21
sep

Imposture (la fin de la fin)

Et voilà, aussitôt racheté, aussitôt lu.  

Les cornichons au chocolat.

Et bien, il n’a même pas vieilli, ce livre.  Mais pas du tout.  Certains livres, certains films, vieillissent mal.  Ou plutôt nous ne vieillissons pas avec eux, et en les revoyant, les relisant, quelques années plus tard, on se demande comment ils ont pu nous toucher, nous faire rire ou pleurer.

Les cornichons au chocolat, ça n’a pas vieilli.

J’ai retrouvé les émotions de l’époque.  Le chat Garfunkel.  L’Autre.  Les parents faussement indifférents.  La tristesse.  Les rêves.  La solitude.  L’espoir.  Tout ce que j’avais ressenti à l’époque, quant j’avais l’âge de stéphanie, à quelques années près.

Et bien finalement, j’ai pris 24 ans, mais je n’ai pas changé.  J’ai aimé.  J’ai ressenti sa tristesse, ses rêves, sa solitude, son espoir.  Que je partageais à l’époque.  Que je partage encore maintenant.  Et j’ai pleuré.  A la fin.  Comme avant.

D’ailleurs là je pleure encore.  Alors je vais me moucher, si vous permettez.

21
sep

Imposture (la fin)

Il faut absolument que je relise ce livre… ABSOLUMENT.

 

Je dois l’avoir dans mon grenier, mais j’ai beau fouiller, je ne le retrouve pas.  Nulle part.  Pourtant je m’en souviens tellement, de la bouille de Steph, enfin non, de la bouille de cette jolie fille qui la représentait sur la couverture de 1984.

 

Je vais en librairie, mais il est introuvable.  Je cherche un peu sur brocante, introuvable.

 

Jusqu’à ce jour où il m’emmène découvrir un bouquiniste récemment ouvert au profit d’Oxfam.  On discute un peu livres, lui et moi.  Et on fouille.  J’ai perdu de vue cette envie de relire Stéphanie.

 

J’y trouve un thriller à l’air sympa.

 

Je déambule un peu dans les rayons, puis je le rejoins.  Silencieusement, comme si souvent, presque systématiquement, entre nous.  Rien en commun.  Sauf les gênes (ou plutôt les gènes... lapsus révélateur).

 

Soudain, je me souviens des Cornichons au chocolat, et je fais demi-tour en disant « oh au fait… », au moment même où il me dit « tiens au fait… »  Il s’interrompt pour me laisser partir, puis me rejoint.

 

Je tente d’expliquer que je cherche ce livre, écrit par Stéphanie qui est en fait Philippe Labro, mais je m’emberlificote dans mes phrases.  Et lui veut me parler de sa propre idée, ne m’écoutant pas, comme toujours. 

 

Et il y parvient.  Et me dit « tiens, tu te souviens de ce livre que j’avais acheté il y a des années, que tu aimais, comment ça s’appelait… euh… des Cornichons au Chocolat ». 

 

Et là, on rigole, parce qu’on a eu la même idée.  Il avait lui aussi appris que Stéphanie n’avait jamais existé.  Que c’était Labro.

 

Je cherche en poche, à Stéphanie, à Labro, puis je cherche en belle édition et là, miracle, je dégotte la nouvelle version 2007, toute jolie, toute neuve, même pas lue, pour une somme dérisoire.  Le destin.

 

Et je suis contente, mais contente. 

 

Anaïs, elle râle vite.  Mais Anaïs, elle est vite heureuse.  Très vite.

 

Je paie.  Je rentre.  Je lis.  Labro m’écrit, me dit : « Voici donc ces Cornichons au Chocolat, auxquels je n’ai rien soustrait ou retouché.  Aux lecteurs, et aussi aux lectrices (en particulier celles qui disaient ressembler à Stéphanie, et qui voient s’approcher la quarantaine) de juger si, malgré la révolution permanente des mœurs, mentalités, modes, argots, accessoires, technologies et tendances culturelles, une rebelle reste une rebelle, une enfant reste une enfant, un roman reste un miroir, et le cœur un « chasseur solitaire », comme l’a écrit Carson Mc Cullers ».

 

Alors je pense « merci ».  Merci d’avoir repensé à ces ados qui ont tant aimé Stéphanie.  Merci de nous avoir dit la vérité.  Merci d’avoir eu cette phrase pour nous, pour moi.

 

Et surtout, merci de m’avoir permis de vivre cet instant de grâce avec lui.  Ce moment quasi unique, où, l’espace d’un trop court instant, j’ai eu cette sensation de complicité, de transmission de pensées.  Ce moment de rire.  Ce moment d’étonnement d’avoir pensé à la même chose au même moment, étrangement.  Ce tellement court moment où j’ai, exceptionnellement, eu cette extraordinaire sensation d’être vraiment la fille de mon père.

cornichonlabro

21
sep

Imposture (le début)

Si je vous disais, là, tout de suite, qu’en réalité je ne suis pas une jeune (voire très jeune) belge, namuroise, brune et célibataire.  Mais que je suis mariée, deux enfants, vivant avec un labrador dans une belle maison quatre façades en brique sur un terrain de dix ares (maison typiquement belge).  Ou encore que je suis un mec de cinquante piges.  Ou, pire, sacrilège ultime, que je suis blonde.  Ou enfin, que je suis réellement, comme j’en ai été accusée, une équipe de douze personnes chargées de faire croire que ce blog est réel alors qu’Anaïs n’existe pas.

Que feriez-vous ?

Crieriez-vous au scandale ?  Demanderiez-vous à être remboursés ?  Quitteriez-vous ce blog à jamais ?  Porteriez-vous plainte pour escroquerie ?

Et bien voilà comme je me sens.  Escroquée.  Grugée.  Arnaquée.  Trompée sur la marchandise.  Avec comme un goût aigre de cornichon en bouche.

Car, je l’ai appris tout récemment….  Stéphanie.  Cette chère Stéphanie.  Cette drôle de Stéphanie.  Cette émouvante Stéphanie.  Cette ado à laquelle je me suis associée, qui m’avait comprise, qui couchait sur papier mon ressenti exact.  Cette ado qui avait eu le talent d’exprimer les angoisses et les rêves de tous les ados.  Et qui avait été éditée.  Qui m’avait fait rêver (et, pour la petite histoire, ébaucher quinze journaux intimes indignes d’être publiés un jour, même par le journal de l’école).  Stéphanie, donc, qui avait écrit « des cornichons au chocolat ».

Stéphanie n’existe pas.

Stéphanie était en fait Philippe Labro.  Un mec.  Un adulte.  Pas une ado.  Pas la jolie ado de la couverture du livre.  

Un homme.

Mes illusions s’effondrent.

Je suis anéantie.  Stéphanie est morte.  Elle n’est jamais née.

Moi je pensais lire Stéphanie l'ado, je lisais Labro l'adulte.  Cela fait toute la différence.  Ma vie aurait peut-être été différente si je n’avais lu le livre de « Stéphanie ».  Ma vie aurait sans doute été différente.  Tout bien réfléchi, je n’aurais pas lu ce livre, s’il avait été écrit par un homme.  Un homme qui écrit le journal d’une ado, ça ne rime à rien.  Et si je ne l’avais pas lu, je l’aurais regretté.  Enfin, pas vraiment regretté, peut-on regretter une chose que l’on ne connaît pas ?  Mais cela aurait été dommage, de manquer les « Cornichons au chocolat ».  

Parce que les Cornichons au chocolat, c’est mon adolescence, et sans doute la vôtre, tellement bien écrite, drôle, tendre, sensible, émouvante.  Et tellement vraie.  Offrez-le à votre fille.  Lisez-le, même si vous avez quitté votre adolescence hier… ou avant-hier.  

Ce livre est devenu culte.

Alors, tout compte fait, je ne porterai pas plainte.  

Mais je vous l’affirme et je vous le jure sur l’honneur, je suis une femme, jeune, brune, belge, namuroise, et célibataire.  Une râleuse, une chieuse.  Une femme quoi.  Qui vous dit toujours la vérité, ou presque.  Presque.  Promis juré.  Non mais !

Il faut absolument que je relise ce livre… ABSOLUMENT...
cornichonstef



13
sep

J’ai testé un voyage de 7 heures 36 minutes au pays des mots (Ensemble c'est tout - Anna Gavalda)

De 15h13 à 22h49.  Ce 13 septembre 2007.

Un voyage de 7h36.

C’est long.  C’est court.  C’est beau.  C’est inoubliable.

Un voyage au soleil.  Un voyage au cœur de la tourmente, de la tempête, du brouillard, qui empêchent d’avancer.  Au coeur de la pluie, qui brouille les cartes.  Un voyage au pays des mots.  Au pays des maux.  Ceux de Camille, ceux de Franck, ceux de Philibert, et, à travers eux, les miens, de mots, de maux.  Un voyage au pays de la souffrance, du cheminement, de l’amitié, de la guérison, de la solitude, de la solidarité, de la tendresse, de l’amour, de la renaissance, de la complicité, de l’espoir.

J’ai voulu le faire d’une traite, ce voyage.  En quelques heures.  Sans escale.  

De 15h13 à 22h49.

J’ai testé « lire un livre sans m’arrêter ».  Et pour ce faire, j’ai choisi « Ensemble, c’est tout », d’Anne Gavalda.  604 pages.  Et oui, quand je me lance, je ne fais pas dans la dentelle.

604 pages.  D’une traite.  Sur mon transat.  Au soleil.  En top.  Puis en polar, quand l’air s’est fait plus frais.  Ensuite avec une grosse couette, lorsque le soleil s’est couché.  Enfin, dans mon canapé, quand la nuit est tombée.  Sans m’arrêter.  Jamais.  Ou à peine.  Pause pipi.  Pause biscuit.  Pause mouchoir.  Pause sieste (repos des yeux qui piquent) - vingt minutes (à grelotter, sous ma couette, sur mon transat, dans la semi pénombre).  Pause larmes.  Encore pause larmes.  A nouveau pause larmes.  Un voyage sans escale, ça marque.  Et ça fait pleurer.  Beaucoup.  Ça fait piquer les yeux.  De chagrin.  De joie.  De fatigue.

604 pages de pur bonheur.

Un voyage qui restera à jamais dans ma mémoire et dans mes tripes : « Ensemble, c’est tout », d’Anne Gavalda.

Moi aussi, un jour, je veux y croire, je serai « ensemble, c’est tout ».

(J’ai faim, maintenant).
ensemble

27
aoû

Homme de néanderpoil

Dans Flair, encore une fois, un article attrayant : cinq hommes se mettent à nu.  Et pas des laiderons, je vous le dis.  Que des bruns ténébreux (Flair est en vente jusque mardi, juste pour info – et non, je n’ai pas de com’ sur les ventes, m’enfin, petits esprits que vous êtes).

Le dernier monsieur qui nous révèle son anatomie, très charmant, est poilu.  Mais poilu.  Je crois bien n’avoir jamais vu ça, même en rêve (ou plutôt en cauchemar).  Et comme il est mis à nu, de dos, on a tout le loisir de les admirer, ses poils : du talon aux épaules, en passant par les fesses, velues comme un tapis…

J’ai sans doute dû être à demi étouffée par une grosse peluche poilue lorsque j’étais bébé (docteur psy confirmera le traumatisme), mais j’aime pas les poils.  Mais pas du tout.

Sur le torse, passe encore.  Mais lorsqu’ils envahissent tout, forment une toison du pubis au cou, relient les arcades sourcilières, s’imposent dans la nuque et squattent les fesses aaaaaargh, je crie au scandale, à l’épilation immédiate.  

Et comme je ne suis pas mesquine (mais non mais non), je me porte volontaire pour les arracher, un par un, à la pince à épiler.   Un supplice pour la victime (bien qu’on s’habitue rapidement à la douleur), un régal pour moi.

Vous imaginez donc que j’ai passé de longues minutes à examiner l’anatomie poilue de notre volontaire immortalisé par Flair.  Le copyright m’empêchant de reproduire la photo, je vous invite à aller acheter ce numéro collector (cinq mecs à poil, donc quatre sans poils, ça vaut bien 1,70 eur – non, je vous dis et je vous le certifie : je n’ai pas d’actions chez Flair, m’enfin).  Tour à tour sciée, estomaquée, bouche bée, éberluée… mais jamais blasée.  

Je n’aurais jamais cru qu’un homme puisse être si poilu… et surtout qu’il m’eût plu (je fais encore des vers, je vous dis que la poésie m’attire).  Etrange.  Ça me donnerait presque envie de … toucher.

Comme quoi, y’a vraiment que les imbéciles qui ne changent pas d’avis…  Vais-je bientôt tomber amoureuse d’un homme de néanderpoil ??

Merci à Stéphanie dite la Grande Chose, qui m'a autorisée à utiliser son dessin sur les poils.  Vous la découvrirez, ainsi que ses oeuvres très drôles, sur son blog.

poils