23
avr

La stagiaire

Ce titre sonne comme un roman chick lit, ne trouvez-vous pas ?  L'histoire d'une jolie stagiaire blonde et pétillante, qui rencontre un homme d'affaires pour qui elle travaille.  Il est si hautain de prime abord qu'elle n'ose pas lui parler.  Puis, petit à petit, il la remarque.  Et ça se termine en big mariage entre l'homme d'affaires richissime et séduisant et la stagiaire.

Harlequin, me voilà.

Et bien que nenni.

La stagiaire, enfin les stagiaires, c'est pas du roman, c'est la réalité du boulot.  Moi qui fêterai ce 26 avril mes... quinze ans d'ancienneté (rhaaaaaaaaaaaaaa, je veux mourir et me réincarner en adolescente boutonneuse), je ne vous dis pas le nombre de stagiaires que j'ai déjà connus dans ma courte (sic) carrière professionnelle.  D'ailleurs, je suis atteinte de l'oubliestagiairite aigüe, la plupart du temps, car me souvenir de toutes et tous relève de l'exploit.  Et régulièrement, avec Mostek, c'est le grand débat pour se souvenir de qui était là l'an passé, l'année d'avant, celle d'encore avant et ainsi de suite.  Les négociations vont bon train, car moi je crois cela, Mostek ceci, et nous essayons, par tous moyens, de retrouver des moments clés prouvant la présence d'untel ou unetelle telle ou telle année.  L'intérêt ?  Ben aucun, juste tenter de remettre de l'ordre dans nos neurones alzheimeriens.

Et je vous jure qu'en quinze ans, on a eu de tout, du sympa, du hautain, du bosseur, du paresseux, du marrant, du croque-mort... ça mériterait un billet, mais je suis tenue au secret professionnel... quoique...

Cette année, notre stagiaire est jolie, blonde et pétillante, comme dans un roman Harlequin.  Elle est rigolote. Elle aime les séries télé.  Elle bosse super bien.  Bref, elle serait parfaite, si ce n'était son âge totalement indécent : 19 ans (enfin 20 depuis quelques jours, y'a une justice en ce bas monde).

Et dans le monde des stagiaires, tout se sait.  Ainsi, celle de l'an passé avait deviné que j'étais Anaïs Valente, apparemment par hasard, en lisant un billet sur mon blog, qui lui a rappelé un épisode du bureau.  Une de ses amies avait d'ailleurs acheté « La célib'attitude » totalement par hasard, j'adore ce genre de hasard, c'est à mourir de rire.  Bref, elle s'est empressée de dire à la stagiaire de cette année qui j'étais.  Adieu mon anonymat auquel je m'accroche désespérément, comme un naufragé à une bouée percée qui, indubitablement, se vide de sa substance, savoir de son air.  Mon anonymat, c'est du passé, clair et net. 

Notre petite jolie blonde pétillante stagiaire - remettez-moi ça dans le bon ordre (et jeune aussi, oui, bon, ça va) sait donc que j'écris des bêtises sur internet.  Et l'autre jour, on en discutait un peu entre collègues, surtout de ma propension actuelle à adoooorer écrire du morbide de chez morbide.  Oui, j'écris du morbide, mais je ne le publie pas trop ici.  Je lui ai donc fait lire mon billet « 5 minutes »  et puis celui « d'un regard ».

Rien que du banal, quoi.  Mais j'ai eu une envie de parler d'un autre truc que j'ai écrit, bien sanglant.  Un truc lu par personne à ce jour, bien caché dans un tiroir de mon ordinateur pour un projet top secret que j'ai (j'ai cinquante projets top secret qui n'aboutiront sans doute jamais, mais c'est pô grave hein, le jour où je serai aussi célèbre que Guillaume, on les ressortira de leurs tiroirs).  J'en ai parlé et parlé et parlé.  Et ça a attisé sa curiosité, of course. 

Alors, elle m'a fait son petit regard de jeune jolie espiègle stagiaire blonde, et j'ai décidé de lui faire lire, en exclusivité mondiale et même ailleurs ce texte morbide et sanglant. 

Quant à vous, ô lecteurs vénérés, vous aurez juste droit à un tout petit minuscule extrait, na :

« Elle ne bouge plus depuis deux minutes déjà, mais il frappe encore et encore ».

PS : Si vous le demandez gentiment, et si je vous connais depuis vraiment très très loooooooooongteeeeeeeeeeeeeeemps, je peux réfléchir à l'éventualité éventuelle de vous l'envoyer par mail.  Je sais, je suis formidaaaable.

PS2 : Question du jour : peut-on faire confiance aux jeunes jolies stagiaires blondes ?  Angoisse angoisse...

21
avr

Je me lance comme conseillère matrimoniale

J'ai raté ma vocation.

C'est indéniable.

Quoique...

Il n'est pas trop tard, si ?

Je vois déjà la plaque sur ma porte « Anaïs Valente, conseillère matrimoniale - tous problèmes, retour d'affection, magies noire et blanche, rites vaudous, conseils en tous genres, pas cher ma bonne Dame, pas cher du tout ».

Ça fait un peu pub ornée d'une photo d'un grand mage noir en robe blanche avec chapeau assorti, qu'on distribue dans les boîtes aux lettres.

Passqu'on a beau dire, j'ai beau être célibataire, je suis régulièrement consultée pour des conseils matrimoniaux.  Je suis la reine des conseils matrimoniaux.  Je suis l'experte en problèmes matrimoniaux.

Comme si, n'en ayant pas moi-même, de ces problèmes, et pour cause, j'avais de plus grosses antennes pour observer ce qui se passe autour de moi.

C'est peut-être ça, en effet... chais pas. 

Mais je suis la pro.  C'est clair et net.  A tous niveaux, les disputes, les engueulades (je sais, ça veut dire la même chose, oooh, ça va), les doutes, les coups de foudre, les triangles amoureux, les angoisses, les retours de flamme, les séparations, les divorces, les désamours, les réconciliations, les retrouvailles, les je t'aime moi non plus, les je t'aime plus moi si, les je l'aime mais lui pas, les je veux l'aimer mais j'y arrive pas... tout tout tout.

Et je conseille, j'interroge, je dispense, je propose, je réfléchis, je fais réfléchir, je dis, j'écoute.   Et parfois.  Parfois.  Je tombe dans le mille.  J'ai tout compris.  Mieux qu'elles.  Ou qu'eux.  Et parfois, vraiment parfois, je suis utile.

Mais parfois, ça me fait chier.  Mais chier.  Déjà, je me sens pas cap de donner de bons conseils.  Puis c'est parfois saoulant d'être l'oreille qui écoute, l'épaule sur laquelle les larmes coulent.  Egoïste moi ?  Parfois oui, c'est clair.  Et puis parfois, y'a des baffes qui se perdent.  Quand une gamine de vingt ans se lamente sur son célibat.  Des baffes.  Quand le mec qui me fait craquer depuis trois baux me raconte sa soirée baise de la veille.  Des baffes.  Quand mon meilleur pote me demande si coucher sans sentiment, c'est tromper.  Des baffes.  Quand elle veut divorcer.  Des baffes.  Quand il hésite à se marier, tout bien réfléchi.  Des baffes.

Et puis, parfois aussi, j'ai envie de tendre un papier vert à mes patients, après la consultation, et d'encaisser mes honoraires.  Tant qu'à faire.

 

20
avr

Y'a de l'animation à Namur le soir...

19
avr

La sorcière et Leenbakker (un peu comme le corbeau et le renard)

L'autre vendredi, celui où il faisait plein soleil, j'ai eu un moment de folie hystérique chez Leenbakker : j'ai acheté une chaise longue, une chaise à dossier qui descend (ça doit bien porter un nom officiel, mais lequel ?), et quatre chaises bistro, le tout en genre de textilène gris, pour ma terrasse.  D'habitude, je réfléchis dix mois avant d'acheter le moindre clou, la moindre ficelle, mais là, une pulsion.  Le soleil sans doute.

J'ai d'abord repéré la chaise longue.

J'ai déjà une chaise longue.

Correction, j'ai déjà deux chaises longues.

Achetées en 2005.  Waw, le temps passe vite.

2005.  J'achète donc ma première chaise longue en textilène, chez Casa.  Elle est en genre de U à base très large, avec deux pieds aux extrémités de la base, vous voyez ?  Le souci, c'est qu'à l'usage, c'est de la vraie crotte, cette chaise.  Dès qu'on s'assied (pour ensuite se coucher), la pression exercée sur le textilène fait remonter le côté à la verticale, et puis on peut plus le redescendre, sauf à le plier totalement, puis le déplier ensuite.  Vraiment d'un pratique fou.  Et ce risque d'être prise en sandwich à chaque moment, assassinnée par une chaise longue rebelle, c'est pas la joie.

Trois jours après, désespérée, j'achète ma seconde chaise longue en textilène, chez Hema. Et là, nous vivons heureuses et avons beaucoup de petits bains de soleil ensemble.  Elle est pliante, ce qui est pratique, car je peux la rentrer en hiver.  Elle est pas trop moche pour une chaise longue.  Elle ressemble à un lit de camp, en fait, mais en textilène blanc.

2006.  La vie est belle.

2007. La vie est belle.

2008. La vie est belle.

2009. La vie est moins belle.

A force de poser mon gros postérieur bien gras sur ma chaise longue, elle se laisse aller.  Le textilène, c'est mou et élastique, alors, avec les années, ben ça se ramollit encore plus.  Et s'asseoir sur ma chaise longue, en 2009, c'était comme tester la vie de fakir, car y'a plein de trucs qui me rentrent dans les fesses, les cuisses, les mollets, le dos et la tête.  Douloureux.  Et puis elle a perdu son joli coloris blanc (enfin, bon, blanc, c'est pas une couleur mais soit) pour osciller entre le jaune pisse et le gris crasse.   Et elle rouille.

Donc cette année, direction Leenbakker pour voir un peu ce qui s'y vend.  Avec Mostek, dont la voiture ressemble à un petit pois évidé.  Grise, mais format petit pois.

Entre les chaises longues non pliantes et celles en tek, trop lourdes pour mes petits biskotos ramollos, je repère une chaise longue en textilène gris, superbe, classe, à l'allure d'une vraie chaise longue de compétition.  Et pliable.  Le bonheur.  Sur terre.  J'adore j'adhère.

Et j'envisage de la ramener en bus, because le petit pois de Mostek incapable de transporter une chaise longue, même pliante.  Jusqu'à ce que je voie la taille de la boîte : un cercueil.  Un peu court, un peu haut, mais un volume de cercueil.

Bon.

En bus, ça ne le fera pas.  Me faut un véhicule.  Me faut trouver quelqu'un qui a un gros véhicule. 

Le temps de dire à la vendeuse (qui m'a gentiment communiqué le prix, non indiqué, après qu'un vilain vendeur pas beau m'ait dit « je reviens de suite » et ait disparu durant une petite demi-heure au bas mot, le saligaud) que je tente de trouver quelqu'un qui viendra chercher l'objet, elle me prépare déjà une facture.  Oups. Rapide, la miss.

Je vous passe les détails des « bon, ben comme vous savez pas l'emporter illico presto je vous en commande une autre pour mercredi », « mais finalement j'ai quelqu'un pour venir la chercher », « ok venez de suite la prendre, et que ça saute », (une demi-heure passe) « bonjour, je reviens comme convenu pour la chaise », « ben on n'a plus votre chaise », « hein quoi comment ? c'est une blague hein, dites-le que c'est une blague », « ah c'est vous (la chieuse à la chaise), voilà votre chaise finalement »...

La chaise est dans la tuture.  Et tant que j'ai un gros véhicule sous la main, j'ai une folle envie d'une chaise dont le dossier descend vers l'arrière, pour qu'on s'endorme au soleil, un livre ouvert sur le poitrail. Et de chaises bistrot pour remplacer les miennes, toutes rouillées aussi.

La chaise à dossier qui descend, y'a.  Mais les chaises bistrot, faut commander pour mercredi.

Et c'est là que ça devient intéressant.  Tout ce que j'ai écrit avant, c'était le préambule. Long, mais inutile.  L'histoire commence ici.

Elle commence mercredi, à midi et deux minutes, pour être précise.  Quand la sorcière vendeuse de Leenbakker m'appelle :

« Madame Valente ?  C'est crkkkkkkkkkksssssssssss tssssssrqqqqqqqqqqqq »

« Pardon ? »

« C'EST LEEENBAKKER VOS CHAISES SONT ARRIVEES »

« Oh merci (air jovial, que du bonheur MES chaises, yessss, le bonheur, le soleil, l'été, la vie, le rêve, un livre, un cocktail, mes chaises) »

« Vous pensez venir les chercher quand ? »

« Euh (recontacter le proprio du véhicule de vendredi, voir son emploi du temps, le supplier de me venir encore en aide, s'organiser, retrouver le bon de commande), ça sera soit ce soir, soit... »

« Oui, ben, faut venir les chercher le plus rapidement possible hein, au revoir Madame ».

Ma question est : pourquoi elle me demande quand je pense venir les chercher, puisque ma réponse elle s'en fout, tout ce qui lui importe c'est de se débarrasser des chaises illico presto ?

Chais pas pourquoi, j'ai comme la sensation que quand on ira chercher mes chaises, j'aurai droit à un « zavez trop traîné, ça fait exactement 18 heures et 12 minutes que vous étiez avertie de leur disponibilité, on les a vendues à quelqu'un de plus rapide ». 

Chais pas pourquoi hein, mais je sens que je passerai mon été sur quatre chaises rouillées.

Pourquoi je dis ça ?  Passque la chaise longue achetée vendredi, ben y'avait le nom de quelqu'un d'autre dessus, sur un papier, collé.  Mais ça n'a interloqué personne dans le magasin, qu'on me vende la chaise de quelqu'un d'autre, qui a, par ma faute passé son week-end sur une chaise longue rouillée, si ça tombe.  Donc, si y'a une justice, je vais payer cette injustice, et j'aurai pas mes chaises.  Monde cruel.  Vendeuse cruelle. 

Illu de Invasion de Schtroumpfs.

mer

31
mar

L’espion… qui m’espionnait

C'est le titre « l'espion qui m'aimait » qui m'est venu en tête de suite, en grande fan de 007 que je ne suis pas, mais cela ne collait pas à l'histoire, donc « l'espion qui m'espionnait », voilà un titre parfait non ?  Si, parfait.

A trois, vous le dites : parfait.

Il  a quelques années, à l'époque où je surfais encore sur le net, espérant y rencontrer un prince (maintenant, les princes viennent à moi naturellement, plus besoin de chercher - oh ça va, si on peut plus rêver un peu), j'avais un jour reçu un message de quelqu'un à qui j'en avais trop dit, genre énormes secrets : la ville où je vis, l'endroit où je bosse.  Dans son message, il m'avait dit « tu as l'air toute triste quand tu fais tes courses ». 

C'est le genre de message qui fait se dresser les poils de la paranoïaque que je suis, passque j'aime pas qu'on me voie sans que moi je voie qui me voit, vous comprendre ?  Et puis, d'abord, je n'étais pas triste.  Pas du tout.  C'est ma tête naturelle, j'y peux rien.  Je ne parviens pas à sourire aux anges, béatement, en permanence.  Pourtant j'aimerais, passque paraît qu'on dirait que je tire la tronche, au naturel.  Pourtant je sais rire, promis juré, mais quand je suis seule, en train de faire mes courses, je me concentre sur ce que je dois acheter (vu que je ne fais jamais de liste et que si je dois acheter du lait et de quoi souper, je ressors avec trois tablettes de chocolat blanc spéculoos et un magazine féminin, sans lait ni souper), je me concentre sur le décryptage des panneaux et des prix, en bonne myope que je suis, et donc, je ne souris pas, c'est horrible mais c'est ainsi.  Et si je croise quelqu'un que je connais, je ne le vois pas non plus, tant qu'à faire, comme ça ça confirme la sensation de « purée elle est triste et elle tire la gueule en plus, c'te pimbêche ».

Et donc, pas plus tard que ce jour (c'est dire si l'info est primordiale, pour que je la relate directement ici, alors que d'habitude il me faut au minimum trois jours, au maximum trois ans, pour rédiger), je reçois un mail disant, en substance « rho, tu prends le bus en face d'oùsque moi je le prends, je t'ai reconnue car tu lis un livre et tu es trèèèès concentrée ».  Le « tu es concentrée » à lire « tu es triste et tu tires la gueule », of course, j'ai l'habitude.  Rhaaaaaaaaa, la paranoïa me reprend.  Non, je vous rassure, j'ai pas peur qu'il s'agisse d'un tueur en série découpeur de femmes en rondelles (quoique, on n'est jamais trop prudente), mais, je l'ai dit, j'aime pas qu'on me voie sans que moi je voie qui me voit.  Surtout quand ça a lieu, apparemment, chaque matin à l'arrêt du bus. Rhaaaaaaaaaa.  Je suis faite comme un rat, enfin comme une rate.

Donc, dès demain, quel que soit le temps (heureusement, on annonce du froid pour Pâques, donc ça sera de saison), je me déguise, je me camoufle, je ne lis plus rien, je change de veste de sac de bottes de cheveux, je mets un bonnet une écharpe pas Strelli des lunettes noires j'engage un garde du corps je prends un taxi (biffer les mentions inutiles).

Ou alors je mets une burqa... oups non, c'est dorénavant interdit, tchu tchu tchu, c'était pourtant une super idée.

C'est clair maintenant, ma vie va changer totalement.  Je ne pourrai plus être à l'arrêt de bus sans me demander si je suis observée, épiée, décryptée, analysée.  Et j'ai aussi intérêt à choisir les livres que je lis, à prendre des trucs hyper intellos histoire de me donner un genre.  Rha la la la la.

Pour info, j'ai congé vendredi, nananère... me demande si je vais pas me terrer dans un café, armée de jumelles, pour repérer l'observateur en question.  Quelqu'un en congé pour m'accompagner dans cette mission de contrespionnage ?