2
déc

J’ai croqué la pomme !

Ils ont bien insisté : « soyez là à 17h précises au lieu de 17h20 comme convenu auparavant, 17 h précises ».

16h50, nous sommes là, sous l’horloge, à attendre.

Attendre.

Attendre.

Attendre.

17h30, le car arrive... Glups, ça commence mal, très mal.  Bravo l’organisation.

Le chauffeur est infect, à peine un bonjour.  Malgré une tenue festive, cravate rouge brillante, chemise bordeaux, on sent clairement qu’il préférerait être plongé sous sa couette à regarder « Le plus grand cabaret du monde » plutôt que nous conduire à bon port.

Sont-ce ses mauvaises ondes qui perturbent le voyage ?  Dix minutes après le départ, faramineux bouchon sur l’autoroute.  On avance à pas d’homme.  Je sens mon estomac se serrer et mes neurones échafauder les pires des scénarios catastrophes.  L’amie qui m’accompagne, ou plutôt l’amie que j’accompagne, reste stoïque, mais son stress se ressent.  Ambulance.  Dépanneuse.  

Attendre.

Attendre.

Attendre.

18h17.  Le bouchon explose enfin, champagne.  La route est encore longue, nous avons à peine quitté Namur.

19h.  Bruxelles et ses bouchons.  Ils vont tous au même endroit que nous ma parole, c’est nin possip’ une fois.  Les files sont interminables.  L’énervement se ressent dans tout le car.

Attendre.

Attendre.

Attendre.
19h35.  Enfin, nous y voilà.  Je guide mon amie dans les dédales de la salle, que je connais si bien.  Trouver deux places relève de l’exploit, vu l’heure tardive, mais nous y parvenons.  Pas super bien placées, mais ça pourrait être pire.  Et puis on est arrivées, c’est l’essentiel.  Et puis ça va être génial.  Et puis je n’ai pas mal au dos.  A peine une tension au début du voyage, mais l’adrénaline a dû faire effet, je me sens légère, légère, légère.  Reste à attendre.

Attendre.

Attendre.

Attendre.

20h. La foule s’échauffe.  20h, c’est l’heure indiquée sur le ticket.  Alors, le moindre mouvement sur la scène, la moindre lumière qui clignote, le moindre frémissement du rideau provoque un tonnerre d’applaudissements.  La foule scande son nom.  L’ambiance est déjà bonne, très bonne.  

J’aime cette ambiance particulière, que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.  Cette cuvette envahie par tant de personnes venues pour la même chose : prendre du plaisir, savourer une bouffée de bonheur, se laisser envahir par la musique et guider par la cadence.  Cette bulle qui nous isole du monde et de sa réalité pour quelques heures.  

Aaaargh, quand essque ça commence, titchu ?

Attendre.

Attendre.

Attendre.

20h35.  Enfin.  Les pommes tournent sur la scène.  Et c’est parti.  Les morceaux s’enchaînent, c’est très rock, c’est délirant.  Je m’y attendais, je l’ai déjà vécu il y a deux ans.  Mais l’effet est similaire : j’aime.  Je me laisse imprégner.  J’ai bien fait d’écouter en boucle son dernier album depuis lundi, au point d’en être presque écoeurée.

Pause tendresse avec « Drôle d’animal », un morceau touchant et tellement plein de vérités, suivi de « Danser encore », qui me transporte, c’est de loin ma préférée du dernier album.  Ensuite, « si seulement je pouvais lui manquer », qui, inévitablement me fait pleurer doucement.

On repart ensuite dans un délire.  Parce que lui, il délire grave, comme disent les djeuns.  Il est dans son truc.  Dans son trip.  Dans son élément.  Il prend un pied d’enfer.  Il entre en transe.  Il se gave de son public.  Un peu mégalo ?  Je l’ai pensé, mais, en fin de compte, non.  Il adore ça et ça se voit.  Tout simplement.  Et nous aussi on adore ça.

22h15, ça sent la fin.  Ça pue la fin.  On lui grappille encore quelques instants précieux.  Encore un peu de présence.  Encore une petite chanson, rien qu’une.  Une seule.  Allez, encore une.

Il termine par un « à demain ».

Je reste dans ma bulle quelques heures encore, malgré la pluie qui tombe, tentant de nous replonger de plein fouet dans le quotidien sinistre.

Le car nous ramène à bon port, le chauffeur tire toujours la tronche.  Je préfère qu’il ne parle pas, de toute façon, il a mangé de l’ail en nous attendant.  Pas un au revoir, pas de pourboire.  C’est la vie.  Le client n’est plus roi.

Des moments comme celui-là, c’est ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.  Un régal.  Un moment de pur bonheur, tout simplement.  Et vous, c’est quoi vos moments de bonheur ?

Il nous a dit « à demain ».  Et si j’y retournais, là, ce soir, allez quoi, soyons fous !?
 

Photo issue du site http://www.pommec.fr/

calo

30
nov

La minute blonde belge

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Contrairement aux apparences, ces photos ne servent pas à illustrer un billet sur le nombre croissant de SDF en Belgique.  Non je vous le jure.  Elle illustre les conséquences du décret Arena.

Pour les déneuronés tels que moi, ainsi que pour les non Belges, qui sont des milliards sur ce blog, j’en suis convaincue, ce décret impose, entre autres, que les inscriptions dans les écoles aient lieu à partir du 30 novembre, soit aujourd’hui, par ordre d’arrivée, sans privilège, sans passe-droit, sans inscription à la tête du parent, ou plutôt à la tête de son portefeuille voire à la couleur de sa peau.

Un système qui n’existe pas, sauf erreur, en France, où, pire encore, les élèves ne peuvent être inscrits que dans les écoles de leur région, si je ne m’abuse (« sauf erreur » et « si je ne m’abuse » constituent un pléonasme, mais, dans le doute et vu mon manque de connaissances en la matière, je préfère rester sur mes gardes).  Un système qui crée des castes, puisque les enfants de banlieue n’ont accès qu’à des écoles de banlieues, tandis que ceux des beaux quartiers (bô quartchiers comme on dit ici) ont accès aux écoles élitistes.

En théorie donc, ce décret donne les mêmes chances à tous.  En pratique par contre, étant donné que certaines écoles (surtout dans les bô quartchiers, vous vous en doutez) sont submergées de demandes, les parents y campent depuis hier soir afin d’obtenir une place pour leur progéniture chérie.  Point d’égalité de chances, alors, puisque pour camper une journée et deux nuits sur place, il faut être chômeur ou … rentier (sauf à prendre congé, of course).

Pour ma part, je ne parviens pas à me faire une opinion. 

D’un côté, je ris car le ridicule de la situation saute aux yeux.  Dormir 36 heures dehors, voire plus, dans le vent, la pluie et le froid, pour simplement obtenir une place dite « rêvée » pour ses marmots, c’est limite.  Tout ça pour le prestige, ma bonne Dame, rien que le prestige. 

D’un autre côté, je comprends car, pour avoir passé six ans (par hasard, je vous le jure, pas à cause de la fortune de pôpa-môman, de leur profession respectée ou quoi que ce soit qui eût pu plaider ma cause) dans une école à bonne réputation (mais dont la qualité de l’enseignement est, selon moi, inversement proportionnelle à ladite réputation), je sais combien cela peut être important sur un CV (aurais-je été engagée par boss vénéré si j’avais été dans une école dite « bas de gamme » ?). 

D’un troisième côté, j’applaudis car j’ai tendance à approuver cette tentative désespérée (et peut-être vaine) d’instaurer une égalité au sein des écoles. 

D’un quatrième côté (et ça sera le dernier, je vous le promets), je suis choquée de voir que des huissiers sont appelés pour valider l’ordre de passage, que des parents recrutent des étudiants pour faire la file à leur place (« service » monnayé jusqu’à 500 eur - « on annonce du vent, ça vaut bien ça »), qu’ils vont même jusqu’à offrir de l’argent pour glaner une place dans la file… ça me fait doucement rire. 

Non, décidément, je n’arrive pas à me décider ni à avoir une opinion tranchée : amusée, compréhensive, irritée ou outrée, entre tout cela, mon cœur balance.  Toujours est-il que je trouve cette tentative de démocratisation des inscriptions bien pensée, même si mal organisée et même si ses conséquences sont parfois le reflet de la bêtise et du snobisme de certains…

Une vraie minute blonde à la belge.

Et vous, vous en pensez quoi ?

Photos issues du site www.dhnet.be – © Pirard
Et une touche d'humour à la Acide, on en a bien besoin...
file


29
nov

Expérience sociologique

Vous savez combien j'aime les expériences sociologiques.    Ah oui, j'aime ça.

 

Dernière expérience en date : "comment lit le peuple ?"

 

Outil de travail : un livre puisé au hasard dans ma récente collection (un livre dont je vous ai parlé dans ces colonnes – ça fait magazine cette expression, non ? - titre disponible sur simple demande par mail accompagnée d'un versement de 1,99 eur – tout se monnaie Mesdames et messieurs). 

 

Lieu de l'expérience : la salle d'attente au bureau.  Le livre y est déposé bien à vue, au centre d'une antique table d'appoint, histoire de jauger les réactions de la faune humaine qui attend, attend et attend encore.  L'attente rend-elle curieux ?  L'attente rend-elle somnolent ?  L'attente donne-t-elle envie de lire ?

 

Résultats :

 

Un premier Monsieur s'en désintéresse totalement, et l'ensevelit sous un tas de magazines puisés dans la réserve, m'obligeant, après son passage, à aller faire le ménage (dieu que j'aime faire le ménage).

 

Un couple pénètre ensuite dans la salle d'attente : Monsieur jette un œil, feuillette rapidement l'ouvrage, puis l'abandonne, sans doute car il ne comporte pas d'images…  Madame, elle, semble intriguée, puis captivée.  Elle se plonge dans la lecture.  Son GSM sonne, la distrayant.  Elle dépose l'ouvrage.  Répond au téléphone.  Prend ensuite un magazine, oubliant le livre qui la passionnait précédemment.  Voilà comment un GSM peut distraire une envie culturelle…

 

Un Monsieur impatient se présente ensuite : il se plonge immédiatement dans une lecture frénétique, qu'il ne lâchera à regret que lorsque son tour sera venu.

 

Une Dame semble énormément apprécier l'ouvrage, au point que je la soupçonne de vouloir le dérober.  Un coup d'œil à gauche, un coup d'œil à droite… La voie est libre.  Elle ébauche un mouvement vers son sac à main, jette un dernier regard aux alentours, puis se ravise, prise de remords ou d'une angoisse soudaine, et redépose enfin l'ouvrage.  Bien lui en a pris, je m'apprêtais à prévenir le service de sécurité, non mais, nul ne peut impunément perturber mes expériences sociologiques.

 

Un Monsieur bedonnant se lance, devant mon livre, dans le nettoyage intégral de sa tenue vestimentaire : et que je frotte, et que je gratte, et que j'époussette.  Je n'ose imaginer ce dont il tente de se débarrasser : bébêtes, pellicules, miettes de croissant ?  Le tout retombe inévitablement sur la couverture du livre, aaaargh, horreur et putréfaction, encore du ménage en perspective.

 

Et la journée se poursuit, faite de lecteurs captivés qui n'abandonnent l'ouvrage que contraints et forcés, parce que leur tour est venu; de lecteurs désintéressés qui remarquent à peine qu'un joli livre leur fait de l'œil; de lecteurs épuisés qui somnolent béatement dans la salle d'attente; de lecteurs plus intéressés par les derniers potins de la Star Ac ou la dernière collection de sous-vêtements de Loana (mais si, souvenez-vous, la Loft Story Girl qui a fait des choses que la morale réprouve dans une piscine truffée de caméras).

 

Une expérience sociologique somme toute productive, qui a provoqué chez moi maints fous rires et moments attrayants.  C'est l'essentiel…

 

Vous me direz : comment sais-tu tout ça Anaïs ?  Et bien passque j'ai la TV au bureau moi Messieurs-Dames.  Une chance hein.  Bon c'est toujours la même chaîne un peu monotone "salle d'attente TV", mais ça permet d'observer pas mal de choses : les petits câlins des amoureux, le froid polaire entre les pas (ou plus) zamoureux, ceusses qui mangent en douce, ceusses qui rêvassent... sans oublier ceusses que j'oublie, ce qui m'arrive souvent, d'où l'intérêt de "salle d'attente TV"...

 

16
nov

Demain...

Demain, journée spéciale célibat sur ce blog...

14
nov

(Re)conversion

L’autre jour, je « discutais » sur MSN avec ma chère collègue Mostèk.  Nous parlions de nos âges, lorsqu’elle me dit « ce qui est génial avec toi c'est que j'ai pas l'impression que t'as dix ans de plus j’ai l'impression que t'as le même âge que moi ».

Ce fut donc un jour à marquer d’une pierre blanche, à noter dans vos agendas, parce qu’en général, les mots tendres de Mostèk sont plutôt du genre « attends n’entre pas encore, la voiture est trop près du mur, je vais la bouger, même si tu étais mince tu ne saurais pas passer » (cf ce billet).

Car en effet, Mostèk et moi, on a dix ans de différence.  Elle a dix ans de moins que moi, cette garce, cette vipère, cette vilaine pas belle, cette … jeune !  En d’autres termes, lorsqu’elle gazouillait encore gentiment dans son parc, j’en étais déjà à apprendre la table de multiplication par neuf.  Lorsqu’elle a cessé de mettre des langes, j’étais déjà en secondaires.  Lorsqu’elle mangeait des Délichoc, je les appelais encore Bichoc.  Lorsqu’elle habillait encore sa barbie, je sortais en boîte et je commençais à me débaucher dans l’alcool.  Lorsqu’elle a commencé ses études supérieures au même endroit que moi, ça faisait déjà un sacré bail que je bossais pour patron vénéré.  Lorsqu’elle fut engagée par ledit patron vénéré pour me remplacer durant une longue et pénible maladie (quinze jours – dans le privé, quinze jours d’absence, on appelle ça une longue et pénible maladie), j’ai décidé de la haïr, cette remplaçante, qui me chipait mon boulot et anéantissait pour moi toute l’avancée fulgurante de ma brillantissime carrière.  Puis elle est restée.  Puis elle était cool.  Puis on a sympathisé et voili voilà, maintenant on s’aimeuh (en tout bien tout honneur, of course).

Et elle a raison, Mostèk, moi non plus j’ai pas l’impression qu’elle a dix ans de moins (tout comme j’ai pas non plus cette impression par rapport à mes amies qui en ont dix de plus), elle a pas l’air gamine, ni débile, ni fofolle, ni hystérique.  Je n’ai pas cette impression d’avoir une demi-génération de plus qu’elle, sauf quand je regarde son œil de velour (ou de corbeau, en fonction de son humeur), autour duquel, j’ai beau scruter, je ne vois aucune ride, tandis que le mien est déjà plein de rides d’expression, même si je tente en vain de ne marquer aucune expression sur mon visage depuis ce cap fatidique des 25 ans.  

Sinon, on aime toutes deux les années 80, les mêmes dessins animés et le chocolat.  On aime rire et parler de nos vibros, on aime fantasmer sur les hommes, à la différence près que quand moi je fantasme sur un homme, il pourrait quasi être son père et que ceux sur lesquels elle fantasme me semblent à peine sortis des jupes de leurs mères.

Mais y’a une différence qui me rappelle très souvent notre différence d’âge : c’est l’euro.

Je m’y suis facilement adaptée, à l’euro (ou au neuro, ou encore au zeuro, selon les liaisons que vous aimez faire), habituée que j’étais, depuis des années, à convertir les prix durant toutes mes vacances, et pour toutes mes copines.  Je dois avoir un calculette de conversion en tête, je fais ça les deux doigts dans le nez.

Alors, quand l’euro est arrivé (il est néééé le divin euro, jouez hauts-bois résonnez musettes), no problem pour Anaïs, fingers in the noze.

Sauf que je n’utilise l’euro que lorsque cela me chante, savoir :

Je parle en euro pour minimiser la valeur « Pas chères, mes nouvelles bottes, seulement 149 eur », « Allez, on va au Quick, un chtit menu à 6 eur, alleye pitiééé »

Et je continue à parler en francs belges pour marquer l’importance de la somme « T’as vu le prix de ces bottes, six mille balles, c’est du vol ! »

Et je comprends que Mostèk est bien plus jeune, mais alors là tellement plus jeune que moi, lorsqu’elle me dit « Six mille balles ?  Mais, Anaïs, ça fait combien en euros, dis-moi ? »

Dessin de Sue, que je remercie de s’être prêtée au jeu du billet à illustrer, avec brio (et de vouloir continuer, yahaaaaaaaaaaaa) (et de ne pas m’avoir lynchée virtuellement d’avoir tant traîné à publier son dessin, ce qui est d’ailleurs le cas d’autres illustrateurs, promis, je vais rattraper mon retard).
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