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Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (4) : la bête des Ardennes

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Cette semaine découvrez la nouvelle de Cathy.

 

La bête des Ardennes


    Cela faisait déjà deux heures qu’ils avaient quitté leur gîte pour marcher dans la forêt, et pourtant, à peine cinq kilomètres avaient été parcourus. De bonne constitution physique, habitués des longues randonnées pédestres, le couple avait chaussé ses bottines de marche avant même les premières lueurs de l’aube et s’était aventuré, avec sac à dos et pique-nique pour la journée, dans la magnifique forêt ardennaise. Arrivés la veille, ils avaient déjà quelques kilomètres dans les jambes et pourtant, ce n’était pas la raison de leur lenteur. Si Patricia et Marc Vandenhove étaient là, à se balader au petit jour, c’était pour assouvir leur nouvelle passion : observer les oiseaux.

    Ils s’étaient d’abord avancés prudemment dans la sombre forêt, à l’aide d’une toute petite lampe de poche, n’éclairant que les endroits où ils posaient les pieds.  Puis, jugeant la distance avec les habitations suffisante, ils s’étaient arrêtés au milieu du chemin et avaient éteint la lampe. Dans le noir total, un silence inquiétant régnait, si ce n’était une légère brise soufflant dans les jeunes feuilles printanières. Patricia et Marc avaient attendu, serrés l’un contre l’autre, attentifs au moindre tressaillement de la forêt, retenant leur souffle. Au loin, le ciel s’était zébré d’une infime clarté, s’ouvrant peu à peu sur une aurore prometteuse.

C’est un Rougegorge qui avait donné le signal. Patricia avait immédiatement reconnu ses notes aiguës et nerveuses, terminant par un « tik-ik-ik » d’alarme.  Comme si les habitants de la forêt avaient attendu leur chef d’orchestre, le concert avait commencé sans plus attendre. Les tons enjoués des mésanges charbonnières s’étaient mêlés aux pépiements des moineaux friquets auxquels s’étaient joints très vite les voix fortes et typiques des pinsons des arbres, tandis que quelques troglodytes mignons, petits par la taille mais imposants par leur chant métallique, se lançaient dans la mêlée. Un hibou moyen-duc, jugeant le moment opportun d’aller se coucher, était passé au-dessus du couple, le faisant sursauter.  Quand l’aurore était largement apparue, les chants étaient tellement nombreux que Patricia et Marc avaient depuis longtemps renoncé à les reconnaître tous. Ils s’étaient remis en marche, leurs jumelles autour du cou et leur guide ornitho à la main.  Que c’était bon de respirer cette air matinal, mélange d’humus, de feuilles et de terre humide ; qu’il était doux d’écouter ce concert (cette cacophonie, auraient dit certains) naturel et reposant.

    Alors que le soleil se levait paresseusement, le couple repéra un joli petit endroit pour déjeuner, au bord d’une rivière, et s’y arrêta.  Tandis qu’il ôtait son sac à dos, Marc repéra une bergeronnette des ruisseaux posée sur la rive, non loin d’eux.  Il fit signe à sa compagne de ne pas bouger mais trop tard, le petit hochequeue s’envola prestement.  Patricia étendit une fine couverture sur une pierre plate, ce qui effraya un autre oiseau qu’elle ne reconnut pas.  A peine assise, elle chercha dans son guide et découvrit le cincle plongeur. Cette nouveauté lui mit du baume au cœur car, il était bien beau d’étudier dans les livres, mais rien ne valait les découvertes sur le terrain. Pour Patricia, c’était la meilleure façon de mémoriser les noms, les caractéristiques et surtout les chants de ses nouveaux amis à plumes.

    Tandis qu’elle disposait le petit-déjeuner sur la nappe improvisée, Marc s’empara du rouleau de papier toilette qu’ils ne manquaient jamais d’emporter avec eux et s’excusa.
-    Une urgence … Désolé chérie, ne m’attend pas pour manger …
Patricia fit la moue et le regarda s’éloigner dans le sous-bois peu rassurant. Elle mordit dans son sandwich et tourna les yeux vers la rivière.  Un léger mouvement dans l’arbre tout proche attira son attention. Ce petit oiseau bleu et orange qui descendait le long du tronc la tête en bas, c’était … oui, c’était bien une … Holà là, plus moyen de se souvenir ! La jeune femme observa l’oiseau un long moment, avant de se souvenir du nom avec satisfaction : une sitelle torchepot. Comme pour confirmer ses dires, celle-ci lança son « tuit » caractéristique avant de prendre son envol jusqu’à l’arbre suivant. 

Le sandwich bien entamé, Patricia commençait à trouver l’absence de Marc un peu longue.  Elle se versait une tasse de café fumant quand elle entendit avec soulagement un léger martèlement du sol derrière elle. Sans se retourner, elle lança :
-    Ca va Marc ?  Tu n’es pas malade au moins ?
Un grognement lui répondit.  Elle en lâcha sa tasse qui roula jusqu’à la rivière, et suivit bêtement du regard sa progression dans le courant. Un deuxième grognement, bien distinct, lui fit dresser tous les poils du corps.  Elle amorça un geste pour se retourner.  Ce fut inutile … A moins de trois mètres d’elle, un énorme sanglier, le genre de bête qu’on préfère voir de loin, à l’abri derrière un grillage, vint s’abreuver à la rivière.  Patricia se sentit mal mais s’efforça de tenir le coup.  Le souffle court, la sueur lui perlant les tempes, elle pensa à Marc qui n’allait pas tarder à revenir.  Comment le prévenir ?  Elle fouilla les alentours du regard, puis ses yeux tombèrent sur le petit-déjeuner étalé près d’elle. Elle paniqua et fit mine de rabattre un coin de couverture sur les sandwiches. Le geste ne manqua pas d’attirer l’attention du mastodonte qui se retourna précipitamment, les sens en alerte. 
« Comment ne m’a-t-il pas vue ou sentie en arrivant ? » se dit la jeune femme, tétanisée.  Elle pensait toujours à l’arrivée imminente de son mari.  Allait-il faire fuir l’animal ou, au contraire, le rendre furieux ?  Néanmoins, elle s’attendait à tout, sauf à ce qui se passa …

- Chérie, regarde ce que j’ai trouvé !  cria Marc, arborant un large sourire et tenant contre lui un jeune marcassin couinant de peur.
Patricia manqua défaillir.  L’animal à ses côtés commençait déjà à gratter le sol de ses pieds puissants et grognait nerveusement. Une laie, c’était une laie ! Et Marc n’avait rien trouvé de mieux que de lui prendre un de ses petits !

    A l’instant même où l’animal chargea, Patricia se redressa et hurla de toutes ses forces :
- Maaarc !  Lâche-le ! Lâche-le tout de suite !  Attention !
Le beau sourire du jeune homme disparut instantanément en voyant le monstre foncer droit sur lui. Il lâcha le marcassin qui tomba lourdement sur le sol, couinant de plus belle et attisant la fureur de la mère. Marc s’enfuit à toutes jambes, tentant de repérer un arbre où grimper.  Entendant la bête se rapprocher dangereusement, il s’agrippa au tronc du premier sapin venu et s’y hissa tant bien que mal. Pas assez vite, malheureusement … L’animal lui mordit violemment un mollet. Au hurlement de son mari, Patricia ne réfléchit pas et s’empara de la thermos en aluminium qu’elle se mit à frapper sur la pierre.  La laie stoppa net son attaque et se retourna.
- Tu es folle ? Arrête ça tout de suite !  lui ordonna Marc, toujours agrippé au sapin dans une position plus que précaire.
La bête le regarda, puis tourna à nouveau son attention vers la rivière.  Elle hésitait.  Patricia redoubla son raffut.  Quand la    laie se mit à courir dans sa direction, la jeune femme entra dans la rivière jusqu’aux genoux, se croyant à l’abri. C’était mal connaître les sangliers … La bête, que l’eau ne semblait pas gêner le moins du monde, avança vers sa proie qui reculait. Patricia se retrouva bientôt dans l’eau froide jusqu’à la taille, ses bottines glissant dangereusement sur les cailloux.
    C’est alors qu’elle entendit un couinement terrifié. Marc avait repris le marcassin et le secouait. La mère abandonna immédiatement la rivière et fonça à nouveau sur sa première victime. Le jeune homme lâcha le petit et courut en boitant jusqu’à un autre arbre. Le choc le prit dans les jambes et le fit tomber.  Il n’eut pas le temps de se retourner, un croc lui traversa le bras droit, lui arrachant un cri de douleur. Une pluie de coups et de morsures d’une violence inouïe s’abattit sur lui, l’empêchant totalement de se défendre.  A demi-conscient, il vit son sang tacher lentement la terre, cette terre qu’il avait pris tant de plaisir à respirer quelques heures plus tôt …
Dans une sorte de brouillard, il entendit sa femme hurler :
- Hé, la bête, viens ici !  Viens je te dis ! Amène-toi !
Patricia tenait le marcassin entre ses mains et attirait une fois de plus la femelle vers elle. « Non, ne fais pas ça » tenta de crier Marc, mais aucun son ne sortit de sa bouche ensanglantée.
La jeune femme, à genoux, tenait fermement le petit à bout de bras et regardait la laie en fureur foncer droit sur elle.
« Elle ne pourra pas m’atteindre sans toucher son bébé », pensa-t-elle. « Elle ne le tuera pas … elle va s’arrêter … ».
La bête approchait à toute allure, ses défenses tachées de sang, le sang de l’être que Patricia aimait le plus au monde.
« Elle va s’arrêter … elle va s’arrêter … elle va … ».

Une main ferme s’abattit sur son épaule.  Elle lâcha sa tasse de café qui roula jusqu’à la rivière, et suivit bêtement du regard sa progression dans le courant.
- Tu m’avais l’air bien loin, ma chérie. Encore en train d’écrire un roman ?
Patricia leva son visage vers son mari et lui sourit tendrement.
- Cette forêt m’inspire. Je crois que je tiens mon sujet pour le prochain concours de nouvelles.
Il lui rendit son sourire et fit mine de s’asseoir à ses côtés quand, tout près d’eux, un buisson frissonna … Mue par un pressentiment, Patricia voulut retenir son mari qui s’approchait déjà du feuillage mais elle ne fut pas assez rapide. La petite bête couina quand Marc agrippa son pelage ligné de roux et de brun.
Patricia, au bord de l’hystérie, hurla :
- Lâche-le Marc, lâche-le tout de suite !
Derrière eux, un grognement se fit entendre, puis un deuxième, puis un troisième … Une horde de sangliers se tenait à l’orée du bois, les fixant de leurs yeux furibonds.

Patricia sut, à cet instant précis, qu’elle ne participerait jamais au prochain concours de nouvelles …

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (3) : Au-delà, une île

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Ce jeudi, découvrez la nouvelle d'Edmée de Xhavée.  Son site.

Quand sa mère avait su qu’elle allait mourir, elles en avaient parlé. D’abord il y avait eu les larmes, beaucoup de larmes. Et puis des suppositions et des rêveries sur cet au-delà d’où, disait-on, on ne revient pas. Elles en parlaient quand elles se voyaient, et elles en parlaient au téléphone. Plus la fin approchait et plus le sujet leur était familier, agréable même. Sa mère reverrait-elle un tel, une telle ? Qui aimerait-elle revoir ? Leurs mains unies comme celles de deux sœurs et chaudes d’amour elles se demandaient : et tous nos chats, idoles tyranniques et bienveillantes, et les chevaux au flanc frémissant, tant aimés, étrillés, bouchonnés en s’emplissant le nez de leur essence …? Et ce petit chien si vilain mais tellement adorable parce qu’on en oubliait la laideur, sera-t-il là ?

