13
fév

La chaise musicale

En grandissant (même si j’ai souvent envie de rester – ou redevenir – enfant), je réalise que la vie n’est qu’une chaise musicale géante.

Hier, ou presque, Carlos.

Aujourd’hui, Henri Salvador.

Et puis tous les inconnus, ici, ailleurs, là-bas ou encore là-bas.  Les jeunes les vieux les petits les grands les blancs les noirs.  Chaque minute, chaque seconde, ils partent on ne sait pas vraiment où.

Saleté de faucheuse.  Je te hais.  Tu t’en fous, je le sais, mais je te hais.

J’ai chantonné « dans mon jardin d’hiver » durant quatre heures.

Bonne route vers le pays d’où l’on ne revient pas.

20:04 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

9
fév

Je l’avais bien dit je l’avais bien dit (copyright Schtroumpf à lunettes)

Je l’avais senti en rédigeant mon billet « tout plaquer sans rien emporter », que c’était pas la forme folle et féroce.

Et puis là, vlà que se profile à l’horizon un de ces week-end comme j’en vis rarement.  Le genre de week-end où, si je meurs vendredi avant minuit, on ne se rendra compte de la chose que, avec un peu de chance et si mes collègues s’interrogent un tant soit peu sur mon absence, lundi, au plus tôt.  Mon cadavre sera alors déjà boursoufflé et vert, avec des coléoptères qui sortiront de mes trous de nez.  Si, si, je le sais, j’ai vu ça dans NCIS mercredi, en attendant Macarons-man qui n’arrivait point.  On n’est pas mangé par les vers quand on est mort, mais par les insectes.  Donc si je meurs, personne ne s’en inquiétera.  Pathétique.  

Drôle de week-end.

Un week-end où je ne vais pas croiser une âme.  Ni parler à personne.  Ni voir personne.  Même pas un zombie.  Même pas un loup-garou. Peut-être une araignée, si la chance me sourit.  Ou un coléoptère, si elle ne me sourit pas.

C’est pas que je vais m’ennuyer, non, j’ai à faire.  Et je m’ennuie tellement rarement.  Et, si par le plus grand des hasards je m’ennuie, suffira que je pense à quelques idées de billets et le week-end filera à toute allure.  Puis j’ai des DVD à regarder, des projets à concrétiser, des articles sérieux à écrire (sur les enfants et la télé, sur l’éco-conduite, sur les panneaux solaires, pour vous donner une idée du sérieux de la chose), un intérieur à ranger, un rat à chouchouter et du sommeil à rattraper.  

C’est juste que je suis envahie d’une incommensurable solitude, là, d’un coup.  Paf.  Patatras. Plop (bruit de la chape de solitude qui s’écroule sur moi).  Snif. Gnrlif (reniflement consécutif à larmoiement intempestif et incontrôlable).

Alors je vais écouter des chansons tristes.  Passque quand je suis triste, ben j’ai envie d’être encore plus triste.  Ça doit s’appeler le masochisme.  Et puis je vais être encore plus triste.  Et puis je vais pleurer un chtit coup.  Y’a des jours comme ça hein.  Reste à espérer que cela va titiller ma créativité, afin que je vous rédige des petites bafouilles moins sinistres que celle-ci.  Passque j’en deviens vraiment pathétique (qui a dit « tu l’es déjà depuis longtemps ma pauvre » ?)  Mais faut bien que ça se dise et que ça se sache : Anaïs, elle est pas toujours enjouée ni drôle ni joyeuse ni dynamique ni en train de sourire à la vie béatement des macarons plein la bouche.  Non.

Vivement le mois de mars le printemps les petits zoiziaux et le soleil timide qui vient me faire coucou les jours qui rallongent la vie qui revit (pour autant que la vie puisse revivre, je sais, j’ai pas les idées claires).  

Je l’avais senti en rédigeant mon billet « tout plaquer sans rien emporter », que c’était pas la forme folle et féroce.  Je l’avais senti.  Je l’avais bien dit, je l’avais bien dit (ça va Schtroumpf à lunettes, on le sait que tu le savais).
 
(Les images sont tartignoles à souhait, mais rien trouvé d'autre, et chais pas où trouver des lecteurs de musique sans image, alors fermez les yeux... écoutez... et compatissez à mon triste sort)
 

06:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

29
jan

Pour elle !

Mako elle a pas le moral, alors je me suis dit que si vous inondiez son blog de commentaires, ça lui ferait ptêt du bien.  Bon, je sais, vous êtes pas fadas des commentaires, y'a qu'à voir le peu que vous en pondez ici, mais faites un effort, un petit coucou, un petit bisou virtuel, chuis sûre que ça lui fera du bien.

Passque Mako, elle le vaut bien !  Y'a qu'à voir ce dessin pour le savoir, elle le vaut bien. Alors zou, je veux plus vous voir ici !

(pas de rubrique pour ce genre de billet, alors nous le mettrons dans "Anaïs a des coups de blues... par procuration")

seulept

19:50 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

8
déc

J’ai fait demi-tour

Le billet qui précède, j’aurai mis du temps à le publier.  Des mois.  Pourtant il était prêt.  Avec une illu magnifique.  J’attendais sans doute le moment opportun.  Pas facile d’avouer ce qu’on est.  

Et régulièrement, lorsque je me demandais ce que j’allais publier le lendemain, cherchant dans mon stock, je repensais à « j’aurais dû faire demi-tour ».  J’y pensais, puis j’oubliais.  C’est le type de billet qui peut être publié n’importe quand, car il ne dépend pas de l’actualité.  Les SDF sont toujours d’actualité.  Alors je reportais.

Et avant-hier, j’ai su que c’était le bon moment.

Avant-hier, j’étais en ville, avec un amie.  Il pleuvait.  Le déluge.  Une ambiance sinistre.  Une envie de rester sous la couette, d’hiberner, comme toujours.  Mais nous allions chercher un cadeau pour une troisième amie, dans une parfumerie.  Et puis j’avais envie de m’offrir un nouveau GSM pour mon birthday (ce qui ne serait pas du luxe, mon ancêtre ne m’autorisant plus à parler qu’une minute maxi avant déchargement total).  Et puis j’avais envie d’un tiramisu spéculoos avec un ice tea pêche, confortablement installée, doucement lovée dans la chaleur des lieux.

Et puis, juste avant de pénétrer dans le strass et les odeurs de la parfumerie, je l’ai vue.  Elle semblait toute petite, repliée sur le trottoir.  Elle tenait un grand carton sur lequel elle avait inscrit « aidez-moi à manger » suivi d’un long texte que je n’ai pas lu, pour éviter de m’arrêter trop longuement, pour ne pas faire montre de curiosité malsaine.  Elle avait un drôle de bonnet sur la tête, en laine claire.  Un bonnet qui ne suffisait pas à camoufler la beauté de ses traits.  Une femme superbe.  Jeune.  Trop jeune.  Belle.  Des yeux noirs de biche effarouchée.  Une attitude pas encore totalement résignée.  Une femme d’une classe folle, malgré sa situation.

Je suis passée, et j’ai su.  J’ai su que j’allais enfin pouvoir me racheter.  Oublier le précédent, que j’avais toisé.  Ignoré.  On a beau dire, mais ce n’est pas si facile, d’y penser puis d’oublier.

J’ai donc fait demi-tour, après ma courte escapade dans la parfumerie.  J’avais préparé ma piécette.  Je l’ai tendue vers le bol qu’elle avais mis à disposition.  Mais elle a immédiatement tendu la main.  J’ai croisé son regard lorsqu’elle m’a remerciée.  Elle m’a souhaité une bonne journée.  J’ai répondu par un « bon courage », d’une voix chevrotante et ridicule.  Pour un peu, j’aurais eu la larme à l’œil.  

Bien sûr, je n’ai pas fondamentalement changé.  Je suis toujours emplie d’a aprioris face aux SDF qui pullulent, en troupeaux, vieux, moches, armés de leurs bières dès l’aube, mal rasés, pas lavés, cradingues.  J’ai toujours cette pensée non charitable « ils n’ont qu’à aller bosser, au lieu de picoler ».  Je ne serai jamais la nouvelle Mère Térésa.  C’est clair.

C’est la beauté et la jeunesse qui m’ont attendrie.  La « normalité » qui ne peut se trouver ainsi sur le sol, à mendier.  L’injustice.

Cette rencontre de juin dernier m’a fait réaliser combien il était bon de temps en temps d’ouvrir ses yeux et son cœur.  De temps en temps.  D’y penser, puis d’y penser.  Et d’agir.  De temps en temps.

12:15 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (11) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

8
déc

J’aurais dû faire demi-tour

Un billet écrit un jour de juin…

Il fut un temps, dans ma ville encore préservée, où le seul et unique mendiant faisait partie des monuments, au même titre que le théâtre, le beffroi ou la cathédrale.  Il était toujours capé de noir, lunettes fumées, canne, et chien.  Il tenait une tasse métallique dans laquelle il récoltait les dons.  On le pensait aveugle.  Les rumeurs le disaient multimillionnaire.  Lorsque j’étais enfant, la tradition voulait qu’on donne une pièce à ce mendiant. 

Et puis, un beau matin (ou un matin pluvieux, ou encore un matin enneigé, j’ai oublié), il n’était plus là.  Il a eu droit à un article dans la presse.

C’était le bon temps, dirons-nous.

Actuellement, on ne les voit plus, les mendiants.  Ou presque.  Parce qu’il y en a tant.  Ils sont à chaque coin de rue.  Vieux, jeunes, BCBG ou alcooliques invétérés, couchés, debout, actifs ou endormis. 

J’ai parfois donné.  Au début.  Pour me déculpabiliser de ma vie matérialiste, pour les voir sourire un instant, et même parfois parce que j’étais simplement attendrie par l’un ou l’autre compagnon canin.  Et puis, comme beaucoup (ou comme peu… dans tous les cas, j’assume mon attitude), j’ai passé mon chemin.  J’ai eu droit à des réactions, parce que j’ai baissé la tête lorsqu’ils m’apostrophaient : « et bien merci ma bonne Dame, grâce à vous je vais passer un super réveillon » - glups, culpabilisation – « bonne journée quand même » - reculpabilisation - « grrrrrrrrblmmmmmmmmmmm !!!! » - l’alcool et mes écouteurs ayant rendu l’engueulade inaudible.  J’y pense puis j’oublie, c’est la vie c’est la vie.  Je me suis trouvé des excuses : moi je bosse, ils n’ont qu’à faire pareil ; ras le bol de ces assistés, qu’ils se bougent ; terminé, je ne donne plus rien, je garde mon argent, gagné à la sueur de mon front, na.  Avec, toujours, cette petite culpabilité, durant l’espace d’un bref instant.  J’y pense puis j’oublie, c’est la vie c’est la vie.

Et tout à l’heure, ce sont encore ces jolies phrases pleine de compassion et de générosité que j’avais en tête, lorsqu’il m’a abordée.  Je sortais de table, un bon petit repas en terrasse, en charmante compagnie.  Un chouette moment.  Il n’était pas avachi dans un coin.  Il était debout, il marchait, un drôle d’instrument de musique en main.  Il m’a demandé de lui offrir à boire, ou à manger, ou même une petite pièce.  Il était jeune.  Et beau.  Etrangement, il semblait « normal ».  Il aurait pu être un simple passant qui passe.  Nul n’aurait pu deviner qu’il avait faim.

Et j’ai réagi comme je me suis conditionnée à le faire : j’ai détourné la tête, j’ai baissé les yeux, j’ai dit non.  Mais ses mots m’ont touchée.  Et j’ai immédiatement regretté.  Comment ai-je pu devenir si inhumaine, si lâche, si indifférente ?  Si nulle.  Si égocentrique.  Je venais de claquer en une demi-journée ce qui l’aurait fait manger une semaine, et je ne lui ai même pas offert un simple regard. 

Durant de longs mètres, à chaque pas, j’ai eu cette envie de faire demi-tour.  D’aller m’excuser, lui offrir à manger, ou quelques euros.  Et je n’ai rien fait.  Toujours aussi inhumaine, toujours aussi lâche, toujours aussi indifférente.

Cela fait plusieurs heures maintenant, et j’ai une boule à l’estomac, je regrette tellement mon attitude.  La femme que je suis devenue. 

Bien sûr il n’a pas d’ordinateur, bien sûr il n’a pas internet, bien sûr il n’a pas de temps à perdre sur les blogs.  Mais s’il pouvait savoir combien je m’en veux, ça serait… enfin c’est la vie.  Faut que j’y pense et puis que j’oublie.  Faut que j’y pense.  Y penser.  Ne pas oublier.  Pour agir différemment.  La prochaine fois.

Illu de Flo.
sansabript

12:14 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |