19
mai

Scènes de la vie quotidienne

Passage à la Poss’. La Poss’ est en fin de compte une grande source d’inspiration pour moi.

J’ai un colis qui m’y attend youpiiiiiiiiie. Surtout que je n’attends rien. Une surprise ! Une caisse de champagne ? Un colis beauté ? Un cadeau d’un fan de mon blog ? Mon poids en lasagnes Farniente ?

Personne à la Poss’, youpie. Je m’attendais à une foule en délire, après un férié, mais rien. Encore quelques secondes et je saurai.

Oups. C’est tellement vide que même les employés sont pas là.

Ils font le pont, que dis-je, le viaduc, jusqu’à lundi. Je trouve ça totalement inadmissible, à la limite du tolérable, de faire ainsi des ponts, empêchant les bonnes gens d’aller chercher leurs colis. Moi, je fais le pont (ben quoi ?) et c’était l’occasion de pénétrer dans les bureaux de la Poss’, ouverts si rarement. J’espérais une journée Poss’ ouverte.

Un môssieur réalise le drame qui se noue devant lui. La Posss’ est fermée. Il ronchonne dans sa moustache sur les fonctionnaires qui, décidément, n’en foutent pas une. Râle râle râle. Quel culot de râler. S’il est là, à une heure avancée de la matinée, c’est bien qu’il fait le pont, lui. Alors, pourquoi la Posss’ ne le ferait pas, le pont ? Je me contredis ? Oui je sais. C’est toute la complexité de mon caractère : je trouve exaspérants les clients du bureau qui veulent tous venir un vendredi de pont car ils sont en congé (moi aussi môssieur ou médéme, j’ai le droit de faire le pont), mais je trouve encore plus exaspérant, durant mon pont, de ne pas trouver tous les commerces et services ouverts. Ils n’ont qu’à pas faire le pont, na. Vous avez suivi ? Si non, ce n’est pas grave, dites-vous simplement qu’Anaïs rouspète encore…

Au distributeur, un jeune homme crie des insultes « t’es qu’une sal…, espèce de cona…, garce, put…, tu peux pas me faire ça ». Il vocifère beaucoup. Il pleurniche un peu. Je n’arrive pas à voir s’il est équipé d’une oreillette et engueule son amoureuse ou s’il s’adresse directement à la machine, qu’il insulte pour refus de livraison de pognon. C’est le problème de ce monde moderne, avec tous ces zombies qui déambulent dans la ville, parlant tout seuls. Sont-ils schizophrènes, ou pourvus d’oreillettes ?

Notre jeune homme continue à s’égosiller devant le distributeur « tu vas me le payer, sal…, cona…, put… » Il ferait bien de s’acheter un dictionnaire des synonymes, il se répète…

Je zappe vers une librairie. Pas là ousqu’on vend des magazines, là ousqu’on vend des livres.

Mon tendre Guillaume Musso a sorti son nouveau livre, ça fait un petit temps. Devant son rayon, une flaque s’étend de semaine en semaine. C’est moi. Je bave trop. Depuis trop longtemps, mais je résisterai. Guillaume, si tu me lis, tu peux m’offrir un exemplaire dédicacé, allez, pliiiiz ? Une jeune femme cherche de la lecture et s’avise d’un auteur intéressant auprès d’une vendeuse. J’interviens, je la supplie de s’offrir Guillaume. Faut croire que mon intervention porte ses fruits. Elle souhaitait en acheter un, elle prendra les trois (les trois sortis en poche). Si vous passez par ici, c’était moi, oui oui, c’était moi. Je suis contente. Ils devraient m’engager comme attachée de presse perso de Guillaume (bien qu’à mon avis il n’en ait pas besoin, mais bon).

J’achète rien (enfin presque), je profite du passage éclair du soleil pour déambuler un peu et je rentre buller devant la TV et les Femmes au foyer désespérées saison 3 (merci pour ton dévouement, toi qui m’enregistre les épisodes). Home sweet home. Même le rat semble bien dans sa peau.

J’aime j’aime la vie (Sandra Kim). Même quand la Posss’ est fermée et que j’ai pas mon colis.

30
avr

Dialogues de rue

Scènes de la vie quotidienne.

En rue. Sept femmes. Sept petites vieilles. Misenplitées. Brushingées. Dont certaines ont trois pattes. Devant la posss’. Mais est-ce jour de paie à la posss’ aujourd’hui ? Les pensions vont-elles tomber ? Veinardes va (larmichette au coin de mon œil eye-liné). Un car s’approche. Elles montent. Elles bavardent gaiement. De tout. De rien. Elles rient. Sept femmes. Sept minutes ? Voilà. C’est ça. Elles se rendent à un speed-dating pour troisième âge. Y’a de la rencontre dans l’air. Y’a de l’amour dans l’air.

A la caisse du supermarché. Un homme. Une femme. Deux petits vieux. Chacun à sa caisse. « Oh comment vas-tu ? » demande-t-il. « Tu es seule ? » ajoute-t-il. « Seule, ben oui depuis que… » répond-elle, le regard plein d’espoir de l’histoire qui pourrait naître. « Non, je veux dire, tu es venue avec quelqu’un pour tes courses, veux-tu que je te dépose ». Patatras. Adieu histoire à naître. Elle s’en va, son cabas semble plus lourd, d’un coup.

En rue. Quatre femmes. Quatre jeunes femmes court vêtues. L’une d’elle parle fort. Mécontente. « Tu aurais dû me le dire. Si je la croise je la plante, ça va barder. Mieux vaut qu’elle n’apparaisse pas, elle va dégager vite fait. Tu aurais dû me le dire ». « … ». « Elle a couché avec mon homme, tu imagines. Tu aurais dû me le dire. Tu aurais dû me le dire ».

A chaque âge, à chaque moment, l’amour est là, on en parle, on en rêve, on le détruit, on l’imagine, on le veut, on le vit.