Si je peux, je te ferai signe, avait dit sa mère. Elle l’avait promis, avec enthousiasme et détermination, excitée comme une enfant. Elle allait partir en éclaireur dans ce monde tant imaginé mais aux contours incertains, et elle enverrait des messages. Ne sois pas triste, avait-elle dit, il faut bien partir. Mon jardin meurt sur le seuil, la maison porte déjà mon deuil, et le temps qu’il fait ne m’intéresse plus. Ne sois pas triste. Je reste ta  mère, tu restes ma fille.


Triste, bien sûr, elle l’avait quand même été. Désespérée même, le lendemain de l’enterrement. Au point de hurler, de chercher l’ombre de sa mère dans le jardin, de guetter son pas dans l’escalier, de croire sentir son odeur, subtile et discrète comme une pensée fugace, comme un coup de vent sur l’herbe rase. Ecrasée par son inutilité soudaine. Affolée de se sentir seule au monde. Anéantie de ne plus pouvoir téléphoner. Il lui était arrivé de former le numéro malgré tout, rien que pour entendre la sonnerie retentir dans la grande pièce qu’elle savait vide mais encore parcourue, certainement, par sa présence. On ne passe pas toute une vie dans une maison sans s’y attarder, comme une mélodie qui sort d’une voiture qui s’éloigne.

Les mois passaient, et s’il y avait des signes, ils étaient si diaphanes qu’elle n’était sûre de rien. Le chat qui regardait « quelqu’un » avec une curiosité méfiante alors qu’elle ne voyait rien. L’orchidée que sa mère lui avait offerte et qui ployait sous une avalanche inhabituelle de fleurs le jour de son anniversaire. La voix familière qui la sortait du sommeil avec son surnom d’enfance: Poupée ? Où donc était la frontière entre leurs deux mondes ? Pas une seconde elle n’avait associé le mot « néant » avec l’idée de sa mère. Mais, tout comme elle avait cessé de voir les elfes et les fées de son enfance en grandissant, elle n’arrivait pas à voir le monde où sa mère était passée. Elle ne ressentait plus que sa propre singularité, celle d’avoir perdu sa mère, enveloppée qu’elle était dans l’absence, la sienne et celle de sa mère tant aimée. Le relief et les couleurs avaient disparu. Le ciel était loin, un ciel de tous les jours. Le soleil agressait sa vue. Les papillons n’étaient plus que des ailes en mouvement. Les sons alentours l’irritaient, la dérangeaient dans sa  nouvelle identité. L’existence n’avait plus qu’un jour à la fois. Un autre lendemain. Comme on se remplit les poumons d’air en émergeant de l’eau, elle cherchait parfois à retrouver l’univers d’avant, ouvrant brièvement le vieux poudrier de nacre de sa mère qui libérait alors une bouffée nostalgique et familière. Mais un sanglot montait dans son cœur quand l’odeur s’évanouissait. Et puis elle se souvint…

C’est dans une île au-delà des limites de mon monde que tu m’attends, ma maman chérie, ma femme-pirate, ma sauvageonne rêveuse…


Elle se souvint de tous ces départs sans au-revoir, de cette capacité que sa mère avait de « partir », de franchir une frontière invisible et de se trouver ailleurs, sur une île rien qu’à elle.

Petite, avait-elle raconté, elle aimait se prendre pour Tarzanette. Dans les murs de sa chambre ou à l’abri des haies du jardin elle se transposait dans une jungle dense et sombre, éclaircie par de tranchants rayons de soleil poudreux, où retentissaient des cris parfois aigus, ou bien modelés et enchanteurs. Entourée de ses singes imaginaires elle recevait les honneurs de peuplades rieuses et fidèles qui la protégeaient et la vénéraient, décorant son cou pâle de colliers de fleurs et coquillages. Elle descendait des rivières bouillonnantes dans une pirogue sculptée et décorée de plumes multicolores, le tumulte des eaux couvert par les chants millénaires des pagayeurs.

Elle avait connu bien des métamorphoses, son île. Parfois elle avait ressemblé à un vieux transat rayé et décoloré sur lequel elle s’isolait au milieu de la pelouse piquetée de fleurs de trèfle et petites marguerites, mer verte et paisible des jours d’été sous ses pieds chaussés de sandales blanches. Au large du monde, loin de cette vie dirigée par les anciens et rigides principes de la vie de province, elle en vivait mille autres au fil des pages de son livre. En fin d’après-midi elle resurgissait, quelque peu étonnée de retrouver son existence là où elle l’avait laissée après ces amours qui s’étaient déposés dans son cœur, ces voyages qui avaient baisé ses yeux de leurs paysages emplis de bonheur, et elle demandait en baillant : « J’ai bien envie de faire des crêpes ce soir, ça vous dit ? »

Elle fut aussi cet endroit où elle quittait sans avertir ces repas silencieux qu’elle partageait avec ses enfants. Tandis qu’ils se faisaient des grimaces et retenaient leurs rires, elle était allongée dans le sable pailleté d’or, mastiquant un morceau de côtelette de porc à la crème qui sur l’île goûtait la mangue et le curry. A mille lieues des gloussements de ses enfants devant sa mine soudain alanguie, elle présidait à un festin digne du Royaume de Saba, servi au ras de frises de gouttelettes chuchotantes, alors que la plage retentissait du galop d’une horde de chevaux sauvages au museau tendre. Le soir les arômes les plus divins venaient adoucir son souffle, et un chat aux yeux de turquoise dormait contre son sein.


C’est donc  là que tu es partie pour ne plus en revenir, dans ton paradis de paix, de clarté, de sons limpides. Dans notre dernier baiser, tu m’en as donné la carte, mais les larmes m’en empêchaient la lecture…

Elle se mit alors à rejoindre sa mère sur l’île.

Les yeux clos, elle franchissait cette frontière entre elles deux. Elles s’asseyaient face à l’eau qui frémissait et scintillait sous le soleil aussi bien que sous la lune. Et alors elles entamaient la longue litanie des « tu te souviens de la fois où…? » Attendries ou en proie à l’hilarité, elles n’avaient pas d’âge et vivaient dans le même moment.

La douce brise faisait luire l’herbe de la pelouse, petites lames ondulant dans la lumière. Le massif de rosiers Madame de Beauharnais vibrait de ses senteurs. Et lorsqu’elle s’installait au jardin un livre sur les genoux, sa mère était là, presque tangible, et le « que c’est beau » résonnait à deux voix dans ses pensées.


Et il apparut alors qu’ayant ouvert la porte dans un sens, sa mère pouvait l’ouvrir dans l’autre sens. Ajoute du sel, ça ne va rien goûter ! Pourquoi ne regardes-tu pas ce vieux film, j’adorais cet acteur… Tu me ressembles avec cette jupe ! Tu ne sors pas le chien ? Mais il doit sortir, le pauvre ! Et tes plantes, tu les oublies ? Oh, as-tu gardé ma recette de bouilli aux pruneaux ? Et si tu faisais de la soupe au gruau ce soir, tu l’aimais tant quand tu étais petite ? N’oublie pas d’écrire à ta tante, c’est ma dernière cousine de cette génération ! Mais n’est-ce pas Paolo Conte que tu écoutes là ? J’aime tant ce morceau de saxo !

