26
jui

Ma journée maudite

Hier, j'ai pris mon courage à deux mains, j'ai pris le taureau par les cornes, et je me suis enfin décidée à aller en ville pour quelques formalités soporifiques.

Mon entourage s'en est vu ravi, car ça fait trois semaines que je dis, chaque jour, "demain je vais en ville", et que chaque demain, j'y vais pas, trouvant toutes les excuses possibles et imaginables : trop chaud trop froid trop de pluie trop fatiguée trop pas envie trop de monde trop de nuages dans le ciel trop d'escargots mouillés sur ma terrasse.

Mais là, je m'y suis fait traîner de force, pas le choix, tu fais tes formalités et après, un repas en guise de récompense.  Le coup de la carotte quoi.

Première étape.  La Ville de Namur, pour changer ma carte d'identité avant le 2 juin.  Ouais, chuis en retard, mais j'ai une excuse, et j'avais envoyé un mail pour signaler que je pourrais pas venir si vite, ce qui a d'ailleurs été fort apprécié, m'a dit la Madame, en me parlant des ceusses qui viennent jamais puis qui piquent une crise pour avoir leur carte d'identité dans la minute, la leur étant périmée depuis cinq ans, mais là ils en ont un besoin urgent pour aller en vacances, ben voyons.  Très gentille, la Madame de la Ville.  Moins gentil, le parc informatique de la Ville, qui est en panne.  Revenez plus tard, ma bonne Dame, au moyen de ce laissez-passer qui vous donnera priorité (youpie).

Seconde étape.  Ma mutuelle, pour y déposer mes 147 attestations de soins donnés et recevoir plein de sousous dans ma popoche.  Fermée, ma mutuelle.  Ah ben j'avais qu'à aller voir les jours d'ouverture, c'est clair.

Troisième étape.  La maison du TEC.  Alléluia, point de grève, c'est un miracle lourdien.  Mais cette foule de petits vieux en file indienne jusqu'au milieu de la route, kekseksa ?  Ah ben c'est l'achat de leur abonnement désormais payant, sacrebleu.  Zont dû venir en car, je vois que ça.  Avec une moyenne de deux minutes par petit vieux, pour autant qu'il n'ait pas la tremblote, j'en ai pour deux heures au bas mot.  Abandon par forfait.

Quatrième étape.  Après l'effort, le réconfort.  Ben oui, même si mes formalités ont été contrariées, j'ai droit à ma carotte hein.  Ben non.  Etablissement fermé pour cause de décès, merci de nous en excuser.

C'est une malédiction, je vois que ça.  Y'a quelqu'un qui manipule sauvagement une poupée vaudou à mon effigie, ma parole.

Alors, pour me consoler, je m'offre un chtit cadeau, une breloque pour mon bracelet.  J'ai pas d'idée de ce que je veux, mais en repérant un petit papillon je me dis que c'est parfait pour célébrer cette journée, un papillon, avec toute sa symbolique.  J'ai pas ma carte d'identité, j'ai pas mes papelards de mutuelle, j'ai pas mes documents du TEC, j'ai pas mangé ce que je voulais, mais j'ai mon papillon.  J'avais envie d'un tatouage, va comprendre pourquoi, j'ai pas (encore) osé, mais j'ai mon papillon.

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15
jui

J'ai survécu à une attaque de fraises (et non de clones)

Et c'était pas des fraises de Wépion.

Me vlà en train de zoner dans la cuisine, à la recherche d'un truc à manger.  J'ai faim sans avoir faim.  Mon plan de travail est envahi d'une part par la vaisselle propre qui sèche depuis 48 heures, d'autre part par la vaisselle sale qui s'empile depuis les mêmes 48 heures.

Pas envie de commander un truc, pas tentée par les pizzas grasses en ce moment je dois dire.

Pas envie de préparer un truc, trop la flemme.

J'analyse le contenu de mon congélateur, savamment listé sur un tableau effaçable (une de mes seules maniaqueries, avec celle de passer la vitre de ma douche à la raclette après chaque effusion d'eau).  Rien ne me botte.

J'ouvre le frigo et j'inspecte.

Un reste de concombre encore comestible, bien, ça sera parfait demain en salade, avec un bout de bidoche.

Un petit suisse orphelin, abandonné par les cinq autres, qui ont trouvé refuge dans mon estomac.

Trois oranges de montagne, trois pommes, trois poires, pour une future salade de fruits jolie jolie jolie.

De la mayo.  De la sauce cocktail.  De la moutarde.  De la moutarde.  De la moutarde.  Nan chuis pas fada de moutarde, juste que j'en ai acheté un pot et reçu deux.

Une vieille compote reçue chez Quick (rha, un Giant, là, tout de suite, je me damnerais pour un Giant, faut que j'investisse dans une voiture, ça me permettra d'aller au Quick à toute heure).

Deux bouteilles de bière périmées, que je dois vider et jeter depuis des mois.

Une bouteille de rosé en attente d'être bu.

Divers breuvages genre eau, coca light, sans grand intérêt.

Ben c'est à peu près tout. 

Ce frigo est un drame dramatiquement dramatique.  Je me sens l'âme d'une Bridget Jones, car je sais que j'ai de la Haagen Dasz au congel, je pourrais souper avec ça, en chantant all by myself, mais je me sens d'humeur joyeuse, donc all by myself c'est bof quoi, note que cette scène me fait mourir de rire.

Aaaah, tiens, là-haut, des fraises.

Plus très en forme, les fraises.  Y'en a une qui vire vers le brun, comme si elle avait pris un coup de soleil, et une autre qui se couvre de poils, comme par un excès de testostérone.

Je les inspecte.  Bah, je les mettrai dans ma salade de fruits (pas la basanée et le mec of course).  Demain, la salade de fruits, avec les croissants et l'orange pressée, petit-déjeuner, au soleil, avec un livre, moment de plénitude.

Je les redépose donc à leur place dans mon frigo, tout en haut, décidant de zapper l'épisode "souper", toute façon j'ai pas spécialement faim, je vais manger une main et garder l'autre pour demain et basta.

Sauf qu'elles refusent d'y rester, à leur place, les fraises vilaines pas belles. 

Leur barquette bascule.

Je la rattrape mais heurte dans la foulée le bocal de sauce cocktail, en verre (d'habitude je prends des squeeze mais là y'avait pu, la faute à cette unique journée caniculaire de début mai, quand tous les fans de barbecue ont acheté mes potentiels squeeze, m'obligeant à opter pour du verre – information sans intérêt, mais indispensable à l'intrigue).

Le bocal dégringole et je le vois déjà explosé sur le carrelage, avec de la cocktail perce estomac partout partout (ouais, la cocktail avec bouts de verre inside, ça perce l'estomac, essayez, vous verrez).

Je le chope au passage, le bocal, dans un réflexe incroyable, et le propulse côté frigo, où il retombe, en totale sécurité.

Ouf.

Sauf que la barquette de fraises fait encore des siennes.  Elle ne tombe pas, mais se met de biais, propulsant alors les fraises vers ma tête, dans un bombardement hystérique.  Et ben, se ramasser dix fraises sur la tronche, c'est particulier comme sensation.  Et surprenant.  Bon, la fraise étant par nature molle, je ne suis pas blessée.  Juste morte de rire.  Et puis ça aurait été pire avec des châtaignes, des pastèques ou des cailloux, c'est clair (note que j'ai jamais de barquette de pastèques ou cailloux dans mon frigo, ouf).

Mais diantre, comme c'est agressif, ces petites bêtes-là.

Demain, je m'achète des framboises, avec l'espoir qu'elles soient plus dociles.

5
jui

Blog d'un condamné, blog d'une ennuyée

Quand on s'ennuie, ben on s'ennuie.

Et en ce moment, keske je m'ennuie.  Je m'emmerde.  Je me fais chier comme un rat mort, comme aurait dit l'autre.  Je ne trouve même pas d'autres synonymes pour décrire mon ennui.  C'est dramatique, même mon neurone s'ennuie.

Alors, pour … mon ennui.  Tchu, c'est quoi le verbe, ah non, pas tronquer, tromper, on en parlait tout à l'heure, de cette expression, et voilà qu'elle m'échappe.  Donc, pour tromper mon ennui, je fais plein de choses :

- préparer de la mousse au chocolat

- préparer de la mousse au chocolat (ben quoi j'en ai fait deux fois en deux jours, c'est grave docteur ?)

- regarder tomber la pluie (là, je ne le recopierai pas, vu que je l'ai regardée tomber vingt-deux fois minimum, ça s'appelle n'avoir pas de bol et j'entends les mauvaises langues dire "elle aura pas eu de chance pour ses vacances, enfin sa convalescence")

- passer de la position assise sur canapé à la position assise sur transat

- regarder Revenge, l'intégrale de la saison 1, puis de la saison 2

- regarder Scandal, idem

- regarder 90210 (marrant, pour taper le nom de cette série, je dois me la dire en anglais, façon générique "previously in nine o two one o", euh, ça s'écrit comment, zéro in english, o ? ow ? oh ?), alors que j'aime pas cette série

- lire le dernier Agnès Abécassis et l'aimer

- aller en bord de Meuse chercher des cygnes et des bébés cygnes, même pas qu'il y en a cette année, c'est la misère

- pleurer

- dépasser les mémés avec canne, mon nouveau sport préféré

- rire

- faire des blagues qui ne font rire que moi, genre durant une discussion sur le thème "on connaît très peu les noms de famille des personnages de séries télé", dire "allez, un test, tu connais le nom de famille de Lorelei et Rori, dans Gilmore Girls ?"  Paraît que c'était pas drôle, moi j'ai trouvé ça hillarissime (pour hilarant puissance drôlissime)

- lire quinze vieux Ciné Télé revue assise sur le pot

- lire un vieux Jeune et Jolie, ce que je ne suis pas (pleurer sur cette idée) et me dire que ça ne parle que de cul, et que du temps où j'étais jeune et que je lisais Jeune et Jolie, c'était vachement plus soft

- me dire que je suis une vieille ringarde

- me dire que ça m'aurait vraiment bien plu de voir le zoo de Plankendael

- me dire que j'ai vu Bister, na

- écouter le dernier Nolwenn Leroy en boucle

- et le single d'Emmanuel Moire, même si j'ai dit que c'était pas bon pour mes hormones

- surfer sur internet

Bref, vous voyez le topo, quand je m'ennuie, ben je fais des activités ennuyantes.  Et c'est la dernière qui est le sujet de ce billet (nan, le sujet du billet n'est pas la liste de ce que je fais pour tromper mon ennui, même si les apparences sont trompeuses).

En surfant sur le net, enfin sur Culchèvre, j'ai découvert ce blog : http://uncondamne.tumblr.com/

Et comme, quand je m'ennuie, j'aime bien m'ennuyer à mourir, le nom du blog m'a interpelée.  Donc j'ai été le visiter.

Un blog tout neuf, trois billets, trois jours de la vie d'un homme qui apprend qu'il lui reste trente jours à vivre.

Ça se lit rapidement, c'est bien écrit, mais j'ai de suite senti comme un malaise.  Comment vous dire, en trois mots, comme les trois billets déjà écrits : ça sonne faux.

Je ne peux dire que ça, ça sonne faux, archi faux.

Déjà, le nom du blog, "blog d'un condamné".  Peut-on s'appeler ainsi le jour où le couperet tombe, et créer dans la foulée un blog ?  Oui, une référence littéraire, mais je n'y crois pas.

Et puis, chais pas, c'est trop dramatique, trente jours.  Trente jours ?  Je n'y crois pas, je sais que c'est possible, mais ça n'est pas crédible, de la façon dont c'est annoncé.

Et à J3, il fait l'amour à sa femme qu'il aime.  Vaillant le condamné.  Ça va vite se dégrader pourtant, trente jours quoi. J'y crois pas je vous dis.

Il ne dit rien de lui, rien de réel.  Que du blabla.  Impossible de le contacter.  Je persiste et signe, j'y crois pas.

Et puis j'y crois pas, instinctivement, quand je lis, c'est ainsi, peut-être me trompe-je, mais voilà…

Alors j'ai envoyé l'adresse du blog à ma conseillère perso, histoire d'avoir son avis.  Ben elle y croit pas non plus na.

On doit être deux grosses incrédules face aux milliers de lecteurs qui vont adhérer, un peu comme les deux seules qui ne rient pas dans la salle où est projeté le film La croisière.

C'est ainsi.

Pour moi, un blog crédible, c'est celui de Jemphi, très beau, très triste, très vrai, passque Jemphi, quand il dit (quand il disait, car malheureusement, il est décédé) : "Bonne Maman d’Enghien, comme nous la surnommions avec mon frangin et comme nos enfants, ses arrières petits-enfants, avaient également pris l’habitude de l’appeler.
Oh non… Rien d’un patronyme de noblesse, juste la façon, peu originale, que nous avions trouvé pour la distinguer de notre Bonne Maman maternelle… de Bruxelles.
Ben oui, elle habitait Enghien!", ça, c'est du vrai, du concret, de la tranche de vie, pas de l'émotion formatée.  Quand il parle de sa douleur, de sa peur, on sent qu'il a mal, qu'il tremble d'effroi.  Je n'ai lu que ses derniers billets, mais j'y crois.  Et moi, c'était Bonne Maman de Bouge et Bonne Maman de Salzinnes, parce qu'elles habitaient Bouge et Salzinnes.

Alors, cher Monsieur le Condamné, si votre blog est réel, je vous prie de me pardonner d'en avoir douté, et vous souhaite tout le courage nécessaire pour ces trente jours.  Mais non, vraiment, je ne peux y croire.

Quoi qu'il en soit, merci, durant dix minutes, j'ai trompé mon ennui, non en vous lisant, mais en écrivant cette bafouille.

Mais je n'y crois pas.

Et vous ?

Add. du 7 juin.  Après une recherche sur le net, il semble que de plus en plus de personnes pensent à un fake, dont moi, de plus en plus, parce que, après analyse, je constate que :

- le compte twitter ne suit que des journalistes

- il est suivi par 3600 personnes, en trois jours ça sent le buzz organisé

Et plus je lis les billets quotidiens, plus je suis confortée dans mon opinion, malgré les centaines d'internautes qui se disent touchés, moi, ça ne me fait ni chaud ni froid, c'est bien écrit, mais ça pue le bidon quoi.

Certains disent que, fake ou pas, l'essentiel est de faire passer un message, que ça les touche, et que si c'est faux, cela reste touchant, que ça les fait se remettre en question quant à leur propre vie, mais moi je dis non non et non, je trouve ça incompréhensible d'accepter ainsi que ce soit du pur mensonge, c'est ignoble pour les gens vraiment condamnés, de faire ainsi croire à toute la toile un prochain décès, même si c'est une campagne marketing.  Et pour moi, chaque phrase de ce blog sera alors de la grosse daube dénuée de sens.  Pour avoir lu deux blogs de condamnés, malheureusement décédés, je peux vous dire que c'est tout différent.  Pour avoir lu également le blog d'une femme découvrant son cancer, attendant les résultats, vivant la maladie et les traitements, là c'est de la véritable émotion qui touche, une angoisse que l'on ressent.  Ici, c'est tout simplement ignoble !

1
jui

Putains d'hormones

Il existe  certaines choses avec lesquelles on vit sans s'en rendre compte, c'est naturel, ça fait partie de nous depuis toujours, sans même qu'on y ait jamais pensé.  Et on dit souvent qu'on prend conscience de la valeur d'une chose lorsqu'on l'a perdue.  Mais on parle alors d'amis (les magiciens), d'amoureux (tous des salauds), d'argent peut-être (mais comment ai-je pu dépenser si vite ces 10 millions du Lotto, tchu), de santé (c'était chouette quand j'avais encore ma main, se dit souvent le Capitaine crochet).

Ben moi, j'ignorais que mes hormones me manqueraient tant, mais là, j'en ai pris conscience, ma bonne Dame…

Me vlà transformée depuis peu en être hybride, asexué, enfin presque hein, faut pas pousser, j'ai pas de poils qui me poussent sur le torse ou le visage (mais ça peut venir, qui sait), j'ai pas envie de draguer tout ce qui passe, j'ai pas chopé un cerveau à 5000 eur en échange de mon mien à 200 eur (comprendront ceusses qui ont lu ma blague sur Facebook, rapport aux cerveaux mâles et femelles).  Nan, chuis pas un mec, chuis toujours une meuf.  Mais je suis hormono-orpheline.

Bien sûr, je connais les effets secondaires de ce petit moment de plaisir de mon existence.  Je vais vous zapper les bouffées de chaleur, les bouffées de glaciation polaire que même un gros ours blanc contre lequel je me blottirais ne parviendrait pas à faire stopper (ça, on avait omis de me le dire, que les bouffées m'entraîneraient du chaud au froid en alternance), et les douleurs qui squattent gaiement l'intégralité de ma vieille couenne, en plus de celles qui ont pris possession de mon bide, because docteur Mamour a été faire un stage de boucherie inside.  Tout ça, vous vous en moquez, hé, on n'a pas gardé les cochons ensemble, mes petites ou grosses douleurs quotidiennes c'est pas drôle.

Mais l'effet "sautes d'humeur", ça c'est drôle, et vous allez aimer, non ?

Ah ben si.

Appelons le plutôt l'effet larmaloeil. 

Chuis déjà une petite chose sensible au naturel, mais là j'atteins des sommets genre Everest (il fête pas un anniversaire d'ailleurs celui-là, oh que c'est émouvant).  Plus besoin d'une grosse émotion, d'une infinie tristesse, d'un désespoir profond, d'une horrible nouvelle, le moindre petit truc provoque en moi un déferlement de sensations, et ça me ferait mourir de rire, si je n'en pleurnichais pas illico.  Non mais allô quoi, pleurer devant la beauté d'un brin d'herbe, c'est poilant, tellement poilant que c'en devient émouvant… alors je re-pleure.  Vous comprendre le processus de l'effet larmaloeil ?

Exemples.

Je vois enfin un bout de soleil après des semaines de nuages (et je parle au sens propre, non au figuré), l'émotion est telle que j'en pleurniche un gros bout de minute.

J'écoute une jolie chanson, même pas triste en plus, genre plutôt joyeuse, mais si belle que les larmes se pointent au bord des yeux.  Bon, je vais zapper les trucs genre Beau malheur ou Savoir aimer ou Quand on n'a que l'amour ou Ne me quitte pas, car là on va m'interner rapido presto.

Une publicité rigolote à la TV, et c'est parti mon kiki, je pleurniche devant l'intelligence du scénario, la beauté des images, la finesse de la musique.

Petite promenade.  Je croise un chat tout mignon.  Qu'il est beau ce poussy, je pleurniche.  Il vient vers moi, puis se refuse à une caresse, quelle tristesse, je pleurniche.

Je n'ai pas mal, je pleurniche de joie.  Ah si, finalement j'ai mal, je pleurniche de douleur.

Je prépare des pâtes.  Trop cuites.  Je pleurniche devant mon incompétence.  Mais bonnes.  Je pleurniche en songeant à la chance que j'ai de manger à ma faim chaque jour.  Puis je pense aux pesticides et à la dioxine, et je pleurniche face à cette société de merde qui finira par tuer nos enfants, enfants que je n'aurai jamais, aaaaaaah, je pleurniche de plus belle.

Un sms gentil me souhaite un prompt rétablissement, je tue mon gsm sous mes pleurnicheries.  C'est pas aquaproof un gsm ?

Et tout ça, je le fais en solo, mais imaginez ce qui pourrait se passer en bonne compagnie :

La caissière qui me signale "ah, vous avez bien fait de prendre trois pots de Nutella, c'est 2 + 1 gratuits".  Et je me liquéfie de bonheur devant elle, qui songe à appeler sa direction, des fois que je sortirais un riot gun et tirerais sur tout ce qui bouge dans une crise de dépression intense.

Le client au bureau qui signale qu'il doit annuler un rendez-vous, et moi de lui dire que c'est pas grave, en reniflant allègrement, créant chez lui une angoisse monstre.

Durant ma promenade, une madame et son chien me saluent, enfin la madame, pas le chien, rustre va, alors je pleure, passque la madame est polie, passque le chien ne l'est pas.

Un brun ténébreux me fait sa déclaration, puis part en courant pendant que je sors mes mouchoirs, tellement ma joie est intense.  Et me revlà célibattante, l'occasion de pleurnicher un coup.

Avec du recul, beaucoup de recul, c'est plutôt amusant comme situation, non ?  Puis ça permet une diminution du taux de chômage des mouchoirs.  Oui. Amusant.  Emouvant.  Et c'est reparti pour un tour…

Et pendant que je vous écris, mon Ipod m'offre Marguerite de Cocciante.  Chais pas pourquoi, cette chanson me fait toujours brailler, un peu comme si je voulais être Marguerite, attendez quoi, elle est superbe cette déclaration.  Résiste résiste résiste, passque sinon ça va être les chutes du Niagara, le tsunami larmesque, la déferlante humide.  Je passe à la chanson suivante.  Vieille, tu te sens vieille.  Cocciante et moi, c'est fini, y'a des limites.  Mais la rupture est douloureuse, j'en pleurerais presque.

Bon je vous laisse, j'ai dégoté l'intégrale des Oiseaux se cachent pour mourir, en vieilles K7 VHS, quelle émotion, des mois que j'avais envie de revoir cette série, si triiiiiiiiiiiiiiiiiste.

Allez, je peux le faire, je peux résister, je vais résister, mais s'il vous plait, hormones adorées, revenez vite !

Et si vous voulez encore plus de larmes, je vous conseille cette jolie galerie de portraits.

7
mai

L'abécédaire de l'hospitalisation

Anesthésie.  Comme dans les séries télé.  Couchée sur un brancard étroit, me vlà dans le TGV, même que la madame devant dit au monsieur derrière "hé, j'arrive pas à te suivre".  Et au-dessus de moi, de grands carrés de lumière qui défilent à grande vitesse.  Comme dans les séries je vous dis.  Je me croirais à la fête foraine et on rigole bien tous les trois.  Et puis le gentil monsieur dit à la gentille madame "Madame (ça c'est moi) est stressée, on va lui parler vacances".  Et ils me parlent vacances, me mettent le masque à oxygène et puis je me réveille et je demande l'heure, très important de savoir l'heure quand on se réveille.  Et puis y'a du bruit, et puis j'ai mal, et puis je suis vivante, et puis je remonte en chambre, et puis je récupère mes lunettes, et la boucle est bouclée. 

Ballon.  Le bidou.  Gonflé comme un ballon, par le gaz.  Pas de l'hélium, sinon l'équipe chirurgicale devrait apprendre la lévitation, mouahahah.  Mais gonflé comme Vahiné.  Une laparo ksa s'appelle.  Heureusement, j'avais pas maté les photos avant.

Charmant.  Le personnel.  En consultation.  En examens.  Les chir.  Les anesthésistes.  En salle d'op.  En salle de réveil.  Ça fait un bien fou, tant de gentillesse.  Ça m'a tellement touchée qu'au retour de salle de réveil, je le répétais en boucle "en tout cas, ils sont gentils, qu'est-ce qu'ils sont gentils, mais gentils, j'ai dit à quel point ils étaient gentils ?"

Diagnostic.  Le moment qu'on préfère. 

Embout de thermomètre.  Un euro pièce.  C'est cher.  La prochaine fois, je prends le mien, de thermomètre.

Fleet phospho soda.  Comprendront ceux qui l'ont testé, solidarité de nausées oblige.  Pour les infos, reportez-vous à la lettre K.

Grand roue.  Lavement barythé et urographie = foire du Midi, une fois sur ma plaque de métal, ça monte, ça descend, ça tourne et ça tourne encore, et t'as intérêt à t'accrocher, Anaïs, quéén aventure.

Humiliation.  Sensation répétitive liée à toute intervention chirurgicale, ce qui la précède, ce qui la suit.  Déshabillez-vous, enfilez cette immonde blouse, ne bougez pas pendant que j'insère la canule, tournez à droite, tournez à gauche, avalez ça et passez la nuit sur le pot, mettez ces jolis bas blancs anti thrombose, et je vous passe les détails les plus croustillants, sauf si vous insistez.

Infirmier.  Etudiant.  Dialogue. "Vous avez des douleurs ?" "Non". "Ah, vous n'avez pas encore été opérée". "Non, dans une heure". "C'est pour plus tard alors, les douleurs" (voix ironique). Certains feraient mieux de changer de métier, devenir clowns par exemple…

J'ai faaaaait (voix de François Pirette).  Obsession totale, pire qu'une petite vieille en maison de retraite qui ne pense plus qu'à ça.  Qui ne fait plus qu'écouter les bruits de ses intestins.  En maison de repos, paraît que c'est leur sujet de conversation préféré, c'est devenu le mien, j'ai pris un fameux coup de vieux.

Kiss cool.  Second effet kiss cool.  Après avoir ingurgité tant bien que mal, et plutôt mal que bien, croyez-le, cette mixture dont le nom restera à tout jamais gravé dans ma mémoire, Fleet phospho soda (soda étant la grosse arnaque du siècle pour noyer le poisson), j'ai vécu l'enfer.  Ah oui, si l'enfer existe, il s'appelle fleet.  Imaginez un verre de sel avec un chouia d'eau.  Avalez.  Vomissez.  Et c'est le second effet kiss cool.  Mémorable.

Là je trouve rien à dire…

Misery.  L'infirmière de nuit.  Sans le marteau, mais Misery quand même.   

Nettoyage de printemps.  Ce qu'on m'a dit : "t'as eu ton petit nettoyage de printemps, c'est pas plus mal".  Une façon de voir les choses.

Orgasme.  Ou presque.  Produit de contraste entre les guiboles, effet étrange garanti, chaleur intense assurée.

Panne.  Encore un objet humiliant.  Mais y'a pire.  Y'a le lange.  Même pas peur, j'ai envisagé d'en demander un.

Quarantaine.  C'est le plus bel âge de la femme, qu'y disait.  Qui l'a dit, que je le frappe à grands coups de redon ?

Redon.  Ce tube qui ressemble à ces guirlandes de Noël fort à la mode il y a quelques années.  Quand je l'ai vu sortir de mon corps, il a fallu m'apporter les sels, enfin si j'avais vécu au 18e siècle quoi (y'avait des redons au 18e siècle ?)  Et puis, mon redon, il est célèbre, il a participé à l'examen de fin d'année d'une sympathique petite étudiante infirmière marseillaise.  Mais j'aime pas les redons, c'est définitif.  J'espère qu'elle a réussi son exam de redon, la miss.

Solidarité.  Amicale, familiale, facebookienne, primordiale.

Tousser.  Après avoir pris des laxatifs, tousser sur ordre de la radiologue, pour faire descendre le liquide de contraste, c'est vraiment vraiment, mais vraiment vraiment déconseillé.

Urrah, moment bonheur où, enfin, je peux manger un quick avec un coca light, fantasme absolu, livré à domicile par une gentille collègue.

Voiture.  Sur le retour.  Un panneau annonce une chute de pierres.  Et moi de m'imaginer écrasée par un rocher.  Trop con.  Epitaphe "au moins, elle n'était plus malade".  Gros fou rire dans la voiture.

WC.  Mon nouveau meilleur ami.  A toujours garder à portée de main… enfin de fesse.

X. Chromosome de merde, parfois.

Youpie, c'est fini, rentrez chez vous ma bonne dame.  Le meilleur moment qui soit, retour at home, avec ma petite valise rose.

Zorro.  Mon docteur Mammour.  Mon sauveur.  Mon Zorro.