8
aoû

Gros dodooooooooooooo

Les petits amis, j'ai vécu une journée à la fois géniale et terrifiante.  Ah si, terrifiante.  Mais je n'ai pas l'énergie de vous la raconter en ce jeudi soir... donc ça sera pour un peu plus tard, et ze vous prie d'esscuser ce manque de lecture en ce vendredi matin, je tenterai de vous conter comment j'ai failli mourir trois fois en une après-midi dès que j'ai un peu de temps demain.  Là il est 20h36 et mon lit m'appelle.  Je sais, je deviens une grand-mère dans l'âme...

Patience donc, et vous saurez tout (teasing teasing).

(En attendant, je vous mets une petite info sympa + un dessin à 11h15, je sais, je suis gentille comme un coeur de beurre ou de Belin).

7
aoû

La mer, qu’on voit danser… (part 3)

… et enfin la gare, où nous attend déjà le train.  Malgré la foule, nous trouvons deux places presqu’au même endroit.  L’une en face de l’autre, en oblique.  Impossible cependant de jouer à Uno.  Fort heureusement, nous avons fait une longue partie sur la plage, durant laquelle je n’ai fait que perdre, jusqu’au moment où j’ai fait ma tête de cochon et me suis écriée « si je ne gagne pas cette partie, je te préviens, je ne joue plus jamais ».  Etrangement, j’ai gagné.  Je vous le dis clair et net : elle triche, cette enfant.

Pour passer le temps, je lis.  Et j’observe.  Un jeune homme à voix de vieille femme.  Ça doit être une grosse grosse mue.  Un bébé hurle dans le lointain.  Je bénis le ciel d’avoir bien choisi les places.  Je bénis également le ciel de ne pas revoir nos cinq germanophones intoxiquées au vin rouge de ce matin. 

22 vlà le contrôleur, et le stress s’amplifie : va-t-il exiger une preuve de l’âge de ma filleule ?  Pour l’amadouer, et vu que nous sommes en Flandre, je décide de lui parler en néerlandais.  J’émets un vague « goeiedag », suivi d’un « dank U » soulagé lorsqu’il me rend le ticket.  Alléluia.  Presque sauvées.  J’adore la SNCB.

Quelques places se libèrent, dont celle à côté de moi.  Le temps que ma filleule pèse le pour et le contre d’un changement de siège, un grand brun ténébreux s’assied à mes côtés.  La petite se précipite alors pour tenter un échange de place, et émet un timide « je peux m’asseoir là et vous là ? »  Le brun ténébreux la toise d’un air aussi mesquin qu’un renard face à une poule qui sent sa dernière heure venue et lui désigne d’un doigt ferme sa bouteille d’Ice tea qu’elle a laissée sur le siège.  Pas un sourire.  Rien.  Un brun ténébreux d’une antipathie rare, à qui je lance des regards que j’essaie de rendre hautains moi aussi.  Ah si j’avais une poupée vaudou, là, de suite.  En désespoir de cause, je tente la raillerie et je m’adresse à ma filleule « tu vois, le monsieur il est très fâché ».  Il ne bronche pas.  Sombre con, comme le dit si bien Rose.  Puisse Saint-Nicolas se venger le 5 décembre sur cet homme qui a tout oublié de l’enfance, tchu.

A Bruges, débarque la famille fleurs : Maman et ses deux enfants, fille et garçon.  Ils ont dû passer la journée à fabriquer des fleurs, qu’ils brandissent joyeusement.  La famille fleur va jusque Liège.  Mais gaminou fleur n’a pas conscience du temps, alors, à chaque arrêt, il interroge Maman fleur « on descend ici ».  « Non ».  « On descend ici ? » « Non »  « On descend ici ? » Nooon ».  Elle garde le sourire, Maman fleur.  Ça me rappelle les Schtroumpfs : c’est encore loin ?  Non, plus maintenant.  C’est encore loin ?  Non, plus maintenant.  C’est encore loin.  (Exaspéré) Ouiii, très loin ! 

A l’approche de ma gare, un pignon m’offre un énorme « I love NAM », avec un gros cœur en guise de « love ».  Choli comme tout.  NAM pour Namur ?  Je l’ignore, mais je l’espère.  Moi aussi I love NAM. 

Le trajet de retour nous semble long, et l’arrivée à Namur nous réjouit le cœur.  Il pleut.  Nous rentrons donc en vitesse nous changer pour terminer ensuite la soirée dans un resto italien. 

L’heure du départ est proche, comme disait Saint-Ex.  Bisou bisou, à bientôt à bientôt, merci merci, bonne nuit bonne nuit.

Je regagne mon petit lit, je regarde la TV, je songe à cette chouette journée, j’ai mal partout, ça courbature ferme, de stagner cinq heures dans un train.  Mais chuis contente.

J’ai revu la mer.

Enfin.

Et une photo de Nuages, que je remercie.

ostende

5
aoû

La mer, qu’on voit danser… (part 2)

Ostende.  Son port, ses bateaux, son casino, sa mer, ses mouettes, ses touristes et son Mac Do.  La meeeeeeeeeeer, nous voilààààààààà !

Rien que de savoir que j’y suis, je me sens bien.  Trop contente de la revoir, la mer.  Passque l’an dernier, je l’ai pas vue.  Et si ça tombe l’année d’avant non plus.  Je crois que la dernière fois que j’ai vu la mer c’est en mai 2006, soit avant la création de ce blog.  Je sais, c’est pas raisonnable.

Nous longeons d’abord le port, où le Mercator semble avoir disparu.  Bizarre autant qu’étrange.  Tout ex-enfant belge qui se respecte connaît d’abord Ostende via son Mercator et son horloge en fleurs, non ?  Enfin, chais pas, mais moi c’est ce à quoi me fait penser Ostende.  Alors si y’a plus de Mercator… ben c’est bête. Soit.

Nous continuons notre route vers la plage via le marché aux poissons et aux plats de crustacés et de faux morceaux de crabe qui ne viennent pas du crabe.  C’est ça le progrès ma bonne dame, des morceaux de surimi à forme de crabe, à couleur de crabe, mais sans la moindre molécule de crabe, comme le Canada Dry.

Derrière une boutique de poissons, des dizaines de mouettes et de goélands (jamais su faire la différence) se disputent des morceaux de poissons énormes, qu’il aurait fallu couper au préalable.  Trop peu de morceaux pour trop de volatiles.  Et impossible pour eux de s’envoler avec le poisson.  Alors ça crie et ça râle ferme.  Je me croirais au bureau lors des grosses crises et des disputes mémorables.  Nous observons un long moment les bestiaux qui crient, mortes de rire.  J’adore les mouettes.  Et les goélands.  Enfin les unes ou les autres.  C’est beau.  C’est rond (ah ben oui, pour un oiseau, c’est plutôt rond non ?).  C’est majestueux.  Et ça fait penser à la mer.  Et puis j’ai lu et écouté et vu Jonathan Livingston le goéland.  Alors j’aime.

Nous cherchons un endroit où manger, passque l’hypoglycémie est proche.  Apercevant un Mac Do, je propose de nous y sustenter en vitesse avant de regagner, enfin, la plage.  Adjugé.  Deux portions de frites, un hamburger poivré, un Fanta et six nuggets de poulet plus tard, sus au sable pour moi et au cuistax pour ma filleule.  Le cuistax était en effet pour elle le but ultime de cette virée à la mer.  J’ai proposé d’en prendre un pour deux.  Elle a proposé d’en prendre deux pour deux.  J’ai proposé d’en prendre un pour une, et d’aller, en l’attendant, glander sur le sable.  Adjugé. 

Je m’installe donc sur mon essuie, au pied de la banane, notre repère.  Et je me gave de la vue sur mer.  Et sur population.  Un couple d’amoureux très enrobés, que je surnomme pastèques.  Trois amis mâles, grands et fins, que je surnomme asperges.  Phase fruits/légumes, je sais.  Une famille nombreuse profite du moment présent.  Euh, je les surnomme… salade de fruits.  Quelques parasols, quelques pare-vent, beaucoup de demi-tentes genre igloo, protègent les carpettes humaines affalées sur le sable.  Une fillette entièrement nue joue.  Elle rit.  Transporte du sable dans sa petite pelle.  Le dépose ailleurs.  Et rit encore.  Je ris de la voir s’amuser, petite chose potelée qu’elle est encore.  Elle profite de la vie, sans songer à rien d’autre.  Un cerf-volant ondule dans le ciel, telle une grosse méduse.  Le soleil se fait timide mais le vent est léger.  J’ai bon.  Le moment est parfait.  Je me retourne et vois ma filleule qui passe et me fait un signe.  Parfait, je vous dis.

Je me lance ensuite dans la contemplation de la mer.  Infinie.  C’est extraordinaire, non, cette infinité ?  Je songe à l’époque où l’on ignorait que la terre était ronde, ou toutes les hypothèses étaient émises pour imaginer ce qu’il pouvait bien y avoir, là-bas, au bout de l’océan, où la terre était vue comme plate, comme une galette se terminant d’un coup d’un seul.

Une galette…  Tiens, j’ai faim.  Et un petit biscuit, un.  Je ne lis pas.  Je ne dors pas.  Je veux profiter de chaque instant.  La regarder.  M’en imprégner. 

La fillette nue repasse, une grosse grappe de raisins verts dans sa petite main.  Elle se met ensuite à chasser le coquillage.

Après une demi-heure à scruter le va-et-vient des vagues, je m’affale enfin, et je lis.  Moment divin.  Livre divin.  Température divine.  Calme divin.

Seul bémol : outre cette séance d’observation, j’imagine le pire durant la virée cuistax de la petiote : accident avec morceaux de corps dispersés sur la digue, enlèvement par un pédophile ostendais amateur de fillettes de 11 ans, abandon de l’engin à pédales suivi de son vol et d’une énoooorme amende pour moi, tache de gras sur nouveau jean.  Mais elle revient entière, non kidnappée, non tachée, et munie de son cuistax, que nous ramenons à bon port.

Nous regagnons ensuite notre emplacement sur la plage, pour une séance d’observation de pieds.  Les miens, grands, maigres, terminés d’orteils longs et poilus.  Les siens, ridés.  Elle a les pieds ridés, c’est elle qui le dit.  Son nouveau surnom, made by Anaïs : pieds de Shar Pei.   Séance photo de nos pieds, de nos têtes, de nous.  Une photo de moi est réussie.  Alléluia.  Sans doute car on ne me voit qu’à moitié, mais je l’aime bien cette photo de moi.  Les photos d’elle sont toutes parfaites.  Nous rions, nous jouons avec l’appareil photo, nous mangeons. 

Tiens, il pleut.  Quelques gouttes à peine.  Signal du départ.  Ça tombe bien, il est temps pour nous de regagner la gare, ce que nous faisons par la mer, pieds dans l’eau, coupés par des centaines de bouts de coquillages.  Argh, keske chuis douillette.  L’eau est agréable, presque tiède, du moins sur les pieds, car m’y glisser toute entière, pas pour tout l’or du monde. 

Petite pause pour essuyer nos jambes trempées et nos pieds ensablés.  Deux amies, au loin, se sont protégées par une bâche vert pomme.  Il pleut un tantinet plus maintenant.  Il est vraiment temps de rentrer.  Sur le chemin du retour, les mouettes sont toujours là, attendant les prochains morceaux de poisson.  Puis l’absence de Mercator.  Et enfin la gare, où nous attend déjà le train.

Suite du récit… jeudi, même heure.

(Deux photos issues de nos petits délires)

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4
aoû

Drôle de nuit…

J’ai une sale manie depuis plusieurs semaines : m’endormir avec la TV.  Je mets la « minuterie » sur 30 minutes, et je m’endors au son de Grey’s Anatomy, de confessions intimes ou autre bêtise du genre.  Je sais, c’est nul, c’est mauvais pour la santé, ça tue les rares neurones encore en forme et ça abrutit ma cervelle.

Donc j’ai décidé de me sevrer, et depuis deux nuits, terminado la fiesta : je coupe la TV, j’éteins la lumière et je tente de m’endormir comme un bébé docile, dans le noir et le silence absolument absolu.

Par ailleurs, j’ai lavé mon oreiller en plumes, la semaine dernière.  Il est sorti de la machine à laver gorgé d’eau, à tel point que je lui ai offert deux essorages « linge pas délicat » supplémentaires, en vain.  Je l’ai ensuite mis au soleil afin de le sécher plus vite.  En vain.  Une semaine après lavage, il est toujours humide.  Mais le pire n’est pas là.  Le pire, c’est qu’il pue.  Il pue la rage.  Il pue la vieille poule mouillée, au sens premier du terme.  Il pue tellement que je n’ai pu le laisser dans le living, même à l’opposé de mon canapé, tant l’odeur est insoutenable.  Je l’ai donc mis dehors, en attendant de statuer sur son sort.

Vous me direz, quel rapport entre mon sevrage-TV et mon oreiller ?  Patience, j’y viens.

Hier donc, oreiller dehors, moi dans mon lit douillet, en train de regarder la nouvelle série de RTL, Army Wives (que je vous conseille, chuis déjà accro, pour ma part).  Soudain, j’aperçois une fusée blanche à travers ma tenture à demi fermée.   Enfin un gros pétard quoi.  Je m’étonne : un feu d’artifice un 3 août, keskispasànamur ???  Autre fusée blanche, puis troisième, puis quatrième.  Je ne me lève pas pour regarder.  Je me concentre sur mon feuilleton, rageant tout de même sur l’absurdité d’un feu d’artifice si peu de temps après celui du 21 juillet.  Mais soit.  En plus, il semble que les fusées soient toutes blanches.  Même pas original, ce feu d’artifice.  D’une fadeur.  Et bruyant.  Tellement bruyant qu’on dirait… un orage.   Et la pièce tombe enfin dans ma cervelle déneuronée : c’est un orach’, nin un feu d’artifiss’.  Pfff, blonde.  Un orage éloigné, mais un orage tout de même.

Après cette mésaventure passionnante, et qui méritait bien un billet, vous en conviendrez, je décide de faire dodo, et, forte de mes bonnes résolutions, je me love sous ma couette, dans le calme intégral.  Et je m’endors de suite.  Bingo.

Je suis réveillée en sursaut, peu après, par un bruit assourdissant.  Un bruit effrayant.  Un bruit de fin du monde.  D’abord horrifiée, après quelques secondes d’hébétude, je réalise le drame : il pleut.  Oh, ne riez pas, pas une petite pluie fine d’été, pas un chtit crachin d’automne, mais une drache nationale, des trombes d’eau qui se déversent sur ma moustiquaire et ma terrasse.  Impossible de dormir avec un tel bruit.  Mais impossible de me lever pour fermer la fenêtre.  Pas suffisamment réveillée pour agir.  Mais pas suffisamment somnolente pour m’endormir.  Et ça dure, ça dure, ça dure.  Jusqu’à ce que je réalise que ce que j’imaginais comme un événement dramatique et perturbateur de nuit n’est rien à côté de ce que je réalise ensuite, qui, là, est dramatique (cette phrase est mal torchée, je sais) : j’ai laissé mon oreiller sur la terrasse.  Mon oreiller encore mouillé qui pue la vieille poule, souvenez-vous.  (vous voyez qu’il a bel et bien une raison d’être présent dans ce billet, ce pauvre oreiller).  Ma nuit est gâchée.  Il n’est que minuit.  Il va encore pleuvoir des dizaines de minutes.  Et je n’aurai de cesse de songer à mon pauvre oreiller.  C’est pas une vie pour un oreiller ça.  D’autant que je vois mal comment le réhabiliter, vu l’odeur qui n’a pas été lavée par la pluie, croyez-moi…  Si vous avez des idées pour sauver un pauvre oreiller puant encore tout détrempé… je suis preneuse.

4
aoû

La mer, qu’on voit danser… (part 1)

Me vlà donc à nouveau partie en train, grâce aux services extraordinaires de la èsseènesébé, cette fois vers la côte belge une fois.  Ostende.  Ville parfaite pour aller sur le sable en cas de soleil et manger des gauf’/faire du shopping en cas de pluie.

Je suis heureuse comme une gamine un premier jour de vacances : je vais revoir la mer.  En compagnie de ma chtite filleule, 11 ans au compteur cette année.  Nan, je le jure, elle n’a subi aucune pression pour aller à la mer, je lui ai proposé plusieurs choses (citadelle, Bruxelles, bateau, mer, glandouille…), mais rien ne semblait l’intéresser, à part la mer, passque cet enfant est, via une mutation extraordinaire, passée, en quelques semaines à peine, de « gamine qui aime Diddle, les Walt Disney, le rose, donner la main à sa marraine et le happy meal » à « jeune ado qui aime les mangas, les comédies romantiques, les bijoux, prendre des poses langoureuses de petite femme et le big méga menu de la mort qui tue ».  En plus, elle est d’une beauté fatale, avec son teint mat et ses cheveux lisses et d’une minceur encore plus fatale, ce qui me fait ressembler, à ses côtés, à une grosse baleine blanchâtre, ridée et bouclée comme un caniche.  Je comprends maintenant ce que ressentent les mères à l’approche de la quarantaine, face à leurs filles soudainement transformées en adolescentes-lolitas. 

Un coup de vieux.  J’ai un sacré coup de vieux.  Et je la revois, d’un coup, à quelques mois,  régurgitant joyeusement sa panade sur mon chemisier de soie, braillant comme un veau qui vient de naître, me regardant de ses grands yeux, prononçant pour la première fois « marraine » dans sa poussette.  Argh.  J’ai un réel coup de vieux.  Bientôt elle sera grande et ne voudra plus parler à sa vieille grosse marraine ringarde.

J’ai un vraiment très gros très réel coup de vieux.

Bon.

Faut se ressaisir ma vieille qu’a un coup de vieux.  Retour à notre planning…

Nous partons donc à la mer, munies de quinze litres d’ice tea pêche, de trois kilos de biscuits, d’un chapeau de bobonne pour moi, d’une casquette glamour pour elle, de crème solaire, du jeu Uno, d’un appareil photo pour tout immortaliser, d’un grand essuie pour lézarder, de pulls pour grelotter, d’un livre pour elle, d’un livre pour moi, et de sa DS pour passer le temps.  Une véritable expédition. 

A la gare, le soleil est au rendez-vous.  J’achète nos tickets.  En réalité, mon ticket, passque les enfants de moins de douze ans voyagent gratos, sauf que je ne sais prouver qu’elle n’a pas douze ans, car elle n’a pas ses papiers sur elle.  Le vendeur de tickets, genre d’ogre édenté, me fait savoir que ce sera en fonction de l’humeur du contrôleur (enfin on dit « accompagnateur », mais l’ogre a bel et bien dit « contrôleur »).  Etant donné que nous ferons un changement à Bruxelles et que l’aller-retour durera près de cinq heures, cela me fera donc cinq heures à angoisser et quatre pics de stress à surmonter.  Vive les vacances.

Sur le quai, le soleil est encore au rendez-vous et la journée promet d’être belle.  Elle commence en musique.  Un concert de rap donné d’une voiture.  Les morceaux se suivent et se ressemblent.  J’interroge ma filleule : « tu aimes ? »  Elle aime.  Je vous le disais, transformation radicale.

Dans le train, nouveau concert, bien différent.  Du Brel.  Les vieux.  Une chanson que j’adore, mais dans ce cas, la cacophonie est totale et insupportable, un groupe de passagères adolescentes se croyant à la Star Ac.  Je hais les ados.  Y a-t-il une potion magique afin que ma filleule ne devienne jamais ado, par pitié ?  A nos côtés, une jeune femme raconte sa vie et celle de sa meilleure amie par GSM « je suis crevée, me suis couchée à 2h, levée à 6h30, non j’étais pas bourrée, j’ai juste trop fumé, tiens au fait c’est fini entre eux deux, il l’a demandée en mariage et depuis c’est fini ».  De l’autre côté, un couple d’amoureux se regarde dans le blanc de l’œil.  Il passe sa main sur son visage, tellement tendrement que j’en ai des frissons.  Derrière nous, un trentenaire complètement bourré, à la lèvre inférieure qui frôle le sol, fait d’incessants va-et-vient vers les toilettes, dispersant sur son passage des effluves répugnantes. 

Le train, déjà un goût de voyage.

22, vlà le contrôleur.  Sourire enjôleur.  Bonjour séducteur.  Merci charmeur.  Ça passe comme une lettre à la poste. 

Bruxelles.

Attente du second train.  Dix minutes.  Dix minutes durant lesquelles une employée n’aura de cesse d’annoncer des changements de voies au micro, dans les deux langues, à la vitesse d’un concorde.  Incompréhensible.  Elle va faire une crise d’apoplexie, la pauvre.  Et nous sommes mortes de rire 

Second train.  Il y a foule.  Impossible de nous asseoir l’une à côté de l’autre.  Je case la petite-plus-si-petite d’un côté, moi de l’autre.  Nous voilà entourées de cinq allemandes, ou à tout le moins de cinq germanophones.  Il est 10 heures.  Elles entament leur quatrième bouteille de pinard.  Rouge.  S’en servent des rasades monstrueuses dans des gobelets en plastiques, qu’elles déposent négligemment sur les tablettes du train.  Je suis habillée en blanc.  En blanc !  Avec du pinard rouch’ tout autour de moi.  Elles sortent ensuite le saucisson, les chips, puis la cinquième bouteille.  Et elles parlent.  Enfin elles hurlent.  Est-ce propre à la langue allemande de devoir la crier pour la pratiquer ?  Et elles picolent.  Ça sent la vinasse dans tout le compartiment.  Et j’ai en tête la chanson « ein proooosit, ein proooosit » (j’ai un doute sur le « ein », mais soit, on s’en fout).  Je l’ai en tête durant tout le trajet.  Tête à la limite de l’explosion, à cause de cette cacophonie dont nous sortons hébétées en gare d’Ostende.  Vite, fuyons.  Pas de contrôleur durant cette seconde partie du trajet, ouf, sommes sauvées… jusqu’à ce soir.

Ostende.  Son port, ses bateaux, son casino, sa mer, ses mouettes, ses touristes et son Mac Do.  La meeeeeeeeeeer, nous voilààààààààà !

Suite du récit… demain, même heure.