Le monde était à nouveau confortable, on pouvait y rire et s’y trouver bien, y faire des projets. Le ciel avait des teintes vieux rose et gris les soirs après la pluie, les buddleias offraient leurs grappes à l’odeur sucrée aux papillons et aux bourdons, les chiens semblaient sourire. Les rires des enfants dans les jardins avoisinants avaient le son d’une fontaine désaltérante. Elle riait à sa vie, jamais plus seule ni perdue. Elle n’avait pas perdu sa mère, elle était juste en avant, toujours avec elle mais autrement.

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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Pour rester dans la chanson

Une new version de "j'aime la vie" qui m'est envoyée par Mostek... ôde à la Wallonie et surtout à Durbuy, jolie petite ville belge que j'irais bien revisiter prochainement tiens...
 
(enfin ça sera en ligne quand Skynet arrêtera ses conneries dénommées "progrès") 
 

09:19 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (2) : IL CAPRICCIO DELLA FONTANA

femmesauj

Découvrez ce jeudi la nouvelle de Micheline.

http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/

http://micheline-ecrit.blogspot.com/

Je venais d'avoir quarante ans. Pour moi, cette année-là devait marquer une étape particulière dans ma vie. C'était l'année de mon divorce, l'année de la perte de l'emploi de secrétaire que j'occupais depuis près de dix-huit ans, mais aussi l'année de mon héritage après le décès de mon parrain.

J'avais plongé. Je tentais de refaire surface. J'avais acheté un studio en ville, je ne vivais plus que grâce aux paradis artificiels offerts par la télévision, Internet, le cinéma et la lecture des offres d'emploi. Je répondais sans succès à des petites annonces. Autant de lettres, autant de refus. Pour me remonter le moral, je fréquentais régulièrement un petit restaurant italien près de chez moi. La savoureuse cuisine qu'on y servait me mettait du baume au cœur, comme le chocolat quand j'étais gamine.

Le restaurant s'appelait "Il capriccio di Paolo". Et des caprices, il en faisait, Paolo ! Il ouvrait quand bon lui semblait, il installait ses clients là où il l'avait décidé, il tutoyait tout le monde, il refusait une table aux gens qui ne lui plaisaient pas. Comme je venais seule, il m'installait souvent au fond de la salle, dans une sorte de recoin. Avec en face de moi, un poster de la fontaine de Trevi à Rome.

Un midi, en attendant mon spaghetti alla carbonara, j'avais commandé un Campari orange. Je savourais mon apéritif en jetant un coup d'œil sur le poster. Dehors, il y avait tout au plus quinze degrés mais là, soudain, sous le ciel azuré de Rome, j'avais chaud. Les pierres, l'eau, l'air étaient tièdes et doux. Dans l'eau claire et transparente, l'azur du ciel faisait des vagues. J'entendais les rumeurs de conversations, la musique d'un ruissellement continu, comme celui d'une cascade. Je sentais des parfums opulents, des fragrances d'origan, de basilic, de fleurs. Un patchwork de senteurs et ce bleu du ciel, lisse, somptueux. J'étais en sueur, j'avais la gorge sèche. Pareille à une touriste assoiffée, je n'avais qu'une envie, tremper mon mouchoir dans l'eau et le passer sur mon front. Mon attitude devait avoir quelque chose de bizarre car Paolo s'est approché de moi.

- Hé, ne t'endors pas. Ça arrive bientôt…

J'ai regardé Paolo, il était tout auréolé de lumière, ses yeux bruns avaient des reflets dorés. J'ai bu une gorgée. J'étais là dans le restaurant où il n'y avait que deux tables occupées, où les nappes vertes et les serviettes rouges ou blanches me ramenaient au ras de ma réalité.

J'ai achevé mon apéritif, j'ai mangé mon spaghetti, bu mon quart d'eau minérale. J'étais sans emploi, sans mari. Je me retrouvais quasiment sans liens sociaux. Il y a peu, j'avais hérité d'une coquette somme. Pourtant, on aurait dit que mes malheurs avaient éloigné tous mes amis et mes relations. Les seules attentions qu'on me manifestait encore venaient de Paolo, de mon libraire, d'une voisine de palier, d'une vieille cousine et de mon ex-belle-sœur. 

