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jui

Blog d'un condamné, blog d'une ennuyée

Quand on s'ennuie, ben on s'ennuie.

Et en ce moment, keske je m'ennuie.  Je m'emmerde.  Je me fais chier comme un rat mort, comme aurait dit l'autre.  Je ne trouve même pas d'autres synonymes pour décrire mon ennui.  C'est dramatique, même mon neurone s'ennuie.

Alors, pour … mon ennui.  Tchu, c'est quoi le verbe, ah non, pas tronquer, tromper, on en parlait tout à l'heure, de cette expression, et voilà qu'elle m'échappe.  Donc, pour tromper mon ennui, je fais plein de choses :

- préparer de la mousse au chocolat

- préparer de la mousse au chocolat (ben quoi j'en ai fait deux fois en deux jours, c'est grave docteur ?)

- regarder tomber la pluie (là, je ne le recopierai pas, vu que je l'ai regardée tomber vingt-deux fois minimum, ça s'appelle n'avoir pas de bol et j'entends les mauvaises langues dire "elle aura pas eu de chance pour ses vacances, enfin sa convalescence")

- passer de la position assise sur canapé à la position assise sur transat

- regarder Revenge, l'intégrale de la saison 1, puis de la saison 2

- regarder Scandal, idem

- regarder 90210 (marrant, pour taper le nom de cette série, je dois me la dire en anglais, façon générique "previously in nine o two one o", euh, ça s'écrit comment, zéro in english, o ? ow ? oh ?), alors que j'aime pas cette série

- lire le dernier Agnès Abécassis et l'aimer

- aller en bord de Meuse chercher des cygnes et des bébés cygnes, même pas qu'il y en a cette année, c'est la misère

- pleurer

- dépasser les mémés avec canne, mon nouveau sport préféré

- rire

- faire des blagues qui ne font rire que moi, genre durant une discussion sur le thème "on connaît très peu les noms de famille des personnages de séries télé", dire "allez, un test, tu connais le nom de famille de Lorelei et Rori, dans Gilmore Girls ?"  Paraît que c'était pas drôle, moi j'ai trouvé ça hillarissime (pour hilarant puissance drôlissime)

- lire quinze vieux Ciné Télé revue assise sur le pot

- lire un vieux Jeune et Jolie, ce que je ne suis pas (pleurer sur cette idée) et me dire que ça ne parle que de cul, et que du temps où j'étais jeune et que je lisais Jeune et Jolie, c'était vachement plus soft

- me dire que je suis une vieille ringarde

- me dire que ça m'aurait vraiment bien plu de voir le zoo de Plankendael

- me dire que j'ai vu Bister, na

- écouter le dernier Nolwenn Leroy en boucle

- et le single d'Emmanuel Moire, même si j'ai dit que c'était pas bon pour mes hormones

- surfer sur internet

Bref, vous voyez le topo, quand je m'ennuie, ben je fais des activités ennuyantes.  Et c'est la dernière qui est le sujet de ce billet (nan, le sujet du billet n'est pas la liste de ce que je fais pour tromper mon ennui, même si les apparences sont trompeuses).

En surfant sur le net, enfin sur Culchèvre, j'ai découvert ce blog : http://uncondamne.tumblr.com/

Et comme, quand je m'ennuie, j'aime bien m'ennuyer à mourir, le nom du blog m'a interpelée.  Donc j'ai été le visiter.

Un blog tout neuf, trois billets, trois jours de la vie d'un homme qui apprend qu'il lui reste trente jours à vivre.

Ça se lit rapidement, c'est bien écrit, mais j'ai de suite senti comme un malaise.  Comment vous dire, en trois mots, comme les trois billets déjà écrits : ça sonne faux.

Je ne peux dire que ça, ça sonne faux, archi faux.

Déjà, le nom du blog, "blog d'un condamné".  Peut-on s'appeler ainsi le jour où le couperet tombe, et créer dans la foulée un blog ?  Oui, une référence littéraire, mais je n'y crois pas.

Et puis, chais pas, c'est trop dramatique, trente jours.  Trente jours ?  Je n'y crois pas, je sais que c'est possible, mais ça n'est pas crédible, de la façon dont c'est annoncé.

Et à J3, il fait l'amour à sa femme qu'il aime.  Vaillant le condamné.  Ça va vite se dégrader pourtant, trente jours quoi. J'y crois pas je vous dis.

Il ne dit rien de lui, rien de réel.  Que du blabla.  Impossible de le contacter.  Je persiste et signe, j'y crois pas.

Et puis j'y crois pas, instinctivement, quand je lis, c'est ainsi, peut-être me trompe-je, mais voilà…

Alors j'ai envoyé l'adresse du blog à ma conseillère perso, histoire d'avoir son avis.  Ben elle y croit pas non plus na.

On doit être deux grosses incrédules face aux milliers de lecteurs qui vont adhérer, un peu comme les deux seules qui ne rient pas dans la salle où est projeté le film La croisière.

C'est ainsi.

Pour moi, un blog crédible, c'est celui de Jemphi, très beau, très triste, très vrai, passque Jemphi, quand il dit (quand il disait, car malheureusement, il est décédé) : "Bonne Maman d’Enghien, comme nous la surnommions avec mon frangin et comme nos enfants, ses arrières petits-enfants, avaient également pris l’habitude de l’appeler.
Oh non… Rien d’un patronyme de noblesse, juste la façon, peu originale, que nous avions trouvé pour la distinguer de notre Bonne Maman maternelle… de Bruxelles.
Ben oui, elle habitait Enghien!", ça, c'est du vrai, du concret, de la tranche de vie, pas de l'émotion formatée.  Quand il parle de sa douleur, de sa peur, on sent qu'il a mal, qu'il tremble d'effroi.  Je n'ai lu que ses derniers billets, mais j'y crois.  Et moi, c'était Bonne Maman de Bouge et Bonne Maman de Salzinnes, parce qu'elles habitaient Bouge et Salzinnes.

Alors, cher Monsieur le Condamné, si votre blog est réel, je vous prie de me pardonner d'en avoir douté, et vous souhaite tout le courage nécessaire pour ces trente jours.  Mais non, vraiment, je ne peux y croire.

Quoi qu'il en soit, merci, durant dix minutes, j'ai trompé mon ennui, non en vous lisant, mais en écrivant cette bafouille.

Mais je n'y crois pas.

Et vous ?

Add. du 7 juin.  Après une recherche sur le net, il semble que de plus en plus de personnes pensent à un fake, dont moi, de plus en plus, parce que, après analyse, je constate que :

- le compte twitter ne suit que des journalistes

- il est suivi par 3600 personnes, en trois jours ça sent le buzz organisé

Et plus je lis les billets quotidiens, plus je suis confortée dans mon opinion, malgré les centaines d'internautes qui se disent touchés, moi, ça ne me fait ni chaud ni froid, c'est bien écrit, mais ça pue le bidon quoi.

Certains disent que, fake ou pas, l'essentiel est de faire passer un message, que ça les touche, et que si c'est faux, cela reste touchant, que ça les fait se remettre en question quant à leur propre vie, mais moi je dis non non et non, je trouve ça incompréhensible d'accepter ainsi que ce soit du pur mensonge, c'est ignoble pour les gens vraiment condamnés, de faire ainsi croire à toute la toile un prochain décès, même si c'est une campagne marketing.  Et pour moi, chaque phrase de ce blog sera alors de la grosse daube dénuée de sens.  Pour avoir lu deux blogs de condamnés, malheureusement décédés, je peux vous dire que c'est tout différent.  Pour avoir lu également le blog d'une femme découvrant son cancer, attendant les résultats, vivant la maladie et les traitements, là c'est de la véritable émotion qui touche, une angoisse que l'on ressent.  Ici, c'est tout simplement ignoble !

1
jui

Putains d'hormones

Il existe  certaines choses avec lesquelles on vit sans s'en rendre compte, c'est naturel, ça fait partie de nous depuis toujours, sans même qu'on y ait jamais pensé.  Et on dit souvent qu'on prend conscience de la valeur d'une chose lorsqu'on l'a perdue.  Mais on parle alors d'amis (les magiciens), d'amoureux (tous des salauds), d'argent peut-être (mais comment ai-je pu dépenser si vite ces 10 millions du Lotto, tchu), de santé (c'était chouette quand j'avais encore ma main, se dit souvent le Capitaine crochet).

Ben moi, j'ignorais que mes hormones me manqueraient tant, mais là, j'en ai pris conscience, ma bonne Dame…

Me vlà transformée depuis peu en être hybride, asexué, enfin presque hein, faut pas pousser, j'ai pas de poils qui me poussent sur le torse ou le visage (mais ça peut venir, qui sait), j'ai pas envie de draguer tout ce qui passe, j'ai pas chopé un cerveau à 5000 eur en échange de mon mien à 200 eur (comprendront ceusses qui ont lu ma blague sur Facebook, rapport aux cerveaux mâles et femelles).  Nan, chuis pas un mec, chuis toujours une meuf.  Mais je suis hormono-orpheline.

Bien sûr, je connais les effets secondaires de ce petit moment de plaisir de mon existence.  Je vais vous zapper les bouffées de chaleur, les bouffées de glaciation polaire que même un gros ours blanc contre lequel je me blottirais ne parviendrait pas à faire stopper (ça, on avait omis de me le dire, que les bouffées m'entraîneraient du chaud au froid en alternance), et les douleurs qui squattent gaiement l'intégralité de ma vieille couenne, en plus de celles qui ont pris possession de mon bide, because docteur Mamour a été faire un stage de boucherie inside.  Tout ça, vous vous en moquez, hé, on n'a pas gardé les cochons ensemble, mes petites ou grosses douleurs quotidiennes c'est pas drôle.

Mais l'effet "sautes d'humeur", ça c'est drôle, et vous allez aimer, non ?

Ah ben si.

Appelons le plutôt l'effet larmaloeil. 

Chuis déjà une petite chose sensible au naturel, mais là j'atteins des sommets genre Everest (il fête pas un anniversaire d'ailleurs celui-là, oh que c'est émouvant).  Plus besoin d'une grosse émotion, d'une infinie tristesse, d'un désespoir profond, d'une horrible nouvelle, le moindre petit truc provoque en moi un déferlement de sensations, et ça me ferait mourir de rire, si je n'en pleurnichais pas illico.  Non mais allô quoi, pleurer devant la beauté d'un brin d'herbe, c'est poilant, tellement poilant que c'en devient émouvant… alors je re-pleure.  Vous comprendre le processus de l'effet larmaloeil ?

Exemples.

Je vois enfin un bout de soleil après des semaines de nuages (et je parle au sens propre, non au figuré), l'émotion est telle que j'en pleurniche un gros bout de minute.

J'écoute une jolie chanson, même pas triste en plus, genre plutôt joyeuse, mais si belle que les larmes se pointent au bord des yeux.  Bon, je vais zapper les trucs genre Beau malheur ou Savoir aimer ou Quand on n'a que l'amour ou Ne me quitte pas, car là on va m'interner rapido presto.

Une publicité rigolote à la TV, et c'est parti mon kiki, je pleurniche devant l'intelligence du scénario, la beauté des images, la finesse de la musique.

Petite promenade.  Je croise un chat tout mignon.  Qu'il est beau ce poussy, je pleurniche.  Il vient vers moi, puis se refuse à une caresse, quelle tristesse, je pleurniche.

Je n'ai pas mal, je pleurniche de joie.  Ah si, finalement j'ai mal, je pleurniche de douleur.

Je prépare des pâtes.  Trop cuites.  Je pleurniche devant mon incompétence.  Mais bonnes.  Je pleurniche en songeant à la chance que j'ai de manger à ma faim chaque jour.  Puis je pense aux pesticides et à la dioxine, et je pleurniche face à cette société de merde qui finira par tuer nos enfants, enfants que je n'aurai jamais, aaaaaaah, je pleurniche de plus belle.

Un sms gentil me souhaite un prompt rétablissement, je tue mon gsm sous mes pleurnicheries.  C'est pas aquaproof un gsm ?

Et tout ça, je le fais en solo, mais imaginez ce qui pourrait se passer en bonne compagnie :

La caissière qui me signale "ah, vous avez bien fait de prendre trois pots de Nutella, c'est 2 + 1 gratuits".  Et je me liquéfie de bonheur devant elle, qui songe à appeler sa direction, des fois que je sortirais un riot gun et tirerais sur tout ce qui bouge dans une crise de dépression intense.

Le client au bureau qui signale qu'il doit annuler un rendez-vous, et moi de lui dire que c'est pas grave, en reniflant allègrement, créant chez lui une angoisse monstre.

Durant ma promenade, une madame et son chien me saluent, enfin la madame, pas le chien, rustre va, alors je pleure, passque la madame est polie, passque le chien ne l'est pas.

Un brun ténébreux me fait sa déclaration, puis part en courant pendant que je sors mes mouchoirs, tellement ma joie est intense.  Et me revlà célibattante, l'occasion de pleurnicher un coup.

Avec du recul, beaucoup de recul, c'est plutôt amusant comme situation, non ?  Puis ça permet une diminution du taux de chômage des mouchoirs.  Oui. Amusant.  Emouvant.  Et c'est reparti pour un tour…

Et pendant que je vous écris, mon Ipod m'offre Marguerite de Cocciante.  Chais pas pourquoi, cette chanson me fait toujours brailler, un peu comme si je voulais être Marguerite, attendez quoi, elle est superbe cette déclaration.  Résiste résiste résiste, passque sinon ça va être les chutes du Niagara, le tsunami larmesque, la déferlante humide.  Je passe à la chanson suivante.  Vieille, tu te sens vieille.  Cocciante et moi, c'est fini, y'a des limites.  Mais la rupture est douloureuse, j'en pleurerais presque.

Bon je vous laisse, j'ai dégoté l'intégrale des Oiseaux se cachent pour mourir, en vieilles K7 VHS, quelle émotion, des mois que j'avais envie de revoir cette série, si triiiiiiiiiiiiiiiiiste.

Allez, je peux le faire, je peux résister, je vais résister, mais s'il vous plait, hormones adorées, revenez vite !

Et si vous voulez encore plus de larmes, je vous conseille cette jolie galerie de portraits.

7
mai

L'abécédaire de l'hospitalisation

Anesthésie.  Comme dans les séries télé.  Couchée sur un brancard étroit, me vlà dans le TGV, même que la madame devant dit au monsieur derrière "hé, j'arrive pas à te suivre".  Et au-dessus de moi, de grands carrés de lumière qui défilent à grande vitesse.  Comme dans les séries je vous dis.  Je me croirais à la fête foraine et on rigole bien tous les trois.  Et puis le gentil monsieur dit à la gentille madame "Madame (ça c'est moi) est stressée, on va lui parler vacances".  Et ils me parlent vacances, me mettent le masque à oxygène et puis je me réveille et je demande l'heure, très important de savoir l'heure quand on se réveille.  Et puis y'a du bruit, et puis j'ai mal, et puis je suis vivante, et puis je remonte en chambre, et puis je récupère mes lunettes, et la boucle est bouclée. 

Ballon.  Le bidou.  Gonflé comme un ballon, par le gaz.  Pas de l'hélium, sinon l'équipe chirurgicale devrait apprendre la lévitation, mouahahah.  Mais gonflé comme Vahiné.  Une laparo ksa s'appelle.  Heureusement, j'avais pas maté les photos avant.

Charmant.  Le personnel.  En consultation.  En examens.  Les chir.  Les anesthésistes.  En salle d'op.  En salle de réveil.  Ça fait un bien fou, tant de gentillesse.  Ça m'a tellement touchée qu'au retour de salle de réveil, je le répétais en boucle "en tout cas, ils sont gentils, qu'est-ce qu'ils sont gentils, mais gentils, j'ai dit à quel point ils étaient gentils ?"

Diagnostic.  Le moment qu'on préfère. 

Embout de thermomètre.  Un euro pièce.  C'est cher.  La prochaine fois, je prends le mien, de thermomètre.

Fleet phospho soda.  Comprendront ceux qui l'ont testé, solidarité de nausées oblige.  Pour les infos, reportez-vous à la lettre K.

Grand roue.  Lavement barythé et urographie = foire du Midi, une fois sur ma plaque de métal, ça monte, ça descend, ça tourne et ça tourne encore, et t'as intérêt à t'accrocher, Anaïs, quéén aventure.

Humiliation.  Sensation répétitive liée à toute intervention chirurgicale, ce qui la précède, ce qui la suit.  Déshabillez-vous, enfilez cette immonde blouse, ne bougez pas pendant que j'insère la canule, tournez à droite, tournez à gauche, avalez ça et passez la nuit sur le pot, mettez ces jolis bas blancs anti thrombose, et je vous passe les détails les plus croustillants, sauf si vous insistez.

Infirmier.  Etudiant.  Dialogue. "Vous avez des douleurs ?" "Non". "Ah, vous n'avez pas encore été opérée". "Non, dans une heure". "C'est pour plus tard alors, les douleurs" (voix ironique). Certains feraient mieux de changer de métier, devenir clowns par exemple…

J'ai faaaaait (voix de François Pirette).  Obsession totale, pire qu'une petite vieille en maison de retraite qui ne pense plus qu'à ça.  Qui ne fait plus qu'écouter les bruits de ses intestins.  En maison de repos, paraît que c'est leur sujet de conversation préféré, c'est devenu le mien, j'ai pris un fameux coup de vieux.

Kiss cool.  Second effet kiss cool.  Après avoir ingurgité tant bien que mal, et plutôt mal que bien, croyez-le, cette mixture dont le nom restera à tout jamais gravé dans ma mémoire, Fleet phospho soda (soda étant la grosse arnaque du siècle pour noyer le poisson), j'ai vécu l'enfer.  Ah oui, si l'enfer existe, il s'appelle fleet.  Imaginez un verre de sel avec un chouia d'eau.  Avalez.  Vomissez.  Et c'est le second effet kiss cool.  Mémorable.

Là je trouve rien à dire…

Misery.  L'infirmière de nuit.  Sans le marteau, mais Misery quand même.   

Nettoyage de printemps.  Ce qu'on m'a dit : "t'as eu ton petit nettoyage de printemps, c'est pas plus mal".  Une façon de voir les choses.

Orgasme.  Ou presque.  Produit de contraste entre les guiboles, effet étrange garanti, chaleur intense assurée.

Panne.  Encore un objet humiliant.  Mais y'a pire.  Y'a le lange.  Même pas peur, j'ai envisagé d'en demander un.

Quarantaine.  C'est le plus bel âge de la femme, qu'y disait.  Qui l'a dit, que je le frappe à grands coups de redon ?

Redon.  Ce tube qui ressemble à ces guirlandes de Noël fort à la mode il y a quelques années.  Quand je l'ai vu sortir de mon corps, il a fallu m'apporter les sels, enfin si j'avais vécu au 18e siècle quoi (y'avait des redons au 18e siècle ?)  Et puis, mon redon, il est célèbre, il a participé à l'examen de fin d'année d'une sympathique petite étudiante infirmière marseillaise.  Mais j'aime pas les redons, c'est définitif.  J'espère qu'elle a réussi son exam de redon, la miss.

Solidarité.  Amicale, familiale, facebookienne, primordiale.

Tousser.  Après avoir pris des laxatifs, tousser sur ordre de la radiologue, pour faire descendre le liquide de contraste, c'est vraiment vraiment, mais vraiment vraiment déconseillé.

Urrah, moment bonheur où, enfin, je peux manger un quick avec un coca light, fantasme absolu, livré à domicile par une gentille collègue.

Voiture.  Sur le retour.  Un panneau annonce une chute de pierres.  Et moi de m'imaginer écrasée par un rocher.  Trop con.  Epitaphe "au moins, elle n'était plus malade".  Gros fou rire dans la voiture.

WC.  Mon nouveau meilleur ami.  A toujours garder à portée de main… enfin de fesse.

X. Chromosome de merde, parfois.

Youpie, c'est fini, rentrez chez vous ma bonne dame.  Le meilleur moment qui soit, retour at home, avec ma petite valise rose.

Zorro.  Mon docteur Mammour.  Mon sauveur.  Mon Zorro.

6
avr

J'ai testé le cercueil médical

Grande première pour moi l'autre jour : direction l'hôpital pour tester le cercueil médical, alias l'IRM.  Comme on me l'a justement dit "contrairement au cercueil classique, te plains pas, tu finis par en sortir".  C'est exact, mais contrairement au cercueil classique, j'étais bien vivante moi, inside, et je n'ai pas aimé.  Mais pas du tout.

Récit.

Premier constat : l'IRM, c'est mieux que les pruneaux, mieux que les jus de fruits, mieux que les laxatifs en tous genres.  L'angoisse est telle (oui hein ça va, je suis une chochotte, mais déjà entrer dans un hôpital en bonne santé, je refuse, alors y entrer pour un examen médical, vraiment pas mon truc) que mes intestins en subissent les conséquences immédiates.  En soi, c'est une bonne chose, finalement, sans entrer dans les détails de ma grève intestinale.

Second constat : j'ai une chance folle, car j'ai droit à toutes les injections possibles et imaginables et par conséquent à ma première perfusion.  Fais un vœu Anaïs, une première, ça se fête.  J'aime pô ça, ça pique, ça tire, ça beurk, une perfusion.

Et me vlà donc sur mon siège jaune, dans ma tenue hyper glamour en papier jaune, derrière mon rideau jaune (sont fous du jaune ma parole), ma perfusion dans le bras.  Et je m'ennuie.  Et j'ai froid, même si j'ai gardé mes chaussettes (noires, si j'avais su, j'aurais pris du jaune, note qu'il suffirait d'une chtite hémorragie, et je serais aux couleurs de mon pays, du coup).

Face à moi, un panneau explicatif pour le personnel soignant : que faire en cas d'urticaire léger, urticaire sérieux, bronchomachintruc et œdème de Quincke.  Réjouissant…

Puis vient mon tour, et, en plus d'avoir dû enlever mes cholis bracelets Pandora, ma montre, mes boucles d'oreille et les plombs de mes dents (nan, je rigole, pas les plombs), je dois remettre mes lunettes au gentil Monsieur infirmier qui m'accompagne.  Une fois aveugle, je rencontre l'IRM, savoir une grosse tache beigeasse.  Je récupérerai mes lunettes en dehors du local, et ne sais dès lors toujours pas à quoi ressemble vraiment le cercueil médical, du moins de l'extérieur.

Avant de m'installer en position couchée, dernière petite joyeuseté.  Euh, comment dire, comment résumer, juste en quelques mots, zaurez qu'à comprendre : gel, insérer, voies naturelles.  Voilà, zavez compris ?  Sauf que je suis encore debout, alors le gel, ben il prend la fuite, c'est joyeux, je vous le disais. 

Toute poisseuse, je me couche enfin.  Ah on peut dire que c'est confortable, un oreiller sous la tête, un autre sous les genoux, vraiment sympa.  S'il n'y avait la perfusion, toujours douloureuse et cette fois opérationnelle.  Et s'il n'y avait le fait que mon petit lit douillet va bientôt être catapulté à l'intérieur de la machine infernale, ce serait parfait.  Bon, manque juste un plaid, car ça caille ferme.

Puis c'est le grand départ.  Je me crois dans Retour vers le futur, et j'entre dans ce tunnel beige, presque jaune tiens.  C'est serré, au point que je me demande si mon nez, qui n'est pourtant ni un pic ni un cap ni une péninsule, va passer.  Il passe.  Oui, bandes de médisants, mon bidou passe aussi.  Seuls mes pieds restent à l'extérieur.  On m'avait dit que c'était étroit, mais c'est bien pire que ce que j'imaginais, genre si je respire, je touche le plafond quoi.  Et je respire comme une dingue, ça doit être une crise de claustrophobie, je vois que ça, alors que je suis censée être calme, pour que tout se passe bien, sinon mon IRM va être toute floue because j'ai trop respiré non ?  Si ça tombe c'est comme pour une radio, faut pas respirer, mais durant combien de temps ?  Gros titre dans la presse namuroise "une jeune (si si, jeune) namuroise décède dans un IRM, il semble qu'elle ait volontairement cessé de respirer, enquête en cours".

Y'a comme un courant d'air désagréable, je suis congelée, mais je ne peux bouger, c'est la directive : on ne bouge pas, sauf en cas de souci, là je peux bouger les pieds pour qu'ils me sortent de là.

Et y'a un souci.

Le souci c'est que je me mets à imaginer comment faire si je dois vomir, pas moyen de me redresser, pas moyen de bouger, à peine moyen de tourner la tête.  Je vais vomir, je vais m'étouffer dans mon vomi, je vais mourir sans avoir pu bouger les pieds.  Et bien sûr j'ai soudain envie de vomir.

Le souci c'est que je me mets à réaliser qu'être enterrée vivante ça doit être ça, avec de l'air en plus.  Et bien sûr, je parviens plus à l'aspirer, l'air, chuis toute bloquée.

Le souci c'est que j'ai peur d'avoir une crampe au pied droit.  Voire au pied gauche.  Voire aux deux.  Et bien sûr… nan, je rigole, j'ai pas eu de crampe.

Le souci c'est que ça fait un bruit infernal ce truc, oscillant entre marteau piqueur et mitraillette.  Et le casque qu'on m'a posé sur la tête ne sert à rien.

Le souci c'est que ça caille, zauriez pas un plaid des fois, allez quoi, pitiééééééééééé ?

Le souci c'est que j'ai plein de soucis mais je doute que ce soit un souci pour vous.

Alors je me concentre sur la musique, histoire de me calmer.

Je ferme les yeux.

"Sex bomb".  C'est celaaaaaaaaaaaa oui, fous-toi de ma tronche, Radio Nostalgie, j'en ai tout l'air, d'une sex bomb, à cet instant.

"L'été indien".  Merciiiiiiiiiiiiii, je vais pouvoir me plonger dans la visualisation relaxante que j'avais prévue, une plage de la côte d'Opale, le soleil, la mer, le ressac, les embruns, et des moules bouchot en récompense.  Naaaaaaaan, pas les moules, je vais vomir, je vais vomir.

"I like Chopin".  Ouiiiiiiiiiii, du piano, ça relaxe.  Relax relax relax relax relax, méthode Coué.

"Tout le bonheur du monde".  Ouiiiiiii, je veux tout le bonheur du monde, là, de suite, et d'abord, je ne suis pas une célébrité, mais sortez-moi de là.

Et les chansons s'enchainent, et les bruits divers, variés et assourdissants s'enchainent, et le temps ne passe pas.  Et mes bras sont brûlants, y'a un coussin chauffant sous moi ou quoi ?  Ou bien est-ce le produit de contraste, celui dont on dit qu'il peut provoquer des réactions allergiques ?  Voilà, ma mort est proche.

Au bout de euh, chais pas moi, six heures, enfin vingt minutes quoi, mais keske c'est long vingt minutes dans un cercueil médical, presqu'une éternité, on m'extrait enfin de mon tube, on m'enlève ma perfusion, on me fait me redresser et partir au plus vite pour laisser la place au joyeux volontaire suivant, je suis encore groggy et les cheveux en bataille, la faute au gros aimant ma bonne Dame, et je tente de trouver mon chemin, sans mes lunettes, pour enlever ma tenue seyante et rejoindre le monde réel, ravie d'avoir survécu à l'un des meilleurs moments de mon existence, après le train infernal de Walibi et les toboggans sous eau d'Aqualibi (après le CHR, Walibi est donc mon endroit préféré).

25
jan

Le régime langue de vipère : mon Koh-lanta à la Cinquante nuances de Grey !

Vous le savez, on m'a coupé l'appendice euh, comment skon dit, parlal ? buccal ?

Depuis, je vis mon Koh-lanta à moi rien qu'à moi.

Rien à manger durant des jours, à part du liquide.  J'ai tenté les pâtes, mais à toutes petites doses, coupées en tout petits morceaux, et au prix d'atroces souffrances (siiiii, atroces).

Puis j'ai eu aussi mes épreuves.  J'ai gagné l'immunité grâce à ma bravoure intersidérale durant l'intervention, passque le docteur il m'a dit que j'avais été bien sage.  Récompense : j'ai pas été éliminée au conseil.

Et ce matin, j'ai gagné le confort : me suis offert un petit-déjeuner pantragruelesque : du danio et un smoothie aux fruits, keske c'était bon.

Là je tente la gaufre au sucre en tranches, et ça passe assez bien, chuis sur la voie de la guérison ma bonne dame.

Mais le plus rigolo fut ce matin dans le bus.

Je lisais Cinquante nuances de Grey, que je termine, avant d'entamer Cinquante nuances plus sombres.

Et ben les galipettes de Miss Ana et de son taré de Grey, ben elles m'ont fait aucun effet.

Rien en lisant "putain Ana keske tu mouilles", rien en lisant "je jouis d'être possédée par lui", rien en lisant "la brûlure de mes fesses, les boules qui me remplissent".

Rien de rien.

Mais alors, keske j'ai pris mon pied en lisant "elle prend des oeufs, du bacon et des pancakes et pour moi une omelette et une salade de fruits".

J'en suis encore toute mouillée... de salivation.