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aoû

Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (5) : En toute liberté

 

femmesauj
Cette semaine, découvrez la nouvelle de Rachel.

En toute liberté

 

Il ne savait pas à quel point ce livre allait bouleverser sa vie...

Il se revit, seul, traînant au hasard de ses pas dans les sentiers sinueux du parc. Tellement minable dans son imperméable gris trop long. Il gouttelait ce jour-là. Finement. Il n’avait pas de parapluie. Impression de traverser un nuage. Il avait remonté son col, histoire de protéger sa nuque et d’empêcher les larmes de pluie de glisser le long de son cou pour s’insinuer entre ses omoplates. Il était le seul être humain à déambuler dans le parc municipal. Cela ne l’étonnait pas : son humeur était à l’unisson avec le temps : maussade. Il en avait plus qu’assez. Son amie de cœur, comme il aimait la définir, lui avait signifié son congé. Par la même occasion et par une étrange coïncidence, son patron avait fait de même. Quant à sa famille, tout du moins le peu de famille qu’il lui restait, il avait fait une croix dessus depuis quelques années déjà. Des amis, il n’en avait pas. Seulement des copains. Pour faire la fête. Pas pour partager ses déboires et ses désillusions. Il était donc seul. Seul dans ce parc désert. Pas même un canard. Ni un oiseau sur un fil électrique. Pas de gardien non plus, ni d’amoureux. Tant mieux. Il ne pouvait plus les sentir, les tourtereaux. Il ne savait pas encore ce qu’il allait faire. Ou tout du moins comment il allait procéder. Il était attiré par le pont à la sortie de la ville, à peine à une vingtaine de minutes de marche de l’endroit où il se trouvait. Le pont était si haut que des mesures de sécurité étaient à l’ordre du jour au prochain conseil communal. Il serait peut-être le dernier à en « profiter »...

Il s’interrogeait : serait-on triste de son absence ? Désemparé ? Soulagé ? Cette perspective fut vite balayée par un haussement d’épaule. Et qui serait à son enterrement ? Oserait-il sauter ? Sa tête allait exploser !

Le froid l’avait toujours rebuté... S’imaginer être happé par les flots glacials de la Meuse le faisait frissonner d’avance. Il eut dû prévoir des médicaments et beaucoup d’alcool. Trop tard, sa décision était prise. Il savait que sa logeuse ne manquerait pas d’ouvrir son studio après quelques jours de retard dans le payement du loyer. Il avait donc laissé une lettre bien en évidence sur son lit. Certainement pas pour expliquer son geste mais pour que l’on sache où entreprendre des recherches dans le cas où personne n’aurait retrouvé son corps. Il avait vraiment tout prévu !

Il ne pouvait faire le grand plongeon devant tout le monde : il n’avait pas envie qu’on l’en empêchât car, se connaissant, il n’aurait pas le courage de recommencer. La tombée de la nuit serait favorable à son dernier projet : il y avait toujours moins de passage de véhicules à ces heures-là.

Son imperméable le protégeait de la bruine, mais peu à peu, se formaient sur son visage des rigoles de pluie. Il ne pouvait rester ainsi à se tremper en attendant sa fin même si celle-ci devait se terminer dans l’eau. Cette idée le fit rire sans joie. Quitte à être trempé, avant ou après : quelle importance ! Il repéra à la sortie du parc, un abri de bus. Il avait besoin de s’asseoir. Se reposer. Il était tellement fatigué ! Il voulait que tout se terminât vite. Heureusement, l’abri de bus était inoccupé. Il se faisait tard. Plus aucun bus ne passerait. Les voitures défilaient devant lui à une vitesse largement au-dessus de celle qui était autorisée. Il serait bientôt l’heure de passer à table. Sauf pour lui. Toute idée de manger le répugnait. Il s’assit, à son aise, au milieu du banc mis à la disposition des usagers. Il ne voulait penser à rien ; pourtant, son cerveau n’avait jamais autant fonctionné qu’en cet instant, comme s’il se doutait que c’était la dernière fois qu’il s’activait.

C’est en s’installant plus confortablement qu’il effleura de sa main droite un objet lisse et froid. A côté de lui, un petit paquet enveloppé dans un sac semblable à un sac de congélation. Sur le sac plastique, un post-it. Jaune fluo. « Livre gratuit » était-il noté en majuscule. Etonné, il regarda à gauche, puis à droite. Personne. Il était toujours seul. Il ouvrit le sac et en sortit un livre de poche. Il semblait avoir été lu plusieurs fois car de nombreuses pages étaient écornées.  Son titre le ramena bien des années en arrière : Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux. Il examina plus attentivement la couverture et découvrit un petit logo collé sur le coin supérieur droit : Il représentait un personnage déguisé en livre qui gambadait. En dessous du titre, une étiquette mentionnait : « je ne suis pas perdu. Je suis libre. Regardez à l’intérieur ». Titillé par sa curiosité, il ouvrit le livre. Une deuxième étiquette expliquait entre autre que ce livre était enregistré, qu’il avait été déposé au hasard dans l’espoir d’être trouvé. Ce livre avait probablement beaucoup plus voyagé que lui ! En toute liberté ! Si cet objet était libre, qu’en était-il de lui ? Il n’était qu’un être prisonnier de ses sentiments et de ses émotions, dictés par sa lassitude et ses échecs. Mais, ce qui retenait son attention plus que tout, était que l’on attendait ses commentaires ! De nombreuses personnes espéraient qu’il se manifesterait, lui. Et même s’il n’existait qu’une seule et unique personne, ce n’était déjà pas si mal ! Son avis importait donc ! Il n’avait pas le droit de briser cette chaîne. C’était un signe du destin. Il était élu, lui. Personne d’autre. Grâce à lui, l’aventure du livre allait continuer. S’il le voulait. C’était à lui de décider. Et... s’il le laissait là ? Demain, nombreux seraient les usagers du bus. Il s’en trouverait bien un pour... Mais non, en quelque sorte, le livre l’avait choisi. Conquis. Et puis, il avait envie de relire ce roman. Il se souvenait d’avoir pris plaisir à le découvrir. Il relut l’étiquette intérieure : un site Internet(*) y était évidemment inscrit. Il aurait voulu commencer la lecture mais les caractères étaient petits et la lumière du jour s’était effacée pour laisser place à la pénombre. Il sortit de sa poche un petit bijou à clapet, trouva dans le répertoire le numéro dont il avait besoin et lança l’appel. Une quinzaine de minutes plus tard, un taxi le ramenait à son studio.

 

La première chose qu’il fit en entrant et ce, sans même prendre la peine d’enlever son pardessus trempé, fut d’allumer son ordinateur portable. Ensuite, il s’empressa de déchirer la lettre déposée sur son oreiller. Et, seulement alors, il se débarrassa, enleva ses chaussures gorgées d’eau, ralluma le chauffage et fit bouillir au micro-ondes une tasse d’eau : un nescafé lui ferait grand bien et le réchaufferait.

 

Des minutes, des heures s’étaient écoulées, en tête à tête avec Christine Daaé. Il avait imaginé sans peine la voix sublime découverte par l’ange de la musique, ainsi que l’amour que lui portait le Comte de Chagny mais plus encore celui qu’elle inspirait à Erik, Le pauvre malheureux Erik. Lorsque la dernière page fut achevée, il resta un moment dans le silence. Il se souvenait de sa passion pour les planches du théâtre, de sa soif de scène. C’était si loin ! Il secoua la tête, se leva et encoda dans le moteur de recherche le nom du site indiqué sur l’étiquette intérieure du livre libre. Il consulta de nombreuses pages du web pour intégrer la philosophie du mouvement, et surtout, la procédure pour signaler la découverte de celui qui l’avait empêché de commettre l’irrémédiable...

 

Il traversait le parc à son aise. Pas assurés. Il voulait greffer dans sa mémoire les moindres recoins. Il savait que, plus jamais, il ne reviendrait en ces lieux. Le jour était gris et venteux. Son col relevé empêchait le vent de s’infiltrer désagréablement dans ses oreilles. Cette journée lui en rappelait une autre, il n’y avait pas si longtemps que... Quelques semaines tout au plus. Jour où il avait failli perdre sa triste vie, jour où il l’avait retrouvée à temps. Aujourd’hui, il traversait le parc accompagné d’une lourde et volumineuse valise. Il voulait dire adieu à l’endroit où son âme s’était réconciliée avec son corps.

 

Par chance, il n’y avait personne dans l’abri bus. Le banc était vide. Il était seul et, c’était parfait pour lui. Le bus allait arriver. Il lui restait quelques minutes. Au loin, déjà une grosse tache jaune. Ce ne pouvait être que lui. Après le bus, il y aurait le train puis, l’avion. Une nouvelle vie l’attendait. Grâce au livre, il avait retrouvé d’autres âmes aussi tourmentées comme la sienne. Déposer ses fardeaux et ressusciter une passion l’avaient aidé à relever la tête. Il se sentait homme nouveau. Il était attendu. Et qu’importe si la réalité devait être différente du virtuel. Il était prêt à tout. Mieux : à recommencer. Un nouveau « moi » était né.

Il monta dans le bus et non, sans difficulté, tira l’encombrante valise à lui. Lorsque le bus démarra, il ne jeta  même pas un seul regard au livre posé sur le banc...

 

(*) www.bookcrossing.com : le site officiel en anglais
www.livres-voyageurs.com : la version française

10:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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aoû

Challenge photos

Le site casadolcecasa propose un challenge de l'été bien sympathique...  un challenge photos.  Bon, faire des photos, c'est pas mon fort, mais j'ai eu envie de me prêter au jeu.  Aussitôt dit, aussitôt fait...


1. Mon plaisir de la semaine Cette petite virée à la mer, bien sûr.  Un réel moment de bonheur.

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2. Mon activité de l'été Je lis beaucoup plus en été, profitant des beaux jours pour lézarder sur un transat.  Sinon, en été, j'adore manger en terrasse ou visiter des petits villages perdus, m'imprégner de leur ambiance et de leurs pierres.

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3. Mon activité anti-été Ce que je rêve de ne plus faire du 1er juillet au 31 août : ne plus bosser. Ça restera un rêve... mais c'est pas juste de bosser en été, je le crie haut et fort. (pas de photo pour illustrer ça...)


4. Cooking in summer Mon déjeuner, en bonne belge (le déjeuner étant avalé le matin en Gelbique) est composé, lorsque je suis at home, de cacao, jus de fruit, croissant, yaourt, céréales.  Pas tout en même temps, mais en alternance.  

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5. Mon look de l'été Quand le soleil brille et que je reste chez moi, je glande en bikini toute la journée.  Si je dois sortir, j'apprécie les tenues légères genre petit top et pantacourt.

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6. Mon projet créatif de l'été Il commence demain... un projet d'écriture bien sûr.  Vu mon énergie actuelle, je me sens aussi motivée qu'un homard face à une casserole bouillante... mais je suis pourtant vachement excitée.  Suffit juste de m'y mettre.  Mais seulement demain, j'ai dit...

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08:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (13) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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jui

Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (4) : la bête des Ardennes

femmesauj
Cette semaine découvrez la nouvelle de Cathy.

 

La bête des Ardennes


    Cela faisait déjà deux heures qu’ils avaient quitté leur gîte pour marcher dans la forêt, et pourtant, à peine cinq kilomètres avaient été parcourus. De bonne constitution physique, habitués des longues randonnées pédestres, le couple avait chaussé ses bottines de marche avant même les premières lueurs de l’aube et s’était aventuré, avec sac à dos et pique-nique pour la journée, dans la magnifique forêt ardennaise. Arrivés la veille, ils avaient déjà quelques kilomètres dans les jambes et pourtant, ce n’était pas la raison de leur lenteur. Si Patricia et Marc Vandenhove étaient là, à se balader au petit jour, c’était pour assouvir leur nouvelle passion : observer les oiseaux.

    Ils s’étaient d’abord avancés prudemment dans la sombre forêt, à l’aide d’une toute petite lampe de poche, n’éclairant que les endroits où ils posaient les pieds.  Puis, jugeant la distance avec les habitations suffisante, ils s’étaient arrêtés au milieu du chemin et avaient éteint la lampe. Dans le noir total, un silence inquiétant régnait, si ce n’était une légère brise soufflant dans les jeunes feuilles printanières. Patricia et Marc avaient attendu, serrés l’un contre l’autre, attentifs au moindre tressaillement de la forêt, retenant leur souffle. Au loin, le ciel s’était zébré d’une infime clarté, s’ouvrant peu à peu sur une aurore prometteuse.

C’est un Rougegorge qui avait donné le signal. Patricia avait immédiatement reconnu ses notes aiguës et nerveuses, terminant par un « tik-ik-ik » d’alarme.  Comme si les habitants de la forêt avaient attendu leur chef d’orchestre, le concert avait commencé sans plus attendre. Les tons enjoués des mésanges charbonnières s’étaient mêlés aux pépiements des moineaux friquets auxquels s’étaient joints très vite les voix fortes et typiques des pinsons des arbres, tandis que quelques troglodytes mignons, petits par la taille mais imposants par leur chant métallique, se lançaient dans la mêlée. Un hibou moyen-duc, jugeant le moment opportun d’aller se coucher, était passé au-dessus du couple, le faisant sursauter.  Quand l’aurore était largement apparue, les chants étaient tellement nombreux que Patricia et Marc avaient depuis longtemps renoncé à les reconnaître tous. Ils s’étaient remis en marche, leurs jumelles autour du cou et leur guide ornitho à la main.  Que c’était bon de respirer cette air matinal, mélange d’humus, de feuilles et de terre humide ; qu’il était doux d’écouter ce concert (cette cacophonie, auraient dit certains) naturel et reposant.

    Alors que le soleil se levait paresseusement, le couple repéra un joli petit endroit pour déjeuner, au bord d’une rivière, et s’y arrêta.  Tandis qu’il ôtait son sac à dos, Marc repéra une bergeronnette des ruisseaux posée sur la rive, non loin d’eux.  Il fit signe à sa compagne de ne pas bouger mais trop tard, le petit hochequeue s’envola prestement.  Patricia étendit une fine couverture sur une pierre plate, ce qui effraya un autre oiseau qu’elle ne reconnut pas.  A peine assise, elle chercha dans son guide et découvrit le cincle plongeur. Cette nouveauté lui mit du baume au cœur car, il était bien beau d’étudier dans les livres, mais rien ne valait les découvertes sur le terrain. Pour Patricia, c’était la meilleure façon de mémoriser les noms, les caractéristiques et surtout les chants de ses nouveaux amis à plumes.

    Tandis qu’elle disposait le petit-déjeuner sur la nappe improvisée, Marc s’empara du rouleau de papier toilette qu’ils ne manquaient jamais d’emporter avec eux et s’excusa.
-    Une urgence … Désolé chérie, ne m’attend pas pour manger …
Patricia fit la moue et le regarda s’éloigner dans le sous-bois peu rassurant. Elle mordit dans son sandwich et tourna les yeux vers la rivière.  Un léger mouvement dans l’arbre tout proche attira son attention. Ce petit oiseau bleu et orange qui descendait le long du tronc la tête en bas, c’était … oui, c’était bien une … Holà là, plus moyen de se souvenir ! La jeune femme observa l’oiseau un long moment, avant de se souvenir du nom avec satisfaction : une sitelle torchepot. Comme pour confirmer ses dires, celle-ci lança son « tuit » caractéristique avant de prendre son envol jusqu’à l’arbre suivant. 

Le sandwich bien entamé, Patricia commençait à trouver l’absence de Marc un peu longue.  Elle se versait une tasse de café fumant quand elle entendit avec soulagement un léger martèlement du sol derrière elle. Sans se retourner, elle lança :
-    Ca va Marc ?  Tu n’es pas malade au moins ?
Un grognement lui répondit.  Elle en lâcha sa tasse qui roula jusqu’à la rivière, et suivit bêtement du regard sa progression dans le courant. Un deuxième grognement, bien distinct, lui fit dresser tous les poils du corps.  Elle amorça un geste pour se retourner.  Ce fut inutile … A moins de trois mètres d’elle, un énorme sanglier, le genre de bête qu’on préfère voir de loin, à l’abri derrière un grillage, vint s’abreuver à la rivière.  Patricia se sentit mal mais s’efforça de tenir le coup.  Le souffle court, la sueur lui perlant les tempes, elle pensa à Marc qui n’allait pas tarder à revenir.  Comment le prévenir ?  Elle fouilla les alentours du regard, puis ses yeux tombèrent sur le petit-déjeuner étalé près d’elle. Elle paniqua et fit mine de rabattre un coin de couverture sur les sandwiches. Le geste ne manqua pas d’attirer l’attention du mastodonte qui se retourna précipitamment, les sens en alerte. 
« Comment ne m’a-t-il pas vue ou sentie en arrivant ? » se dit la jeune femme, tétanisée.  Elle pensait toujours à l’arrivée imminente de son mari.  Allait-il faire fuir l’animal ou, au contraire, le rendre furieux ?  Néanmoins, elle s’attendait à tout, sauf à ce qui se passa …

- Chérie, regarde ce que j’ai trouvé !  cria Marc, arborant un large sourire et tenant contre lui un jeune marcassin couinant de peur.
Patricia manqua défaillir.  L’animal à ses côtés commençait déjà à gratter le sol de ses pieds puissants et grognait nerveusement. Une laie, c’était une laie ! Et Marc n’avait rien trouvé de mieux que de lui prendre un de ses petits !

    A l’instant même où l’animal chargea, Patricia se redressa et hurla de toutes ses forces :
- Maaarc !  Lâche-le ! Lâche-le tout de suite !  Attention !
Le beau sourire du jeune homme disparut instantanément en voyant le monstre foncer droit sur lui. Il lâcha le marcassin qui tomba lourdement sur le sol, couinant de plus belle et attisant la fureur de la mère. Marc s’enfuit à toutes jambes, tentant de repérer un arbre où grimper.  Entendant la bête se rapprocher dangereusement, il s’agrippa au tronc du premier sapin venu et s’y hissa tant bien que mal. Pas assez vite, malheureusement … L’animal lui mordit violemment un mollet. Au hurlement de son mari, Patricia ne réfléchit pas et s’empara de la thermos en aluminium qu’elle se mit à frapper sur la pierre.  La laie stoppa net son attaque et se retourna.
- Tu es folle ? Arrête ça tout de suite !  lui ordonna Marc, toujours agrippé au sapin dans une position plus que précaire.
La bête le regarda, puis tourna à nouveau son attention vers la rivière.  Elle hésitait.  Patricia redoubla son raffut.  Quand la    laie se mit à courir dans sa direction, la jeune femme entra dans la rivière jusqu’aux genoux, se croyant à l’abri. C’était mal connaître les sangliers … La bête, que l’eau ne semblait pas gêner le moins du monde, avança vers sa proie qui reculait. Patricia se retrouva bientôt dans l’eau froide jusqu’à la taille, ses bottines glissant dangereusement sur les cailloux.
    C’est alors qu’elle entendit un couinement terrifié. Marc avait repris le marcassin et le secouait. La mère abandonna immédiatement la rivière et fonça à nouveau sur sa première victime. Le jeune homme lâcha le petit et courut en boitant jusqu’à un autre arbre. Le choc le prit dans les jambes et le fit tomber.  Il n’eut pas le temps de se retourner, un croc lui traversa le bras droit, lui arrachant un cri de douleur. Une pluie de coups et de morsures d’une violence inouïe s’abattit sur lui, l’empêchant totalement de se défendre.  A demi-conscient, il vit son sang tacher lentement la terre, cette terre qu’il avait pris tant de plaisir à respirer quelques heures plus tôt …
Dans une sorte de brouillard, il entendit sa femme hurler :
- Hé, la bête, viens ici !  Viens je te dis ! Amène-toi !
Patricia tenait le marcassin entre ses mains et attirait une fois de plus la femelle vers elle. « Non, ne fais pas ça » tenta de crier Marc, mais aucun son ne sortit de sa bouche ensanglantée.
La jeune femme, à genoux, tenait fermement le petit à bout de bras et regardait la laie en fureur foncer droit sur elle.
« Elle ne pourra pas m’atteindre sans toucher son bébé », pensa-t-elle. « Elle ne le tuera pas … elle va s’arrêter … ».
La bête approchait à toute allure, ses défenses tachées de sang, le sang de l’être que Patricia aimait le plus au monde.
« Elle va s’arrêter … elle va s’arrêter … elle va … ».

Une main ferme s’abattit sur son épaule.  Elle lâcha sa tasse de café qui roula jusqu’à la rivière, et suivit bêtement du regard sa progression dans le courant.
- Tu m’avais l’air bien loin, ma chérie. Encore en train d’écrire un roman ?
Patricia leva son visage vers son mari et lui sourit tendrement.
- Cette forêt m’inspire. Je crois que je tiens mon sujet pour le prochain concours de nouvelles.
Il lui rendit son sourire et fit mine de s’asseoir à ses côtés quand, tout près d’eux, un buisson frissonna … Mue par un pressentiment, Patricia voulut retenir son mari qui s’approchait déjà du feuillage mais elle ne fut pas assez rapide. La petite bête couina quand Marc agrippa son pelage ligné de roux et de brun.
Patricia, au bord de l’hystérie, hurla :
- Lâche-le Marc, lâche-le tout de suite !
Derrière eux, un grognement se fit entendre, puis un deuxième, puis un troisième … Une horde de sangliers se tenait à l’orée du bois, les fixant de leurs yeux furibonds.

Patricia sut, à cet instant précis, qu’elle ne participerait jamais au prochain concours de nouvelles …

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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jui

Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (3) : Au-delà, une île

femmes

Ce jeudi, découvrez la nouvelle d'Edmée de Xhavée.  Son site.

Quand sa mère avait su qu’elle allait mourir, elles en avaient parlé. D’abord il y avait eu les larmes, beaucoup de larmes. Et puis des suppositions et des rêveries sur cet au-delà d’où, disait-on, on ne revient pas. Elles en parlaient quand elles se voyaient, et elles en parlaient au téléphone. Plus la fin approchait et plus le sujet leur était familier, agréable même. Sa mère reverrait-elle un tel, une telle ? Qui aimerait-elle revoir ? Leurs mains unies comme celles de deux sœurs et chaudes d’amour elles se demandaient : et tous nos chats, idoles tyranniques et bienveillantes, et les chevaux au flanc frémissant, tant aimés, étrillés, bouchonnés en s’emplissant le nez de leur essence …? Et ce petit chien si vilain mais tellement adorable parce qu’on en oubliait la laideur, sera-t-il là ?

Si je peux, je te ferai signe, avait dit sa mère. Elle l’avait promis, avec enthousiasme et détermination, excitée comme une enfant. Elle allait partir en éclaireur dans ce monde tant imaginé mais aux contours incertains, et elle enverrait des messages. Ne sois pas triste, avait-elle dit, il faut bien partir. Mon jardin meurt sur le seuil, la maison porte déjà mon deuil, et le temps qu’il fait ne m’intéresse plus. Ne sois pas triste. Je reste ta  mère, tu restes ma fille.


Triste, bien sûr, elle l’avait quand même été. Désespérée même, le lendemain de l’enterrement. Au point de hurler, de chercher l’ombre de sa mère dans le jardin, de guetter son pas dans l’escalier, de croire sentir son odeur, subtile et discrète comme une pensée fugace, comme un coup de vent sur l’herbe rase. Ecrasée par son inutilité soudaine. Affolée de se sentir seule au monde. Anéantie de ne plus pouvoir téléphoner. Il lui était arrivé de former le numéro malgré tout, rien que pour entendre la sonnerie retentir dans la grande pièce qu’elle savait vide mais encore parcourue, certainement, par sa présence. On ne passe pas toute une vie dans une maison sans s’y attarder, comme une mélodie qui sort d’une voiture qui s’éloigne.

Les mois passaient, et s’il y avait des signes, ils étaient si diaphanes qu’elle n’était sûre de rien. Le chat qui regardait « quelqu’un » avec une curiosité méfiante alors qu’elle ne voyait rien. L’orchidée que sa mère lui avait offerte et qui ployait sous une avalanche inhabituelle de fleurs le jour de son anniversaire. La voix familière qui la sortait du sommeil avec son surnom d’enfance: Poupée ? Où donc était la frontière entre leurs deux mondes ? Pas une seconde elle n’avait associé le mot « néant » avec l’idée de sa mère. Mais, tout comme elle avait cessé de voir les elfes et les fées de son enfance en grandissant, elle n’arrivait pas à voir le monde où sa mère était passée. Elle ne ressentait plus que sa propre singularité, celle d’avoir perdu sa mère, enveloppée qu’elle était dans l’absence, la sienne et celle de sa mère tant aimée. Le relief et les couleurs avaient disparu. Le ciel était loin, un ciel de tous les jours. Le soleil agressait sa vue. Les papillons n’étaient plus que des ailes en mouvement. Les sons alentours l’irritaient, la dérangeaient dans sa  nouvelle identité. L’existence n’avait plus qu’un jour à la fois. Un autre lendemain. Comme on se remplit les poumons d’air en émergeant de l’eau, elle cherchait parfois à retrouver l’univers d’avant, ouvrant brièvement le vieux poudrier de nacre de sa mère qui libérait alors une bouffée nostalgique et familière. Mais un sanglot montait dans son cœur quand l’odeur s’évanouissait. Et puis elle se souvint…

C’est dans une île au-delà des limites de mon monde que tu m’attends, ma maman chérie, ma femme-pirate, ma sauvageonne rêveuse…


Elle se souvint de tous ces départs sans au-revoir, de cette capacité que sa mère avait de « partir », de franchir une frontière invisible et de se trouver ailleurs, sur une île rien qu’à elle.

Petite, avait-elle raconté, elle aimait se prendre pour Tarzanette. Dans les murs de sa chambre ou à l’abri des haies du jardin elle se transposait dans une jungle dense et sombre, éclaircie par de tranchants rayons de soleil poudreux, où retentissaient des cris parfois aigus, ou bien modelés et enchanteurs. Entourée de ses singes imaginaires elle recevait les honneurs de peuplades rieuses et fidèles qui la protégeaient et la vénéraient, décorant son cou pâle de colliers de fleurs et coquillages. Elle descendait des rivières bouillonnantes dans une pirogue sculptée et décorée de plumes multicolores, le tumulte des eaux couvert par les chants millénaires des pagayeurs.

Elle avait connu bien des métamorphoses, son île. Parfois elle avait ressemblé à un vieux transat rayé et décoloré sur lequel elle s’isolait au milieu de la pelouse piquetée de fleurs de trèfle et petites marguerites, mer verte et paisible des jours d’été sous ses pieds chaussés de sandales blanches. Au large du monde, loin de cette vie dirigée par les anciens et rigides principes de la vie de province, elle en vivait mille autres au fil des pages de son livre. En fin d’après-midi elle resurgissait, quelque peu étonnée de retrouver son existence là où elle l’avait laissée après ces amours qui s’étaient déposés dans son cœur, ces voyages qui avaient baisé ses yeux de leurs paysages emplis de bonheur, et elle demandait en baillant : « J’ai bien envie de faire des crêpes ce soir, ça vous dit ? »

Elle fut aussi cet endroit où elle quittait sans avertir ces repas silencieux qu’elle partageait avec ses enfants. Tandis qu’ils se faisaient des grimaces et retenaient leurs rires, elle était allongée dans le sable pailleté d’or, mastiquant un morceau de côtelette de porc à la crème qui sur l’île goûtait la mangue et le curry. A mille lieues des gloussements de ses enfants devant sa mine soudain alanguie, elle présidait à un festin digne du Royaume de Saba, servi au ras de frises de gouttelettes chuchotantes, alors que la plage retentissait du galop d’une horde de chevaux sauvages au museau tendre. Le soir les arômes les plus divins venaient adoucir son souffle, et un chat aux yeux de turquoise dormait contre son sein.


C’est donc  là que tu es partie pour ne plus en revenir, dans ton paradis de paix, de clarté, de sons limpides. Dans notre dernier baiser, tu m’en as donné la carte, mais les larmes m’en empêchaient la lecture…

Elle se mit alors à rejoindre sa mère sur l’île.

Les yeux clos, elle franchissait cette frontière entre elles deux. Elles s’asseyaient face à l’eau qui frémissait et scintillait sous le soleil aussi bien que sous la lune. Et alors elles entamaient la longue litanie des « tu te souviens de la fois où…? » Attendries ou en proie à l’hilarité, elles n’avaient pas d’âge et vivaient dans le même moment.

La douce brise faisait luire l’herbe de la pelouse, petites lames ondulant dans la lumière. Le massif de rosiers Madame de Beauharnais vibrait de ses senteurs. Et lorsqu’elle s’installait au jardin un livre sur les genoux, sa mère était là, presque tangible, et le « que c’est beau » résonnait à deux voix dans ses pensées.


Et il apparut alors qu’ayant ouvert la porte dans un sens, sa mère pouvait l’ouvrir dans l’autre sens. Ajoute du sel, ça ne va rien goûter ! Pourquoi ne regardes-tu pas ce vieux film, j’adorais cet acteur… Tu me ressembles avec cette jupe ! Tu ne sors pas le chien ? Mais il doit sortir, le pauvre ! Et tes plantes, tu les oublies ? Oh, as-tu gardé ma recette de bouilli aux pruneaux ? Et si tu faisais de la soupe au gruau ce soir, tu l’aimais tant quand tu étais petite ? N’oublie pas d’écrire à ta tante, c’est ma dernière cousine de cette génération ! Mais n’est-ce pas Paolo Conte que tu écoutes là ? J’aime tant ce morceau de saxo !

Le monde était à nouveau confortable, on pouvait y rire et s’y trouver bien, y faire des projets. Le ciel avait des teintes vieux rose et gris les soirs après la pluie, les buddleias offraient leurs grappes à l’odeur sucrée aux papillons et aux bourdons, les chiens semblaient sourire. Les rires des enfants dans les jardins avoisinants avaient le son d’une fontaine désaltérante. Elle riait à sa vie, jamais plus seule ni perdue. Elle n’avait pas perdu sa mère, elle était juste en avant, toujours avec elle mais autrement.

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

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jui

Pour rester dans la chanson

Une new version de "j'aime la vie" qui m'est envoyée par Mostek... ôde à la Wallonie et surtout à Durbuy, jolie petite ville belge que j'irais bien revisiter prochainement tiens...
 
(enfin ça sera en ligne quand Skynet arrêtera ses conneries dénommées "progrès") 
 

09:19 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |