2
nov

Amie Virtuelle

Je me suis fait une copine sur le net : Virtuelle est son pseudo. C’est pas le but ultime, mais tant qu’à faire… Et comme elle a un rendez-vous avec un de ses contacts, qui pense venir avec un pote, ma présence est requise. A 4, ça sera sympa : ça multiplie par deux les chances de coup de foudre. Ça limite les risques d’ennui profond.

La journée est belle et ensoleillée (vive l'été indien). Nos deux cyberamis doivent nous rejoindre sur un parking, histoire de se reconnaître facilement. Oh surprise, un seul des deux est finalement venu. Le Doc qu’il s’appelle (enfin sur le net). Youpiiiie, ménage à trois, j’en ai toujours rêvé 

Comme Le Doc ne connaît pas la région, on lui propose un verre en terrasse, suivi d’une visite guidée de la ville. Il accepte, peu enthousiaste. Me demande s’il connaît le sens profond du mot « enthousiasme ». Et là commence le calvaire. Il est totalement silencieux, doté d’un petit côté hautain qui dit « je sais que je suis beau, regardez mes yeux, regardez moi ». C’est vrai que c’est un beau petit bout d’homme. Une belle icône masculine. Mais pour ma part ça s’arrête là. On le traîne dans la ville et ma nouvelle amie Virtuelle s’échine à meubler la conversation.

Exemples :
- Tu aimes le cinéma ?
- Oui (soupir qui signifie : pas envie de t’énumérer mes films favoris)
- Quels sont tes loisirs ?
- Pas grand-chose
- Et ton travail ?
- Pas envie d’en parler…

Le pire est que ça dure, des heures et des heures. Pour ma part j’ai totalement abandonné mes efforts. Je me surprends même, à un moment suprêmement soporifique, à dire «oh je m’ennuie». Glups. Regard glacial du Doc. Les heures se traînent quand enfin il aborde l’éventualité de son départ imminent. Regard complice entre Virtuelle et moi-même. Jouissance profonde (c’est mieux que rien…). Il s’en va. Il est parti. On ne le reverra plus. Alleluia.

Pour fêter ça, on s’offre un resto entre filles. Et durant des heures, on parle, on rit, on pouffe, on dévore, on boit, on se marre comme jamais. Un réel petit moment de bonheur. A partir d’aujourd’hui, je n’accepte plus de rendez-vous que le soir, ce qui me permettra, grâce à un sinistre bâillement, de prétexter «faut que j’y aille, je bosse demain», pour filer en douce si le môssieur s’avère être un triste sire. Adieu Le Doc. Retour sur le net.

29
oct

Richard Gere

Une fois dormir et me revoici scotchée à mon PC, brûlant d’impatience. 27 messages. Ouhla, pas mal non ? Est-ce ma photo ? Mes goûts entre hard rock et classique (toujours pas l’option musique française) ? Ou mes « j’aime j’aime pô » ?

Bon, j’efface déjà dix messages illisibles. J’ai pourtant une bonne maîtrise de la langue française, mais j’ai beau lire et relire, comme on dit ici, j’y pige que dalle. Est-ce un site ouvert aux pays du monde entier ? non pourtant ! ça doit être un langage codé. Exemples : « chte kif à donf, ta webcam ? », « tè nouvel sa va ? ».

Parmi tous ces spécimens, je trouve un message dit « normal » : une gentille prise de contact. Le môssieur est connecté, j’entame une conversation sur le « tchat » avec lui. Son pseudo est « Richard Gere ». Prometteur non ? J’adore ce film et son romantiiiiisme. Il s’avère que s’il a choisi ce surnom, ce n’est pas parce que son physique est similaire à celui de Richard (dommage) mais parce qu’il a la même voiture que lui dans « Pretty Woman ». Impossible de retenir le nom de cette voiture, mais je retiens qu’elle est rouge et que les portes s’ouvrent par le haut, sympa non ? Bon, Richard est sympa également, c’est le principal. J’accepte donc volontiers son invitation au resto chinois. J’aime pas les restos chinois, mais ma maman m’a toujours dit « quand on t’invite, tu acceptes par politesse, et tu te tais ». Moi me taire ? Allez, c’est bon pour une fois.

Mon premier cyber rendez-vous. Je trouille. S’il est pas sympa, pas bavard, pas beau, pas rigolo ? Je peux m’enfuir au courant ? Me souviens pas des directives de ma maman au sujet de ce type de problème. Après réflexion c’est normal : maman poule n’a jamais imaginé que son poussin de fille en serait réduite à accepter des rendez-vous sur le net… Richard se révèle assez sympa et rigolo. Il a de la conversation. Je passe une bonne soirée, mais pas de coup de foudre. Déjà, entrer ma (déjà) vieille carcasse dans cette voiture étrange, basse, aux ceintures de sécurité venues de l’espace, m’a épuisée. Pour un tout premier rendez-vous du net, je suis cependant assez contente du résultat : Richard n’est pas bizarre, pas doté d’un énorme pustule ou d’un bégayement incontrôlable, pas de syndrome qui le ferait hurler des insultes (Tourette). Il n’a pas oublié son portefeuille au moment de l’addition. On se quitte avec la promesse de se revoir.

Depuis deux jours on s’envoie des petits sms rigolos, j’aime les sms, ça me rappelle les petits mots qu’on se passait en douce durant les cours. Ça donne un certain charme à notre début de relation. Ce soir, je sors entre filles, on va manger, boire, danser youpie. Richard m’envoie un sms « tu fais quoi ce soir ? » « je sors avec des copines », et je lui cite l’endroit secret, en guise d’invitation en douce. Pas de nouvelles, ça sera donc une sortie totalement entre filles. Vers 1h du mat’, ou bien 2h, je sais plus, pourtant je n’ai bu que du coca, juré craché, le voilà qui débarque. Et quand je dis « débarque » il s’agit bien de débarquer. Complètement saoul, bourré, plein. Il s’avachit lourdement sur une chaise, sans même que je l’y aie invité. Son ivresse est telle qu’il parvient difficilement à avaler sa bière, et, dans un geste maladroit, renverse nos boissons. Je l’invite fermement à payer une tournée de dédommagement. Il marmonne quelques borborygmes entre deux gorgées de bière. Je crois comprendre qu’il refuse. Ma fureur monte, je le vire de la table.

Le lendemain, un mail. Aucune excuse. Il me signale qu’il a fini la soirée aux urgences, suite à l’accident qu’il a eu en rentrant chez lui. Ben voyons… Il attend que je compatisse ? Il me connaît décidément très mal. La voiture de Pretty Woman cassée. Richard Gere malpoli, rustre, buveur et conducteur sous l’emprise de l’alcool. Le rêve s’arrête. Adieu Richard. Retour sur le net.