4
nov

Encore Paris (part two)

Jeudi matin.  Je me réveille au son du ronronnement du fauve noir qui a accompagné mon sommeil.  Le Chat Potté, lui, s'est contenté de sauter, sauter et sauter encore, toute la nuit durant.  La douce odeur des pains au chocolat m'extirpe de ma torpeur.  Petit déj en compagnie de Steph et de son époux, sans oublier les félins.  Le Chat Potté nous fait une sérénade à l'aide de ses yeux implorants (cf le film, identiquement la même mimique). 

Petite toilette de chat, et Steph me ramène à la station de métro la plus proche, non sans m'avoir offert un petit sac cadeau contenant plein de petits trucs sympas et coquins, dont un rouge à lèvres de sa collection.  Un rouge à lèvres très particulier, vous vous en doutez.  Mignon comme tout, discret et très pratique.  Je me surprends à m'investir illico dans une campagne marketing, au son d'un slogan démentiel que je ne répéterai pas ici, de peur d'outrer la bonne société (mais ça parle de rouge, et de lèvres, et de rouge à lèvres). 

Me revoilà dans le métro parisien.  ça devient une véritable habitude.  J'observe, en rêvassant.  Le trajet est long.  Une femme âgée d'une soixantaine d'années, mince comme un clou anorexique, est accoutrée d'une façon intersidérale : pull haut en couleurs, serre-tête fleuri et fluo, surmonté d'un énorme nœud bien raide, totalement perché sur la tête, mini jupe laissant entrevoir des bas autoportants rayés de rouge et de noir avec grosses têtes de mort.  Un véritable spectacle, qui ne manque pas d'étonner une maman et ses filles, toutes trois de bonne famille, blondes et très classiques.  Une classe de petit djeuns très dissipée se fait reprendre par l'instit, qui tente de maintenir l'ordre, en vain.  Gros mots et expressions peu flatteuses à la clé.  Je me terre dans mon petit coin. 

J'arrive à destination, savoir la FNAC.  La foule est dense.  Il semble d'ailleurs que, quels que soient l'endroit et l'heure, à Paris, la foule est toujours dense.  Un enfer.  Je traîne durant deux heures à la FNAC, feuilletant un paquet de livres, zieutant une tonne de DVD, en achetant quelques-uns et surtout, cherchant mon livre, censé être sorti l'avant-veille.  Mais rien.  Je trouve bien la collection au rayon informatique, ce qui est bon signe.  Après trois tours du département livres, je m'apprête à aller demander de l'aide lorsque, soudain (suspens insoutenable), au détour d'un rayon (l'angoisse est à son comble), un rayon nouveautés.  Et sur ledit rayon, des tas de petits livres roses.  Mes livres.  Argh, petite photo vite fait.  Le flash attire des regards étonnés vers moi.  N'appelez pas les pompiers, je n'ai pas pété un câble, je fais juste une photo.  Je passe à la caisse avec toutes mes trouvailles.  Je paie mon propre livre, faut le faire.  Faudra surtout en vendre plusieurs centaines pour récupérer ce lourd investissement en droits d'auteurs, ma bonne Dame.

13 heures, il fait faim.  Et soif.  Je retourne, en métro malgré la courte distance, mais le métro me mène droit au but tandis que mes pieds ignorent totalement l'itinéraire, aux Galeries Lafayette, afin de me sustenter au self.  Par erreur, je me retrouve sur la terrasse et j'en profite pour admirer à nouveau la Tour Eiffel dans le brouillard.  Au restaurant, je ne parviens pas à me décider : lasagnes, radiatoris aux légumes, assiette froide de pâtes et saumon, salade aux lardons, grillade, sandwich... tout me tente... et rien ne me tente.  Je fonds finalement, aussi étrangement que cela puisse vous paraître, pour un gros bol de fruits.  Ne vous évanouissez pas, j'ignore, moi aussi, ce qui m'a pris.  Sans doute l'air parisien.  Moi, manger des fruits !  Et je me régale de ces oranges et pamplemousse dont Lafayette n'a gardé que la pulpe, de ces melons et pastèques juteux, et de ce yaourt aux fruits rouges qui recouvre le tout.  Que du bonheur, ce petit repas inattendu.

Un petit tour aux Galeries, foule toujours intense et insupportable, chaleur toujours suffocante, et retour en Gare du Nord, pour rentrer à ma maison à moi, chargée comme un baudet (mon livre, un guide sur Londres où je vais ce WE, Persuasion de Jane Austen, un calendrier de questions-réponses rigolotes, les Chtis et le coffret la Boum - même pas honte).

Dans le train, chuis toujours côté fenêtre.  A mes côtés, un blond pas très ténébreux, mais il a une bonne tête.  Pour changer, je dois faire pipi.  Derrière moi, un bébé fait ses vocalises "adadadadadadadadada".  Quelques minutes, c'est rigolo.  Une heure trente, ça donne des envies de meurtre.  Derrière moi (l'autre derrière), un homme se dispute par gsm interposé.  Passionnant.  "je te l'ai dit, si je te l'ai dit, je me vois encore te le dire, je t'assure que je te l'ai dit..."  Je ne saurai jamais le fin mot de l'histoire : L'a-t-il vraiment dit ?  Et qu'a-t-il dit ?  Je te quitte ?  Je te trompe ?  J'aime pas ton spaghet bolo ?  Je t'aime ?  Je veux t'épouser ?  J'ai mangé un hamburger ce midi ?  Je vais à Paris ?  Je démissionne ?  Je veux en enfant ?  Je rentrerai tard ce soir ? 

A mes côtés, le blond pas très ténébreux a sorti son laptop et vérifie ses mails.  Je dois toujours faire pipi mais n'ose le déranger.  Il prend ensuite son gsm et se lance dans l'envoi de sms.  Je ne bouge pas.  Enfin, il range le tout, extirpe son lecteur mp3 de luxe, met les écouteurs, lance la musique, ferme les yeux et s'endort.  Catastrophe, je ne peux décemment plus le faire bouger, le pauvre.  Je me retiens donc une bonne heure et tente de me concentrer sur ma lecture d'Orgueil et préjugés. Un quart d'heure avant l'arrivée à Bruxelles, songeant à la route encore longue qui m'attend, je le réveille d'un geste doux sur le bras, le fais se lever, lui écrase le pied et fonce satisfaire ma vessie, enfin.  Quelle aventure.

Une fois arrivée à Bruxelles, je saute, tel un mouton en pleine force de l'âge, dans un train à double étage qui part illico presto vers ma petite ville.  Namur, me voilà.  Comme c'est l'heure de pointe, je me fais toute petite dans un tout petit coin avec mes tout petits sacs, histoire de laisser la place aux hordes de navetteurs (paraît que c'est un belgicisme qui n'a pas d'équivalent en France, mais soit) qui vont surgir incessamment.

Et qui ne surgissent point.  Tant mieux.

Arrive le contrôleur (enfin on dit accompagnateur en Belgique, mais soit) pour me contrôler (logique).  Il scrute attentivement mon ticket, puis me regarde, moi aussi, attentivement et me dit "ma petite dame, savez-vous que vous êtes en première classe ici ?"

Glups.

Grand moment de solitude.

Il voit à mon air ahuri (qui a dit que j'avais toujours cet air là, que je le frappe) que je ne l'ai pas fait exprès du tout du tout, et m'accompagne dans un autre wagon (on dit voiture en Belgique, mais soit), en me faisant passer dans une sorte de trou noir composé d'une plate-forme métallique et de noir absolu.  L'est tout gentil avec moi le môssieur.  Doit se dire que j'ai un léger, tout léger, retard mental et qu'il vaut mieux me ménager.

Me vlà donc en seconde classe et je comprends enfin ma douleur.  C'était bien plus calme en première.  Plus paisible.  Plus aéré.  Plus confortable.  Aurais-je finalement des goûts de luxe ?  Le temps passe, lentement.  Très lentement.  Je me focalise sur Jane Austen et Elizabeth Bennett, histoire de le faire passer plus vite.

A 18 heures, j'arrive enfin at home, fatiguée mais contente de cette petite escapade presqu'improvisée.  Je jette mon barda sur le sol et je m'affale dans mon canapé, heureuse de revoir mon home sweet home et ma bestiole d'amour.

(photos suivront ce soir)

eiffel

savoir

2
nov

Encore Paris…

Approche-toi, ma poule, je vais te parler d'un sujet que tu attends impatiemment même que tu trépignes depuis des jours hein dis-le que tu trépignes : mon escapade parisienne à l'Olympia.  Avoue que ça t'en bouche un coin et que tu en es sur le cul rien que d'y songer.

Non.

Ça va pas.

J'y arrive pas.

Je sais pas tutoyer.

C'est définitif.

Chuis vieille et périmée.  Et incapable de tutoyer.

Alors retour à la bonne vieille méthode Anaïssienne.  On ne se refait pas.  Le « vous » restera à moi.

Donc, chuis encore retournée à Paris.

Mercredi.

Et me revoilà dans le Thalys.  Je vais finir par ne plus le supporter, le Thalys.

D'autant que le sort s'acharne.  A moins que ce soit moi qui sois intolérante.  Je songe à la seconde proposition.  Je dois être intolérante.  Mais tout de même, les gens sont insupportables.  Un bébé hurle, quoi de plus normal pour un bébé.  Mais peut-on le ligoter le bâillonner l'étouffer l'assommer ou le droguer ?  Une femme dort paisiblement, malgré les cris.  Bienheureuse soit-elle.  Devant moi, en suspension, un long cheveu se balance au gré de l'air conditionné.

Je suis installée côté fenêtre, réservation de dernière minute oblige, et mon voisin installe sa tablette, la « déplie », y installe son barda.  Me voici prise au piège.  Il n'est ni souriant ni poli, et s'avachit sur son siège sans un mot, sans un regard.  Avec un peu d'imagination, il serait brun et ténébreux.  Je tourne doucement la tête.  Bon, faudra beaucoup d'imagination.  D'autant qu'il sort un long sandwich à je ne sais quoi.  J'ignore ce qu'il contient, mais keskil pue ce sandwich.  Je parviens à l'apercevoir et son contenu oscille entre le gris et le vert, voire le beige.  Il doit être fourré de pain de viande périmé, poilu et verdâtre, ce ne peut être que ça.  Ou plutôt, je ne sens que ça.  Une véritable infection.  Mais le pire reste à venir, lorsque le faux brun ténébreux entame son repas, à grand renfort de bruits de succion incroyable.  Je n'imaginais pas qu'on puisse faire tant de bruit en mangeant.  Bouche grande ouverte.  Langue bien mobile.  Lèvres en mouvement.  Bruits mouillés.  Bruit infernal, amplifié par l'idée que je me fais de ce pain de viande puant en train de se faire désagréger par des dents sans doute couvertes de tartre.  Argh.  Entre chaque bouchée, il se relèche consciencieusement (et toujours bruyamment) chaque doigt.  L'opération prend un temps fou.  J'ai l'impression d'avoir un zoo complet à côté de moi, en train de se sustenter : machouillage de singe, reniflements de porc et raclements de gorge d'hippopotame.  Et encore, j'insulte ces pauvres animaux, sur ce coup-là.  Qui plus est, il est goujat comme un éléphant le serait vis-à-vis d'une souris de porcelaine : lorsque je demande pour passer et me rendre au petit coin (comme d'habitude, le bercement du Thalys réveille ma vessie et mon système digestif), il se lève en soupirant.  A mon retour, il feint de m'ignorer et je dois, après quelques secondes d'attente exaspérée à ses côtés, presque hurler pour qu'il daigne me laisser rejoindre mon siège.  A l'arrivée en gare du Nord, il semble avoir oublié qu'il est temps de descendre, et je dois patienter de longues minutes avant qu'il n'ait rangé, en tremblant comme un drogué en manque, son papier de sandwich, sa bouteille de Coca light et son magazine, avant de rejoindre, enfin, seule, le métro.

Car cette fois c'est bel et bien réel : je vais me déplacer dans Paris entièrement seule, en métro.  Pas quelques stations comme la dernière fois.  Mais un véritable trajet, avec changement et tout et tout.  Dingue, je sais.  Pékin express version Parisienne.

Contre toute attente, je m'en sors sans encombre et me retrouve aux Galeries Lafayette, pour une petite virée shopping pré-concert.  Virée qui se solde par un échec : je dépense zéro euro zéro centime, me contentant de me balader dans les rayons, de slalomer parmi la foule, d'éviter les touristes fous et d'aller admirer le coucher de soleil sur la Tour Eiffel.  Au passage, je repère le self-service du dernier étage, qui me donne une faim de loup.  Je tente de trouver mon bébé, j'ai nommé « le savoir écrire pour les filles », en vain.  « On ne fait pas cette collection là », me rétorque un grand brun ténébreux à l'accent parisien (logique, tu es à Paris ma petite Anaïs).  Tant pis.

Ensuite, je quitte ces lieux surchauffés et stressants pour me rendre à l'Olympia, à quelques centaines de mètres de là.  Mais quelques centaines de mètres à gauche, à droite, au Nord, au Sud ?  Je l'ignore, et mon plan ne m'aide pas.  Je demande donc l'aide d'une Parisienne, qui m'oriente vite fait, en poursuivant son chemin.  A Paris, on ne s'arrête pas.  Jamais.  On trace sa route.

Je trouve rapidement l'Olympia, et me vautre dans la contemplation de la devanture en lettres rouges.  Mythique.  Lieu mythique.  Salle mythique, qui m'a toujours fait rêver, et que je vais découvrir, pour la première fois de ma petite existence belge.  J'en bave d'excitation.

Il est 18 heures, et je dois retrouver Steph, d'Au Moulin Rose, partenaire de l'opération, et ma bienfaitrice d'un soir, qui détient mon invitation.  Sauf que le numéro de téléphone qu'elle m'a donné n'est pas correct, me dit l'opératrice à l'accent parisien, lui aussi.  Grand moment de solitude.  Moi.  Seule.  A Paris.  Devant l'Olympia.  En pleine nuit (ou presque).  Sans entrée pour la soirée.  Angoisse folle.  Je vais devoir trouver un hôtel loger sous les ponts regagner la gare me faire attaquer dévaliser voler finir à l'hôpital sans le sou dépenser 1000 eur pour une chambre au Ritz seul hôtel disponible y rencontrer le sosie de Richard Gere passer une folle nuit en sa compagnie et devenir parisienne pour toujours par amour.  Soudain, je repère une jolie blonde au logo Au Moulin Rose.  Sauvée.  Miracle.  Je hurle.  C'est elle.  Alléluia, y'a un dieu pour les belges esseulées.  J'entre à l'Olympia.  J'admire au passage les affiches qui décorent le hall.  Je mange quelques makis (saumon, avocat, concombre, argh), j'arrose le tout d'un smoothie et d'un alcool rouge indéfinissable (je refuse le champagne, j'en ai décidément trop bu récemment ma chèèèèère), en dessert des brownies fondants à souhait.  J'envisage de me faire faire un petit massage, mais la vue des quatre personnes qui attendent déjà me dissuade.  Je reviendrai plus tard.  Plus tard, je reviens : cinquante personnes me précèdent... adieu massage. Ça m'apprendra à avoir un peu plus de patience.

Je m'installe dans un siège rouge peu confortable.  Mais on s'en moque, c'est l'Olympia.  L'Olympia !  L'OLYMPIA.  J'observe.  Trois lustres en cristal décorent la scène, sur laquelle un piano est déjà planté.  Une dame âgée se fait offrir des préservatifs au stand de Steph, ainsi qu'une sucette pour couple.  Petite coquine.  Une femme toute de noir vêtue arbore d'énormes bottes à floches en fausse fourrure beige.  Des dizaines de parisiennes filiformes se déplacent sur coussins d'air et sur talons hauts.  C'est la foire aux talons hauts, ici.  Des couples.  Des bandes d'amis.  Une femme à cheveux roses fuchsia passe en coup de vent, suivie de deux clones à robes identiques.  Et moi, là, un peu perdue, pas trop à ma place, mais tellement contente d'être là.

Le concert commence, et c'est que du bonheur.  Julien Clerc entame les réjouissances avec son nouveau titre, puis avec « ce n'est rien », que nous chantons en chœur (bien que les Parisiens soient nettement plus froids que les Belges, c'est indéniable).  Vachement mignon, Julien.  Il est rejoint par Stanislas et Calogero (vachement mignons aussi) pour un trio sur« Femmes je vous aime ».  Argh, je les aime aussi.  Ensuite, Daniel Powter pointe le bout de son nez, et je réalise que je connais ses chansons.  Dingue.  Quelle culture.  Il est drôle à souhait et sa présence sur scène est incroyable.  Jolie surprise pour moi, qui ignorais tout de Daniel Powter.  Stanislas n'est pas en reste, et il nous fait beaucoup rire, contre toute attente.  Je l'imaginais calme et romantique, il est drôle, en plus.  Célibataire ?  Moi qui déteste « le manège », je me surprends à chanter et à tomber dingue de ce morceau.  Comme quoi, la scène rend tout fabuleux.  Sur « la belle de mai », je fonds encore plus.  Et lorsque Calo revient pour la débâcle des sentiments, je meurs de bonheur.  Quelles voix.  Ensuite, James Blunt, tout décoiffé, se pointe sur scène.  Même « You're beautifull », qui me provoque en général de l'urticaire, me fait me pâmer.  Argh, trop bon.  Mais trop court.  Ces cinq mini-concerts me donnent envie de tout voir, tout revoir.  Cinq voix superbes, cinq voix différentes mais cinq voix qui ne peuvent laisser indifférent.  Que du bonheur.  Je suis sur mon nuage.  Encore encore encore...

Ensuite, retour chez Steph, pour un petit plat de pâtes, à minuit.  Que du bonheur, encore.  Le tout sous le regard des deux fauves.  Un noir.  Un roux.  Un roux qui m'intrigue.  Que je regarde, regarde et regarde encore, jusqu'à comprendre.  Ce chat est le Chat Potté.  Même tête.  Même regard.  Même complainte larmoyante lorsqu'il pose sa tête sur la table, afin de glaner un morceau de jambon.  J'aime ce chat.  C'est pourtant le mister noir qui passera la nuit avec moi.  Enfin.  Une nuit avec un mâle amoureux.  Grâce à Steph.  Que du bonheur, toujours.

Je m'endors doucement, au son du ronronnement des félins et en lisant quelques pages d'Orgueil et préjugés.

PS : le concert est ici : http://www.cheriefm.fr/op/cherie_pour_elles_2008/concert....

olympiapt

23
oct

Three days in Paris - day 3

Dimanche matin mais pas de grasse mat.  Je suis à Paris, pas question de rester au lit (puis accessoirement, je dois quitter my room pour midi tapant).  Vers 9 heures, courbaturée comme une centenaire, je rejoins Nicole Versailles pour un petit déjeuner aussi pantagruélique que la veille.  Trop bons, les croissants français, presqu'aussi délicieux que les belges.  J'ai bien dit presque.  Grandes conversations avec Nicole, bien plus passionnantes que celles avec le lézard de la veille.

Je monte ensuite faire mes bagages, qui, comme d'habitude, n'entrent plus dans mon sac de voyage.  Je suis contre le rétrécissement des sacs et valises entre l'aller et le retour, c'est d'un sadisme fou.

Il me reste quatre heures avant le début du salon à la mairie.  Que faire ?

Retourner au Bazar de l'Hôtel de ville, exceptionnellement ouvert, afin de tenter d'y recroiser mon photographe brun ténébreux ?  Et histoire de dépenser plein de zeuros ?

Métroer (ça se dit pas, pour prendre le métro ?) jusqu'à la Tour Eiffel, que j'ai déjà visitée en long et en large mais qu'importe ?  Et avoir le vertige dès le premier niveau ?

Aller gargouiller à Notre-Dame ?  Et chercher un bossu à aimer ?

Glander devant la messe sur France 2 ?  Et me dire que décidément, Dieu, c'est pas ma tasse de thé ?

Etant donné l'état de mes petons, j'opte pour une visite simple et proche de l'hôtel : le cimetière du Père Lachaise.  J'aime bien les cimetières, même si je déteste la mort.  Va comprendre.  Il y règne un calme absolu, ou plutôt un sentiment d'apaisement intense.  Et là, il fait plein soleil, alors ça va être super.  Et puis c'est tout près.  Sur le plan.  Sur plan, à Paris, tout est près de tout, mais in real life (j'adore mettre de l'english dans mes textes, ça fait très cool isn't it ?) c'est autre chose.

En chemin, je croise deux SDF, dont l'un semble ne pas avoir digéré son petit déj.  Je tente de réfréner la nausée qui m'envahit, et je m'enfuis sur l'autre trottoir.  J'y découvre un cocker noir absolument adorable.  Et absolument impassible.  Malgré mes tentatives de séduction.  Le flegme anglais à l'état pur.  Une publicité pour le magasin Printemps m'interpelle « 8 jours or, du 8 au 25 octobre ».  Tiens, à Paris, 8 jours, c'est 17 jours, un peu comme les « 4 jours fous Inno » qui durent une semaine.  Va comprendre.  En vraie Parisienne, comme on me l'a récemment appris, je traverse aux feux rouges, en tremblant.  Je croise un canapé convertible bleu abandonné et éventré.

J'arrive enfin au cimetière.  L'entrée est gratuite.  J'analyse un peu le plan, puis décide de ne pas perdre mon temps (et surtout de ne pas assassiner mes orteils déjà rouges de colère) à chercher des célébrités.  Parce qu'une tombe est une tombe.  Et parce que je veux juste m'installer là, au soleil, méditer, penser, rêvasser, profiter, rêver, me vautrer dans ce petit moment de bonheur (tiens, je les ai un peu négligés, mais de septembre à mars, j'en trouve peu, des moments de bonheur, sorry, j'aime pô l'automne et l'hiver moua).  Je zieuterai juste la tombe de Colette, passque Colette, c'est Colette.  Sans doute mon premier coup de foudre littéraire.  La chatte Kitty me revient en mémoire.  Kitty, comme Hello Kitty ?  Et puis passque les livres de Colette, tout comme l'Ecume des jours, font partie de ma vie, me rappellent des personnes qui m'étaient chères à l'époque de leur lecture, des personnes qui me les ont fait lire et ont peut-être accentué mon goût pour la lecture (qui depuis lors, malheureusement, se focalise sur la chick lit, à croire que mon cerveau ramollit, mais j'assume).

En chemin, j'entends des cris et des rires : une équipe de foot s'entraîne à ma droite.  La vie continue, la vie est là, même aux abords d'un cimetière.

Colette est difficile à trouver.  En la cherchant, j'admire la tombe de de Musset et lis « écoute dans la nuit une voix qui gémit.  Rappelle-toi ».

Deux petits vieux très vieux et très sourds, vautrés sur un banc, écoutent consciencieusement un Parisien qui leur précise le prix des emplacements, en hurlant comme un possédé, afin de se faire entendre, chose très difficile : « 11000 euros le mètre carré, 8 millions de centimes... et pas à perpétuité, pour 99 ans seulement ».  Je fais de rapides calculs : peut-on caser un corps dans un seul mètre carré, en le pliant en deux ?  Ou faut-il en louer minimum deux ?

Le soleil embellit tout.  Tout sauf ces hollandais qui rient et crient, en mimant des gestes obscènes.  Décidément, ils ne respectent rien.

Je déambule à la recherche d'un endroit calme.  Tiens, un rond-point.  Décidément, les français en mettent partout.

Je m'assois sur un banc et j'observe.  J'imagine toutes ces vies enterrées ici.  Toutes ces vies qui défilent devant moi.  Ont-ils aimé ?  Ont-ils souffert ?  Ont-ils créé ?  Il fait calme, malgré la circulation au loin et les hordes de touristes.  J'entends même des petits zoiziaux.  Derrière moi, une famille de marrons prend un bain de soleil.  Je les immortalise.  Les feuilles de marronniers tombent sans cesse à mes pieds, me rappelant que c'est l'automne, malgré la chaleur.

Je me vois.  Là.  Sur ce banc.  Dans un cimetière.  Des tombes à gauche, à droite, devant et derrière.  Et je revis cette scène fabuleuse de Manon des Sources, où Yves Montant apprend qu'il a eu un fils... bossu.  Une scène qui m'arrache toujours un torrent de larmes.  Est-ce sa présence, là-haut, où j'ai décidé de ne pas aller pour éviter une demande de divorce de mes panards, qui m'a remis cette scène en tête ?

Il est midi.  Je file au Mac Do (encoooooore), et je lis en dévorant un Happy Meal.  A 14 heures, je rejoins mes comparses à la Mairie du XIe.  Nous avons quitté l'austère salle du deuxième étage pour le hall, histoire d'être plus proche de la foule en délire.  Et plus proches les uns des autres, puisque nous sommes maintenant deux par table.  Me voilà « coincée » entre Muriel et Nicole.  Que du bonheur.  Sans oublier les libraires, toutes proches et tellement sympas.  Quelques heures de plaisir en perspective, malgré la fatigue.  Le temps passe vite.

Une fois 18 heures, je rejoins la gare, avec Nicole, qui prend le premier Thalys vers Bruxelles.  J'attends le mien, longtemps.  Très longtemps.  Y'a du retard dans les Thalys.  Problèmes électriques.  La foule est dense dans la gare et je n'en peux plus.  Je veux du calme.  Je veux ma ville et mon chez moi.  Le Thalys arrive enfin et je m'installe.  Enfin je tente, interrompue que je suis par ma voisine de siège qui veut, elle aussi, s'installer.  Immédiatement, nous entamons la conversation.  Démentielle, cette conversation, qui durera plus de deux heures trente, et qui aurait duré toute la nuit si nous avions pu.  Nous parlons sans plus pouvoir nous arrêter : livres, villes, voyages, New-York, famille, Paris, Alzheimer, Annie Girardot et Grevisse.  Ou Goose.  Enfin les deux.  Etrangement, j'ai parlé de Grevisse, ou de Goose, également, avec Nicole, le même matin.

Nous parlons aussi du mot « teaser », issu du verbe « to tease », qui se prononce « tiiiiiser » et non « taïser », qu'on se le dise, de l'orthographe, de la lecture, et puis de nos passions, de nos envies, de nos vies.  Une rencontre comme on en fait rarement.  Voire jamais.  Je ne connais pas son prénom.  Je sais juste qu'elle vit à Liège.  Je ne la reverrai peut-être jamais.  Ou je la reverrai.  Je l'ignore.  Et puis qu'importe.  Remake de Meet Joe Black, sans la mort, et sans Brad Pitt. 

Quoi qu'il en soit, ce fut une jolie rencontre.  Une rencontre parmi toutes celles du WE.

Mon WE à Paris.

 

21
oct

Three days in Paris - day 2

Après une nuit très étrange, durant laquelle, même si je me sens comme un coq en pâte dans ma petite chambre d'hôtel, mes draps moelleux et mon lit tout accueillant, j'ai eu le temps de lire un livre dans son intégralité (Les petits secrets d'Emma de Sophie Kinsella, je vous le conseille fortement, vraiment super top méga rigolo et chouette de la mort qui tue), je suis réveillée à l'aube par le téléphone.  Enfin réveillée... je dirais plutôt sortie de la torpeur dans laquelle je me trouve depuis un petit quart d'heure seulement (pas de chance).  Une voix douce me murmure « bonjour, nous vous souhaitons une bonne journée ».  Waw, trop sympa cet hôtel qui réveille ses hôtes en douceur.  Je marmonne un « bonjour, merci », d'une voix molle.  Puis j'entends « bonjour, nous vous souhaitons une bonne journée »... « bonjour, nous vous souhaitons une bonne journée ».  glups, voilà que je réponds aux messages automatiques, maintenant.  Paris ne me vaut rien, apparemment, je perds déjà la boule.

Après une douche rapide, je me rue sur le  petit déjeuner.  Fait faim.  Croissant, pain au chocolat, couque au raison, salade de fruits, pain français (enfin là-bas on dit baguette), thé et jus d'orange : tout y passe.  Ce déjeuner en tête-à-tête avec un gros lézard en bois qui me regarde bizarrement est somme toute agréable, même si j'apprécierais une petite compagnie.

A 10 heures, j'ai rendez-vous avec Sophie, ma parisienne préférée.  Qui m'entraîne tout de go vers le BHV.  Kekseksa ?  Je l'ignorais...  Ces trois initiales pour Bazar de l'Hôtel de Ville.  Une caverne d'Ali Baba qui mettrait en danger le portefeuille le mieux rempli du monde.  En plus, c'est jour de fête, pour l'ouverture du nouveau rayon femmes.  Enfin c'est ce qu'ils disent.  Je repère illico un magnifique sac énorme et mauve, tout en cuir.  J'ai toujours rêvé de m'offrir un sac à Paris.  Juste comme ça.  Son prix est... cher... sans être inabordable.  Ce qui est le pire du pire, bien sûr.  Car l'inabordable n'est pas abordé.  Mais le juste « cher » peut l'être.  Alors j'aborde, et j'emporte.

Nous découvrons ensuite le speed-relooking, version mode du speed-dating (que j'ai d'ailleurs récemment testé, faudra que je vous raconte).  Lorsque je m'exclame « au moins, y'a des chances que ce soit plus utile que le speed-dating », un photographe brun et ténébreux qui passait par là croise mon regard.  Argh.  Je fonds.  Je veux.  Il nous oriente dans le fond du magasin, où des cadeaux sont à gagner.  Je gagne d'ailleurs un maquillage yeux, que Sophie me force à accepter, histoire d'être jolie comme tout aux dédicaces (chère Sophie, qui croit encore à Papa Noël).  Durant le maquillage, photographe chéri repasse et rit en constatant que nous sommes toujours là, puis il demande à la maquilleuse pour combien de temps elle en a.  Clair qu'il va venir ensuite me chercher pour m'inviter, je sais pas moi, au sommet de la Tour Eiffel pour une petite bouffe ou pour une séance photos ou pour un tour en bateau mouche ou pour une vie de bonheur à deux ...

Nous ne le reverrons plus.  Triste vie qui éloigne indubitablement les bruns ténébreux de mon chemin.  Si tu passes par là, ô toi qui a repéré mon charme absolu ce samedi 11 octobre à 11 heures au BHV, contacte-mouaaaaaaaa.

Ensuite, passage éclair au Mac Do (encooooore), puis départ pour la Mairie du XIe, pour la séance de dédicaces.  J'y rencontre un tas de gens sympas, organisateurs, auteurs, visiteurs.  Dont Nicole Versailles, venue notamment pour son livre « Tout d'un blog », que j'ai acheté et que je vais très bientôt dévorer, et puis Nicolas Ancion, et son « Nous sommes tous des playmobiles », dont je vous ai déjà parlé sur ce blog, et puis Wandrille, qui m'a touché le sein gauche (le droit est jaloux depuis lors) mais qui m'a surtout vendu trois de ses BD, sur des thèmes qui me sont chers, parus dans la collection « seul comme les pierres » : la rupture (In love with Mauricette), l'amour sur le net (In love with internet) et le boulot (Ta gueule de l'emploi) : tout un programme, et à mourir de rire croyez-moi.  Même que j'ai une super dédicace me représentant en train de le menacer de ne pas parler de lui s'il me fait pas une super dédicace.  Et puis Muriel Douru (dont je ferai connaissance demain, enfin demain dans mon histoire de Paris, donc le dimanche, pas demain en vrai - mais je vous en parle dès maintenant pour ne pas oublier, zavez compris ou pas ?), qui écrit et illustre de très chouettes ouvrages pour enfants ou adultes, sur l'homoparentalité, dont « Deux mamans et un bébé », qu'elle est venue dédicacer.  Et puis que dire de la foule en délire qui se rue auprès des auteurs, pleurant, suppliant même, pour des dédicaces ?  Christophe Willem à l'Olympia n'a pas fait mieux.  Madonna au Parc des Princes puissance dix.  Meuh non je n'exagère pas.  Enfin si, mais si peu.  Un tout petit petit peu.  L'essentiel n'est-il pas la qualité relationnelle ?  Et de ce côté, je suis servie. 

L'après-midi se termine par des petits jeux ludiques et créatifs sur le thème de l'écriture : une sorte de troc de mots, une roue magique qui dispense des thèmes sur lesquels écrire.  Sympa.  Chouettes souvenirs, que j'emporte précieusement, avec les livres achetés.

Sophie me quitte ensuite, et je pars pour une rencontre de blogueuses parisiennes, dont je ne vous dirai rien, passque les blablas de blogueuses, ça DOIT rester confidentiel.  Je dirai juste que les melo-cakes belges ont été appréciés, et que j'ai apprécié les rencontres.  Je vous dis donc l'essentiel, c'est essentiel.

Retour à l'hôtel, ensuite, à pattes, dont il ne reste que des moignons, après tant de marche dans Paris (hôtel magasin, magasin hôtel, hôtel mairie, mairie île Saint-Louis, île Saint-Louis hôtel...).

Un bon gros dodo et il n'y paraîtra plus.  Enfin j'espère...

Quelques photos : séance maquillage, séance dédicace, festival de mots et la table que j'ai partagée avec Nicole le dimanche.

maquillage

dedicace

mots

table

20
oct

Three days in Paris - day 1

 

10 octobre.  Vendredi matin.  Très matin.  Encore plus matin que lorsque je vais bosser, c'est pas peu dire.  Il fait noir et frisquet lorsque je rejoins ma chtite gare.  Et vu qu'on annonce 24 degrés pour tout le WE, je suis peu couverte (à part mes inséparables bottes).  Alors j'ai froid.

Une fois dans la gare, vu mon état encore semi-comateux, je croise un homme vêtu d'une armure.  Glups.  Je dois rêver.  Je me retourne pour vérifier que le mirage a disparu.  Non.  Il est toujours là.  Pour faire la promo de « sécuritruc », censé veiller à la sécurité des passagers namurois.  Bon.  Soit. Je m'oriente au radar vers le Thalys et tente de continuer ma nuit.

Devant moi, quatre flamands hystériques, ne manquant pas de sommeil, eux.  Comment est-il possible que les flamands soient incapables de parler normalement ?  Pourquoi hurler en permanence ?  D'autant qu'ils ne s'arrêtent pas.  Jamais.  De vraies concierges.  Impossible pour moi de dormir.  Ni même de lire.  Je hais les voyages.  C'est définitif.  Si ça tombe, ce sont des hollandais.  Les hollandais crient-ils plus fort que les flamands ?  En plus, je n'y pige que dalle, les quelques notions de néerlandais que j'ai un jour eues ayant disparu dans les limbes de ma jeunesse.  C'est insupportable de ne rien comprendre.  Curieuse, moi ?  Si peu...

Quelques instants après avoir quitté la gare, mes intestins se réveillent.  Oh comme j'envie ces gens qui savent planifier les leurs et faire en sorte qu'ils bossent à heure fixe.  « Chaque matin à 6h48, vous travaillerez, pas avant, pas après ».  Les miens sont désobéissants au possible, et le bercement du train semble les stimuler, horreur et damnation.  Je trimbale donc mon énorme sac dans la minuscule cabine, pour y découvrir un WC bouché qui déborde partout, ainsi que trois feuilles de papier à cigarette rose (rose, le papier, pas la cigarette).  Je quitte immédiatement les lieux, non sans mal, mon gros sac ayant décidé de faire de la résistance. 

Pour tenter d'oublier mes intestins, j'analyse mes quinze itinéraires préparés minutieusement la veille : de la gare à l'éditeur, de l'éditeur à l'hôtel, de l'hôtel à la mairie, de l'hôtel au centre ville, de l'hôtel au Père Lachaise, de l'hôtel à la gare...  Je réalise avec horreur que j'ai oublié de noter les numéros de rues.  Tous.  Ça va être coton, surtout s'il s'agit d'avenues de quinze kilomètres.  Je suis définitivement et irrémédiablement blonde.  Que ceux qui en doutaient en soient maintenant convaincus.  Je veux mourir, là, de suite.

10 heures.  Paris.  Gare du Nord.  Me voici arrivée.  Personne pour m'accueillir.  Solitude intense, malgré la foule en délire.  Malgré mes plans, je demande le chemin à un charmant brun ténébreux, qui va dans la même direction que moi et me l'indique volontiers.  Les parisiens sont sympas.  Alléluia, même sans le numéro, je trouve le chemin de Micro Application.  Ascenseur.  Couloir vide.  Portes fermées.  Diantre, quel système de sécurité.  Est-ce pour protéger l'éditeur de ses écrivains en colère ?  Après quelques minutes de recherche intense, je repère enfin une sonnette.  Rencontre bien sympathique.  Stressante.  Et brève.  Mais sympathique.

Je pars ensuite vers mon hôtel (dont je retrouve le numéro de rue, y'a un Dieu pour les belges égarées dans Paris), en tirant derrière moi mon sac de plus en plus lourd et en slalomant entre les crottes.  L'eau dévale dans les rigoles.  Des trombes d'eau.  Typiquement parisien, ça.  Des SDF squattent les bancs.  Je passe devant « Léon de Bruxelles ».  Il est 11 heures et on se croirait en plein été.  Sur le plan, le chemin me semblait court, mais dans la vraie vie, keske c'est long, Paris.  Et puis c'est quoi ces rues sans aucun numéro ?  J'ai beau chercher, impossible de trouver ce foutu hôtel.  Qui a volé tous les numéros de rue ?  J'interroge quelques passants et je trouve enfin l'hôtel, presqu'à côté d'un Mac Donald.  Sauvée, je suis sauvée.

Je gagne ma chambre, et affale ma carcasse transpirante sur le lit.  Le silence qui règne m'angoisse, alors je zieute quelques minutes des Zamours.  Puis je zappe sur France 5, où j'admire un bébé panda sur un écran alternant entre le noir et blanc et la couleur striée de rouge.  Bizarre, la télé française.  Vous me direz, voir un panda en noir et blanc, ça n'a rien de dérangeant.  Je suis d'accord.

A peine le temps de me rafraîchir que je descends pour partir en goguette avec Miss Bean, que vous connaissez déjà, bien sûr, illustratrice de talent, créatrice de talent, parisienne de talent.  Et sympa, en plus.  Petite bouffe en terrasse.  Petite papote.  Petit achat de macarons chez Hermé (après Ladurée, je m'étais juré de tenter Hermé).  L'ambiance est snob et je me fais piquer ma place par une mégère non apprivoisée.  Grande marche dans les rues parisiennes.  Je crois apercevoir Notre-Dame.  « Non », me dit Miss Bean.  Si, répliquai-je.  Et j'ai raison.  Je connais mieux Paris que les parisiennes, semble-t-il.  Grande attente.  Très grande.  Attendre, toujours attendre, encore attendre.  Pour rien.  Enfin non, pas pour rien : pour une bière belge et un verre de vin français.  Qui saoulent notre mauvaise humeur consécutive à cette attente inutile, fort heureusement.

Je rentre ensuite en solo à l'hôtel.  Première fois seule dans les métros parisiens.  Les affiches sont totalement arrachées et traînent sur le sol.  Des dizaines d'affiches.  Des centaines.  On dirait qu'une tornade est passée par là. 

Premier passage au Mac Do.  Je mange mon hamburger, seule, dans ma chambre.  Sensation étrange. 

Je gagne ensuite la Mairie, pour le drink des auteurs.  Je ne trouve point d'auteurs, mais une foule en délire attendant le top départ des réjouissances.  Soudaine envie de regagner ma chambre.  Le top retentit, et le bal des pique-assiette démarre : c'est à qui mangera le plus de zakouskis et de petits fours en un minimum de temps.  Je parviens à sauver un macaron des goinfres.  Des vautours. Je tends ensuite la main vers un petit four au chocolat, qui disparaît avant que j'aie pu l'atteindre.  Dommage.  Petite coupe de champagne grisant.  Je retrouve enfin l'organisatrice (disons que c'est elle qui me trouve), Mlle Gima, ainsi que quelques auteurs.  Petite papote.  Puis retour à l'hôtel.  Où je m'assoupis devant la fin de la Star Ac. 

Enorme sentiment de solitude.  Pas gai d'être seule dans un hôtel perdu au milieu d'une ville presque inconnue.

Mais, comme le disait chais plus son prénom dans Autant en emporte le vent : demain est un autre jour.