Sur ma table, je rassemblais les mies du pain, j'en faisais des formes géométriques puis, je les balayais de l'index et en reconstituais d'autres. C'est alors que j'ai vu la tache de sauce sur mon pull émeraude. Je suis descendue aux toilettes pour la faire disparaître. C'était la première fois que je visitais les lieux. En fait de robinet, j'ai trouvé une abeille en métal. Il suffisait d'approcher les mains pour que l'eau coule. J'ai tenté d'ôter la tache. En vain. Quand j'ai eu fini de m'escrimer à frotter avec une serviette éponge humidifiée, la tache avait pris la forme d'une abeille.        

Sur le mur, entre les deux lavabos, un sous-verre avec la photo d'une fontaine. Un simple détail. Une main de marbre qui semble pousser une tortue de marbre pour l'aider à se désaltérer. À mon tour, j'ai senti quelque chose qui me poussait. Une sensation de forte pression dans le dos.

Je suis remontée bien décidée à trouver un nouvel emploi, ne serait-ce qu'un temps partiel ou un bref intérim. Jamais, je n'avais éprouvé une telle confiance et une telle détermination depuis mon licenciement.

- Attention, Isabelle, je ferme quelques jours pour cause de travaux !

Pendant trois semaines, j'ai donc été en manque de pizza, raviolis à la ricotta et aux épinards, de tiramisu, de cappuccino ! Je me suis mise au régime salades, pain et fromages. J'ai surfé sur Internet à la recherche d'informations sur Rome. J'ai ainsi découvert des photos des fontaines de Trevi, des Tortues, delle Api, des Quatre Fleuves, de la Barcaccia, de la Trinita dei Monti et bien d'autres.  

J'ai continué à chercher un travail. J'ai déniché un mi-temps de secrétariat. Un boulot à durée indéterminée dans un service social.

La tache sur mon lainage restait ce qu'elle était. Tous mes systèmes D pour l'enlever n'avaient eu aucun effet. J'avais une abeille grise au milieu de la poitrine. Je l'ai porté ainsi parce que je n'allais pas jeter un vêtement dont j'aimais tant la texture. D'ailleurs, on aurait dit que c'était un motif imprimé d'origine.


Les travaux terminés, j'ai repris mes habitudes chez Paolo. Sur les murs, le blanc avait remplacé le jaune. Les nappes étaient devenues blanches, les serviettes or et pourpre. Le poster avec la fontaine de Trevi était toujours face à moi, dans le petit recoin. À présent, il était protégé par une plaque de verre  encadrée par de fines baguettes noires. Sur les tables, il y avait des sous-assiettes transparentes et des bougeoirs. On trouvait des spots un peu partout. C'est dire si l'atmosphère était devenue plus romantique.

Pour la réouverture, j'avais mis mon pull émeraude. Après avoir passé ma commande, je suis descendue aux toilettes. Rien n'avait changé… Le robinet du lavabo avait toujours la même forme. La photo du détail de la fontaine des Tortues était toujours au même endroit. 

Après ma visite au sous-sol, il a suffi d'un Campari pour que je retrouve le ruissellement déchaîné de l'eau, la chaleur, les odeurs. Quand je suis sortie de ma rêverie, un homme avait pris place à la table de droite. Il portait une veste bleue comme un des hommes sur le poster.

J'ai jeté un coup d'œil dans sa direction. Il m'a souri. Je me suis tournée vers lui. En désignant du doigt la fontaine de Trevi, il m'a dit :

- Il faut jeter une piécette dans l'eau. Tourner le dos à la fontaine. Jeter la pièce par-dessus son épaule gauche. On dit aussi qu'il faut boire l'eau à la petite fontaine des amoureux sur la gauche du bassin.

Je me suis prise au jeu. Un vrai comportement d'adolescente. Une réaction rapide. J'ai pris une pièce dans mon sac, j'ai tourné le dos au poster et j'ai lancé mes vingt cents au-dessus de mon épaule gauche. J'ai entendu un bruit sec sur le carrelage. J'avais respecté la tradition…

L'homme a ri. Puis soudain, il s'est tu… Il venait de voir la tache sur mon pull.

- J'ai le même pull, avec la même abeille grise. Savez-vous qu'il y a plus de deux mille fontaines à Rome ?

J'ai souri. Il a fait une pause pendant laquelle il a dessiné avec la pointe de son couteau sur la nappe.
 
- Vous, vous êtes une amoureuse de Rome… 

J'ai hoché la tête parce que je ne voulais pas lui déplaire, parce que j'avais deviné à son accent, à ses chaussures, à son élégance, qu'il était italien. Je ne connaissais presque rien de Rome, je n'y avais jamais mis les pieds. Tout au plus avais-je vu des photos de ses fontaines et de quelques-uns de ses plus beaux sites mais un homme sympathique et italien de surcroît, méritait bien un mensonge…

D'autres clients sont arrivés. Paolo m'a servi mes raviolis. Je les ai mangés de bon appétit. En attendant mon tiramisu, j'ai regardé la fontaine.

- Elle vous rappelle de bons souvenirs n'est-ce pas ?

Je n'ai rien trouvé d'autre à répondre que "oui". Une réponse à la fois si brève et si bouleversée. Ma gorge était nouée, ma réponse devait être teintée de nostalgie. Alors, il s'est levé, s'est approché de ma table, a pris une pochette d'allumettes dans sa poche, il a allumé la bougie dans son bougeoir métallique. L'allumette se consumait, il n'y prenait garde. Elle allait lui brûler les doigts,  lorsqu'il la jeta sur son assiette vide. Un geste tellement sûr qu'on aurait pu penser qu'il lui était habituel.  

- Ce sera plus joli ainsi.

Il s'est rassis. Il a fini son pichet de vin rouge, est allé payer au bar et est parti en m'adressant un signe de la main.

- À plus tard, peut-être…  

J'ai entendu Paolo qui criait : "Ciao Francesco".

Quand il a disparu de ma vue, j'ai levé le regard vers le poster. Quelle coïncidence ! Quelle ressemblance avec un des hommes de la photo !

J'ai terminé mon cappuccino et j'ai remarqué la pochette d'allumettes, avec inscrit en lettres d'or "Francesco e la cicala", oubliée là quand l'allumette avait failli lui brûler les doigts. Je l'ai retournée, j'ai lu l'adresse d'un restaurant de Rome.

J'ai gardé la pochette comme un grigri.

Qui sait, peut-être un jour irai-je à Rome ?

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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jui

La pub, ça doit vraiment rapporter gros !

C’est nin possip’ ma bonne Dame.  Alors qu’on propose des pubs Dior à Keira Knightley ou Nicole Kidmann, notre Sandra Kim (prononcez « Kèm ») nationale, après s’être une première fois vautrée dans les frica(n)delles, vante maintenant les mérites de Dash. 

Et « J’aime la vie » revu et corrigé pour l’occasion, chanté par Sandra avec une chorégraphie digne de Kamel Ouali, ça vaut le déplacement.

Lisez plutôt le final : « J’aime j’aime le blanc, ne m’en veuillez pas, c’est plus propre comme ça-a.  Et tant pis si de temps en temps je fais une tache. Woooooohoooooooooo j’ai mon Dash ».

Du grand art, je sais.

Je n’ai pas trouvé le clip sur le net, mais je vous livre celui-ci, par lequel j’ai appris que Sandra avait doublé la boulette Proximus, excusez du peu.

Ah on peut être fier de nos talents locaux, je vous le dis.


Merci à "moi" qui m'a trouvé la vidéo dont question :

11:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (9) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |