15
mar

Monstrueuse…

Jeudi.

Paris.

17 heures et quelques, près de 18 heures sans doute.

La journée s’achève, je vais bientôt reprendre mon train.  Je suis épuisée, une vraie loque, d’avoir marché, crié, marché, crié, mais c’est une autre histoire que je vous conterai en détails lorsque j’aurai récupéré ma carte mémoire et les photos, car une histoire, c’est bien, une histoire avec photos, c’est mieux.

Le métro me jette gare du Nord. 

Deux heures à tuer.

Je meurs de soif.  Et un peu de faim.

Direction le Quick, histoire de me replonger d’ores et déjà dans une ambiance à la belge, une fois.

Bonheur intense, le Quick de Paris propose un menu junior giant à 4 eur, mayo comprise. Prenez-en de la graine en Belgique, je veux aussi un menu junior giant à 4 eur, mayo comprise.

Je me fais dépasser par un grand black à l’allure patibulaire, qui finalement ignore quoi commander et tergiverse avec son billet de 5 eur.  Je n’ose moufter, ignorant si les grands blacks de la gare du Nord sont des délinquants en puissance, mais j’aime pas son attitude à la noix. Et la serveuse du Quick non plus, qui lui dit « vous étiez pas le premier », puis se tait, de toute façon c’est peine perdue. Et j’ai deux heures à tuer alors…

Je commande mon menu junior giant en m’extasiant sur la gratuité de la mayo, ce qui fait plaisir à la serveuse, hyper sympa (qui a dit que les parisiens ne l’étaient pas ?).

Je monte et m’installe dans un coin, où je dévore mon menu en dévorant N’éteins pas la lumière, le dernier Bernard Minier, fabuleusement fabuleux.  Je siffle mon coca light comme une assoiffée. Je déguste mes frites et ma mayo (gratuite, vous le saviez ? ah ah ah)

18 heures 15, j’ai fini, mais je décide de rester au Quick, peinardement assise, afin d’éviter l’effervescence de la gare, pire qu’un Efferalgan.  Besoin de quiétude. Contre-coup de ces heures riches en émotion (récit bientôt bientôt, vous impatientez pas).

Et puis la voilà.

Une bonne soixantaine.  Cheveux gris. Collier de grosses perles en plastique.  Manteau et sac rempli de choses indéfinissables.

Elle s’approche et me demande « bonjour, vous auriez un euro pour manger ? »

Et moi, en réflexe « non ».  D’une voix sèche.  Regard sec. Air sec.

Et elle s’en va, continue à déambuler de table en table, quémandant son euro.

Et moi de penser « y a-t-il des gens qui vont donner ? »

Et puis d’un coup, je suis envahie par la honte. La honte de mon indifférence. De cette indifférence dont je fais preuve depuis très longtemps, tant les mendiants et les sdf font partie des meubles désormais, tant le « non » est désormais irréfléchi.

Je me sens monstrueuse.  Pourquoi j’ai pas donné un euro ?  Pourquoi cette gentille petite dame n’a pas réussi à atteindre mon cœur ?  Un monstre, ouais, je suis un monstre.  Dans ma ville, je ne donne plus, passqu’il y a les réseaux, passque les estropiés ça m’énerve, passque les mendiants ont des shar pei et que ça pue l’arnaque, passque j’ai toutes les bonnes raisons de pas donner, passqu’ils ont qu’à bosser et puis merde. Monstreuse, je suis monstrueuse, indifférente à ce qui m’entoure, à cette misère, à cette dame, même pas foutue de lui dire non d’un sourire, c’est mieux non, dire non d’un sourire…

Oui,  là quand même, cette petite dame, et mon attitude, mon non si désagréable, me suis sentie un monstre, une abomination sans cœur, qui vient de manifester, de ressentir tant d’amour, de solidarité, de rires, de larmes, de joie, et puis qui retombe dans son égoïsme en moins de temps qu’il ne faut pour le penser.

Toutes ces pensées m’ont assaillie en quelques secondes, le temps de fouiller à la recherche de cet euro qui peut tout changer.  Qui ne changera rien au monde, en soi, mais qui me prouvera que non, je ne suis pas monstrueuse, du moins pas à ce moment là, à cette minute là. Pas toujours. Pas tout le temps.

Et quand elle est repassée, j’ai dit « attendez je vais vous donner un euro ».

Et son sourire, sa joie, ben ça valait bien un euro.

En fait je sais pas si elle avait vraiment besoin d’un euro.

Elle avait surtout besoin de causer, la petite madame.

Passqu’elle s’est illico assise en face de moi. Bon j’avoue que ça m’a horripilée, car j’étais en pleine lecture de mon thriller, et puis je me suis dit que c’était cool finalement, de parler avec une mendiante parisienne dans un Quick, ça n’arrive pas tous les jours.

Alors j’ai fermé ma liseuse, et j’ai causé.

De la vie en France, de son statut de travailleuse non déclarée qui fait que maintenant, cinquante ans plus tard, elle est fauchée.

De mon joli gilet jaune, justifié par la manif dont je revenais.

Du JT qu’elle allait regarder pour tenter de me voir.

Et de plein de sujets soporifiques, la société actuelle ma bonne dame, la galère ma bonne dame.

Mais elle était gentille, m’a dit que j’avais une jolie blouse, et une jolie bague aussi. Elle était contente de faire causette la Madame.

Après dix minutes, j’ai déclaré forfait et j’ai dit que mon train m’attendait, bien que j’eusse pu rester encore une demi heure, mais j’étais fatiguée, besoin de me poser en silence, sans parler des misères de notre société, besoin d’aller me chercher un Orangina light glacé, le coca light n’ayant pas suffi à apaiser ma soif, besoin de m’offrir des caramels mous au beurre salé dans une jolie boîte rose tour eiffel, besoin de lire, assise sur ce siège gentiment offert par un grand black sympa « assieds-toi Madame, assieds-toi ». Besoin de fermer mes yeux piquants et de dormir…

 

 Petite photo souvenir de cette journée…

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12:12 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

9
mar

deux interviews sinon rien !

Comme j'ai profité du joli temps pour être dehors toute la journée et que je me la joue fade, j'emprunte les jolis mots de Rachel Colas pour vous annoncer notre si belle nouvelle en ce dimanche printanier...

A découvrir iciiiii.

16:59 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

5
mar

Du ruban jaune, en veux-tu en voilà...

Le ruban jaune est l'emblème de la lutte contre l'endométriose (ppfff, le correcteur automatique ne trouve même pas le mot endométriose, c'est dire si elle est méconnue), alors dans notre team, à une semaine de la marche mondiale contre l'endo, y'en a qui se sont amusées à faire des rubans et à les photographier, avec toutes sortes de choses : pommes, sachets de thé, pâtes...

Vous pensez que je m'y suis mise aussi, et immédiatement, en bonne belch', j'ai pensé à...

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Et puis les félins ont voulu participer, alors on a fait ça...

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En bonus, le making of, toujours aidée de mon fidèle assistant...

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 Pis j'ai eu d'autres idées, gourmandes... quatre essais pour celle-ci, soit 1000 calories

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et le dessert

 

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16:47 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

24
fév

MWME (Million woman march for endometriosis)

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En novembre j'ai participé au NANOWRIMO.

Et en mars je participe à la MWME.

J'adore ces logos qu'on ne retient pas, mais qui occupent une tranche de notre quotidien.

La MWME, si vous n'êtes pas dans mes zamis Facebook (comment ske c'est possip' ça ?), c'est la Million Woman March for Endometriosis.

Il y a un an, je ne savais même pas ce que c'était, l'endométriose. Enfin si, j'avais lu un article ou l'autre, passque quand chuis allée chez mon doc en mars dernier, prise de douleurs intenables, décidée à ce qu'enfin elle m'écoute et ne me dise plus "ouais ouais vous avez mal durant vos ragnagnas, prenez une aspirine (et me faites pas chier avec vos trucs de meuf)", j'avais posé mon diagnostic déjà, merci Google. Je vous passe le détail des mots-clés que je lui ai offerts, à Google, mais il m'a fourni la réponse.

Puis chuis tombée, paf boum tralala, dans l'endométriose. Mais zen hein... Passque je croyais que l'endométriose c'était juste une petite merde qu'on soigne fastoche finger in the nose avec un petit médoc ou la pilule en continu. Je suis tombée des nues quand j'ai appris que non non non ma bonne dame, ça s'opère.

Je suis tombée des nues quand j'ai appris que cette maladie causait tant de dommages physiques. Qu'elle pouvait rendre stérile. Faire découvrir les joies de la mamypause. Bousiller les organes. Et je vous passe les détails, des fois que des zenfants passeraient par là.

Je suis tombée encore plus des nues quand j'ai découvert qu'elle était taboue, que personne n'en parle, parce qu'elle n'atteint que les femmes ? Parce qu'elle touche à l'intimité ? Je l'ignore, mais on n'en parle pas, jamais, et les femmes souffrent en silence, des années durant, comme les chochottes qu'elles sont censées être, ben voyons.

Puis j'ai trouvé le soutien bien nécessaire. Au sein d'un groupe belge, d'abord, qui m'a aidée au moment de mon opération, aiguillée vers le bon spécialiste et qui a été là pour la nouvelle endogirl que j'étais. Puis au sein de Lilli H contre l'endométriose, un groupe français (mais on s'en fout non ?), enfin un groupe, un site web, une page Facebook, un groupe de soutien et depuis peu une association en bonne et due forme. Des nanas qui réunissent, et c'est rare, à la fois le respect de l'autre, la capacité à fournir des informations utiles et non farfelues, l'humour (ouais, on s'est pris de ces délires des fois sur le groupe), et j'en passe. Et puis l'amitié, le soutien, les discussions qui aident, les délires parfois. J'y ai trouvé ce que je cherchais. Et voilà. J'y suis j'y reste... Au sein d'une team dynamique et pleine d'enthousiasme, portée par l'envie que cela change, et par l'instigatrice de tout cela, notre MA.

Puis est venue la marche, à l'initiative de plusieurs médecins aux States. Ce 13 mars, dans 45 pays, nous marcherons pour faire sortir l'endométriose de l'ombre.

Je marcherai à Paris, passque pour moi cette maladie est universelle et que les progrès d'un pays bénéficient un jour ou l'autre aux autres pays, parce que les frontières n'existent pas quand on veut faire bouger les choses, et passque j'ai envie de rencontrer ma team en chair et en os, qu'elles me rencontrent en chair et en os (surtout en chair d'ailleurs, merci les traitements hormonaux qui me transforment en "grosse bouffe a faim, grosse bouffe a très faim"), et de rencontrer les centaines, les milliers, les millions de femmes qui viendront marcher.

Faire bouger le chose, toutes les endogirls le veulent. Les initiatives pleuvent (même s'il fait soleil et c'est tant mieux), les articles paraissent aux quatre coins de l'hexagone dans la presse, (euh, ça a quatre coins un hexagone ?)...

Parmi ces initiatives, la création de nos petits logos Facebook sur la marche, réunis dans cette jolie vidéo que je souhaitais vous faire partager,  merci pour ce joli montage de notre détermination à toutes :

Le soutien nous vient également des personnalités françaises, par leur présence à la marche et/ou par leurs petits mots d'encouragement :

 

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14:32 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

23
fév

C’était mieux avant… ou pas ?

Avant, je mangeais des Treets, des Bonitos et des Raiders, et non des M&Ms et des Twix.

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Avant, j’avais un double deck et j’étais au taquet pour enregistrer le hit parade du samedi matin sur mes cassettes.

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Avant, je pouvais lire dans mon bain sans risquer de bousiller ma liseuse numérique, courant le seul risque de gondoler mon livre.

Avant, pour téléphoner, ça coûtait 1 franc la minute et fallait former le numéro en tournant un cadran, et entendre maman venir dire toutes les dix minutes « t’as pas encore fini ? »

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Avant, j’attendais toute la semaine impatiemment l’épisode suivant de ma série, sans la charger sur internet.

Avant je recevais des cartes pour mon anniversaire (elles sont toutes dans un tiroir), pas un mot sur Facebook.

Avant, on ne subissait pas les conversations passionnantes sur gsm dans le bus « c’est moi, t’es où, oui j’arrive, je suis dans le bus ». On se donnait rendez-vous aux escargots à Namur, et si on était en retard, ben on n’avait qu’à pas l’être, car on n’avait pas un gsm pour prévenir.

Avant, on pouvait frauder en se prêtant les abonnements de bus.

Avant, j’allais au cinéma pour 90 francs, je mangeais une glace pour 25 francs et je buvais un coca (plein de sucre, pas plein d’aspartame) pour 45 francs.

Avant, j’avais pas de cheveux blancs (c’est juste pour la rime).

Bref, c’était mieux avant… ou pas…

C’est sans doute le propre de l’homme (et de sa supérieure la femme) de se retourner vers avant avec une petite, voire une grosse, émotion, même si c’était pas toujours mieux avant.

Avant, mon premier magnétoscope coûtait 100.000 francs (si je vous jure) et le vidéoclub louait Dirty dancing que pour 48 heures, fallait s’en empiffrer avant de le rendre.

Avant, quand je cherchais le mot « métaphore », je pouvais pas demander sur Facebook et avoir une réponse presque immédiate, non, avant, je me torturais les méninges durant dix heures.

Avant, pour mon élocution, je devais aller à la bibliothèque et faire quatre heures de recherches (mais je savais pas qu’un jour le net existerait, donc ça me dérangeait pas).

Avant, je réchauffais mes spaghet bolo à la poêlle, ça prenait du temps. Mais ils étaient super croustillants.

Bref, c’est bien aussi, maintenant.

Mais le règne de « l’avant », c’est cool, parfois, c’est moelleux, la nostalgie, c’est cosy, c’est cocoon, et ça rassemble les ceusses du même âge.

Stéphane Ribeiro surfe sur cette vague nostalgique en proposant « C’était mieux avant, 500 bonnes raisons de regretter d’avoir plus de 30 ans. Ou pas ».

Et j’adore. Of course.

C’est top fun, ça rappelle de bons souvenirs, ça fait rigoler ou ça émeut.

Morceaux choisis parmi ces 500 propositions toutes plus chouettes les unes que les autres :

- Avant, personne à l’école ne s’appelait Kevin

- Avant, y’avait Grosquick

 

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- Avant, des extraterrestres enlevaient des vieilles dames pour leur faire des pâtes

 
Pub Lustucru : Les extra terrestres (1984) par tartenpion333

- Avant, la pub était annoncée par une fleur qui poussait dans une pomme en faisant « ahhhbdubdubdubdubdu… » (tiens je pensais qu’elle faisait « Ahhh2222222 » moi

 

- Avant, on disait déjà que c’était mieux avant

 

Seul reproche : l’auteur aurait pu éviter les « avant » blessants et même pas drôles, genre « avant, Isabelle Adjani était belle » et « avant, Catherine Deneuve était maigre », ça, ben j’aime pas. Ça me fait pas rire.

Zappons sur cette grosse faute de goût, et régalons-nous des autres « avant ». Moi, je me régale comme d’une glace à 25 francs la boule…

Acheter C'etait mieux avant : 500 bonnes raisons de regretter d'avoir plus de 30 ans, Ou pas

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