27
jan

La différence - XX

Un samedi, avec sa bande de copines, soit une Dépensière, une Compulsive et une Réfléchie, Anaïs décide d’aller dans le Big magasin suédois bien connu. Autoroute. Arrivée à l’ouverture, pour éviter la foule en délire.

Avant de quitter la voiture et d’affronter les frimas de l’hiver (le réchauffement de la planète, on en parle, on en parle, mais on ne le sent pas tant que ça, dans le Nord), elles réajustent vestes et bonnets, vérifient leur maquillage (des fois qu’un potentiel homme idéal se balade par là-bas), verrouillent les portes et c’est parti.

« Ai-je bien verrouillé les portières ? » « pas fait attention et toi ? » « moi non plus mais bon tu as dû le faire ». Par acquit de conscience, retour à la voiture pour verrouiller des portières qui l’étaient, bien sûr.

Entrée dans le magasin à 9h15. Pause pipi. Puis, elles commencent par un petit café histoire de se mettre en forme. Oh, il y a un petit buffet déjeuner rempli de croissants, pains, crèmes et autres fruits, oh et des jus de fruit, oooooh, du cacao. Allez, soyons folles, et un petit déj en vitesse, un.

10h, pause pipi, puis elles pénètrent dans l’antre de Saint-Déco. Leurs mirettes grandes ouvertes, car aller chez Ik…gloups, c’est comme être un enfant qui croise Saint-Nicolas : chaque année il a la même tête (enfin presque), mais chaque année c’est une redécouverte, un émerveillement non feint et une joie incommensurable.

La Dépensière doit remplacer ses rideaux, s’offrir une nouvelle housse de couette, repérer les canapés, éventuellement prendre un catalogue cuisines, s’offrir toutes les nouvelles séries de cartes postales, regarder les posters, s’offrir des plantes vertes, et s’octroyer quelques coups de cœur. Rien de bien particulier en somme. Comme d’hab. Quelques dépenses utiles.

La Compulsive n’a besoin de rien, mais envie de tout. Elle frétille comme un rat devant sa poignée de graines.

La Réfléchie doit mesurer le meuble Gvornisk repéré dans le nouveau catalogue, pour s’assurer qu’il trouvera facilement sa place entre la commode Brujnijsv achetée en 1999 et le buffet Svornitchsk acquis en 1992, lors de ses deux dernières virées shopping.

Anaïs, elle verra bien.

Pause pipi.

Premier espace : cosy. Tellement cosy que les filles s’affalent illico sur le divan pour regarder la TV factice et profiter pleinement de ce moment de zenitude. Manque juste un cocktail et on s’y croirait. Qué bonheur. Que des dizaines de visiteurs s’entassent dans le même espace, elles s’en contrefichent. Elles profitent. Longtemps. Elles se marrent, elles sont complices. Elles parlent sexe, car quand on se marre et qu’on est complices (surtout quand on voit des canapés et des lits partout), on a envie de parler sexe. Et admirent qui la suspension, qui le cadre, qui le vase. Elles veulent tout. Tout de suite (ce sont des femmes hein). Et notent toutes ces immondes références tarabiscotées (le suédois, vraiment, c’est pas ça).

Pause pipi.

Second espace : un studio rikiki mais si bien conçu, oooooooooh comme c’est bien conçu, mais bien conçu, vous avez vu comme c’est si bien conçu ? Elles s’extasient sur la façon fantastique dont ils ont réussi à caser une cabine de douche, une machine à laver, un évier et un WC (cloué le WC, des fois que des énergumènes genre Michaël Youn tenteraient de le rendre public), dans 1,5 m². Et elles s’extasient encore et toujours sur la configuration exceptionnelle des lieux. Ça leur donnerait presque envie de troquer leur villa à la campagne / loft en ville contre un minuscule studio, histoire de tenter de réussir le même défi.

Les espaces se suivent et ne se ressemblent pas. Les commentaires des filles se suivent et se ressemblent. Elles ne sont que quatre mais ça rigole, ça crie, ça profite du moment. Elles se font parfois dévisager par les familles bien comme il faut ou les mariés fiers de l’être, qu’importe.

Midi. Les émotions ça creuse. Pause pipi. Elles se ruent (ainsi que 4.000 autres affamés) au self-service, pour découvrir les spécialités suédoises. La Réfléchie prend, comme en 99 et 92, les boulettes suédoises. La Dépensière prend le plat du jour (impossible de tenter de dépenser à la cafet, tout y est si bon marché, pour compenser elle s’achète six paquets de bonbons à la caisse, histoire de dépenser quand-même un peu). La Compulsive s’offre le carpaccio de saumon en entrée, avec salade verte, une petite viande, un dessert, un coca, une bière, et quelques friandises suédoises pour l’après-midi qui se prépare. Anaïs prend ce qui la tente, là, au moment présent (carpaccio aussi, saumon, coca light, gâteau avec crème anglaise, rien ne vaut la crème anglaise en ce bas monde, elle devrait être reconnue d’utilité publique).

Pause pipi.

Le plus dur reste à venir. Les espaces déco font partie du passé (le passé, c’était le matin, mais ça passe si vite, le passé et c’est déjà si loin, le passé). A elles l’espace shopping. C’est le grand moment. Le moment où on ne compte plus, où on fonce sur tout et rien, où les rayons ne se comptent plus non plus, ils aveuglent les filles sidérées par toutes ces possibilités qui s’offrent à elle : dépenser, claquer du fric, les faire valser, vider la bourse, faire voler la carte Visa. L’extase. Mieux qu’un orgasme avec Rocco. Il faut cependant dissuader la Compulsive d’acheter trois housses de couette (elle en a déjà trois rouges, deux à carreaux, une bleue, six grises, un beige, quatre roses et deux blanches) – peine perdue, c’est la nouvelle collection, dieu sait si elles seront encore là la prochaine fois, il les lui faut, sinon elle va se rouler sur le sol, ses petits poings crispés, et la sécurité va (encore) débarquer ! Elle jette donc ses trois housses sur les quinze paquets de cartes, la petite lampe, l’ensemble de couverts, la passoire, bref quelques menus achats, dans son grand sac recyclable bleu. La réfléchie se donne encore du temps pour réfléchir, parce qu’elle n’est plus totalement sûre d’avoir envie de ce meuble Gvornisk, par contre elle est certaine d’une chose : elle a envie de revenir, et vite (pari gagné les filles). La Dépensière et Anaïs, même galère : à elles deux elles ont dilapidé leurs lignes de crédit (comme chaque mois, mais un jour plus tôt peut-être pour Anaïs), se sont condamnées à manger des pâtes tout le reste du mois (pour Anaïs, pas de grand changement en perspective), à avoir la gueule des Zhoms au moins trois heures (pour Anaïs, pas de problème de ce point de vue là, pas de Zhom, pas de gueule et de toute façon c’est sa carte et son découvert, elle gère), à devoir négocier une augmentation à Boss, non pour rembourser leurs dettes, mais pour déménager dans plus grand, leur petit nid ne pouvant définitivement accueillir tous ces nouveaux objets (pour Anaïs, c’est foutu, Boss ignore la signification du mot «augmentation»).

Anaïs s’est offert deux petits fauteuils, une lampe, ah non deux lampes (dont une remplacera celle de l’an dernier, laquelle va monter dans la chambre, tandis que celle de la chambre sera remisée au grenier… ou vendue à la fenêtre), une lampe d’extérieur aussi (très utile), cinq kits de cartes pour égayer ses fenêtres, un miroir, un plaid (Anaïs a déjà dix plaids, mais elle n’arrive pas à être totalement satisfaite par la couleur, la texture, la taille, donc Anaïs achète des plaids à longueur d’années, car Anaïs est atteinte de frilosité aigue), une poubelle, quatre sachets de bougies (Anaïs adore les bougies, mais n’en utilise jamais – elle a cependant un stock en prévision du jour où elle aura une soudaine envie d’en allumer une), trois posters magnifiques mais qui ne trouveront pas place chez elle (quand y’a pu de place, y’a pu !), mais bon de si beaux posters, c’était impossible de ne pas les acheter, des tas d’objets de cuisine (absurdement absurde, Anaïs ne cuisine JAMAIS), une plante verte (qui tiendra deux jours), et des tas de bambous à plonger dans des tas de soliflores, elle adore. Voilà. Rien de grave.

Pause pipi. Moment douloureux, 17h. On passe à la caisse. Le ticket, de deux mètres, est totalement incompréhensible. Il est temps que le magasin songe à fournir une traductrice suédois français.

Il fait faim. Les filles s’offrent quelques hot-dogs (à ce prix là, impossible de s’en priver), et continuent à disserter sur ce qu’elles auraient peut-être dû acheter, sur ce qu’elles vont regretter, sur ce qu’elles regrettent déjà d’avoir acheté.

Dernière virée dans l’espace « shopping bouffe », pour faire provision de ce gâteau Dime absolument divin (si vous ne connaissez pas, je vous y emmène quand vous voulez, j’en profiterai pour me racheter quelques petits objets inutiles), et s’offrir quelques centaines de boulettes suédoises.

Bon on fait quoi maintenant les filles ? Une pause pipi. Et ensuite ? Un ciné ? Une petite bouffe ? Non, on va monter les meubles, immédiatement. Et c’est là qu’elles auront besoin des Zhoms, enfin. Anaïs proteste, elle sait monter un meuble suédois. Elle en a déjà monté cinq, en une matinée. Matinée suivie de 18 séances de kiné, mais elle s’abstient de le préciser. On est célibattante ou on ne l’est pas !

C’était super, vivement qu’on remette ça.

27
jan

La différence - XY

Un autre samedi, avec Zhom (mon Zhom ou n’importe quel Zhom m’accompagnant en tant qu’ami fidèle et dévoué, ils sont tous coulés dans le même moule), Anaïs décide d’aller dans le Big magasin suédois bien connu. Autoroute. Arrivée à l’ouverture, pour éviter la foule en délire. 9h. 9h15 Zhom a fait le tour, Anaïs suit péniblement derrière. 9h25 Anaïs passe à la caisse (Zhom n’a besoin de rien). 9h30 tout est entassé dans la voiture. « On prend un café ? » dit-il.

17:35 Écrit par Anaïs dans Anaïs est une beauté fatale | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |