18
nov

Happy Birthday !

mickey

(c'est nin mon annif ni celui du blog, mais les 80 zans de Mickey !)

11:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

15
oct

Pour les namurois

Edit du 31 octobre : ça y est, il est arrivé chez Papyrus et vous attend impatiemment...  Sinon, il se trouve aussi à la Fnac à Paris, et un peu partout en France et Gelbique.  En désespoir de cause, reste l'achat sur le net ou la commande :)

 

Bonne nouvelle pour les namurois.

J'ai contacté la librairie Papyrus à Namur, rue Bas de la Place 16 (081/22.14.21).  Elle aura très bientôt à votre disposition des exemplaires du savoir écrire pour les filles, mais également de la célib'attitude des paresseuses.  Parce que chez Club et Agora, la collection pour les filles n'est pas encore diffusée. N'hésitez pas à aller visiter leur site web.

savoirecrirerosept

12:38 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

28
aoû

Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" : Une langue qu'il ne parlera jamais

femmesauj
Dernière nouvelle à découvrir, celle de Martine.

Une Langue qu’il ne parlera jamais.

 C’est un petit café qui, l’après-midi s’offre des airs de salon de thé. On s’y arrête pour souffler, une petite pause au centre de la ville, hors du temps. Jamais cette impression de bulle intemporelle n’a été aussi présente qu’en cette fin d’après midi d’un été qui s’obstine.

 Lumière dorée d’un reflet de soleil dans une coupe à glace, mélodie des conversations murmurées, parfums d’enfance retrouvés. La porte reste ouverte sur une petite place verdoyante, un moineau picore les miettes oubliées sous les premières feuilles mortes aux  couleurs de brasier. On est bien…

 Le couple assis à une table près de la fenêtre au fond de la salle n’attire pas les regards.

 Il a atteint l’âge mur, l’apparence soignée est pour lui question de discipline, de respect vis-à-vis de lui-même et d’autrui. Il est ce que l’on a coutume d’appeler un homme bien conservé, séduisant encore, même s’il l’ignore ou ne s’en soucie pas.

 Elle est un reflet de femme, de celle que l’on ne remarque pas, que l’on découvre par surprise. D’où vient-elle ? Son charme est celui d’une photo un peu floue, ses traits fins semblent refléter un passé qui oublie le présent… Ils intriguent, on attend…

 Ils parlent, ou plutôt elle parle, mais au delà des sons, les mots se dérobent, ce sont ceux d’un pays lointain, non-identifiable, inaccessible.

 Il hésite, aligne quelques syllabes en un assemblage maladroit… Elle reprend, le corrige vraisemblablement, elle est patiente, il n’est pas très doué …

 Un sourire furtif, indulgent, encourageant. Il rougit légèrement, avale une gorgée de thé le temps s’allonge…

 L’harmonie change, des mots se dévoilent, colorés par son léger accent. Ils évoquent un lieu, qu’elle a quitté, qu’il ne visitera sans doute jamais.

 Une nostalgie, des couleurs effacées, des senteurs qui s’estompent, des images belles et terribles, l’enfer au paradis, un voile noir. Le gris du quotidien, il n’y a plus d’espace, c’était hier, c’était loin, il y a combien de temps ? …

 Il explique que son fils vit là-bas. C’est sa réussite, sa fierté, son bonheur par procuration.

Il l’a élevé seul. Ce n’était pas facile. Il s’est trompé parfois. Les jeunes aujourd’hui ont avant tout besoin qu’on leur inculque des principes. La rigueur, l’effort, le devoir. On vit une époque ou tout est possible, tout est offert, il faut seulement ouvrir les bras et retrousser ses manches.

 Ils ont connu des moments difficiles, il y a eu des tensions et des malentendus mais le présent lui a donné raison.

 Une société multinationale une agence locale en pleine expansion, des responsabilités, la confiance de la haute direction, un cash flow annuel en constante progression. Beaucoup de travail, peu de temps.

 Le pays doit être magnifique ?

 Il collectionne les reportages, les photos, les vidéos. Il a assisté à une séance « exploration du monde ». C’est beau ! Est-ce que cela existe vraiment ?

 Elle évoque des instants enfuis, les petits matins frais et parfumés, les après-midi torrides, le lent mouvement des pales du ventilateur, la sieste sous la moustiquaire, la brume sur les rizières, l’heure où l’on revit. Les voisins se rassemblent, le soir se prolonge, la nuit  se fait oublier… Un livre est caché sous la couverture… « Tu dors ? » 

 Il s’est animé, la presse de questions encore, encore … C’est si loin là-bas. C’est tellement difficile de concrétiser des photos anonymes, des témoignages impersonnels. Il aimerait échanger des impressions ne serait-ce que pour se faire une idée …

 Et son fils, il n’écrit pas ? Il doit bien sortir de temps en temps de ses chiffres, et de ses graphiques, de ses « term sheets » et de ses « business plans ». Il vit là-bas ? Il y respire, il y aime peut-être, cela suppose au moins quelques sensations, quelques réflexions, des rêves aussi, confrontés à la réalité…Où alors a-t-il choisit d’ignorer ? De ne faire que passer dans un monde virtuel, aseptisé, d’images de catalogue ? Ne s’est-t-il jamais interrogé sur la vie de ses collègues autochtones, leurs manques, leurs aspirations, leurs désespoirs, leurs renoncements ? Il existe une réalité sous les cartes postales.

 Il y a soudain de la violence en elle.

 Il s’est raidi. Il ne faut pas aborder certains sujets. Son fils ne fait pas de politique …

 Au dehors, le temps fraîchi, une bise s’est levée, le soleil s’est voilé. Quelqu’un a fermé la porte. On frissonne en reposant sa cuillère dans la coupe en argent terni…

 Il ne s’agit pas de politique, simplement d’être vivant…

 Elle-même a choisi la fuite, la mémoire qui oublie, un regard qui se tourne vers un ailleurs inexistant.

 C’est comme un engourdissement progressif. Au début, un soulagement : plus de faim ni de soif, de froid ou de chaleur, de tristesse ou de joie, plus de crainte ni d’espoir… Dormir, dormir enfin, pour se réveiller demain et tout recommencer. Mais la nuit se prolonge, on oublie de rêver et il n’y a plus rien…

 Son fils n’est pas un rêveur …

 Pas très extraverti non plus…

 C’est curieux en fait, ils ont vécu 25 ans sous le même toit dans des mondes parallèles. Bien entendu, lui représentait l’autorité il lui fallait diriger et sévir pour le bien de l’enfant. Cela n’a jamais posé de réel problème. Le fils était raisonnable et obéissant. Il ne lui a jamais donné que des satisfactions...

 D’ailleurs, il ne croit pas au « père copain » 

 C’est une question de pudeur, de respect de l’intimité, il y a des sujets qu’il vaut mieux ne pas aborder… A quoi bon ? Et puis ce ne serait pas sans risque, il faut que les choses restent à leur place, il y a des mots qui fâchent, des faiblesses qu’il ne faut pas montrer…

 Et des silences qu’on regrette…

 L’auvent claque, quelqu’un a replié les parasols, il va pleuvoir sans doute...

 Les jeunes, aujourd’hui, doivent avoir les pieds sur terre, agir, se focaliser sur des objectifs clairement définis, il n’y a guère de temps pour les tergiversations, l’introspection qui ne mène à rien… Il faut être dans le train et le train n’attend pas…

 Il y a longtemps qu’elle est descendue du train … Elle a cru pouvoir poser ses valises mais en fait, elle n’a jamais réellement franchit la porte de la gare.

 Elle reste sur le quai et regarde les trains passer. Des visages de voyageurs tout juste aperçus, des silhouettes, des ombres sans regard, les yeux perdu vers une destination inconnue qui ressemble au néant…

 Le paysage leur échappe. Une image parfois se fige, sur la carte mémoire d’un appareil photo, rejoint d’autres reliques, parmi les offres « all inclusive ».

 Ils ne perçoivent pas le jeu de l’enfant, les rides du vieillard,  le cristal des eaux, la nacre des nuages, l’odeur de terre après la pluie, celle du bois qu’on enflamme, du repas qu’on prépare.

 Ils ne sont attendus par personne sinon par des reflets d’eux mêmes qu’ils espèrent reconnaître, pour se sentir plus forts…

 Mais la peur ne les lâche pas, ils ferment les yeux, les poings serrés sur leurs paupières et le sommeil les fuit…

 Il suffirait pourtant qu’elle sorte de la gare et entre dans le parc voisin. Dans le bac à sable se reconstruit le monde…

 Elle sourit timidement, implore son indulgence…Je divague. Pardon. Oubliez tout cela… bien entendu je ne vous ferai pas payer cette heure de leçon.

 Il s’ébroue, chasse un insecte importun…

 C’est aussi pour cela qu’il veut apprendre ces mots étrangers. Un jour peut être, il ira là-bas…

Son fils sans doute serait content qu’il vienne… Mais il ne veut pas être une charge, il doit pouvoir se débrouiller… Et puis, ainsi, il se fera une opinion… Lui saura regarder, il aura le temps. Il sera les yeux du jeune homme, lui décrira les choses, fera des commentaires, sollicitera ses réactions. Ils troqueront leurs points de vue et ils pourront parler, des idées et du monde, des autres et d’eux-mêmes … Quand il ira là-bas…

 Il est temps de se remettre au travail.

 La conversation a repris son mode saccadé, les sons ont remplacé les mots. Il s’agit de syllabes et d’accents, de grammaire et de conjugaison. Le comment se substitue au quoi.

 L’averse a cessé.

 Il s’applique, elle se concentre. Retour aux choses sérieuses, au métier qui assure la subsistance.

 Le petit vieux somnole, un serveur baille discrètement derrière ses doigts, le chat s’étire, il est cinq heure.

 Il fait des efforts, veut marquer des points, mériter son intérêt, être le bon élève qui nait dans le regard du professeur.

 Commentaires parfaitement dosés, rigueur et encouragements ; ménager sa susceptibilité, sans céder à l’indulgence.

 Et soudain, il se passe quelque chose, un mot, un seul petit mot qui n’avait pas sa place, un petit mot qui glisse, grimace et se  moque des leçons, un petit grain de folie virevoltant à contretemps, sur la piste des contresens…

 Il s’est figé, les joues rosies, le sourire hésitant.

 Elle sourit à son tour mais le sourire lui échappe, déborde et envahi ses yeux.

 Efforts désespérés qui déforment les traits, le sourire devient rire et rien ne peut y faire.

 C’est un mur qui tombe, une frontière franchie, elle est maintenant au pays de l’absurde, inaccessible à la raison, transportée par la joie.

 Le nourrisson gazouille, l’adolescente glousse et le vieillard hausse le ton dans un nouveau combat.

 Le soleil fait des gammes sur les verres bien rangés.

 A son tour secoué par le rire, il saute la barrière. Il la rejoint alors, au ciel de la marelle  pour un bout de chemin, loin au-delà des mots d’une langue qu’il ne parlera jamais.

 

16:07 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

21
aoû

Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" : histoire d'os

femmesauj
Découvrez la nouvelle de Thérèse Winand (une nouvelle qui me rappelle une certaine minute blonde de bibi...)


Histoire d'Os...

Encore mortifié par l'échec cuisant essuyé en novembre dernier, au Béguinage d'Anderlecht, le Commissaire Ickx est plus décidé que jamais à élucider cette nouvelle affaire... 

6 décembre 2007...

Il pleut sur Bruxelles, comme d'habitude.   Les essuie-glaces de la voiture blanche coiffée du gyrophare bleu sont en pleine activité et le véhicule se faufile adroitement entre les autos qui roulent prudemment sur la chaussée mouillée.

Au bout de la rue du Trône, voici  la gare du Luxembourg : la passerelle qui enjambe la voie ferrée ruisselle sous l'averse.   Le chauffeur contourne le bâtiment, fait quelques mètres puis entre dans la rue Vautier.

Après avoir longé une rangée de hautes maisons précédées de jardinets détrempés, il gare la voiture devant le Musée, le temps que le Patron débarque...

Le tyrannosaure de l'entrée donne le ton: c'est bien dans l'univers de ces créatures étranges que le Commissaire va enquêter. Jugez plutôt :

En ouvrant la porte de la salle des dinosaures ce matin, le responsable de la section n'a d'abord rien remarqué.  Il a allumé les projecteurs, les uns après les autres et, comme chaque fois, il a été frappé par l'impressionnante stature des iguanodons de Bernissart.  En gravissant les marches de l'escalier à droite, il a longé les vitrines aux fossiles, admirant comme d'habitude la beauté un peu étrange de ces témoins du passé.  C'est alors qu'il a entendu un cri d'épouvante, venu du fond de la salle, là où le triceratops baigne dans une lumière rougeâtre qui accentue son aspect menaçant.

Il s'est mis à courir, le cœur battant, quand un deuxième cri, encore plus horrible, lui a glacé le sang :

         « Je vous assure, Monsieur le Commissaire, je sais que cela paraît insensé, mais j'ai entendu le cri du tyrannosaure et j'ai vu l'ombre de sa mâchoire menaçante sur le mur du fond.   Quand je suis arrivé au bout de la salle, 

un corps était étendu sur le sol, à moitié enseveli sous un amas d'ossements...  Et le triceratops n'était plus là !  »

L'homme tremble en racontant cela, il ne peut rester debout tant il est saisi par l'émotion en revivant la scène.

Déjà l'équipe des enquêteurs s'est déployée sur place :  on a photographié le lieu du drame sous tous ses angles, dégagé prudemment le corps, qui est maintenant allongé sur le sol, recouvert d'un drap blanc.

         « Mon Dieu ! Quelle affaire ! » bafouille le gardien...  qui a reconnu la victime : 

         « C'est un paléontologue français qui est venu ici pour étudier les fossiles! »

Et il détourne la tête, ne pouvant plus supporter la vision de cette tache de sang qui s'agrandit sur l'étoffe immaculée.

Le Commissaire Icxk contemple le spectacle d'un air perplexe.  Le médecin légiste a examiné le corps, et surtout la tête qui n'est plus qu'une plaie béante, déchiquetée, comme tailladée par des dents aiguës.

Non, ce n'est pas possible !  Abasourdi, le Commissaire écoute les remarques de l'expert : ce sont bien des dents qui ont causé la mort, et pas n'importe quelles dents : des dents pointues , aux bords irréguliers, aussi meurtrières que des couteaux tranchants.  Quelle arme pourrait infliger pareille déchirure ?

Ce ne sont pas les multiples témoins, muets depuis des millions d'années, qui lui seront d'un quelconque secours... 

Les cornes du tricératops pointent vers le ciel, au milieu du tas d'os,indifférentes à l'émotion qui palpite à deux pas d'elles.

Le gardien continue à trembler :  lui seul a vu l'ombre menaçante du tyrannosaure mais comment croire à pareille fable ?  A bout de nerfs, le malheureux fond en larmes :  voilà vingt ans qu'il travaille ici et, tous les matins, il accomplit sa tâche avec zèle, comme tous les autres employés du Musée, d'ailleurs.

Le Commissaire Ickx s'est reculé de quelques pas, examinant attentivement les alentours, scrutant le sol à la recherche d'indices et, tout à coup, il sursaute, se penche vers le sol, incrédule : là, dans la poussière soulevée par la chute du squelette, une empreinte, non, deux, trois empreintes de pas, distantes de près d'un mètre l'une de l'autre: il reconnaît sans hésiter les trois doigts écartés du tyrannosaure !

Suivre la piste est un jeu d'enfant !  Et voilà le Commissaire face à face avec le géant préhistorique, immobile, figé à jamais dans son attitude belliqueuse,

la mâchoire béante, les dents prêtes à déchiqueter sa proie.

Le policier se dévisse le cou à observer la bête :  c'est de loin le plus impressionnant des dinosaures et notre homme a l'impression de l'entendre pousser son cri de guerre, terrorisant toute la nature aux alentours. 

Choqués par le drame qui vient de se produire, les enquêteurs se retrouvent autour d'une table, dans une des salles attenantes.

Les visiteurs n'auront pas accès à la Galerie aujourd'hui !

A la porte d'entrée, des journalistes sont déjà à l'affût mais le Commissaire les fait congédier d'un geste excédé. 

Trois tasses de café et un sandwich plus loin, les investigations reprennent.

L'équipe scientifique relève les empreintes ( dans cette gigantesque salle, c'est un travail de titan !) Le Commissaire éponge son front ruisselant de sueur froide.

Ah ! Un bon petit meurtre passionnel bien net :

( « Le mari, dans un geste désespéré, abat l'amant de sa femme »)

ou un hold-up sanglant avec prise d'otages :

 ( « La camionnette des malfrats a foncé dans un mur : les otages sont sains et saufs ;on ne peut pas en dire autant des agresseurs !!! »)


Ici, il nage en plein cauchemar...  La victime est bien là, hélas !  Mais le coupable ?

Il entend d'ici l'exclamation sarcastique de son supérieur :

         "Quoi !  Un tyrannosaure auteur d'un meurtreau Muséum des Sciences Naturelles ? Vous vous foutez de moi, Ickx ? "

Rien qu'à y penser, le pauvre homme se recroqueville mentalement, plein d'appréhension.  A la fin de la journée, l'enquête n'a pas progressé d'un pouce.

Le corps de la victime a été emporté vers l'Institut Médico-Légal, en vue de procéder à l'autopsie.  Les os du squelette démantibulé sont partis pour le laboratoire.

Le Commissaire Ickx, très déprimé, regagne le domicile conjugal où son épouse l'attend et lui réchauffe son repas dont il n'avale pas trois bouchées...

7 décembre 2007 :

Levé aux aurores, le Commissaire Ickx n'a même pas pris le temps de boire un café !  Le voilà déjà à pied d'œuvre à deux pas du roi des dinosaures.

Juché sur une échelle, un de ses collaborateurs effectue des prélèvements sur les dents du monstre.  Aussi absurde que cela puisse paraître, c'est la seule piste disponible pour le moment.

A l'autre bout de la salle, son adjoint  examine l'espace vide où se dressait, hier encore, le squelette du tricératops.   Ici aussi, des traces marquent le sol, tournées résolument vers le lieu du drame :  on dirait que l'animal a chargé et que, suite à un choc violent, son corps s'est disloqué puis écroulé en cette multitude d'os que les experts ont relevés hier...

Le Commissaire se creuse les méninges, imagine divers scénarios :

-         Y a-t-il eu un combat entre les deux animaux ?

-        Le paléontologue s'est-il trouvé là au mauvais moment ?

-        Se pourrait-il que l'ancêtre de notre rhinocéros se soit porté au secours du savant attaqué par le tyrannosaure ?

-        Que faisait le tyrannosaure de ce côté-ci de la salle ?

         « On nage en pleine science-fiction, » se morigène-t-il.    

Voulant rejoindre son équipier qui travaille un peu plus loin, le policier entre dans l'espace réservé aux oiseaux : il ne peut s'empêcher d'admirer au passage le nid rempli d'œufs fossiles, où gambadent deux jeunes dinosaures.

Un grondement menaçant le fait sursauter, suivi aussitôt par un autre et puis encore un autre .  Affolé, notre homme lève la tête et reste cloué sur place :

tous les monstres de la galerie  ont tourné la tête dans sa direction et, l'un après l'autre, émettent un cri effrayant qui lui glace le sang.

Serait-il possible que... ?

Le regard du Commissaire va du nid aux silhouettes menaçantes... et revient encore une fois au nid...  Mais oui, ... Il a compris !...

D'un même élan, les animaux préhistoriques ont fait bloc pour défendre leur progéniture de la cupidité des humains prédateurs : du maiasaura au stégosaure, en passant par l'iguanodon ou le petit vélociraptor, carnivores ou herbivores, bêtes à poils ou à plumes, tous poussent leur cri de protestation :

«  Ne touchez pas à nos petits ! »

Epouvantés, les deux hommes se rejoignent en quelques enjambées et, sans perdre une minute, refluent vers l'escalier qui mène à la sortie.  Il leur semble sentir le souffle irrité des monstres qui les suivent du regard.

Blêmes, les jambes tremblantes, ils montent les marches le plus vite qu'ils peuvent et, hors d'haleine, quittent cet endroit inhospitalier où les grondements s'apaisent petit à petit...

Le gardien n'a donc pas eu d'hallucinations !  Il a bel et bien entendu le cri du tyrannosaure.  Le Commissaire Ickx reprend son souffle quand son GSM sonne : c'est le laboratoire.  Entre les os éparpillés, on a trouvé des débris d'œufs fossiles...

« Non, ce n'est pas possible, » s'exclame le Commissaire ! «  Cette histoire ne tient pas debout !... »

Et ce n'est pas tout !  Les coquilles portent les empreintes de la victime !

Quant à la corne frontale du tricératops, elle a heurté de plein fouet un obstacle très dur car elle s'est brisée net.

En gémissant, le policier se tient la tête à deux mains :  il est au bord de la folie. Jamais il n'osera affronter la colère de son supérieur !

Comme un somnambule, le Commissaire Ickx quitte le Muséum mais, au lieu de  regagner sa voiture, il fait quelque pas en direction de l'escalier qui mène à la rue Vautier.  Il va fumer une cigarette, le temps de retrouver son calme.

A peine a-t-il tiré quelques bouffées qu'il entend derrière lui un bruit de pas lourds et des cris :

« Commissaire, attention ! »

Un coup d'œil en arrière...    Aaargh !  Le dinosaure de l'entrée s'est mis en route et le poursuit...

En voulant fuir par l'escalier, l'homme, dont les jambes flageolent, rate la première marche et s'effondre vers l'avant en poussant un long cri de détresse...

Sa tête heurte violemment le sol et...la porte de la chambre s'ouvre brusquement. Hébété, le Commissaire Ickx reconnaît la silhouette de sa femme, dans l'embrasure de la porte :

         « Tu as encore fait un cauchemar, mon pauvre chéri, » s'apitoie-t-elle en l'aidant à se relever.  Doucement, elle réinstalle son mari dans le lit, redresse son oreiller, reborde la couette...

          «   Le pauvre, » pense-t-elle, « il est plutôt surmené ces temps-ci ! »

Avec un sourire attendri, elle éteint le lecteur DVD où Jurassic Park tourne en boucle depuis la veille au soir...

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

14
aoû

Concours de nouvelles Femmes d'aujourd'hui - les "perdants" (6) - parce que c'était lui, parce que c'était elle

femmesauj
Cette semaine, découvrez la nouvelle d'Anne Ahis.


Parce que c’est lui, parce que c’est elle


Il attend.  Il attend depuis plusieurs heures déjà, mais il n’est pas pressé.  Il préfère ne prendre aucun risque.  Il aurait pu se rendre dans un endroit plus fréquenté, dans un parc, par exemple, et parvenir bien plus rapidement à ses fins, mais à quoi bon s’exposer aux regards inquisiteurs.  Il attend.  Il prendra le temps qu’il faudra, quoi qu’il advienne.

Les minutes passent.  Les heures passent.  Puis elle arrive.  Il ne l’a pas sélectionnée parmi d’autres.  C’est sa faute.  A elle.  Elle a choisi ce moment pour passer devant lui.  Le bon moment, pour lui.  Le mauvais moment, pour elle.  L’espace d’une seconde, par un concours de circonstances que seul le destin peut expliquer, elle va passer devant lui, au moment précis où il va mettre son plan à exécution. 

Parce que c’est lui, parce que c’est elle. 

Le hasard.  Le destin.  La volonté de Dieu.  Ou du Diable.  Qu’importe.  Ce sera elle, parce qu’il l’a décidé ainsi.  Et parce qu’elle est passée à l’instant fatidique.

Il la trouve mignonne.   Tant mieux.  Ce n’est pas nécessaire, pas même utile, mais il en éprouve une joie supplémentaire.  Elle semble jeune encore.  Un certain dynamisme ressort de sa façon de se mouvoir.  Tout est clair en elle, même le regard.  Surtout le regard.  Sa démarche féline ajoute un charme supplémentaire.  Elle fera parfaitement l’affaire.

Il sent l’excitation grandir en lui.  Sans doute n’a-t-il jamais connu un tel sentiment de plénitude.  Un tel engouement.  Cette sensation qu’il va enfin faire ce pour quoi il est né.  Créer son propre bonheur.  Le façonner.  Le sculpter.

C’est l’instant T, la minute M.  Elle passe enfin à sa portée. 

En une fraction de seconde, il l’attrape, la happe, la ligote et l’installe à l’arrière de son véhicule.  Elle a déjà compris.  Elle hurle et se débat.  Elle crie et griffe.  Elle tente même de mordre.  En vain.  Il a tout prévu.  Elle ne pourra s’échapper.  Elle ne pourra pas échapper à son destin.  Elle est perdue.  Résignée, elle se roule en boule, se fait toute petite.  Espérant qu’il l’oublie, peut-être.  Ou qu’il change d’avis.  Un espoir superflu.

A peine rentré, il met immédiatement un terme à son existence.  Il a un dessein précis.  La faire souffrir est inutile.  Lui faire peur est inutile.  Il n’est pas de ce genre là.  Autant en finir.  C’est rapide.  C’est net.  C’est radical.  Les cris, qui avaient repris de plus belle, cessent enfin.  A tout jamais.  Elle n’est plus qu’un amas de chairs encore tièdes.  Elle semble presqu’endormie, si ce n’est cette lueur de terreur qui habite encore ses doux yeux restés ouverts.

Il met ensuite son grand tablier et prend son couteau.  Il l’a aiguisé hier déjà.  Il la découpe scrupuleusement, jette l’inutile dans un sac poubelle.  Garde les plus beaux morceaux.  Son excitation est à son comble.  Mais elle ne trouble pas sa concentration.

Il dépose les morceaux dans une poêle déjà grésillante d’huile d’olive.  Ajoute quelques épices.  Sel.  Poivre.  Les morceaux mettent du temps à cuire.  Il est un tantinet exaspéré.  Il s’impatiente.  L’heure passe et il doit en finir avant ce soir.

Une fois la préparation bien dorée, dans un plat Pyrex, il entasse précautionneusement des couches régulières : pâte, béchamel confectionnée la veille, préparation de viande, pâte, béchamel, viande, et ainsi de suite.  Enfin, il saupoudre le tout d’emmenthal râpé et dépose le plat dans son four préchauffé à 220 degrés.

Quarante-trois minutes plus tard, sa lasagne est dorée à souhait.  Son parfum embaume la pièce.  Il s’en emplit les narines, pour que ce moment reste à jamais gravé dans sa mémoire.

Il dépose la lasagne sur son plan de travail.  Il la laisse refroidir suffisamment.

L’enveloppe est déjà prête.  Une grosse enveloppe matelassée.  L’adresse est écrite en lettres capitales.  Plusieurs timbres, encore en francs belges, ont été collés harmonieusement au-dessus du paquet.  Il y a ajouté un autocollant « prior », histoire d’accélérer l’envoi.  Il faut qu’il arrive demain, impérativement.  Demain.

Il enfourne sa préparation refroidie dans l’enveloppe, bien emballée et rendue étanche par plusieurs couches de film plastique. 

Il met ensuite son manteau et se dirige vers la Poste.  La grande boîte rouge l’attend, gueule béante.  Dernière levée à 19h.  Il est 18h.  Parfait.   Tout est parfait.  Rien n’a jamais été aussi parfait.  « Elle recevra le colis dès demain, jeudi », songe-t-il, réjoui.

Il glisse son pli dans le trou postal.   L’espace d’un bref instant, un passant curieux jette un coup d’œil sur l’enveloppe blanche, et lit l’adresse.  Qu’il oublie instantanément. 

Dès demain, son cadeau parviendra à sa destinataire.  Il est heureux.  Il n’a sans doute jamais été aussi heureux.  Il sait qu’elle aime les lasagnes.  Il sait qu’elle va aimer cette lasagne, qu’il lui a confectionnée avec tant d’amour. 

Il le sait depuis qu’il l’observe, jour après jour, depuis la grande fenêtre de son appartement, évoluer dans son minuscule studio joliment meublé.  Il sait ce qu’elle fait, ce qu’elle aime, ce qu’elle lit, ce qu’elle regarde à la télévision.  Il sait aussi à quelle heure elle se lève, à quelle heure elle se couche.  Il sait qu’elle coordonne toujours ses sous-vêtements.  Il sait qu’elle arrose son orchidée chaque samedi.  Il sait surtout qu’elle aime les lasagnes et qu’elle en mange chaque jeudi.  Systématiquement.  Jeudi, c’est jour de lasagnes.  Il sait tant de choses sur elle qu’il s’est persuadé de partager son existence.  Et il s’est convaincu, dans son esprit perturbé, que si elle aime sa lasagne, elle l’aimera, lui.  

Il ne lui reste qu’à attendre demain.  Demain, c’est jeudi.  Elle recevra la lasagne, ainsi que son numéro de téléphone, qu’il a glissé dans son colis.  Et elle le contactera.  Il la verra l’appeler, de sa fenêtre.  Et elle l’aimera, car elle aimera sa lasagne.  Et enfin, ils seront deux.  Ensemble pour toujours.  Parce que c’est lui, parce que c’est elle.

Il rentre chez lui d’un pas léger et sautillant.  Il chantonne, même.  Il virevolte sur le trottoir, songeant à la journée de demain, qui va changer sa vie. Toute sa vie.

Puis, un bref instant, il s’interrompt, songeur.  Il réfléchit quelques secondes, puis conclut, d’une moue légèrement boudeuse « pour ma prochaine lasagne, j’attraperai un rat…  Une chatte c’est bien trop long à cuire ». 

Il reprend ensuite son chemin, et rentre chez lui. 

Attendre demain.

Illu de Flo

dramept

06:00 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |