19
avr

La sorcière et Leenbakker (un peu comme le corbeau et le renard)

L'autre vendredi, celui où il faisait plein soleil, j'ai eu un moment de folie hystérique chez Leenbakker : j'ai acheté une chaise longue, une chaise à dossier qui descend (ça doit bien porter un nom officiel, mais lequel ?), et quatre chaises bistro, le tout en genre de textilène gris, pour ma terrasse.  D'habitude, je réfléchis dix mois avant d'acheter le moindre clou, la moindre ficelle, mais là, une pulsion.  Le soleil sans doute.

J'ai d'abord repéré la chaise longue.

J'ai déjà une chaise longue.

Correction, j'ai déjà deux chaises longues.

Achetées en 2005.  Waw, le temps passe vite.

2005.  J'achète donc ma première chaise longue en textilène, chez Casa.  Elle est en genre de U à base très large, avec deux pieds aux extrémités de la base, vous voyez ?  Le souci, c'est qu'à l'usage, c'est de la vraie crotte, cette chaise.  Dès qu'on s'assied (pour ensuite se coucher), la pression exercée sur le textilène fait remonter le côté à la verticale, et puis on peut plus le redescendre, sauf à le plier totalement, puis le déplier ensuite.  Vraiment d'un pratique fou.  Et ce risque d'être prise en sandwich à chaque moment, assassinnée par une chaise longue rebelle, c'est pas la joie.

Trois jours après, désespérée, j'achète ma seconde chaise longue en textilène, chez Hema. Et là, nous vivons heureuses et avons beaucoup de petits bains de soleil ensemble.  Elle est pliante, ce qui est pratique, car je peux la rentrer en hiver.  Elle est pas trop moche pour une chaise longue.  Elle ressemble à un lit de camp, en fait, mais en textilène blanc.

2006.  La vie est belle.

2007. La vie est belle.

2008. La vie est belle.

2009. La vie est moins belle.

A force de poser mon gros postérieur bien gras sur ma chaise longue, elle se laisse aller.  Le textilène, c'est mou et élastique, alors, avec les années, ben ça se ramollit encore plus.  Et s'asseoir sur ma chaise longue, en 2009, c'était comme tester la vie de fakir, car y'a plein de trucs qui me rentrent dans les fesses, les cuisses, les mollets, le dos et la tête.  Douloureux.  Et puis elle a perdu son joli coloris blanc (enfin, bon, blanc, c'est pas une couleur mais soit) pour osciller entre le jaune pisse et le gris crasse.   Et elle rouille.

Donc cette année, direction Leenbakker pour voir un peu ce qui s'y vend.  Avec Mostek, dont la voiture ressemble à un petit pois évidé.  Grise, mais format petit pois.

Entre les chaises longues non pliantes et celles en tek, trop lourdes pour mes petits biskotos ramollos, je repère une chaise longue en textilène gris, superbe, classe, à l'allure d'une vraie chaise longue de compétition.  Et pliable.  Le bonheur.  Sur terre.  J'adore j'adhère.

Et j'envisage de la ramener en bus, because le petit pois de Mostek incapable de transporter une chaise longue, même pliante.  Jusqu'à ce que je voie la taille de la boîte : un cercueil.  Un peu court, un peu haut, mais un volume de cercueil.

Bon.

En bus, ça ne le fera pas.  Me faut un véhicule.  Me faut trouver quelqu'un qui a un gros véhicule. 

Le temps de dire à la vendeuse (qui m'a gentiment communiqué le prix, non indiqué, après qu'un vilain vendeur pas beau m'ait dit « je reviens de suite » et ait disparu durant une petite demi-heure au bas mot, le saligaud) que je tente de trouver quelqu'un qui viendra chercher l'objet, elle me prépare déjà une facture.  Oups. Rapide, la miss.

Je vous passe les détails des « bon, ben comme vous savez pas l'emporter illico presto je vous en commande une autre pour mercredi », « mais finalement j'ai quelqu'un pour venir la chercher », « ok venez de suite la prendre, et que ça saute », (une demi-heure passe) « bonjour, je reviens comme convenu pour la chaise », « ben on n'a plus votre chaise », « hein quoi comment ? c'est une blague hein, dites-le que c'est une blague », « ah c'est vous (la chieuse à la chaise), voilà votre chaise finalement »...

La chaise est dans la tuture.  Et tant que j'ai un gros véhicule sous la main, j'ai une folle envie d'une chaise dont le dossier descend vers l'arrière, pour qu'on s'endorme au soleil, un livre ouvert sur le poitrail. Et de chaises bistrot pour remplacer les miennes, toutes rouillées aussi.

La chaise à dossier qui descend, y'a.  Mais les chaises bistrot, faut commander pour mercredi.

Et c'est là que ça devient intéressant.  Tout ce que j'ai écrit avant, c'était le préambule. Long, mais inutile.  L'histoire commence ici.

Elle commence mercredi, à midi et deux minutes, pour être précise.  Quand la sorcière vendeuse de Leenbakker m'appelle :

« Madame Valente ?  C'est crkkkkkkkkkksssssssssss tssssssrqqqqqqqqqqqq »

« Pardon ? »

« C'EST LEEENBAKKER VOS CHAISES SONT ARRIVEES »

« Oh merci (air jovial, que du bonheur MES chaises, yessss, le bonheur, le soleil, l'été, la vie, le rêve, un livre, un cocktail, mes chaises) »

« Vous pensez venir les chercher quand ? »

« Euh (recontacter le proprio du véhicule de vendredi, voir son emploi du temps, le supplier de me venir encore en aide, s'organiser, retrouver le bon de commande), ça sera soit ce soir, soit... »

« Oui, ben, faut venir les chercher le plus rapidement possible hein, au revoir Madame ».

Ma question est : pourquoi elle me demande quand je pense venir les chercher, puisque ma réponse elle s'en fout, tout ce qui lui importe c'est de se débarrasser des chaises illico presto ?

Chais pas pourquoi, j'ai comme la sensation que quand on ira chercher mes chaises, j'aurai droit à un « zavez trop traîné, ça fait exactement 18 heures et 12 minutes que vous étiez avertie de leur disponibilité, on les a vendues à quelqu'un de plus rapide ». 

Chais pas pourquoi hein, mais je sens que je passerai mon été sur quatre chaises rouillées.

Pourquoi je dis ça ?  Passque la chaise longue achetée vendredi, ben y'avait le nom de quelqu'un d'autre dessus, sur un papier, collé.  Mais ça n'a interloqué personne dans le magasin, qu'on me vende la chaise de quelqu'un d'autre, qui a, par ma faute passé son week-end sur une chaise longue rouillée, si ça tombe.  Donc, si y'a une justice, je vais payer cette injustice, et j'aurai pas mes chaises.  Monde cruel.  Vendeuse cruelle. 

Illu de Invasion de Schtroumpfs.

mer

31
mar

L’espion… qui m’espionnait

C'est le titre « l'espion qui m'aimait » qui m'est venu en tête de suite, en grande fan de 007 que je ne suis pas, mais cela ne collait pas à l'histoire, donc « l'espion qui m'espionnait », voilà un titre parfait non ?  Si, parfait.

A trois, vous le dites : parfait.

Il  a quelques années, à l'époque où je surfais encore sur le net, espérant y rencontrer un prince (maintenant, les princes viennent à moi naturellement, plus besoin de chercher - oh ça va, si on peut plus rêver un peu), j'avais un jour reçu un message de quelqu'un à qui j'en avais trop dit, genre énormes secrets : la ville où je vis, l'endroit où je bosse.  Dans son message, il m'avait dit « tu as l'air toute triste quand tu fais tes courses ». 

C'est le genre de message qui fait se dresser les poils de la paranoïaque que je suis, passque j'aime pas qu'on me voie sans que moi je voie qui me voit, vous comprendre ?  Et puis, d'abord, je n'étais pas triste.  Pas du tout.  C'est ma tête naturelle, j'y peux rien.  Je ne parviens pas à sourire aux anges, béatement, en permanence.  Pourtant j'aimerais, passque paraît qu'on dirait que je tire la tronche, au naturel.  Pourtant je sais rire, promis juré, mais quand je suis seule, en train de faire mes courses, je me concentre sur ce que je dois acheter (vu que je ne fais jamais de liste et que si je dois acheter du lait et de quoi souper, je ressors avec trois tablettes de chocolat blanc spéculoos et un magazine féminin, sans lait ni souper), je me concentre sur le décryptage des panneaux et des prix, en bonne myope que je suis, et donc, je ne souris pas, c'est horrible mais c'est ainsi.  Et si je croise quelqu'un que je connais, je ne le vois pas non plus, tant qu'à faire, comme ça ça confirme la sensation de « purée elle est triste et elle tire la gueule en plus, c'te pimbêche ».

