21
avr

Je me lance comme conseillère matrimoniale

J'ai raté ma vocation.

C'est indéniable.

Quoique...

Il n'est pas trop tard, si ?

Je vois déjà la plaque sur ma porte « Anaïs Valente, conseillère matrimoniale - tous problèmes, retour d'affection, magies noire et blanche, rites vaudous, conseils en tous genres, pas cher ma bonne Dame, pas cher du tout ».

Ça fait un peu pub ornée d'une photo d'un grand mage noir en robe blanche avec chapeau assorti, qu'on distribue dans les boîtes aux lettres.

Passqu'on a beau dire, j'ai beau être célibataire, je suis régulièrement consultée pour des conseils matrimoniaux.  Je suis la reine des conseils matrimoniaux.  Je suis l'experte en problèmes matrimoniaux.

Comme si, n'en ayant pas moi-même, de ces problèmes, et pour cause, j'avais de plus grosses antennes pour observer ce qui se passe autour de moi.

C'est peut-être ça, en effet... chais pas. 

Mais je suis la pro.  C'est clair et net.  A tous niveaux, les disputes, les engueulades (je sais, ça veut dire la même chose, oooh, ça va), les doutes, les coups de foudre, les triangles amoureux, les angoisses, les retours de flamme, les séparations, les divorces, les désamours, les réconciliations, les retrouvailles, les je t'aime moi non plus, les je t'aime plus moi si, les je l'aime mais lui pas, les je veux l'aimer mais j'y arrive pas... tout tout tout.

Et je conseille, j'interroge, je dispense, je propose, je réfléchis, je fais réfléchir, je dis, j'écoute.   Et parfois.  Parfois.  Je tombe dans le mille.  J'ai tout compris.  Mieux qu'elles.  Ou qu'eux.  Et parfois, vraiment parfois, je suis utile.

Mais parfois, ça me fait chier.  Mais chier.  Déjà, je me sens pas cap de donner de bons conseils.  Puis c'est parfois saoulant d'être l'oreille qui écoute, l'épaule sur laquelle les larmes coulent.  Egoïste moi ?  Parfois oui, c'est clair.  Et puis parfois, y'a des baffes qui se perdent.  Quand une gamine de vingt ans se lamente sur son célibat.  Des baffes.  Quand le mec qui me fait craquer depuis trois baux me raconte sa soirée baise de la veille.  Des baffes.  Quand mon meilleur pote me demande si coucher sans sentiment, c'est tromper.  Des baffes.  Quand elle veut divorcer.  Des baffes.  Quand il hésite à se marier, tout bien réfléchi.  Des baffes.

Et puis, parfois aussi, j'ai envie de tendre un papier vert à mes patients, après la consultation, et d'encaisser mes honoraires.  Tant qu'à faire.

 

20
avr

Y'a de l'animation à Namur le soir...

19
avr

La sorcière et Leenbakker (un peu comme le corbeau et le renard)

L'autre vendredi, celui où il faisait plein soleil, j'ai eu un moment de folie hystérique chez Leenbakker : j'ai acheté une chaise longue, une chaise à dossier qui descend (ça doit bien porter un nom officiel, mais lequel ?), et quatre chaises bistro, le tout en genre de textilène gris, pour ma terrasse.  D'habitude, je réfléchis dix mois avant d'acheter le moindre clou, la moindre ficelle, mais là, une pulsion.  Le soleil sans doute.

J'ai d'abord repéré la chaise longue.

J'ai déjà une chaise longue.

Correction, j'ai déjà deux chaises longues.

Achetées en 2005.  Waw, le temps passe vite.

2005.  J'achète donc ma première chaise longue en textilène, chez Casa.  Elle est en genre de U à base très large, avec deux pieds aux extrémités de la base, vous voyez ?  Le souci, c'est qu'à l'usage, c'est de la vraie crotte, cette chaise.  Dès qu'on s'assied (pour ensuite se coucher), la pression exercée sur le textilène fait remonter le côté à la verticale, et puis on peut plus le redescendre, sauf à le plier totalement, puis le déplier ensuite.  Vraiment d'un pratique fou.  Et ce risque d'être prise en sandwich à chaque moment, assassinnée par une chaise longue rebelle, c'est pas la joie.

Trois jours après, désespérée, j'achète ma seconde chaise longue en textilène, chez Hema. Et là, nous vivons heureuses et avons beaucoup de petits bains de soleil ensemble.  Elle est pliante, ce qui est pratique, car je peux la rentrer en hiver.  Elle est pas trop moche pour une chaise longue.  Elle ressemble à un lit de camp, en fait, mais en textilène blanc.

2006.  La vie est belle.

2007. La vie est belle.

2008. La vie est belle.

2009. La vie est moins belle.

A force de poser mon gros postérieur bien gras sur ma chaise longue, elle se laisse aller.  Le textilène, c'est mou et élastique, alors, avec les années, ben ça se ramollit encore plus.  Et s'asseoir sur ma chaise longue, en 2009, c'était comme tester la vie de fakir, car y'a plein de trucs qui me rentrent dans les fesses, les cuisses, les mollets, le dos et la tête.  Douloureux.  Et puis elle a perdu son joli coloris blanc (enfin, bon, blanc, c'est pas une couleur mais soit) pour osciller entre le jaune pisse et le gris crasse.   Et elle rouille.

Donc cette année, direction Leenbakker pour voir un peu ce qui s'y vend.  Avec Mostek, dont la voiture ressemble à un petit pois évidé.  Grise, mais format petit pois.

Entre les chaises longues non pliantes et celles en tek, trop lourdes pour mes petits biskotos ramollos, je repère une chaise longue en textilène gris, superbe, classe, à l'allure d'une vraie chaise longue de compétition.  Et pliable.  Le bonheur.  Sur terre.  J'adore j'adhère.

Et j'envisage de la ramener en bus, because le petit pois de Mostek incapable de transporter une chaise longue, même pliante.  Jusqu'à ce que je voie la taille de la boîte : un cercueil.  Un peu court, un peu haut, mais un volume de cercueil.

Bon.

En bus, ça ne le fera pas.  Me faut un véhicule.  Me faut trouver quelqu'un qui a un gros véhicule. 

Le temps de dire à la vendeuse (qui m'a gentiment communiqué le prix, non indiqué, après qu'un vilain vendeur pas beau m'ait dit « je reviens de suite » et ait disparu durant une petite demi-heure au bas mot, le saligaud) que je tente de trouver quelqu'un qui viendra chercher l'objet, elle me prépare déjà une facture.  Oups. Rapide, la miss.

Je vous passe les détails des « bon, ben comme vous savez pas l'emporter illico presto je vous en commande une autre pour mercredi », « mais finalement j'ai quelqu'un pour venir la chercher », « ok venez de suite la prendre, et que ça saute », (une demi-heure passe) « bonjour, je reviens comme convenu pour la chaise », « ben on n'a plus votre chaise », « hein quoi comment ? c'est une blague hein, dites-le que c'est une blague », « ah c'est vous (la chieuse à la chaise), voilà votre chaise finalement »...

La chaise est dans la tuture.  Et tant que j'ai un gros véhicule sous la main, j'ai une folle envie d'une chaise dont le dossier descend vers l'arrière, pour qu'on s'endorme au soleil, un livre ouvert sur le poitrail. Et de chaises bistrot pour remplacer les miennes, toutes rouillées aussi.

La chaise à dossier qui descend, y'a.  Mais les chaises bistrot, faut commander pour mercredi.

Et c'est là que ça devient intéressant.  Tout ce que j'ai écrit avant, c'était le préambule. Long, mais inutile.  L'histoire commence ici.

Elle commence mercredi, à midi et deux minutes, pour être précise.  Quand la sorcière vendeuse de Leenbakker m'appelle :

« Madame Valente ?  C'est crkkkkkkkkkksssssssssss tssssssrqqqqqqqqqqqq »

« Pardon ? »

« C'EST LEEENBAKKER VOS CHAISES SONT ARRIVEES »

« Oh merci (air jovial, que du bonheur MES chaises, yessss, le bonheur, le soleil, l'été, la vie, le rêve, un livre, un cocktail, mes chaises) »

« Vous pensez venir les chercher quand ? »

« Euh (recontacter le proprio du véhicule de vendredi, voir son emploi du temps, le supplier de me venir encore en aide, s'organiser, retrouver le bon de commande), ça sera soit ce soir, soit... »

« Oui, ben, faut venir les chercher le plus rapidement possible hein, au revoir Madame ».

Ma question est : pourquoi elle me demande quand je pense venir les chercher, puisque ma réponse elle s'en fout, tout ce qui lui importe c'est de se débarrasser des chaises illico presto ?

Chais pas pourquoi, j'ai comme la sensation que quand on ira chercher mes chaises, j'aurai droit à un « zavez trop traîné, ça fait exactement 18 heures et 12 minutes que vous étiez avertie de leur disponibilité, on les a vendues à quelqu'un de plus rapide ». 

Chais pas pourquoi hein, mais je sens que je passerai mon été sur quatre chaises rouillées.

Pourquoi je dis ça ?  Passque la chaise longue achetée vendredi, ben y'avait le nom de quelqu'un d'autre dessus, sur un papier, collé.  Mais ça n'a interloqué personne dans le magasin, qu'on me vende la chaise de quelqu'un d'autre, qui a, par ma faute passé son week-end sur une chaise longue rouillée, si ça tombe.  Donc, si y'a une justice, je vais payer cette injustice, et j'aurai pas mes chaises.  Monde cruel.  Vendeuse cruelle. 

Illu de Invasion de Schtroumpfs.

mer

31
mar

L’espion… qui m’espionnait

C'est le titre « l'espion qui m'aimait » qui m'est venu en tête de suite, en grande fan de 007 que je ne suis pas, mais cela ne collait pas à l'histoire, donc « l'espion qui m'espionnait », voilà un titre parfait non ?  Si, parfait.

A trois, vous le dites : parfait.

Il  a quelques années, à l'époque où je surfais encore sur le net, espérant y rencontrer un prince (maintenant, les princes viennent à moi naturellement, plus besoin de chercher - oh ça va, si on peut plus rêver un peu), j'avais un jour reçu un message de quelqu'un à qui j'en avais trop dit, genre énormes secrets : la ville où je vis, l'endroit où je bosse.  Dans son message, il m'avait dit « tu as l'air toute triste quand tu fais tes courses ». 

C'est le genre de message qui fait se dresser les poils de la paranoïaque que je suis, passque j'aime pas qu'on me voie sans que moi je voie qui me voit, vous comprendre ?  Et puis, d'abord, je n'étais pas triste.  Pas du tout.  C'est ma tête naturelle, j'y peux rien.  Je ne parviens pas à sourire aux anges, béatement, en permanence.  Pourtant j'aimerais, passque paraît qu'on dirait que je tire la tronche, au naturel.  Pourtant je sais rire, promis juré, mais quand je suis seule, en train de faire mes courses, je me concentre sur ce que je dois acheter (vu que je ne fais jamais de liste et que si je dois acheter du lait et de quoi souper, je ressors avec trois tablettes de chocolat blanc spéculoos et un magazine féminin, sans lait ni souper), je me concentre sur le décryptage des panneaux et des prix, en bonne myope que je suis, et donc, je ne souris pas, c'est horrible mais c'est ainsi.  Et si je croise quelqu'un que je connais, je ne le vois pas non plus, tant qu'à faire, comme ça ça confirme la sensation de « purée elle est triste et elle tire la gueule en plus, c'te pimbêche ».

Et donc, pas plus tard que ce jour (c'est dire si l'info est primordiale, pour que je la relate directement ici, alors que d'habitude il me faut au minimum trois jours, au maximum trois ans, pour rédiger), je reçois un mail disant, en substance « rho, tu prends le bus en face d'oùsque moi je le prends, je t'ai reconnue car tu lis un livre et tu es trèèèès concentrée ».  Le « tu es concentrée » à lire « tu es triste et tu tires la gueule », of course, j'ai l'habitude.  Rhaaaaaaaaa, la paranoïa me reprend.  Non, je vous rassure, j'ai pas peur qu'il s'agisse d'un tueur en série découpeur de femmes en rondelles (quoique, on n'est jamais trop prudente), mais, je l'ai dit, j'aime pas qu'on me voie sans que moi je voie qui me voit.  Surtout quand ça a lieu, apparemment, chaque matin à l'arrêt du bus. Rhaaaaaaaaaa.  Je suis faite comme un rat, enfin comme une rate.

Donc, dès demain, quel que soit le temps (heureusement, on annonce du froid pour Pâques, donc ça sera de saison), je me déguise, je me camoufle, je ne lis plus rien, je change de veste de sac de bottes de cheveux, je mets un bonnet une écharpe pas Strelli des lunettes noires j'engage un garde du corps je prends un taxi (biffer les mentions inutiles).

Ou alors je mets une burqa... oups non, c'est dorénavant interdit, tchu tchu tchu, c'était pourtant une super idée.

C'est clair maintenant, ma vie va changer totalement.  Je ne pourrai plus être à l'arrêt de bus sans me demander si je suis observée, épiée, décryptée, analysée.  Et j'ai aussi intérêt à choisir les livres que je lis, à prendre des trucs hyper intellos histoire de me donner un genre.  Rha la la la la.

Pour info, j'ai congé vendredi, nananère... me demande si je vais pas me terrer dans un café, armée de jumelles, pour repérer l'observateur en question.  Quelqu'un en congé pour m'accompagner dans cette mission de contrespionnage ?

30
mar

J’ai testé « embrasse un crapaud, puis sauve une vie »

C'est le soir, mais il fait encore clair, vive le printemps.  Il fait doux, mais pas assez, nous le comprendrons plus tard.

En voiture, direction sauvetage de batraciens.

Passque, c'est bien connu, au printemps, les sauteuses des prés, plus souvent appelées ainsi lorsqu'elles sont accompagnées d'ail, prennent des risques inconsidérés pour aller pondre dans l'étang qui les a vues naître, en traversant des rues pleines de trucs qui font vroum vroum.  Durant cette migration, nombreuses sont celles qui se font écraser et ça fait plotch plotch.

Vous allez me dire, « à quoi bon en sauver quelques-unes, est-ce vraiment indispensable dans notre société, notre monde ».  Bien sûr que non.  Rien n'est indispensable.  Bosser ne l'est pas.  Aller au cinéma non plus.  Aider une œuvre non plus.  Se tracasser pour l'effet de serre non plus.  Et faire traverser des grenouilles non plus.  Mais doit-on, dans notre existence, ne faire que des choses indispensables ?  Purée, ô que non, j'espère bien.  Donc moi, depuis toujours, ne me demandez pas pourquoi (peut-être ce mythe du prince charmant, qui sait), je rêvais de sauver des grenouilles.  Passque j'aime bien ces petites choses en soi banales, mais quand on y pense tellement géniales (et ça rime) : servir un repas de Noël aux démunis, répondre au téléphone au Télévie (enfin pas cette année, zont quitté Namur, les fourbes), donner l'heure à une vieille dame angoissée, sauver des grenouilles... J'aime ça. 

 

Et l'opportunité m'a donc été donnée d'aller sauver les grenouilles.  Mon matos est prêt : seau, bottes en caoutchouc n'ayant jamais servi (moi être une aventurière dans l'âme, dans l'âme seulement), gilet réfléchissant (en tout cas plus que moi) prêté par ... euh j'ignore si je peux le dire et lampe torche... que j'ai oubliée.  Passque, sans doute, j'ignorais comment allait se passer la récolte des grenouilles.  Donc je croyais sans doute, béatement, qu'elles allaient se précipiter dans mon seau, en me croassant des petits « mercis mercis mercis ».

Bref oubliée, la lampe, mais pas grave, car à notre arrivée, l'organisateur a tout le matos adéquat pour les bénévoles ignorant tout des déplacements annuels de batraciens.

Et il est super, l'organisateur.  Passionné.  Il prend le temps de tout nous expliquer.  Ainsi, une fois que nous sommes bottés, gilet-réfléchissantés, seautés et lampedepochés, il nous emmène à l'endroit balisé « attention traversée de batraciens », avec petite lumière et panneaux pour avertir les véhicules, et nous explique le processus : les petites planches en bois arrêtent les bestiaux, il nous suffit de les récupérer et de les mettre dans le seau.  A gauche, ceux qui reviennent de l'étang après la ponte et les galipettes (enfin plutôt les galipettes puis la ponte).  A droite, les retardataires qui tentent encore de rejoindre ledit étang.  Nous serons à gauche, pour les retours.  C'est ainsi que ça s'appelle : y'a les allers, et les retours.  Et tout est comptabilisé : 4500 allers à ce jour, rien que là où nous sommes.  C'est grisant. 

Il est maintenant temps de nous mettre au boulot, et de repérer les grenouilles.  Mais ici, point de grenouilles, que des crapauds.  4500 crapauds autour de moi, voire plus.  Et mon esprit se met en branle : 4500 princes charmants potentiels.  Un supermarché de bruns ténébreux en puissance.  Rhaaaaaa, je me meurs de bonheur.

Mais je n'ai pas le temps de rêvasser et d'organiser mon mariage de princesse, le devoir m'appelle.  Et il est simple, passque les crapauds, c'est d'une fadeur inattendue.  Dans ma tête, grenouilles et crapauds, ça saute vachement.  Ça saute haut.  Ça ne fait que ça, sauter.  Un peu comme des criquets ou des sauterelles, je sais pas trop.  Mais genre, tu approches ton doigt, et pouf, y'a plus de grenouille, enfuie, échappée, évaporée.  Et bien pas du tout.  Le crapaud, puisqu'ici, il ne s'agit, je vous le rappelle, que de crapauds, avance mollement, bien au sol.  Même lorsqu'il saute, c'est parallèlement au sol, et pas en l'air, j'ai pu le constater.  Le crapaud est fade.  Tellement fade que j'angoisse : une fois ce crapaud transformé en prince, ça va donner un mec « fauteuil télécommande football bière pieds sur la table basse », je ne vois pas d'autre alternative.  Alors, est-ce une bonne idée d'en embrasser un ?

Donc le crapaud avance à son rythme.  Et une fois bloqué par les panneaux de bois supposés lui sauver la vie, il attend.  Le panneau ne fait que vingt centimètres de haut, mais le crapaud ne tente rien.  Il reste là, perdu.  Et il attend.  Il attend la main humaine qui vient le sauver.  Oh, il a peur hein, on peut le constater : le mâle croasse pour la signaler, sa peur, tandis que la femelle, elle, fait pipi.   Passque, oui, le crapaud est mâle OU femelle.  La grenouille aussi.  Et non, le crapaud n'est pas le mâle de la grenouille, non non non.  Le mâle se reconnaît à ses petites pattes avant ornées de taches noires (dont j'ai oublié le nom, mais je crois me souvenir que ça a un lien avec la sexualité, petit coquin va).  La femelle se reconnaît à sa taille : elle est énorme.  Et puis, le mâle, il est obsédé (ça donnera donc un prince « fauteuil télécommande football bière pieds sur la table basse cul sexe cul sexe cul sexe cul »), il s'accroche comme un damné, tout petit qu'il est, sur le dos de son énorme femelle, il s'accroche à son cou, et ils avancent à deux, soudés.  Hilarant.  Captivant.

Et nous les ramassons.  Des petits mecs.  Des grosses nanas.  Et des couples.  Parfois, la nana est ballonnée, incroyablement ballonnée (un peu comme moi après le repas, vous voyez), si ballonnée qu'on en déduit qu'elle n'est pas du groupe « retour » mais du groupe « aller », qu'elle est vachement en retard et qu'elle doit rejoindre l'étang.  Et hop hop hop, on la change de seau.

C'est grisant, ce ramassage de crapauds en danger.  On se sent investi d'une mission vitale.  Un petit rôle, tout petit, mais tellement important pour chaque petit batracien sauvé de la mort.  Genre « je suis la déesse des batraciens, venez vers moi, ma toute puissance va vous sauver ».  C'est limite émouvant.  Et pourtant, le crapaud, en soi, c'est pas super émouvant.  Bon, c'est vrai, les petites pattes, c'est mignon.  Et le léger croassement, c'est craquant.  Mais la peau verdâtre, les pustules, la chair flasque (plus flasque que mon bide, je vous le jure), froide, parfois un peu gluante, c'est bof bof.  Et puis leur grande gueule toujours fermée, c'est étrange.  Grande gueule qu'on a embrassée, bien sûr.

Ben oui, et ne jouez pas les étonnés, vous vous y attendiez, hein.

On a repéré un crapaud en super forme, qui s'accrochait désespérément à une de nos mains, la confondant avec une femelle, sans doute, comme un bernard-l'ermite s'accroche à sa coquille.  Pour le détacher, ce ne fut pas une mince affaire, je vous le dis.  C'était un signe.  Comme un coup de foudre.  Alors, on l'a embrassé.  A tour de rôle.  Sur le corps ou carrément sur la bouche.  Moi, j'ai opté pour la bouche.  Passque moi, maintenant, je peux dire que j'ai embrassé un potentiel prince sur la bouche.  J'ai au moins embrassé quelque chose en 2010, c'est déjà ça.  Et puis c'est mieux que d'embrasser un homme potentiellement fade comme un crapaud non ?  Donc, on a embrassé un potentiel prince... Et c'est au moment où on riait comme des gamines de ce moment étonnant que le doute s'est insinué en nous, comme du venin de vipère (je fais dans les bestiaux à sang froid, en ce moment) : et si c'était plutôt une potentielle princesse ?  Au moment des baisers, en effet, nous maitrisions encore mal la distinction mâle/femelle (maintenant je suis une pro du tri de crapauds, comme l'immonde tri de poussins vu sur internet).  Cris de détresse envers l'organisateur, qui confirme que c'est un prince, enfin un crapaud pardon, ouf ouf ouf, trois fois ouf.  On l'a échappé belle. 

Et il et resté crapaud, malgré nos baisers langoureux.

Mais finalement, tout bien réfléchi, heureusement qu'il ne s'est pas transformé en prince charmant, car le pauvre aurait dû choisir entre trois prétendantes... et je vous prie de croire qu'on se serait battues à mort.

La chasse, ou plutôt la récolte, de crapauds a duré deux bonnes heures, durant lesquelles chaque petit batracien trouvé était un petit moment de bonheur.  Un petit moment de douleur pour mon dos, qui s'en est souvenu toute la nuit, le bougre, mais qu'importe.

J'ai réalisé mon rêve.  Parfois, quand on réalise son rêve, on est déçu.  Là, c'était comme dans mon rêve.

Je pense qu'on a fait traverser environ 150 crapauds, ce qui est très peu par rapport à certains soirs, quand il fait plus chaud et/ou un peu humide.  Passqu'en plus, ils sont spepieux sur la météo...  150 c'est pas énorme, mais c'est toujours ça.  Et puis on reviendra !

Comme l'a dit un de mes acolytes quand nous remballions lampes, bottes, gilets réfléchissants et seaux, c'était une chouette soirée.  Et comme a répliqué l'organisateur « pas une chouette soirée, une grenouille soirée ».  Damned, ça aurait fait une super bonne anaïssade ça... 

Grenouille soirée qui s'est terminée avec des kilos de durums et des litres de boissons pétillantes.  Que du bonheur je vous dis, que cette grenouille soirée.

Et puis, c'est clair et net, maintenant, je ne mangerai plus jamais de cuisses de grenouilles.  J'avais arrêté durant dix ans, un peu comme le tabac, puis j'avais recraqué quelques fois ces dernières années.  Mais là, terminé, à jamais.  Depuis que je sais que les batraciens, de par leur constitution, mettent plusieurs jours à mourir, agonisant, sans pattes... Horreur et putréfaction, je ne veux plus participer à ça.  Scampis à l'ail, oui, escargots à l'ail, oui, mais cuisses de batracien à l'ail, plus jamais.

Et la photo, c'est une grenouille qui a pondu tout récemment dans un point d'eau près de chez moi.  Une charogne de grenouille qui s'est cachée quand j'ai été la voir, la vilaine.  Une grenouille qui ressemble trait pour trait aux crapauds de ma récolte, mais elle a pondu en grappe, donc c'est une grenouille, le crapaud pond en chapelet.  Keske je suis culturée en matière de batraciens, hein, maintenant.  Une grenouille que je me ferais bien frire avec de l'ail, en punition de son absence.  Mes bonnes résolutions la sauvent...

grenouillenamur