureux ?  Frère et sœur ?  Mignons en tout cas.

Quelques jeunes refont le monde sur un banc.  Une vague de souvenirs m’envahit : les soirées d’été, la permission de 22h, puis 22h30, puis 23h.  La camionnette de glace qui passe (parait qu’en France, ça n’existe pas, ces camionnettes qui vendent des glaces dans les rues, avec leur petite musique semblable à celles des boîtes musicales pour endormir les bébés).  « Banane chocolat siouplait.  Merci Jean-Pierre.  On peut faire la tournée avec toi ?  Allez pliiiiz.  Oh merci t’es chou.  Et pour vous Madame ça sera quoi ?  Vanille fraise, et voilà Madame, ça fera 30 francs siouplait.  Bonne soirée.  »  J’adorais jouer à la marchande de glaces, tout l’été.  Souvenirs souvenirs.

Ma promenade me mène à une écluse.  En général, un paquet de ballons font les fous, sont engloutis, refont surface brusquement, disparaissent à nouveau.  Ce soir, rien.  Pas un seul ballon à observer.  Ils font grève ou quoi ?  Juste de la mousse.  Plein de mousse.  Et mon reflet sur l’eau.  J’observe, longtemps.  A l’occasion, je jette un œil derrière moi, des fois qu’un sadique viendrait me pousser à l’eau.  Sait-on jamais.  Le tueur en série des écluses.  Le scénario catastrophe se met en marche : je tombe, je tente de nager, je m’enfonce, je suis aspirée, je m’accroche aux parois, je hurle, l’éclusier m’entend… ou pas… Mon esprit vagabonde.  Je me retourne brusquement.  Personne derrière moi, je l’ai échappée belle.

Je m’assois sur un banc (ça me rappelle un bout de chanson, mais j’ignore quoi).  Une canette de bière à demi entamée y est abandonnée.  Pourvu qu’il n’y ait pas des guêpes à l’intérieur, prêtes à m’attaquer.  J’ai entendu ce matin à la radio qu’elles arrivaient déjà, alors que normalement elles arrivent vers le 15 août.  Elles sont venues dare dare cette année… dard dard.  Je ris, seule, de ma bête plaisanterie.

Anastasia me chante « Left outside alone ».  L’envie de danser me prend.  Un coup d’œil à droite, un coup d’œil à gauche.  Impossible, y’a du monde.  Dommage.  Allez, j’ose ?  Non, j’ose pas.  Peut-être une prochaine fois.

Je baisse la tête vers le sol.  Le gazon est envahi de pâquerettes.  Soudaine envie d’effeuiller la marguerite.  Il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout.  Une pâquerette fera l’affaire.  Il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, il m’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, il m’aime un peu beaucoup.  Beaucoup.  C’est mieux que pas du tout.  Mais qui ?  Qui m’aime en secret ?  Le rat, sans aucun doute.

Ici, le soleil ne se couche pas à la même heure partout.  La citadelle est en dents de scie.  Lorsqu’il se couche ici, je n’ai qu’à me déplacer de quelques mètres pour en profiter encore quelques bouts de minutes, là.  Je me surprends à envier le Petit prince sur sa planète qui lui permet d’admirer des tas de couchers de soleil, simplement en déplaçant sa chaise.  J’aime le Petit Prince.  Je me téléporterais bien là-bas.  Et si c’est trop loin, je me téléporte à la mer du Nord, pour voir un vrai beau coucher de soleil.

Les surfaces planes me font toujours méditer : sur ma vie, sur ma mort.  La mer est une surface plane.  Une étendue d’herbe est une surface plane.  Le désert est une surface plane.  Avec l’âge, même la couverture du ciné revue, ma table basse ou mon lit refait (événement tellement rare) sont devenus des surfaces planes qui me font méditer.  Ça doit être l’âge.  C’est l’âge.  On appelle ça la maturité.  J’aime pas la maturité.  C’est sinistre.  Moi je veux être gamine jusqu’à ma mort.

Me voici au port de plaisance.  Je m’asseois sur un autre banc.  Au soleil, toujours.  Derrière moi, de gros nuages épais s’amoncellent.  J’ai envie qu’il pleuve.   Même une pluie acide, qu’importe.  J’ai envie de danser sous la pluie.  Je suis légère et court vêtue (comme Perrette et son pot de Bridélice), et je n’aime pas la pluie.  Mais j’en ai une énoooorme envie (Nesquik).  Il ne pleut pas.  Je décide d’attendre que le soleil disparaisse avant de bouger, peu importe le temps que cela durera.  J’attends aussi la pluie, mais elle ne viendra pas.  Le soleil, lui, s’en ira.  

Bizarre, toutes ces pubs qui me reviennent en tête.  Même absente, la TV est encore dans ma tête.  Et le chocolat aussi.  Le manque doit provoquer quelques mirages.  Sûr que j’en rêverai cette nuit, de Grosquick (qui n’existe plus, mais je fais partie du comité « rendez-nous Grosquick ») qui boit du Nesquik à la TV, qui téléphone à un bâton de chocolat Côte d’Or.

Un dalmachien et un labradoralonpoual s’amusent sur les berges de la Meuse.  Les touristes hollandais se promènent ou font un barbecue.  Ça sent bon.  J’adore l’odeur des barbecues.  Je m’inviterais bien, ça me ferait parler un peu néerlandais.

20h30. Le soleil est parti.  Je rentre chez moi.  Christophe me dit qu’il est élu produit de l’année, Marc Lavoine me vante encore et encore les mérites de Paris.

Je suis fatiguée.  Oserais-je aller me coucher ainsi, avant 21 heures ?  Nan, je vais pondre des billets, comme une poule déréglée qui croirait voir l’aube chaque minute.

Conclusion de ma journée : j’ai tenu le coup, j’ai vu de jolies choses, j’ai admiré le soleil et repensé au Petit Prince.  Ça en valait donc bien le coup.  Bonus : y’a un lien de cause à effet entre la TV et la bouffe : ce soir je n’ai mangé que mon souper et un yaourt.  Donc regarder la TV donne faim.  
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