20
avr

Chronique d’une salle d’attente aux urgences

 

14 heures.  Arrivée aux urgences.  J'ai qu'une envie : m'enfuir en courant.  Je hais les hôpitaux.  Je hais encore plus les urgences.  Je hais cette ambiance, cette odeur.  Cette peur qui envahit tout.

C'est moche, les urgences.  C'est vieux, c'est sordide.  C'est pas comme à la télé.  Le personnel est réuni dans le local d'accueil, qui n'a d'accueillant que son nom, et bave devant un nouveau né tout mignon qu'une des leurs est venue présenter.  Areuh areuh.  Pendant ce temps, moi, j'attends.  Je l'ignore encore, mais je ne ferai que ça : attendre.

Ma présence est enfin repérée, après de longues secondes d'areuh areuh.  Je sens que je dérange, mais tant pis, faut ce qu'il faut.

Je suis orientée vers une salle fermée.  Attendre que d'autres examens aient lieu.  Des blouses blanchent passent en coup de vent, sans se présenter, sans un mot, ou presque.  Elles traversent les lieux, s'arrêtent un bref instant pour vérifier les constantes, puis disparaissent aussitôt.  Médecins ?  Infirmiers ?  Malades déguisés ?  Qui sait...

Départ pour des examens complémentaires, me voici rudement éjectée de la salle d'examen vers la salle d'attente : « faut pas rester là, maintenant que c'est vide, laissez la place à d'autres ».  Pointe d'exaspération.  Je dérange.

La salle d'attente est vide, ou presque, ça ne durera pas.

Les murs sont tapissés de posters angoissants à souhait.  Comme si e fait d'être là ne suffisait pas.  Faut en remettre une couche.  « Arrêtez de fumer », avec énumération détaillée des risques - ouf je ne fume pas.  « Vous avez des crampes, c'est peut être un risque cardiaque » - argh, j'ai sans cesse des crampes.   Cette salle n'est qu'une accumulation de posters culpabilisants et effrayants.  Clair que je vais ressortir de là atteinte de toutes les maladies possibles et imaginables, sacrebleu.

Deux petits vieux s'installent.  Pour patienter, il la recoiffe avec difficulté.  « Faudra aller chez le coiffeur, hein ».

Une maman et son bébé attendent des résultats d'examen.  Le petit va mieux, paraît-il.  Il est tout sourire, et me rend le mien pour un instant. 

Deux hommes pénètrent dans le local.  Ils semblent bien imbibés et parlent à voix ultra haute, alors que le silence religieux semble presque de rigueur ici.

Les sièges sont en plastique dur, et mes fesses commencent à rouspéter allégrement.  Oh, comme une salle d'attente meublée de sièges confortables et tapissée de coloris joyeux, le tout saupoudré d'une lumière tamisée, serait agréable.  Bon, faut cesser de fantasmer, le doc revient.

Les résultats sont pas fameux, faut faire d'autres examens.  Attendez encore.

Attendre.  Attendre.  Attendre.

Quelques tatoués font leur apparition.

Et moi j'observe tous ces gens, me demandant pourquoi ils sont là.  Une douleur ?  Une anxiété ?  Une fracture ?  Une rechute ?  Une maladie grave ?  Un décès imminent ?  Une maladie psychosomatique ?  Je cherche sur leur visage un signe.  J'imagine le pire.  J'espère le meilleur.

Les résultats arrivent, faut faire d'autres examens.  J'ai déjà entendu ça.

Et c'est parti dans le labyrinthe hospitalier, pour gagner un autre service.

Et attendre, attendre, attendre.

Un petit homme vert, enfin plutôt un grand homme vert, souriant et plein d'empathie, fait la conversation.  Qui il est ?  Ce qu'il fait là ?  Impossible de le savoir.  Mais, comme un ange gardien tombé du ciel, il fait tout pour rendre la vie plus facile.  Il passe et repasse, et repasse encore, tout sourire, tout compatissant, tout plein d'informations.  Enfin, des informations.

Les résultats arrivent, comme des pièces de puzzle.  Faut rejoindre un autre service.

A nouveau, dédale dans le labyrinthe hospitalier, pour gagner l'USI.  L'USI ?  Kekseksa ?  Unité de soins intensifs ma bonne dame.  Y'en a plein des USI, dans cet hôpital.  Et plein de gens, devant les USI, qui attendent l'ouverture des portes.  Ils ne font que ça depuis des jours : attendre, attendre, attendre.  Que les portes s'ouvrent.  Que les résultats tombent.  Que le patient soit transféré ailleurs, signe d'une amélioration.  Attendre, attendre, attendre.  Ils se connaissent tous, se donnent des nouvelles, discutent énormément, comme si le partage d'une même douleur, d'une même peur, rapprochait de façon incroyable.

Et moi, j'attends.  J'attends.  J'attends.

Il fait nuit maintenant.  Il faut quitter les lieux.  Les portes se referment sur l'USI.

Rentrer chez soi.  Et attendre.

 

26
mar

Scène d’un trajet quotidien

Journée pluvieuse mais douce.  17 heures, entre chien et loup dit-on je pense.  Le ciel n'est plus tout à fait clair, mais pas encore tout à fait noir.  La soirée s'annonce joviale : je vais cuisiner.  Folle envie d'escalope de poulet pannée, ça ne s'explique pas.

Le bus arrive, je monte et m'installe tant bien que mal, chargée que je suis par un gros sac de courses.  Le chauffeur n'est pas brun ténébreux mais il a un petit charme, je l'avoue.  Peu de cheveux, petites lunettes.  Un petit côté intello qui n'est pas pour me déplaire.

La valse des entrées et sorties prend quelques minutes, et je vois entrer une dame relativement âgée (expression qui ne veut rien dire, cela va de soi, car qu'est-ce que c'est être « relativement âgée » sinon un terme qui temporise le mot interdit « vieille »).  Elle est d'une élégance certaine avec ses beaux cheveux blonds lissés en carré court, coiffure inhabituelle pour une femme de cet âge, généralement plus adepte des boucles de « mémé ».  Un maquillage parfait ajoute encore à sa classe.  Elle se déplace cependant très difficilement, à petits pas tout petits tout petits, et à l'aide d'une béquille toute noire.

Elle s'approche de moi à petits pas tout petits tout petits, et s'assois sur le siège juste devant le mien, à côté d'une ado au look extravagant, aux dents appareillées de fil presque barbelé et dont l'ipod déverse un son agressif que j'entends malgré Hana Pestle qui chante dans mes propres oreilles.

Le bus quitte enfin la gare et s'apprête à traverser la ville à la verticale, via l'artère principale, laquelle est à sens unique (important pour la suite de l'histoire, concentrez-vous).

Notre dame relativement âgée sonne immédiatement, signalant son intention de descendre au prochain arrêt, situé sur cette fameuse artère principale à sens unique (je sais, j'insiste lourdement).

Lorsque le bus s'arrête, elle se lève péniblement (j'ai un tantinet pitié, « comme on devient ma bonne Dame ») et se dirige à petits pas tout petits tout petits vers la sortie.  Elle s'arrête devant la porte, se tourne tant bien que mal vers le chauffeur ni brun ni ténébreux et lui demande « pour redescendre la rue ensuite Monsieur, je prends le bus en face ? »  A noter qu'on ne redescend pas la rue, on la remonte, direction Nord, mais qu'importe.  A noter aussi que, vu le sens unique, il est clair qu'aucun bus ne passe dans l'autre sens, mais cette pauvre dame ne semble pas s'en rendre compte.  Le chauffeur acquiesce d'un œil distrait.  Je me concentre mieux sur la conversation, ne croyant pas entendre ce que j'entends : un chauffeur de bus qui répond n'importe quoi à une pauvre dame lourdement handicapée.

Etant donné qu'elle doit être un tantinet sourde de surcroît et qu'elle met, à raison, la parole du chauffeur en doute, elle insiste « donc je reprends le bus à l'arrêt en face alors ? »

Et le chauffeur de confirmer allègrement « oui oui c'est cela Madame ».

Cette brave dame descend enfin, ignorant tout du drame qui s'est noué.

Je suis sciée, estomaquée et chamboulée, tout à la fois, de constater à quel point ce chauffeur ne manque ni de culot ni de sensibilité.  Et penser à cette pauvre dame qui va, après quelque temps, vouloir reprendre le bus à l'endroit même où le chauffeur lui a confirmé qu'elle pouvait le reprendre.  J'ose espérer qu'elle réalisera rapidement que la circulation ne se fait que dans un sens et que retourner à la gare en bus est impossible.

Quant à ce chauffeur ni brun ni ténébreux ni sympa, je lui souhaite d'être un jour très vieux et très impotent, et de se retrouver perdu dans une ville qu'il connaît peu, à la merci d'un chauffeur dégueulasse tel que lui.  Rira bien qui rira le dernier.  Salaud, va.

Ma bonne résolution pour la prochaine fois : vaincre ma timidité maladive et oser intervenir dans ce genre de conversation afin d'orienter au mieux les gens maltraités par les chauffeurs ignobles.

20
jan

Scènes d’une salle d’attente de médecin lors d’une épidémie de grippe

 

(billet rédigé ce samedi soir)

« Pourkwaaaaaaaa ai-je choisi d'aller dans cette salle d'attente un vendredi soir ?  Pourkwaaaaaa ai-je choisi une semaine d'épidémie pour aller dans cette salle d'attente ?  Pourkwaaaaaaaa n'ai-je pas déserté les lieux immédiatement ?  Pourkwaaaaaaaaaaaaaa ? »

(My god, c'est quoi ces cinq folles dénommées Pussycat Dolls ?)

Voilà en substance les questions que je me suis posées durant les deux heures qu'a duré mon attente.  Deux heures.  Durant lesquelles j'ai lu une très grosse centaine de pages de Fascination (merci Fascination, suffisamment fascinant pour me faire patienter, merci Bella et tes pulsions amoureuses, merci Edward et ton humour dévastateur). 

Donc, j'avais un tout chtit mal de gorge, le genre qui fait avaler quelques poignards par heure.  Mais aucun autre symptôme, donc pas de quoi fouetter un rat (le mien me fusille du regard à l'instant où je vous écris, à croire qu'il lit dans mes pensées comme Edward - dieu comme il m'obsède, cet Edward).

(Christophe Maé est tout content, tant mieux, rien à faire, je n'en serai jamais super méga fan)

Et comme je devais aller, depuis plusieurs semaines, chez ma Miss Docteur brune ténébreuse (mais femme), pour quelques soucis dont je vous épargnerai les détails (vous savez comme je déteste faire pleurer dans les chaumières), j'ai décidé de faire d'une pierre quatre coups : parler de ceci, de cela, de cela et de ma pauvre gorge irritée.

Mal m'en a pris.

(Sofia Essaidi a mis une poule noire morte sur sa poitrine ce soir, étrange)

A noter pour ne plus oublier : ne JAMAIS aller chez Miss Docteur durant les épidémies de grippe.

Dès mon arrivée, je réalise l'ampleur de la chose : plus une seule chaise libre dans la salle d'attente.  Ah, si, une.  Là-bas, au fond.  Je m'y précipite, avec une seule envie : m'en aller.  Mais vu toutes les paires d'yeux qui me dévisagent, je n'ose.  Dans une salle d'attente, les gens n'ont rien d'autre à faire que s'observer, c'est la sinistrose absolue.

(Stanislas et Calogero, rhaaaaaaaaaaa, je vous aimeuh)

Je m'installe et observe à mon tour, histoire de détecter qui est avec qui.  Cette femme semble être avec ce tout jeune ado.  Celle-là a l'air d'être la mère de ces deux fillettes.  Cet homme est-il l'époux ou le fils de cette dame ?  Chaque regroupement signifie moins d'attente...  Si mes calculs sont bons, en comptant une moyenne d'un/quart d'heure par consultation et vu que je passerai après elle, elle et lui, elle et elles, elle et lui, lui et elle, j'en ai pour une heure trente d'attente.  Que du bonheur.

(Pitié pas Sherifa Luna comme révélation, pitié Edouard, pitiéééééé... Zao, kikseksa hein ?)

Je me plonge dans Fascination, et je lis.  Difficile cependant de se concentrer, vu le va et vient qui fait que cette salle d'attente ressemble plutôt à un hall de gare.  Entre les gens qui entrent, s'installent, comptent puis abandonnent.  Ceux qui entrent et s'installent.  Ceux qui suivent Miss Docteur qui fait régulièrement irruption en hurlant « c'est à qui » d'un air aussi exaspéré que désespéré, c'est la folie furieuse.

(Aaaah vlà Edouard, j'adoooore cette chanson, argh ils chantent tous, yesssss, j'adooooooooore,  c'est incroyable ce qui arrive à Edouard, non ?)

Mais là n'est pas le pire.

Le pire, c'est qu'ils toussent.

Tous.

Ils toussent tous (argh comme je me marre de mon si bon jeu de mots digne de tous ceux que je sors sans cesse dans mon nouveau bureau, à Mostek et à ma new collègue qui n'a pas de surnom, mais qui n'est plus Moustique, vous le savez).

(I kissed a girl and I liked it, Les limites... mais zont choisi toutes les chansons que j'aime d'amour - par contre Julien Doré en marcel noir brillant, non, franchement, ça le fait pas)

Donc ils toussent tous.

De façon différente.  Petit raclement de gorge (ça c'est moi, j'ai toujours un chat dans la gorge, qui ne semble pas tenté par le rat puisqu'il n'en sort jamais).  Petite toux sèche.  Grosse toux sèche.  Enorme toux grasse qui n'en finit pas et provoque l'étonnement et le rire des autres patients (pour ma part, j'en aurais presque la nausée).

Ils ont tous la grippe, c'est une certitude certaine.  Et dans cet endroit confiné plein de miasmes, de bactéries, de microbes, de virus contagieux et d'acariens atteints de toutes sortes de maux, clair que je vais être contaminée en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

(Vlà Duffy, ou Buffy, ou Puffy, quelle voix !- si Nikos pouvait cesser de faire le pitre, ce serait parfait)

La mère et son jeune fils s'en vont, après tellement d'attente.  Etrange.  J'avance d'une case sur le jeu de l'oie virtuel de cette salle d'attente. 

La femme et son époux/fils ne se connaissent pas, ils n'entreront pas ensemble.  Je recule d'une case.

(Mylène, elle est botoxée hein, rassurez-moi ?, je fais vingt ans de plus qu'elle, c'est pas normal)

A mes côtés, une jeune femme envoie des SMS.  Sans cesse.  A une vitesse folle.  Durant une heure.  Cette envie de lui fracasser le GSM sur la tête, au bout d'une heure à peine de cette torture, c'est grave docteur ?  Sont-ce les prémices de la grippe ?

Une heure d'attente déjà.  J'ai bien avancé dans ma lecture, malgré les interruptions fréquentes.  Bella est en danger, l'angoisse monte, en même temps que mon impatience.  La prochaine fois, j'emporte mon portable et je regarde des feuilletons en streaming, tant qu'à faire.

(My god, j'ignorais qu'Enrique Iglesias était si... si... et si...)

Dans deux personnes, c'est mon tour.  Oups, non, dans trois personnes, j'avais pas vu cette petite vieille tapie dans un coin. 

Dans une personne c'est mon tour.

(Ma main sur ton petit cul blablabla, je coupe le son, cette chanson m'horripile et fait se dresser mes longs poils de bras)

C'est mon tour.  Bientôt.  Enfin bientôt... c'est tout relatif.  Cette petite vieille a dû faire une attaque dans le cabinet, c'est nin possip' que ça dure tant.  Elle est morte c'est clair.  Ou évanouie.  A moins qu'il ne s'agisse d'une tueuse en série de médecins et qu'elle soit en train de découper cette pauvre Miss Docteur.

Bon c'est mon tour, cette fois.  Enfin.

J'entre.  Je cause.  Je prends mes ordonnances.  J'apprends que j'ai une pharyngite.  J'appréhende ma future grippe.

Et je rentre chez moi.

(Voilà, c'est fini, à part Anthony Cavanagh et Nikos, c'était pas mal, mais j'ai pas vu qui a gagné la meilleure chanson de l'année, fichtre)

Ça a duré 7 minutes.  120 minutes d'attente pour 7 minutes de consultation avec une doctoresse fabuleuse, je me dois de le dire, mais overbookée.

Tout ça pour ça.

Je rentre chez moi, tandis que Miss Docteur a encore huit personnes à voir.

(Vous l'aurez compris, j'ai rédigé ce billet en matant les NRJ Music Awards)

 

24
jui

J’ai pris le train pour aller voir Jean-Philippe Darcis... en vrai !

Et aller à Verviers en train s’avère être une véritable aventure, croyez-le, puisque, comme d’habitude, le train est en retard, sacrebleu.  Fort heureusement, il est annoncé d’une voix mielleuse durant le voyage que la correspondance pour Verviers sera assurée (donc que le prochain train sera lui aussi en regard).  Alléluia, y’a un dieu pour les amateurs de macarons. 

Dans ce second train, un omnibus qui doit dater d’avant-guerre (et je parle ici de la guerre 14-18), les arrêts ne sont pas annoncés.  J’angoisse donc à chaque arrêt et scrute désespérément les quais afin de m’assurer que je ne dois pas descendre.  Stressée moi, naaaaaaaaaaaan, voyons, qu’allez-vous imaginer.  Je m’adresse donc à un charmant jeune homme mignon tout plein et aux cheveux carotte et lui demande, d’un air angoissé « oùskon est là ? on est où ? c’est où ici ? », « Pépinster », me répond-il d’une voix grave et séduisante.  « Pas Verviers alors ? » ... regard inquiet pour ma santé mentale, signifiant « si c’est Pépinster, c’est nin Verviers hein (avec l’accent de Liéééééch’ en bonus) ».  Soit.  Une fois à Verviers, il se tourne vers moi et me dit « Voilà, Verviers ».  Et moi « C’est Verviers ? »... second regard inquiet.  Mais sympathique.  Sans doute un peu compatissant.  Mais keskil est mignon ce jeune homme.  Voilà, j’en suis réduite à baver devant les petits jeunes devenus inabordables vu mon grand âge. 

Je sors de la gare, me retourne pour l’admirer et surtout pour la reconnaître à mon retour.  Futée hein.  Ben quoi, si je ne regarde pas la tronche de la gare, comment voulez-vous que je sache y retourner au soir.  CQFD.  Clair qu’elle est jolie, la gare de Verviers.  Et le chemin jusque chez Darcis l’est aussi, théâtre, parc ensoleillé.  A la fois calme et agitée, Verviers est une petite ville qui dispose cependant du minimum vital : un magasin de fringues qui n’existe pas à Namur, où je m’offre deux toutes petites choses pas chères pas chères et un Mac Do pour me ravitailler.  Je suis sauvée.  J’avais pourtant analysé les sites web de Quick et Mac Do la veille, dans l’espoir d’en trouver un sur Verviers, mais rien de rien.  Petits filous, c’était une surprise.  Il fait une chaleur déjà épouvantable, je décide donc de manger très très léger : un ersatz de cheeseburger dans lequel le ketchup est remplacé par de la sauce au poivre et la rondelle infecte de cornichon par de la salade.  Je le mange en plein soleil.  Délicieux.  Mais j’ai chaud.  Super, je vais puer des dessous de bras.  Faut que j’achète du déodorant avant d’aller au temple du macaron.  Impératif.  Sauf que j’en trouve pas, du déodorant.  Je retire donc ce que j’ai dit : Verviers ne dispose pas du minimum vital.

Je m’oriente ensuite vers le salon et l’atelier Darcis, pour les quelques heures de bonheur que je vous ai contées hier.

(relire le billet d’hier si nécessaire)

Le soir venu, je fais le chemin inverse, bien plus lourdement chargée.  Marchandises précieuses, qui plus est.  J’ai faim.  Passque finalement, à part un Coca light dans l’après-midi, accompagné d’une petite praline, à part un demi-macaron, j’ai plus rien mangé depuis l’ersatz de cheeseburger de midi moi.  Je repasse donc manger le même ersatz de cheeseburger (on ne change pas une équipe qui gagne), puis je rejoins la (belle) gare.

Cette gare est pleine de portes, et j’ai les mains pleines de sacs.  Fort heureusement, la galanterie existe encore, et un monsieur m’ouvre la porte, petit sourire aux lèvres.

Je m’installe sur un banc, sur le quai, en plein soleil, et je saisis mon livre (le dernier Janine Boissard, dévoré sur l’aller-retour).  L’ambiance est calme.  Arrivent quatre petites jeunes filles accompagnées d’une adulte.  Selon leurs conversations, deux d’entre elles partent en Nouvelle-Zélande (Aaaah, kiwis kiwis).  Elles sont surexcitées et leur joie fait plaisir à voir.  L’une des quatre, qui ne part pas, demande à l’autre de lui rapporter des boucles d’oreilles fabriquées par sa tante, là-bas, si loin.  Elles rient et entament une bataille d’eau, à grands coups de bouteilles.  Je crains le pire pour mes pâtisseries, mais la mère s’interpose et les fait cesser.  Ouf. 

Au loin, un jeune homme est pensif, sur un banc, tête baissée.  A quoi pense-t-il ?  Rupture ?  Retrouvailles angoissées ?  Examens difficiles ?  Tristesse ou réflexion ?

A côté de moi, une femme noire en robe hyper colorée lit.  En douce, je repère le titre du livre « prête à tout abandonner ? »

Un départ en Nouvelle-Zélande.  Un titre de livre équivoque.  Dois-je y voir un message divin ?

J’y réfléchis un bref instant, puis me replonge dans la lecture d’un article sur Christophe Willem, dans Métro festival trouvé sur le banc.  Il vient aux Francofolies, et j’en bave d’envie. 

Le train m’emmène à Liège, où la gare est littéralement gorgée de soleil.  Il est presque 20h et il fait chaud.  Je crains le pire pour mes gâteaux, que je tente tant bien que mal de garder à l’ombre.  Je suis tellement chargée que je dépose mon gilet et ma veste (oui, en partant à l’aube, souvenez, vous 9h49, j’ai cru qu’il faisait frisquet, mal m’en a pris) sur la boîte de gâteaux.

Le calme en gare de Guillemins est incroyable.

Le train arrive avec dix minutes d’avance.  Mais partira avec dix minutes de retard.  Attente d’une correspondance.  J’aime les attentes de correspondances uniquement lorsqu’elles m’arrangent.

De retour à Namur, j’ai immédiatement un bus, et peu après 21h, me voilà at home, afin de lire les dernières pages de mon livre, sur un transat, en terrasse, après avoir rangé mes gâteaux au frigo.  La boîte est totalement écrasée par mon gilet et ma veste (c’est que ça pèse, une veste, sur une pauvre boîte de gâteaux), mais seule une tartelette en a perdu son chapeau de meringue italienne, qui s’est collé au couvercle en carton et que j’engloutis en une bouchée.  Divine.

Je fais rafraîchir tout le reste.  J’ingurgite quelques pâtes.  C’est que la route, ça creuse.  Et peu après minuit, je me gave d’un éclair au jasmin et fraises (jamais rien mangé d’aussi bon, je vous le dis), et d’une tartelette citron meringuée (savant mélange entre l’acidité du citron et le sucré de la meringue, sur fond biscuité croustillant à souhait).  Je garde les macarons pour le lendemain, comme l’a suggéré Monsieur Darcis.

Voilà une jolie aventure qui se termine, merci Monsieur Darcis pour votre accueil, votre sourire et votre passion.

18
fév

Scènes d’une Saint-Glinglin

Le problème du 14 février, c’est que si l’on a envie de faire quelque-chose ce jour là, y’a intérêt à avoir des potes célibataires.  Les autres sont tous occupés à roucouler, se bisouiller et se faire de grandes déclarations, quand il ne s’agit pas carrément de demandes en mariage.

Moi, pour ma non Saint-Valentin, je suis allée dans mon QG, le Villeroy Club, m’offrir une assiettée de pâtes et un tiramisu spéculoos.  Toute seule, mais qu’importe.  Je me suis installée à ma table fétiche, celle oùsque « Anaïs » est gravé en lettre capitales (juré c’est pas moi qui l’ai fait).  Une table d’où je vois toute l’assemblée.  Une table d’où je peux tout observer.

L’ambiance est paisible.  Deux hommes seuls (ne serais-je pas la seule à fêter ma Saint-Trucmachin en solo ?), un petit couple d’ado se regardant amoureusement, pieds emmêlés.

Arrive ensuite une bande de jeunes un peu bruyants.  Ils sont trois.  L’un deux porte une écharpe Strelli très féminine.  L’autre un sac Longchamps framboise écrasée (vous savez, ces sacs en toile repliables, qui coûtent une fortune en zeuros).  Etrange étrange étrange.  Une jeune fille les rejoint et saisit le sac.  Je comprends mieux.  Elle aussi porte une écharpe Strelli.  A la fin de leur repas, elle fera un cours à son pote, afin de lui apprendre à nouer la sienne de façon élégante.  Je regarde discrètement, histoire d’en prendre de la graine.  Ils mangent leurs sandwichs importés et leurs pâtes asiatiques achetées en face.  Faut oser.  Le pire : ils partiront sans rapporter leur plateau à l’endroit ad hoc.  On a beau porter des marques, l’éducation n’est pas donnée à tous.  Je déteste ça.

Deux femmes.  L’une offre un cadeau à l’autre.  Une jolie boîte emballée de gris et dessinée de violet.  L’autre ouvre.  Lentement.  Trop lentement.  Je jette des regardes discrets mais fréquents.  Je veux savoir.  Keskil y a à l’intérieur ?  Après une séance de déballage interminable, elle découvre son cadeau : un parfum.  Qu’elle teste immédiatement.  Sont-elle amoureuses ?  Simples collègues ou amies fêtant un anniversaire ?  Nul ne le sait.  Moi non plus.

Je décide moi aussi de me gâter.  Je m’offre le CD acoustique de Christophe Willem, avec un DVD bonus d’une heure de concert.  Je m’offre le répertoire des paresseuses, cadeau inutile du jour, mais censé marquer pour l’éternité (amen) l’annonce officielle de la sortie de mon livre.  Dans cinquante ans, je le montrerai à mes petits-enfants, il sera tout moche tout vieux tout abîmé, et je leur dirai d’une voix chevrotante : votre bonne-maman, mes petiots, elle tenait un blog du temps oùsqu’elle était célibataire, et elle était une paresseuse officielle.  Emotion.

Le lendemain, petite bouffe entre filles.  J’ai réservé, soupçonnant que beaucoup de couples fêteraient leur Saint-Jelediraipoint le même soir.  Bingo.  Pas beaucoup de couples, ma bonne Dame, que des couples !  Rien que des couples.  La salle est décorée de cœurs kitschissimes à souhait.  Nous serons quatre.  Quatre amies.  J’arrive en même temps que l’une d’elles, et nous nous asseyons à notre table.  Immédiatement le serveur se précipite « vous prendrez déjà un apéritif ? … mais je suppose que nous attendons encore deux messieurs ».  Léger blanc.  Silence.  « Euh non.  Nous attendons deux dames. »  Il se confond en excuses.  Nous sommes gênées mais hilares.  La femme de la table d’à côté l’est également, hilare, elle qui tient tendrement la main de son homme.

Même si le romantisme manque à cette soirée au resto entre filles, le rire est présent, et les sujets de conversations sont passionnants.  Que font quatre amies lorsqu’elles se retrouvent au restaurant ?  Elles parlent sexe, pardi.  Entre autres sujets, bien sûr, mais elles parlent sexe.  On se serait cru dans un épisode de Sex and the City.

Ce fut donc une non Saint-Valentin très sympa, en cette année 2008.
stval08