19
aoû

Le droit de réponse de Bob(ichou)

Bob, il a demandé un droit de réponse, alors je vous le publie.  Tel quel, avec ses "sur" sans le chapeau, on en a parlé dimanche de ce chapeau qu'il oublie systématiquement dans ses contes.  Et puis des t qu'il insère entre le verbe et le sujet, aussi. C'est l'univers de Bob.  Et ça vous donnera une autre version de la journée, tant qu'à faire.  Et puis c'est mieux raconté que moi je trouve, avec les guêpes et les papillons et les ailes des anges, même si y'a un gros gros mensonge : je ne suis absolument pas "plutôt jolie", mais ça doit être la faute à l'alcool à 38 degrés, je ne vois que ça.  Voilà tout...

 

Droit de réponse


Vous connaissez la chanson  « j'ai rencontré Saint-Nicolas » ?  Hé bien j'ai rencontré beaucoup mieux. Car le vrai Saint-Nicolas, que j'ai vu quand j'avais quatre ou cinq ans, avait une barbe qui se décollait et sentait le tabac.

Non.  Moi j'ai rencontré Nana, Anaïs, la vraie, celle qui scrive dans son blog des trucs tellement marrants et vivants que j'en suis devenu accro, comme vous. Celle qui ne se montre jamais, celle qui se cache derrière son humour, celle qui parle de son existence, mais jamais d'elle. Un mystère.

Alors,  je l'ai inventée et reconstruite en imagination  au vu de tous ces détails et anecdotes qu'elle livre par petits bouts sur son train-train quotidien et qui résume en fin de compte le boulot-metro-dodo de presque toutes les femmes libres et fragiles de notre époque.

Je me suis dit... elle doit avoir dans les trente ans, elle doit être blonde ( ? ) et porte probablement des lunettes. Bref le portait type de Mademoiselle-Tout-Le-Monde, qu'on croise dans la rue sans la remarquer particulièrement, sauf que la vraie Nana a probablement des yeux qui pétillent et une allure décidée de grande fille bien dans sa peau, sure d'elle.

Bref, rien à voir avec les pétasses de Secret Story. Ma main à couper. Quelque chose dans le genre de ma petite sœur, que j'adore, même qu'elle est ma préférée vu qu'elle est la seule. Je pense à ma soeurette, car mon intérêt pour Nana est purement amical. Mon Poussin lit dans mon dos tous les mails que nous nous échangeons et est en fait aussi intéressée que moi de savoir à quoi ressemble cette gonzesse si coquine, rigolote, polissonne mais secrète.

Puis un jour, une copine écrivaine, Dominique Leruth  ( une très bonne écrivaine que vous connaissez puisqu'elle a déjà été publiée sur ce blog ) me bigophone et me propose d'organiser un barbecue d'enfer chez elle, comme ça, pour le fun. Dodo, c'est la championne des relations publiques et de l'organisation de n'importe quoi. ..

-         Et si on invitait Nana lui dis-je ?

-         Tu crois qu'elle accepterait ?

-         Ben pourquoi pas ? On risque rien à demander.

Et là, consternation. La grande Nana accepte !

Je téléphone immédiatement à mon Poussin.

-         Tu sais quoi ?

-         Non, répond-t-elle en bonne logique, vu qu'elle n'est ni voyante, ni extra lucide. Encore que...

-         Nana a accepté de venir chez Dodo dimanche.

Waouaw, pas croyable, on va enfin voir à quoi elle ressemble... etc.. etc... je vous passe les détails. Je crois que ma petite femme est encore plus curieuse que moi de vérifier si cette inconnue célèbre que son mec trouve si formidable, est une petite boulotte aux cheveux roux, un échalas décoloré en mini-jupe de cuir, une hommasse à grosses lunettes d'écaille  ou tout simplement une fille normale.

Je résume. Nous convenons que j'irai la chercher au train, pour la conduire ensuite chez Dodo. On se donne rendez-vous dimanche midi, gare du Midi ( pas moyen  d'oublier ) on s'échange nos gsm et fonce Alphonse.

Je vous décris la scène du dimanche matin, avant d'aller la chercher à la gare.

-         Poussin qu'est-ce que je mets ? Pas mon costume quand même ?

-         Non, cool, simple, un peu de pshiiit... mets le pantalon bleu qu'on a acheté dans une solderie ( 5 euros ! Je vous jure que c'est vrai ), une chemise sport... et pour une fois cire tes godasses. Ha oui... rase-toi sans te couper svp !

-         Comment on la reconnaîtra ?

-         T'inquiètes. Elle te reconnaîtra. Elle a vu ta binette sur ton site et un peu partout sur le net où tu racontes tes conneries et propose tes mickeys ( cfr les dessins de Bob le belge ).

Bref, je suis dans mes petits talons mais remarque quand même que mon Poussin  met quelque chose d'élégant. Histoire de tenir la comparaison je suppose.

Bon, je résume encore. On va jusqu' à la gare, on parque la voiture, on vérifie l'heure d'arrivée et on monte sur le quai N° 16.

Voila.  Le train de Dinant-Namur entre en gare à 11h57, comme prévu. Dix mille portes s'ouvrent en même temps en chuintant et cent mille personnes débarquent dans tous les sens. Je fais le mec calme et décontracté qui attend d'un air indifférent, mais mes yeux courent dans tous les sens. Cette élégante en tailleur peut-être ? Non elle à une valise. La petite noirette qui avance d'un pas militaire son sac coincé sous le bras ? Non, je ne la sens pas. D'ailleurs elle me dépasse déjà sans même me remarquer. Cinq secondes trépassent qui me paraissent dix minutes. Puis une voix dans la cohue...

-         Bob ?

Taratataaaaa ! Le grand mystère d' internet. Elle est là devant moi et je vous jure sur tout ce que j'ai de plus cher, que je ne l'aurais jamais reconnue ! Elle ne ressemble à rien de ce que je phantasmais. Un tout petit peu l' AnaIs de la bande dessinée quand même, mais en plus... en plus... en plus normale.

Mais bon sang Bob,  qu' est-ce qu'est-ce que tu espérais ?  De la musique comme dans un film glamour ? Une rencontre tournée au ralenti avec les cheveux qui flottent très lentement dans le vent ? D'abord y'a pas de vent et dans mon cas, plus beaucoup de tifs ?

Je suis sonné , quelques secondes. Le temps de réaliser que la petite bonne femme qui descend l'escalator derrière moi et papote déjà avec ma chérie est une gonzesse normale. Vous vous rendez compte ! Normale de chez normale. Brune, plutôt jolie, avec deux pieds, deux jambes et une tête comme la mienne, la vôtre sans doute :  Incroyablement passe-partout.

Ah si quand même ! Les yeux qui pétillent... là je ne m'étais pas trompé.

Et dire, je pense à ça à l' instant même où j'écris ces lignes, qu'elle a peut-être pensé exactement la même chose de moi. Car pour être tout à fait sincère, la « légende » dont elle parle avec emphase dans son dernier article ressemble plus à Bourvil que Georges Clooney. Mais bon...

La suite...  c'est comme elle vous l'a décrit. Rien que du bonheur.

Dodo et son mari Dominique habitent une maison de hobbits, avec un jardin de curé plein de roses de guêpes et de papillons. Le soleil s'est arrêté dessus et l'air semble vibrer d'été. La table est déjà dressée sur la terrasse, avec des chips et des tas de verres prometteurs. Le temps de prendre place, l'auteur des petits contes cruels s'amène avec un plateau chargé de petites tomates fourrées aux crevettes, tandis que son mari, journaliste télé, comédien, écrivain, présentateur etc... ( la liste de ses titres est trop longue ) suit avec un alcool maison à 38° qui porte le nom de leur quartier, le coin du balai.

Puis suivent les barbecues, le lard, la salade, les vins blanc... et un bavardage pas possible comme seuls de vieux potes et de vieilles amies peuvent avoir. C'est-à-dire qu'on parle de tout, de rien, on saute du coq à l'âne et même de l'âne au coq et on se rend compte  soudain que le soir commence à tomber et qu'on est là depuis des heures et que le temps a passé comme l'aile d'un ange qui frôle un nuage. Bref, on sent qu'on est bien, qu'on se comprend, qu'on parle la même langue et que... mais oui... qu'on s'aime un peu.

Voila la vérité vraie. Tout le reste est faux. Anaïs ou Nana est la plus chouette copine que vous rêveriez d'avoir et si de grands bruns aux yeux langoureux lisent ce blog à l'instant, je leur conseille de lui envoyer un mail fissa fissa.

Bon, pas sur qu'elle réponde. Mais là, ça ne me regarde plus. A chacun ses oignons.



 

19
aoû

J’ai rencontré Bob (and co)

Vous connaissez la chanson « j’ai rencontré Saint-Nicolas » ?  Je me demande si c’est pas une chanson de Karin et Rebecca.  Vérification sur le net.  Bingooooooooooo.  Et je vous ai même retrouvé la chanson, à écouter absolument, ça rappellera des souvenirs à ceusses de ma génération déjà antique.

Revenons à nos moutons, savoir à cette rencontre que j’ai faite il y a quelques jours : pas Saint-Nicolas, mais presque, car j’ai rencontré Bob.  Oui, vous lisez bien.  Bob.  Bob Boutique.  Bobichou.  Celui qui vous dessine chaque quinzaine une petite planche de BD.  Mais également celui qui écrit (Contes Bizarres).  Qui joue du triangle (et autres instruments).  Qui raconte des histoires.  Bob.

Une légende.

Et avec lui, Dominique.  Dominique Leruth.  Qui écrit également, je vous ai déjà parlé (Petits contes cruels pour mal dormir). 

Et puis les chers et tendres de chacun.  Of course.

Rendez-vous était fixé à Bruxelles.  Me vlà donc encore dans le train.  Ça devient une habitude presque hebdomadaire depuis début juin, je dois dire.  Je pourrais d’ailleurs à chaque fois en raconter des tonnes sur ce que je vois et ce que j’entends dans ces trains, de quoi faire un roman… Peut-être, sans doute, un roman de gare (warf warf, keske je suis spirituelle des fois), mais en tout cas un roman fait de tous ces gens, de toutes ces vies, que j’y croise.  Des vies qui puent.  Des vies qui rient.  Des vies qui dorment.  Des vies qui se racontent bruyamment.  Des vies qui oublient.  Des vies. 

Et au milieu de ces vies, moi.  Qui n’en mène pas large, à l’idée de rencontrer Bob.  Et les autres, dont je sais si peu.  Pour ainsi dire rien.  Mais surtout Bob.  Passque c’est un personnage, Bob.  Un vrai de vrai.  Alors j’appréhende.  Et je lis pour oublier que j’appréhende.  Je lis sans rien lire, parcourant les lignes, tournant les pages, sans rien voir, sans rien assimiler. 

Le trajet est long.  La gare est enfin annoncée, le train y pénètre au ralenti et je surveille le quai, à la recherche de Bob.  Je repère, durant une fraction de seconde, une superbe femme, gracieuse et souriante.  Et à ses côtés, ben un homme.  Enfin, Bob.  Ils ne m’ont pas vue, et pour cause, ils ne pourraient me reconnaître, puisqu’aucune photo de moi n’est disponible nulle part, vous le savez. 

Je descends du train et je les rejoins, puis nous nous rendons chez Dominique.  Un petit coin de paradis en plein Bruxelles.  Que vous révéler de ces quelques heures passées tous ensemble ? Juste un résumé, en quelques mots, dans le désordre : des fleurs, du soleil, une jolie table, des crevettes grises en mon honneur mmmmmmmmh (ceux qui ont lu « la célib’attitude » comprendront), des brochettes re-mmmmhhhh, un apéritif encore mmmmmmh, des rires, des discussions animées, des projets littéraires, un chat qui passe, Bob qui m’appelle Nana, comme à l’accoutumée, un clafoutis aux framboises à tomber par terre, encore des rires, un peu de pluie qui mouille, un parasol qui veut s’évader, des souvenirs tendres ou drôles échangés, quelques sujets de billets, un bruit d’eau en guise de musique, et une rencontre qui se prolonge tout l’après-midi, puis la soirée, jusqu’au retour à la gare, où m’attend le train du retour.  Ma compagnie : un couple de zamoureux, un homme seul qui oublie de descendre à Ottignies et se retrouve à Namur, au milieu de quinze jurons, et une jolie jeune fille à lourde valise mauve qui m’empêchera de tendre les jambes durant tout le trajet, méchante valise mauve.

Voilà une journée qui fut fabuleuse.  Des rencontres qui furent fabuleuses.  Des personnes tout simplement fabuleuses.  Mais n’allez pas le leur répéter, ils risqueraient de me faire subir les pires représailles.

Voilà ce qu’est un blog.  Du texte, des commentaires, des projets, et puis des rencontres, toutes plus sympas les unes que les autres.  Que demander de plus ?  Que du bonheur !

8
aoû

Gros dodooooooooooooo

Les petits amis, j'ai vécu une journée à la fois géniale et terrifiante.  Ah si, terrifiante.  Mais je n'ai pas l'énergie de vous la raconter en ce jeudi soir... donc ça sera pour un peu plus tard, et ze vous prie d'esscuser ce manque de lecture en ce vendredi matin, je tenterai de vous conter comment j'ai failli mourir trois fois en une après-midi dès que j'ai un peu de temps demain.  Là il est 20h36 et mon lit m'appelle.  Je sais, je deviens une grand-mère dans l'âme...

Patience donc, et vous saurez tout (teasing teasing).

(En attendant, je vous mets une petite info sympa + un dessin à 11h15, je sais, je suis gentille comme un coeur de beurre ou de Belin).

7
aoû

La mer, qu’on voit danser… (part 3)

… et enfin la gare, où nous attend déjà le train.  Malgré la foule, nous trouvons deux places presqu’au même endroit.  L’une en face de l’autre, en oblique.  Impossible cependant de jouer à Uno.  Fort heureusement, nous avons fait une longue partie sur la plage, durant laquelle je n’ai fait que perdre, jusqu’au moment où j’ai fait ma tête de cochon et me suis écriée « si je ne gagne pas cette partie, je te préviens, je ne joue plus jamais ».  Etrangement, j’ai gagné.  Je vous le dis clair et net : elle triche, cette enfant.

Pour passer le temps, je lis.  Et j’observe.  Un jeune homme à voix de vieille femme.  Ça doit être une grosse grosse mue.  Un bébé hurle dans le lointain.  Je bénis le ciel d’avoir bien choisi les places.  Je bénis également le ciel de ne pas revoir nos cinq germanophones intoxiquées au vin rouge de ce matin. 

22 vlà le contrôleur, et le stress s’amplifie : va-t-il exiger une preuve de l’âge de ma filleule ?  Pour l’amadouer, et vu que nous sommes en Flandre, je décide de lui parler en néerlandais.  J’émets un vague « goeiedag », suivi d’un « dank U » soulagé lorsqu’il me rend le ticket.  Alléluia.  Presque sauvées.  J’adore la SNCB.

Quelques places se libèrent, dont celle à côté de moi.  Le temps que ma filleule pèse le pour et le contre d’un changement de siège, un grand brun ténébreux s’assied à mes côtés.  La petite se précipite alors pour tenter un échange de place, et émet un timide « je peux m’asseoir là et vous là ? »  Le brun ténébreux la toise d’un air aussi mesquin qu’un renard face à une poule qui sent sa dernière heure venue et lui désigne d’un doigt ferme sa bouteille d’Ice tea qu’elle a laissée sur le siège.  Pas un sourire.  Rien.  Un brun ténébreux d’une antipathie rare, à qui je lance des regards que j’essaie de rendre hautains moi aussi.  Ah si j’avais une poupée vaudou, là, de suite.  En désespoir de cause, je tente la raillerie et je m’adresse à ma filleule « tu vois, le monsieur il est très fâché ».  Il ne bronche pas.  Sombre con, comme le dit si bien Rose.  Puisse Saint-Nicolas se venger le 5 décembre sur cet homme qui a tout oublié de l’enfance, tchu.

A Bruges, débarque la famille fleurs : Maman et ses deux enfants, fille et garçon.  Ils ont dû passer la journée à fabriquer des fleurs, qu’ils brandissent joyeusement.  La famille fleur va jusque Liège.  Mais gaminou fleur n’a pas conscience du temps, alors, à chaque arrêt, il interroge Maman fleur « on descend ici ».  « Non ».  « On descend ici ? » « Non »  « On descend ici ? » Nooon ».  Elle garde le sourire, Maman fleur.  Ça me rappelle les Schtroumpfs : c’est encore loin ?  Non, plus maintenant.  C’est encore loin ?  Non, plus maintenant.  C’est encore loin.  (Exaspéré) Ouiii, très loin ! 

A l’approche de ma gare, un pignon m’offre un énorme « I love NAM », avec un gros cœur en guise de « love ».  Choli comme tout.  NAM pour Namur ?  Je l’ignore, mais je l’espère.  Moi aussi I love NAM. 

Le trajet de retour nous semble long, et l’arrivée à Namur nous réjouit le cœur.  Il pleut.  Nous rentrons donc en vitesse nous changer pour terminer ensuite la soirée dans un resto italien. 

L’heure du départ est proche, comme disait Saint-Ex.  Bisou bisou, à bientôt à bientôt, merci merci, bonne nuit bonne nuit.

Je regagne mon petit lit, je regarde la TV, je songe à cette chouette journée, j’ai mal partout, ça courbature ferme, de stagner cinq heures dans un train.  Mais chuis contente.

J’ai revu la mer.

Enfin.

Et une photo de Nuages, que je remercie.

ostende

5
aoû

La mer, qu’on voit danser… (part 2)

Ostende.  Son port, ses bateaux, son casino, sa mer, ses mouettes, ses touristes et son Mac Do.  La meeeeeeeeeeer, nous voilààààààààà !

Rien que de savoir que j’y suis, je me sens bien.  Trop contente de la revoir, la mer.  Passque l’an dernier, je l’ai pas vue.  Et si ça tombe l’année d’avant non plus.  Je crois que la dernière fois que j’ai vu la mer c’est en mai 2006, soit avant la création de ce blog.  Je sais, c’est pas raisonnable.

Nous longeons d’abord le port, où le Mercator semble avoir disparu.  Bizarre autant qu’étrange.  Tout ex-enfant belge qui se respecte connaît d’abord Ostende via son Mercator et son horloge en fleurs, non ?  Enfin, chais pas, mais moi c’est ce à quoi me fait penser Ostende.  Alors si y’a plus de Mercator… ben c’est bête. Soit.

Nous continuons notre route vers la plage via le marché aux poissons et aux plats de crustacés et de faux morceaux de crabe qui ne viennent pas du crabe.  C’est ça le progrès ma bonne dame, des morceaux de surimi à forme de crabe, à couleur de crabe, mais sans la moindre molécule de crabe, comme le Canada Dry.

Derrière une boutique de poissons, des dizaines de mouettes et de goélands (jamais su faire la différence) se disputent des morceaux de poissons énormes, qu’il aurait fallu couper au préalable.  Trop peu de morceaux pour trop de volatiles.  Et impossible pour eux de s’envoler avec le poisson.  Alors ça crie et ça râle ferme.  Je me croirais au bureau lors des grosses crises et des disputes mémorables.  Nous observons un long moment les bestiaux qui crient, mortes de rire.  J’adore les mouettes.  Et les goélands.  Enfin les unes ou les autres.  C’est beau.  C’est rond (ah ben oui, pour un oiseau, c’est plutôt rond non ?).  C’est majestueux.  Et ça fait penser à la mer.  Et puis j’ai lu et écouté et vu Jonathan Livingston le goéland.  Alors j’aime.

Nous cherchons un endroit où manger, passque l’hypoglycémie est proche.  Apercevant un Mac Do, je propose de nous y sustenter en vitesse avant de regagner, enfin, la plage.  Adjugé.  Deux portions de frites, un hamburger poivré, un Fanta et six nuggets de poulet plus tard, sus au sable pour moi et au cuistax pour ma filleule.  Le cuistax était en effet pour elle le but ultime de cette virée à la mer.  J’ai proposé d’en prendre un pour deux.  Elle a proposé d’en prendre deux pour deux.  J’ai proposé d’en prendre un pour une, et d’aller, en l’attendant, glander sur le sable.  Adjugé. 

Je m’installe donc sur mon essuie, au pied de la banane, notre repère.  Et je me gave de la vue sur mer.  Et sur population.  Un couple d’amoureux très enrobés, que je surnomme pastèques.  Trois amis mâles, grands et fins, que je surnomme asperges.  Phase fruits/légumes, je sais.  Une famille nombreuse profite du moment présent.  Euh, je les surnomme… salade de fruits.  Quelques parasols, quelques pare-vent, beaucoup de demi-tentes genre igloo, protègent les carpettes humaines affalées sur le sable.  Une fillette entièrement nue joue.  Elle rit.  Transporte du sable dans sa petite pelle.  Le dépose ailleurs.  Et rit encore.  Je ris de la voir s’amuser, petite chose potelée qu’elle est encore.  Elle profite de la vie, sans songer à rien d’autre.  Un cerf-volant ondule dans le ciel, telle une grosse méduse.  Le soleil se fait timide mais le vent est léger.  J’ai bon.  Le moment est parfait.  Je me retourne et vois ma filleule qui passe et me fait un signe.  Parfait, je vous dis.

Je me lance ensuite dans la contemplation de la mer.  Infinie.  C’est extraordinaire, non, cette infinité ?  Je songe à l’époque où l’on ignorait que la terre était ronde, ou toutes les hypothèses étaient émises pour imaginer ce qu’il pouvait bien y avoir, là-bas, au bout de l’océan, où la terre était vue comme plate, comme une galette se terminant d’un coup d’un seul.

Une galette…  Tiens, j’ai faim.  Et un petit biscuit, un.  Je ne lis pas.  Je ne dors pas.  Je veux profiter de chaque instant.  La regarder.  M’en imprégner. 

La fillette nue repasse, une grosse grappe de raisins verts dans sa petite main.  Elle se met ensuite à chasser le coquillage.

Après une demi-heure à scruter le va-et-vient des vagues, je m’affale enfin, et je lis.  Moment divin.  Livre divin.  Température divine.  Calme divin.

Seul bémol : outre cette séance d’observation, j’imagine le pire durant la virée cuistax de la petiote : accident avec morceaux de corps dispersés sur la digue, enlèvement par un pédophile ostendais amateur de fillettes de 11 ans, abandon de l’engin à pédales suivi de son vol et d’une énoooorme amende pour moi, tache de gras sur nouveau jean.  Mais elle revient entière, non kidnappée, non tachée, et munie de son cuistax, que nous ramenons à bon port.

Nous regagnons ensuite notre emplacement sur la plage, pour une séance d’observation de pieds.  Les miens, grands, maigres, terminés d’orteils longs et poilus.  Les siens, ridés.  Elle a les pieds ridés, c’est elle qui le dit.  Son nouveau surnom, made by Anaïs : pieds de Shar Pei.   Séance photo de nos pieds, de nos têtes, de nous.  Une photo de moi est réussie.  Alléluia.  Sans doute car on ne me voit qu’à moitié, mais je l’aime bien cette photo de moi.  Les photos d’elle sont toutes parfaites.  Nous rions, nous jouons avec l’appareil photo, nous mangeons. 

Tiens, il pleut.  Quelques gouttes à peine.  Signal du départ.  Ça tombe bien, il est temps pour nous de regagner la gare, ce que nous faisons par la mer, pieds dans l’eau, coupés par des centaines de bouts de coquillages.  Argh, keske chuis douillette.  L’eau est agréable, presque tiède, du moins sur les pieds, car m’y glisser toute entière, pas pour tout l’or du monde. 

Petite pause pour essuyer nos jambes trempées et nos pieds ensablés.  Deux amies, au loin, se sont protégées par une bâche vert pomme.  Il pleut un tantinet plus maintenant.  Il est vraiment temps de rentrer.  Sur le chemin du retour, les mouettes sont toujours là, attendant les prochains morceaux de poisson.  Puis l’absence de Mercator.  Et enfin la gare, où nous attend déjà le train.

Suite du récit… jeudi, même heure.

(Deux photos issues de nos petits délires)

mer

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