Et donc, pas plus tard que ce jour (c'est dire si l'info est primordiale, pour que je la relate directement ici, alors que d'habitude il me faut au minimum trois jours, au maximum trois ans, pour rédiger), je reçois un mail disant, en substance « rho, tu prends le bus en face d'oùsque moi je le prends, je t'ai reconnue car tu lis un livre et tu es trèèèès concentrée ».  Le « tu es concentrée » à lire « tu es triste et tu tires la gueule », of course, j'ai l'habitude.  Rhaaaaaaaaa, la paranoïa me reprend.  Non, je vous rassure, j'ai pas peur qu'il s'agisse d'un tueur en série découpeur de femmes en rondelles (quoique, on n'est jamais trop prudente), mais, je l'ai dit, j'aime pas qu'on me voie sans que moi je voie qui me voit.  Surtout quand ça a lieu, apparemment, chaque matin à l'arrêt du bus. Rhaaaaaaaaaa.  Je suis faite comme un rat, enfin comme une rate.

Donc, dès demain, quel que soit le temps (heureusement, on annonce du froid pour Pâques, donc ça sera de saison), je me déguise, je me camoufle, je ne lis plus rien, je change de veste de sac de bottes de cheveux, je mets un bonnet une écharpe pas Strelli des lunettes noires j'engage un garde du corps je prends un taxi (biffer les mentions inutiles).

Ou alors je mets une burqa... oups non, c'est dorénavant interdit, tchu tchu tchu, c'était pourtant une super idée.

C'est clair maintenant, ma vie va changer totalement.  Je ne pourrai plus être à l'arrêt de bus sans me demander si je suis observée, épiée, décryptée, analysée.  Et j'ai aussi intérêt à choisir les livres que je lis, à prendre des trucs hyper intellos histoire de me donner un genre.  Rha la la la la.

Pour info, j'ai congé vendredi, nananère... me demande si je vais pas me terrer dans un café, armée de jumelles, pour repérer l'observateur en question.  Quelqu'un en congé pour m'accompagner dans cette mission de contrespionnage ?

30
mar

J’ai testé « embrasse un crapaud, puis sauve une vie »

C'est le soir, mais il fait encore clair, vive le printemps.  Il fait doux, mais pas assez, nous le comprendrons plus tard.

En voiture, direction sauvetage de batraciens.

Passque, c'est bien connu, au printemps, les sauteuses des prés, plus souvent appelées ainsi lorsqu'elles sont accompagnées d'ail, prennent des risques inconsidérés pour aller pondre dans l'étang qui les a vues naître, en traversant des rues pleines de trucs qui font vroum vroum.  Durant cette migration, nombreuses sont celles qui se font écraser et ça fait plotch plotch.

Vous allez me dire, « à quoi bon en sauver quelques-unes, est-ce vraiment indispensable dans notre société, notre monde ».  Bien sûr que non.  Rien n'est indispensable.  Bosser ne l'est pas.  Aller au cinéma non plus.  Aider une œuvre non plus.  Se tracasser pour l'effet de serre non plus.  Et faire traverser des grenouilles non plus.  Mais doit-on, dans notre existence, ne faire que des choses indispensables ?  Purée, ô que non, j'espère bien.  Donc moi, depuis toujours, ne me demandez pas pourquoi (peut-être ce mythe du prince charmant, qui sait), je rêvais de sauver des grenouilles.  Passque j'aime bien ces petites choses en soi banales, mais quand on y pense tellement géniales (et ça rime) : servir un repas de Noël aux démunis, répondre au téléphone au Télévie (enfin pas cette année, zont quitté Namur, les fourbes), donner l'heure à une vieille dame angoissée, sauver des grenouilles... J'aime ça. 

 

Et l'opportunité m'a donc été donnée d'aller sauver les grenouilles.  Mon matos est prêt : seau, bottes en caoutchouc n'ayant jamais servi (moi être une aventurière dans l'âme, dans l'âme seulement), gilet réfléchissant (en tout cas plus que moi) prêté par ... euh j'ignore si je peux le dire et lampe torche... que j'ai oubliée.  Passque, sans doute, j'ignorais comment allait se passer la récolte des grenouilles.  Donc je croyais sans doute, béatement, qu'elles allaient se précipiter dans mon seau, en me croassant des petits « mercis mercis mercis ».

Bref oubliée, la lampe, mais pas grave, car à notre arrivée, l'organisateur a tout le matos adéquat pour les bénévoles ignorant tout des déplacements annuels de batraciens.

Et il est super, l'organisateur.  Passionné.  Il prend le temps de tout nous expliquer.  Ainsi, une fois que nous sommes bottés, gilet-réfléchissantés, seautés et lampedepochés, il nous emmène à l'endroit balisé « attention traversée de batraciens », avec petite lumière et panneaux pour avertir les véhicules, et nous explique le processus : les petites planches en bois arrêtent les bestiaux, il nous suffit de les récupérer et de les mettre dans le seau.  A gauche, ceux qui reviennent de l'étang après la ponte et les galipettes (enfin plutôt les galipettes puis la ponte).  A droite, les retardataires qui tentent encore de rejoindre ledit étang.  Nous serons à gauche, pour les retours.  C'est ainsi que ça s'appelle : y'a les allers, et les retours.  Et tout est comptabilisé : 4500 allers à ce jour, rien que là où nous sommes.  C'est grisant. 

Il est maintenant temps de nous mettre au boulot, et de repérer les grenouilles.  Mais ici, point de grenouilles, que des crapauds.  4500 crapauds autour de moi, voire plus.  Et mon esprit se met en branle : 4500 princes charmants potentiels.  Un supermarché de bruns ténébreux en puissance.  Rhaaaaaa, je me meurs de bonheur.

Mais je n'ai pas le temps de rêvasser et d'organiser mon mariage de princesse, le devoir m'appelle.  Et il est simple, passque les crapauds, c'est d'une fadeur inattendue.  Dans ma tête, grenouilles et crapauds, ça saute vachement.  Ça saute haut.  Ça ne fait que ça, sauter.  Un peu comme des criquets ou des sauterelles, je sais pas trop.  Mais genre, tu approches ton doigt, et pouf, y'a plus de grenouille, enfuie, échappée, évaporée.  Et bien pas du tout.  Le crapaud, puisqu'ici, il ne s'agit, je vous le rappelle, que de crapauds, avance mollement, bien au sol.  Même lorsqu'il saute, c'est parallèlement au sol, et pas en l'air, j'ai pu le constater.  Le crapaud est fade.  Tellement fade que j'angoisse : une fois ce crapaud transformé en prince, ça va donner un mec « fauteuil télécommande football bière pieds sur la table basse », je ne vois pas d'autre alternative.  Alors, est-ce une bonne idée d'en embrasser un ?

Donc le crapaud avance à son rythme.  Et une fois bloqué par les panneaux de bois supposés lui sauver la vie, il attend.  Le panneau ne fait que vingt centimètres de haut, mais le crapaud ne tente rien.  Il reste là, perdu.  Et il attend.  Il attend la main humaine qui vient le sauver.  Oh, il a peur hein, on peut le constater : le mâle croasse pour la signaler, sa peur, tandis que la femelle, elle, fait pipi.   Passque, oui, le crapaud est mâle OU femelle.  La grenouille aussi.  Et non, le crapaud n'est pas le mâle de la grenouille, non non non.  Le mâle se reconnaît à ses petites pattes avant ornées de taches noires (dont j'ai oublié le nom, mais je crois me souvenir que ça a un lien avec la sexualité, petit coquin va).  La femelle se reconnaît à sa taille : elle est énorme.  Et puis, le mâle, il est obsédé (ça donnera donc un prince « fauteuil télécommande football bière pieds sur la table basse cul sexe cul sexe cul sexe cul »), il s'accroche comme un damné, tout petit qu'il est, sur le dos de son énorme femelle, il s'accroche à son cou, et ils avancent à deux, soudés.  Hilarant.  Captivant.

Et nous les ramassons.  Des petits mecs.  Des grosses nanas.  Et des couples.  Parfois, la nana est ballonnée, incroyablement ballonnée (un peu comme moi après le repas, vous voyez), si ballonnée qu'on en déduit qu'elle n'est pas du groupe « retour » mais du groupe « aller », qu'elle est vachement en retard et qu'elle doit rejoindre l'étang.  Et hop hop hop, on la change de seau.

C'est grisant, ce ramassage de crapauds en danger.  On se sent investi d'une mission vitale.  Un petit rôle, tout petit, mais tellement important pour chaque petit batracien sauvé de la mort.  Genre « je suis la déesse des batraciens, venez vers moi, ma toute puissance va vous sauver ».  C'est limite émouvant.  Et pourtant, le crapaud, en soi, c'est pas super émouvant.  Bon, c'est vrai, les petites pattes, c'est mignon.  Et le léger croassement, c'est craquant.  Mais la peau verdâtre, les pustules, la chair flasque (plus flasque que mon bide, je vous le jure), froide, parfois un peu gluante, c'est bof bof.  Et puis leur grande gueule toujours fermée, c'est étrange.  Grande gueule qu'on a embrassée, bien sûr.

Ben oui, et ne jouez pas les étonnés, vous vous y attendiez, hein.

On a repéré un crapaud en super forme, qui s'accrochait désespérément à une de nos mains, la confondant avec une femelle, sans doute, comme un bernard-l'ermite s'accroche à sa coquille.  Pour le détacher, ce ne fut pas une mince affaire, je vous le dis.  C'était un signe.  Comme un coup de foudre.  Alors, on l'a embrassé.  A tour de rôle.  Sur le corps ou carrément sur la bouche.  Moi, j'ai opté pour la bouche.  Passque moi, maintenant, je peux dire que j'ai embrassé un potentiel prince sur la bouche.  J'ai au moins embrassé quelque chose en 2010, c'est déjà ça.  Et puis c'est mieux que d'embrasser un homme potentiellement fade comme un crapaud non ?  Donc, on a embrassé un potentiel prince... Et c'est au moment où on riait comme des gamines de ce moment étonnant que le doute s'est insinué en nous, comme du venin de vipère (je fais dans les bestiaux à sang froid, en ce moment) : et si c'était plutôt une potentielle princesse ?  Au moment des baisers, en effet, nous maitrisions encore mal la distinction mâle/femelle (maintenant je suis une pro du tri de crapauds, comme l'immonde tri de poussins vu sur internet).  Cris de détresse envers l'organisateur, qui confirme que c'est un prince, enfin un crapaud pardon, ouf ouf ouf, trois fois ouf.  On l'a échappé belle. 

Et il et resté crapaud, malgré nos baisers langoureux.

Mais finalement, tout bien réfléchi, heureusement qu'il ne s'est pas transformé en prince charmant, car le pauvre aurait dû choisir entre trois prétendantes... et je vous prie de croire qu'on se serait battues à mort.

La chasse, ou plutôt la récolte, de crapauds a duré deux bonnes heures, durant lesquelles chaque petit batracien trouvé était un petit moment de bonheur.  Un petit moment de douleur pour mon dos, qui s'en est souvenu toute la nuit, le bougre, mais qu'importe.

J'ai réalisé mon rêve.  Parfois, quand on réalise son rêve, on est déçu.  Là, c'était comme dans mon rêve.

Je pense qu'on a fait traverser environ 150 crapauds, ce qui est très peu par rapport à certains soirs, quand il fait plus chaud et/ou un peu humide.  Passqu'en plus, ils sont spepieux sur la météo...  150 c'est pas énorme, mais c'est toujours ça.  Et puis on reviendra !

Comme l'a dit un de mes acolytes quand nous remballions lampes, bottes, gilets réfléchissants et seaux, c'était une chouette soirée.  Et comme a répliqué l'organisateur « pas une chouette soirée, une grenouille soirée ».  Damned, ça aurait fait une super bonne anaïssade ça... 

Grenouille soirée qui s'est terminée avec des kilos de durums et des litres de boissons pétillantes.  Que du bonheur je vous dis, que cette grenouille soirée.

Et puis, c'est clair et net, maintenant, je ne mangerai plus jamais de cuisses de grenouilles.  J'avais arrêté durant dix ans, un peu comme le tabac, puis j'avais recraqué quelques fois ces dernières années.  Mais là, terminé, à jamais.  Depuis que je sais que les batraciens, de par leur constitution, mettent plusieurs jours à mourir, agonisant, sans pattes... Horreur et putréfaction, je ne veux plus participer à ça.  Scampis à l'ail, oui, escargots à l'ail, oui, mais cuisses de batracien à l'ail, plus jamais.

Et la photo, c'est une grenouille qui a pondu tout récemment dans un point d'eau près de chez moi.  Une charogne de grenouille qui s'est cachée quand j'ai été la voir, la vilaine.  Une grenouille qui ressemble trait pour trait aux crapauds de ma récolte, mais elle a pondu en grappe, donc c'est une grenouille, le crapaud pond en chapelet.  Keske je suis culturée en matière de batraciens, hein, maintenant.  Une grenouille que je me ferais bien frire avec de l'ail, en punition de son absence.  Mes bonnes résolutions la sauvent...

grenouillenamur

 

25
mar

J’ai testé « fabrique ton petit objet en cuir Delvaux »

L'autre samedi, j'ai été invitée chez Delvaux, le fabriquant belge de sacs de luxe.  Ah ben si, de luxe, passque le sac que j'ai repéré, même que je l'aimeuh d'amoureuh, un superbe sac noir bien vaste dans lequel mettre un tas de brol (son nom, c'est Covent Garden, choli non ? je l'aime en noir, je le précise des fois qu'un mécène passerait par ici, et je mets une photo, pour pas que le mécène se trompe), bref ce sac, il est à 1.450 eur.  Naaaaaaaaaaaaaaaan, je n'ai pas mis un zéro de trop.  C'est bien son prix. 

Qui, en 2010, peut s'offrir un sac à 1.450 eur ?

Pas grand monde...

Et pourtant beaucoup de monde...

Bref, j'ai été invitée chez Delvaux, afin de fabriquer « mon petit objet en cuir Delvaux ».

Et là, vos petits yeux pernicieux et vicieux se disent (oui, ça parle, des yeux) « si elle a été invitée, c'est qu'elle est une super bonne cliente de la mort qui tue la vie ».

Et bien la réponse... tadaaaaaaaaaam... est non.

J'ai rien de chez Delvaux.  Enfin si, deux petits porte-clés reçus la fois où Ciné-Revue fêtait ses je ne sais combien d'années et que j'avais gagné une invitation pour un film, avec champagne, petits fours et porte-clés Delvaux, avec le logo Ciné Revue derrière, ce qui enlève tout le côté « ça en jette » de la chose.

Donc j'ai rien de chez Delvaux.

Mais j'ai une amie super hypra hyper énormissimement bonne cliente de chez Delvaux.  Et, pour répondre à vos yeux pernicieux et vicieux, c'est pas pour ça qu'elle est mon amie, non mais.

Et donc elle a été invitée chez Delvaux pour fabriquer son « petit objet en cuir ».  Et vu que je suis la seule à encore oser l'accompagner dans ce magasin très, dirons-nous, particulier, elle m'a proposé de fabriquer moi aussi mon « petit objet en cuir ».

Bien sûr, ça m'a bottée, mieux encore que mes nombreuses paires de bottes Pataugas, vous pensez : avoir, enfin, un objet Delvaux.  Gratuit.  Et made by Bibi.  Que du bonheur.  Bonheur dont j'ai demandé confirmation trois fois, histoire de ne pas être jetée à la rue comme une SSD (la SDF de chez Delvaux : SSD comme Sans Sac Delvaux) lorsque je franchirais les portes bien gardée du magasin, en compagnie de mon laissez-passer.  Apparemment, la règle du magasin est « la (super bonne) cliente est reine, ne lui refusez rien ».  Donc, j'ai pu accompagner.

Et j'ai accompagné.

Il faut le reconnaître, l'accueil est hyper gentil.  Genre cirage de pompes.  Voire frotte-balle.  Voire encore lèche-cul.  Surtout pour les clientes, dont je ne fais pas partie, et ça, tout le monde le sait.  Ça se voit, comme si les clientes se repéraient entre elles.  Facile, elles sont toutes venues avec leur sac Delvaux.  Moi j'ai mon sac argenté reçu gratos via ce blog (merci mon blog, je t'aime mon blog), dont valeur, tout de même 140 eur, ce qui me semble déjà vachement cher.  Il est en cuir.  Argenté.  Mais pas Delvaux.  Shame on me.

Donc, l'accueil est agréable, assorti de café et jus de fruits, puis nous nous mettons au travail.  On n'est pas ici pour s'amuser, non mais.  L'artisan nous propose de choisir parmi divers coloris de pièces de cuir, afin de réaliser une petite pochette, de nos blanches et agiles petites menottes.  Je me rue sur le noir.  Noir qui s'avère être un bleu marine.  Argh, je m'en veux, j'aurais pas dû prendre cette couleur, même si avec le fil turquoise, ce pourrait être joli.  Je profite cependant de l'arrivée tardive d'une mère et de sa fille pour procéder à un échange discret du bleu marine contre le vert anis, qui ira supeeeeeeeeeeer bien avec le fil mauve, enfin violet qu'on dit Anaïs.  Echange réussi.

Autour de la table, à part l'artisan, que des femmes.  L'ambiance est sympa, je dois dire, même si on sent que le milieu n'est pas identique au mien.  Ça se sent, c'est inexplicable, c'est ainsi.  Je me sens un peu du quart monde, si vous voyez le topo.

L'activité commence.  Elle consiste tout d'abord à enduire les bords de notre pièce de cuir d'un genre de vernis, très liquide.  Coloris au choix.  Et là encore, les coloris ne sont pas comme ailleurs.  Pas de rouge, bleu marine, turquoise et mauve, mais des noms à coucher dehors, que j'ai d'ailleurs oubliés, mais genre carmin estival pour le rouge, nuit sans étoile pour le bleu marine (ce qui fait que je l'ai pris pour du noir, vous pigez mieux maintenant), violette sauvage pour le mauve... et pour le turquoise, je crois m'étrangler avec mon jus de pomme : bitch.  Vous lisez bien, « bitch », ce terme anglais signifiant « fille de joie », en langage Delvaux, et « pute » en langage Anaïssien.  Bitch !  Une autre invitée a la même pensée que moi, je le vois, je croise son regard.  Puis nous comprenons.  Pas bitch, beach.  Beach comme plage, sable, coquillage et mer turquoise.  CQFD. Leçon pour Delvaux : apprendre à ses artisans à prononcer beach « biiiiitch » et pas « bitch », c'est plus sûr. 

Je choisis donc le mauve (violette sauvage) et j'enduis consciencieusement ma pièce de cuir vert anis (enfin, le nom doit être différent, mais je n'ai pas retiendu, mes escuuuus).  Nous enduisons consciencieusement.  Y'a des rapides et des moins rapides.  Je fais partie des moins rapides, passque je suis perfectionniste.  Et passque je perds deux plombes sur une bavure de mauve que j'ai faite, sur le rabat de ma pochette, titchu.

Après séchage, l'atelier couture commence.  Avec du fil, mauve toujours, nous confectionnons notre pochette, la fermons, la relions.  Elle est jolie, il faut le reconnaître, cette petite pochette.  Et puis ce sera une pièce unique.  Et, durant le travail, notre maître artisan nous explique les petits secrets de fabrication, et c'est captivant.  On sent qu'il est passionné.  Et ça passionne d'autant plus.

Une fois la couture terminée, la finition revient à notre spécialiste, qui clipse les fermoirs.  Des fermoirs estampillés Delvaux, excusez du peu.

Ensuite, remise des certificats d'authenticité.  « Fabriqué par Anaïs, contrôlé par... ».  Excusez du peu.  Keske je me la pète grave de chez grave.

J'ai fabriqué ma pochette Delvaux à moi rien qu'à moi toute à moi.  Avec le recul, j'aurais dû prendre le cuir bleu marine, avec le turquoise.  Et pas le vert, trop salissant.  Tant pis.

Merci Delvaux.  Enfin surtout merci à mon amie super bonne cliente qui a eu la super bonne idée de m'inviter à cet atelier.  C'était que du bonheur.  Bon, cette ambiance cirage de pompes, ce n'est pas mon truc, surtout que mes pompes à moi, on les cire pas de la même façon, je ne suis pas cliente, et ça se sent. Bien sûr, j'ai droit aux sourires, bien sûr, les vendeuses sont adorables, mais moi, on ne me fait pas du « Méééédéééééme Anaïs » à chaque phrase.  Car moi, je ne claquerai pas mon fric sur place, et ça, ça se sait, ça se sent.

Quoique... ce sac à 1.450 eur... c'est normal que j'en rêve chaque nuit depuis lors ?

delvaux2

delvaux

23
mar

Il y a de la vie sur Ebay !

J'ai longtemps cru (en réalité, je crois depuis toujours), qu'Ebay était une autre planète, sur laquelle vivaient des martiens.  Ridicule, vu que les martiens, ça vit sur Mars, logiquement, et pas « sur une autre planète ».  Ridicule encore, vu qu'il n'y a pas de vie sur Mars, enfin semble-t-il.  Mais j'y croyais dur comme fer.  A défaut de martiens, je pensais que des robots, des androïdes, des clones, enfin, appelez-les comme bon vous semble, des êtres venus d'ailleurs et de nulle part à la fois, géraient Ebay.

Ça vous étonne ou ça confirme votre opinion ?

Passque, et c'est un peu comme ça partout maintenant, pour avoir affaire à un humain, sur Ebay, faut se lever plus tôt que tôt.  Je n'y suis pour ma part jamais parvenue. 

Il y a quelques années, j'ai été victime d'une arnaque sur Ebay.  Très mauvaise idée d'acheter quoi que ce soit à quelqu'un qui est nouveau vendeur et n'a aucune évaluation.  Sauf que moi, je me disais, « on est tous passés par là, on a tous vendu notre premier objet un jour, alors il faut aussi laisser une chance aux nouveaux ».  Depuis que j'y ai perdu des plumes et surtout de l'argent, la Mère Theresa que j'étais à l'époque s'est changée en Mère Cruella. 

Et même avec cette arnaque, pour laquelle j'ai porté plainte à la police, ainsi que de nombreuses autres victimes, fournissant un paquet de preuves, jamais je n'ai eu affaire à un moindre humain bossant chez Ebay.  Pour la petite histoire, la police ne fut pas plus compétente, car je n'ai jamais eu aucun retour des plaintes, alors qu'ils disposaient d'un nombre incroyable d'éléments, dont notamment des numéros de comptes bancaires.  Mais quand je vois actuellement comment ça fonctionne, à la police Namur, je comprends mieux. Ça mériterait un billet entier, adjugé...

Retour donc sur Ebay, où j'ai été escroquée en tant qu'acheteuse.  Dans le plus grand silence de l'équipe de robots.

Et même en tant que vendeuse, impossible de parler à un quelconque humain.  Le site est labyrinthesque, sans doute pour dissuader, à grands coups de « clics » pour aller ici, là, ou encore là-bas, en passant par ici et en repassant par là, tout qui voudrait parler à un interlocuteur, ou à défaut envoyer un mail qui sera lu par un être humain qui répondra avec ses dix doigts, et non scanné et suivi d'une réponse automatique n'ayant rien à voir avec la question.  Quand j'ai voulu vendre un parfum, un vrai de vrai, authentique, et tout et tout, ça m'a été interdit en raison d'obscures raisons liées à la contrefaçon.  Impossible d'en savoir plus, et mes demandes de renseignements attendent réponse depuis, au bas mot, le 1er mai 2002.  Ne jamais envoyer un mail le jour de la fête du travail, petite Anaïs.

Donc, pour moi, je le dis et le redis, Ebay est un monde de robots, géré par des robots, punt aan de lijn.

Mais ce soir (enfin à l'heure où vous lirez ces lignes, hier soir), j'ai eu une grande révélation : il y a bien de la vie sur Ebay.  Oui !!

Passque mon annonce, passée vers 20 heures, a été quasi immédiatement supprimée, pour non respect des conditions.  Et ce ne peut être l'acte d'un robot, car il eût fallu qu'il sache lire, ce robot.  Lire et comprendre ce qu'il lit.  Ce qui n'est pas donné à tout robot, quand bien même il s'appellerait Nono, l'ami d'Ulysse.

J'en suis persuadée, c'est bel et bien un humain qui a supprimé mon annonce, et m'a ensuite adressé un mail standard pour me le signaler.  Sans explication, of course, faut pas trop rêver non plus Anaïs.  Mais ce fut si rapide que j'en suis encore estomaquée.

Et tout bien réfléchi, maintenant que je l'écris, ce ne peut être un humain.  C'est nin possip alleye une fois.  Car combien d'humains bosseraient alors là, pour lire, une à une, les milliers d'annonces qui fleurissent chaque matin comme la rose printanière et décider celles de qui passent à la trappe ?

Mais comment alors, en scannant mon annonce, un robot a-t-il pu conclure qu'elle n'était pas conforme au règlement ?  Et d'ailleurs, en quoi ne l'était-elle pas ?  Elle était pourtant super mon annonce, originale, colorée, et tout et tout.  Snif.  Je ne comprends pas.  Et vous ne comprendrez jamais, car l'annonce a disparu dans les méandres d'Ebay, à tout jamais.  Dommage, elle était jolie mon annonce.

Bon, je reviens, je vais réfléchir encore une nuit ou deux afin de savoir s'il y a vraiment de la vie sur Ebay...