14
sep

Quand faut y passer, faut y passer…

Jacques Martin est mort.  Alors que je venais de lire dans un Ciné-Revue, en réponse à une rumeur qui le disait en fin de vie, une déclaration de son fils affirmant qu’il était en pleine forme…

On peut tout éviter, tout tenter de fuir.  On peut supplier, proposer un deal.  Rien n’y fait.  Quand la faucheuse débarque, on ne peut rien contre elle.

Le grand Jacques, il rejoint mon bon-papa et ma bonne-maman qui l’aimaient tant (et qui me l’ont infligé chaque dimanche durant des tas et des tas d’années).

J’espère que là-haut, il fera chanter les ‘tits nenfants, et réjouira ainsi les grands-parents.
 

Add. de 19h13 - étrange comme cette phrase « Jacques Martin est mort », me semble choquante, lorsque je la relis.  Parce que dans notre monde, on ne dit pas « mort », on dit « il est parti, il nous a quittés, il disparaît, il rejoint untel et untel ».  Comme si ne jamais dire ce mot maudit « mort », pouvait exorciser l’angoisse.  

 

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31
aoû

Miroir, ô mon miroir, dis-moi qui est la plus heureuse en ce monde

lady
Julie Zenatti nous le chante « moi je suis une princesse ».

Qui n’a jamais rêvé d’être une princesse ?  

Moi, j’ai baigné dans les contes de fées toute mon enfance, et parfois, j’en rêve encore.  Oui.  Encore.  De rencontrer un prince charmant (ou presque).  Qu’il me sauve de ma vie monotone.  Qu’il m’emporte dans son château, sur son cheval blanc.  Qu’il me couvre de bisous et de bijoux.  Qu’il m’épouse.  Que nous vivions heureux pour les siècles des siècles.  J’ai fantasmé sur Cendrillon et son prince parfait.  J’ai fantasmé sur la Belle au Bois Dormant réveillée par un doux baiser.  J’ai fantasmé sur la Belle qui tombe amoureuse de la beauté intérieure de la Bête.  Je fantasme encore.  Oui.  Encore.

Qui n’a jamais rêvé d’être une princesse ?

En devenant princesse, jamais elle n’aurait imaginé que son Prince serait amoureux d’une autre en secret.  Ni que ce secret serait révélé au grand jour, la ridiculisant aux yeux de la cour.  Ni que sa vie serait sordide, parfois.  Pathétique, souvent.  Triste, journellement.  Ni qu’elle serait traquée par les paparazzi, suite à ses frasques.  Et certainement pas que sa vie serait fauchée dans cette si belle ville qu’est Paris.  Qu’elle laisserait ses deux fils, si petits encore.   Est-ce ça, un conte de fées moderne ?

C’était un dimanche.  Il faisait bon.  Le soleil n’est hélas pas incompatible avec la mort.  Je me vois encore, vautrée dans mon canapé, une barquette de lasagnes Farniente à portée de fourchette, allumant ma TV pour regarder une série de l’époque stockée sur cassette vidéo, tombant par hasard sur le journal télévisé.  Et l’information qui tombe.  Et le choc.  Je n’étais pas une fan de Diana.  Je savais simplement qu’elle existait.  Sans plus.  Qu’elle apparaissait, ça et là, et qu’elle luttait contre les mines anti-personnel.  Rien de plus.  Les têtes couronnées ne m’intéressaient guère, et c’est toujours le cas.  Mais je suis restée scotchée, estomaquée, tétanisée.  Sans doute car, toujours empreinte de mes croyances enfantines, pour moi, une princesse, ça ne meurt jamais.  Ou presque.  Ou alors très vieille et très ridée, dans son lit, entourée de sa famille.  Certainement pas dans le tunnel de l’Alma.  Ah ça non.  En ce fameux dimanche, son rêve de conte de fées, si petit qu’il fût devenu à l’époque, a définitivement explosé.

On l’appelait Lady Di, et à défaut d’avoir eu une vie de princesse de conte de fées, elle est devenue un mythe.

Qui rêve encore d’être une princesse ?

Moi.  Toujours.  Un peu.  Si peu.

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15
aoû

J’y pense puis j’oublie ?

24 juin 1995 : deux fillettes disparaissent.  Julie.  Melissa.  Je n’en suis pas informée, je ne regarde jamais le journal, ou presque.  Je l’apprendrai un peu plus tard.  « Encore une disparition d’enfants ».   J’y pense, puis j’oublie.

26 août 1995 : deux ados disparaissent.  Ann.  Eefje.  

J’en parle.

J’y pense.

Puis j’oublie.   Oublier ?  Pas vraiment, mais la vie continue.  Pour nous.  Pas pour eux, les parents, la famille.  Dans l’expectative d’un signe, d’une demande de rançon.  Tout plutôt que ce silence oppressant.

Les jours s’écoulent.  Les semaines.  Les mois.

28 mai 1996 : une jeune ado disparaît.  Sabine.  Encore.  Peut-on s’habituer à l’horreur ?  Sans doute jamais.  

9 août 1996 : une autre ado disparaît.  Laetitia.  Je me souviens avoir pensé, avoir dit sans doute « encore une, ça devient franchement anormal ».

Jeudi 15 août 1996.  Cette fois je suis devant mon écran de télévision.  Pour apprendre que Laetitia a été retrouvée, mais également Sabine.  Un cadeau bonux, oserais-je dire, si l’histoire n’était pas si dramatique.

Puis tout s’enchaîne, le samedi suivant, 17 août 1996, l’inconcevable se produit.  Julie.  Melissa.  Ann.  Eefje.  L’ordre importe peu.  Toutes réduites au néant.  La Belgique est sous le choc.  Je suis sous le choc.  Tétanisée.  Horrifiée.  Scotchée au JT comme jamais.  Silencieuse.  Pas de mots pour ça.  Personne n’aurait pu y croire.

Désormais, il n’y aura plus de Julie.  Plus de Melissa.  Plus d’Ann.  Plus d’Eefje.  Sabine a échappé au pire.  Laetitia a échappé au pire.  Il reste simplement ces expressions inoubliables : « Julie & Melissa », « Ann & Eefje », « Sabine & Laetitia ».  Des prénoms à jamais unis.  Des gamines à jamais unies dans l’horreur.

Puisse le fait qu’elles l’aient vécue à deux, cette horreur, apaiser un tant soi peu les souffrances de leurs parents.

Dans ces moments là, d’intense émotion, de souffrance, de tristesse, je me surprends à penser que je suis pour la peine de mort.

Je ne vais pas faire pleurer dans les chaumières (et faire pleuvoir sur les toits) en fredonnant « je ne vous oublie pas, non jamais » (Céline Dion), mais en ce 15 août, le cœur y est.

Illustration de H2SO4/Acide.  Merci à lui.

enfantsdisparus

13:30 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

30
jui

Adieu Michel

J’étais toute môme quand mes parents ont pris une baby-sitter pour me garder, pendant qu’ils allaient au cinéma. Intriguée, j’ai demandé pourquoi je ne pouvais les accompagner. « Passque le film est enfants non-admis, très chère petite Anaïs ». Encore plus intriguée, j’ai demandé quel film. « La cage aux folles ».

Durant des années, je me suis demandé ce que pouvait raconter un film montrant des cages où étaient enfermées des folles. Quelle en était l’intrigue ? L’intérêt ?

Bien plus tard, vraiment beaucoup plus tard (pas précoce, l’Anaïs), j’ai compris.

Il serait réducteur de limiter Michel Serrault à ce film, bien sûr. Mais il restera mon premier souvenir de lui.

Je l’ai adoré dans Une hirondelle a fait le printemps (avec Mathilde Seigner, celle qui a le culot d’être enceinte), dans le Papillon, et dans le téléfim Monsieur Léon.

Sans être une afficionada, j’ai un petit pincement au cœur d’apprendre son départ pour le pays d’où l’on ne revient jamais, car il fait partie des acteurs que je connais depuis l’enfance, au même titre que Belmondo, Galabru, De funès ou autres Montand. Et lorsque l’un d’eux s’en va, il emporte avec lui une part de mon enfance. Alors, Michel, remets-leur un petit bonjour de ma part si tu les croises là-haut (du moins ceux qui t’y attendent déjà).

22:09 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

18
jui

Mon coming out

J’avais prévu pour ce faire un cérémonial digne d’une remise d’oscars, avec discours et petits fours à la clé, moi debout, annonçant cette incroyable nouvelle, mais l’occasion qui s’est présentée à moi cet après-midi là était trop belle. Je n’ai pu y résister.

Elle me parle d’Elvire, la chroniqueuse de Flair, ne cessant de l’encenser « j’adooooooooore Elvire, je me rue sur sa page, son déménagement est à mourir de rire, et patati et patata, Elvire par ici, Elvire par là ». J’avoue que, même si j’ai eu du mal à faire la transition Mademoiselle Toutlmonde / Elvire, je l’apprécie de plus en plus. Je ne le lui avoue pas, bien sûr, je me l’avoue en privé, dans l’intérieur de ma cervelle de moineau, mais n’allez pas le répéter.

A entendre ainsi parler d’Elvire, une pointe de jalousie m’étreint. Elle vire au vert, l’Anaïs (admirez ce jeu de mots digne du Pulitzer – Elvire – Elle vire, zavez capté ?).

Et je m’entends dire « Tu adores Elvire, mais y’a encore mieux. Anaïs. » « Anaïs ? Elle écrit quoi ? Dans Flair ? Non, jamais entendu parler. » J’explique un peu et je conclus, d’un air théâtralement théâtral : « Anaïs, c’est moi. »

Ma voix a beau être théâtralement théâtrale, l’effet produit ne l’est nullement. On appelle ça un coup dans l’eau.

J’explique l’abc de mon blog, les chroniques dans 7dimanche, les quelques articles dans la presse, avec force détails enthousiastes.

Ensuite, on se sépare, et j’attends.

Plusieurs dimanches ont passé depuis.

J’ai en vain attendu un appel enthousiaste, empreint de cette admiration, de cette fierté un peu exagérée, me disant « ma chérie, je suis fière de toi, c’est drôle, c’est tendre, c’est mignon, c’est tout toi, j’adore, je suis ta plus fervente admiratrice depuis ton coming out ». Je ne mérite bien sûr pas cette fierté, cette admiration, cet enthousiasme, mais venant d’elle, je l’attendais. Tout particulièrement d’elle. Et bien. Rien. Le dimanche suivant, rien. Rien. Rien. Rien.

L’avantage, tout bien réfléchi, et parce qu’il est bon d’en trouver un, c’est qu’elle ne saura jamais que j’ai testé des vibros, que je regarde Secret Story, que des dessinatrices et -teurs me font des trucs géniaux, que je pleure sur les mésaventures d’héroïnes de séries TV, que j’ai mal aux pieds dans mes nouvelles chaussures, que j’ai de chouettes commentaires venant de vous, que je publie vos sacs de courses, que je me gave de lasagnes Farniente et que j’ai été en vain désespérément amoureuse d’Echec. Dommage… pour elle.

Illustration de Mako... (à voir dans mes Artissss')melancolie

13:05 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des coups de blues | Lien permanent | Commentaires (10) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |