30
oct

Belle journée… ou pas !

La journée commence bien : je me prépare (ce qui prend trois fois plus de temps que les gens normaux mais on s’en fout) et je dégèle de quoi manger. Euh, aujourd’hui ça sera spaghetti bolognaise de ma voisine qu’elle a mis au congel le 9 septembre dernier, en vue de mon retour. J’en bave déjà de plaisir, voilà pourquoi la journée commence bien : comme à William Lennox, manger est un plaisir, et manger ce que je veux à l’heure que je veux est un double plaisir.

 

Bon, je ne retrouve pas mes sandwiches mous 365, les aurais-je déjà mangés ? Après avoir cherché en vain (avant, je n’aimais pas chercher, maintenant, j’oublie où j’ai mis les choses, c’est pire), je prend deux cracottes sans gluten achetées avant mon accident (me reste juste huit boites, on peut dire que j’étais prévoyante, au vu de mes cirages, pâtes, bonbons, sirops Teisseire, surgelés (sentant tous le poisson donc direction la poubelle), shampoings, gels douche, papiers WC, litières pour chat, et j’en passe, ça vaut mieux.

 

Je pars chez le kiné après le déjeuner, avec oh bonheur les trois chats sur le poêle, même Iguaï qui, pour une fois, ne tente pas de passer en douce et en vitesse (il sait qu’il gagne toujours) à l’étage. Le bonheur je vous dis.

 

Je commence mes exercices, lorsque je réalise que mon cou est étonnamment léger, et pour cause j’ai oublié d’y mettre le fil soutenant ma clé, le chat noir porte clé que j’aime d’amour, la mini lampe de poche, tchu. Je pense d’abord l’avoir oublié sur ma porte dehors, ce qui serait gravissime si quelqu’un l’a trouvé et volé, puis je réalise l’avoir oublié dedans, ce qui est moins gravissime mais fait que je suis enfermée dehors, sans GSM et surtout sans clés pour manger mon spaghetti bolognaise, drame international.

 

Ma kiné se déroule et je ne pense qu’à passer chez ma voisine, qui a un double de mes clés, ouiii, celle qui fait de délicieux spaghettis, une voisine en or je vous dis, une voisine en or qui est partie, me dit son fils, lorsque je sonne chez elle après ma clé. Pas grave, je vais attendre devant chez moi.

 

J’attends 5 minutes et je pleure. Sur ma vie, sur ce drame, sur ma connerie, sur mon impossiblités à bouger sans mon rolator et passque je pleure pour rien depuis l’accident.

 

Je pourrais contacter télépronam, ayant le boitier, mais ne pouvant me joindre (vu que je suis dehors et non dedans, ça va, vous suivez ?), je ne voudrais pas créer des angoisses chez mes proches qui vont être contactés pour venir voir ce qui m’est arrivé.

 

Le kiné sort et me voit dehors, il m’interroge sur le pourquoi du comment, et je réponds en pleurant (première fois qu’il me voit dans cet état, les kinés de Lennox, ont eu l’habitude, pas lui), il me donne son GSM et je laisse un message à ma sœur.

 

Comme Zoro, mon beau-frère arrive cinq minutes plus tard (mes larmes sont à peine séchées et je nettoie ma canne pour m’occuper) et me fait entrer chez moi, yessssssssss je suis sauvée.

 

Je vais manger de spaghetti bolognaise, belle journée.

 

Ou pas.

 

Vers 11h30, je décide de partir avec mon rolator.

 

Je vais d’abord faire des doubles de mes clés (inutile de vous dire pourquoi), le vendeur est adorable, m’ouvre, me fait sortir, me fait mes clés, me propose une carte de fidélité.

 

J’y retournerai.

 

Ensuite, je vais acheter mon télépro au night and day, ce qui me permettra de repérer les lieux, ce qu’ils vendent à manger, à boire et à lire. Et bein, si je n’avais pas été aidée super gentiment par les clients, qui avaient pigé le souci, je ne serais pas parvenue à entrer. Y’a une marche, sur laquelle je sais heureusement monter avec mon rolateur, mais, oui y’a un mais, y’a aussi une porte très très lourde qui se referme directement une fois ouverte (encore faut-il parvenir à l’ouvrir). Ouvrir la porte en la poussant très très fort d’une main (affaiblie, c’est vrai) et y enter son rolateur pendant que la porte veut se refermer brutalement, tout ça en essayant de ne pas tomber, c’est impossible.

 

Je n’y retournerai pas (vu aussi l’indifférence crasse du vendeur, qui s’en foutait comme de son premier slip).

 

Tout ça pour acheter un bête télépro, en temps « normal » j’aurais fait ça sans même y penser. Mieux vaut en rire, sinon je pleure tellement qu’on me ramène à l’hosto. Non, je vais rire.

 

Je rentre chez moi avec mon télépro, me disant qu’au Delhaize j’aurais eu le télépro et plein d’autres choses, dont le sourire des vendeuses et mes sandwiches mous. Tchu.

 

Je mange mon spaghetti bolognaise, mourant tellement de faim que j’en dévore deux assiettes, puis j’écris ce billet et je vais me reposer.

 

Alors, Belle journée… ou pas ?

 

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15:02 Écrit par Anaïs dans Anaïs râle | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

27
oct

Belgique : la double peine

 J’écris ceci en regardant Taratata, l’émission (que j’ai enregistrée) fêtant le retour du concept, et me disant que j’aurais pu louper cela si j’étais décédée.

 Si elle m’avait tuée. 

 Car c’est bien de cela dont il s’agit : la double peine dans mon pays où l’on vit si heureux… quand on n’a pas un big problem. 

 Pourquoi « double peine » me direz-vous ? 

 Réfléchissez… 

 Non, je rigole, je vous explique, car je n’y avais jamais pensé avant de le vivre.

  La première peine, bien sûr la plus « délicate » (pour ne pas dire « la plus merdique »), c’est l’accident : vous allez sans le vouloir vers votre funeste destin (c’est là qu’on sanglote), écrire au cours, avec votre nouveau manteau qui vous va super bien, votre nouveau sac, vous avez programmé Le père Noël est une ordure à la TV sur le Voocorder pour le regarder à votre retour en mangeant vous avez oublié quoi, après avoir enlevé vos fringues, que vous avez aussi oubliées (faisait-il froid ou soleil en ce 20 décembre ?) lorsque patatra paf poum hue, elle vous roule dessus. En fait non, vous avez un big trou de mémoire (et l’assistant social a dit que ça ne reviendra pas, vu le temps déjà passé) mais vous avez une bonne imagination. Donc, elle pense à ses achats de Noël (quand je vous dis que le Papa Noël est une ordure) lorsque paaaf, elle ne vous voie pas traverser sur le passage pour piétons pour aller à votre cours d’écriture, tout sourire que vous êtes (extrapolation - cf la suite de l'article), et repaaaaaaaaaf, elle vous expédie dans l’au-delà, d’où vous revenez avec difficultés (ouf).  Elle a bousillé votre côté gauche, notamment votre œil, votre bras et votre jambe (sans parler de votre nouveau manteau), elle a bousillé votre sens de la réflexion puisque vous êtes éteinte (notez qu’après votre réveil ce sera pire puisque vous parlerez anglez, prétendrez  être née en 1912 (comme le Titanic), ne vous souviendrez plus des couleurs, des noms des fruits (et des légumes aussi d’ailleurs), des amis, enfants, collègues, patrons, chats et aurez même oublié avoir mis un jolie cuisine (que vous trouverez moche)), elle a aussi bousillé votre cerveau.  

 Bref, tout ça peut paraître rigolo mais ça ne l’est pas du tout, quand vous sortez de deux semaines de coma entre la vie et la mort, que vous êtes incontinente, attachée sur votre lit, ou sur votre fauteuil roulant, que vous croisez des gens comme vous (ou pires, ou mieux, c’est selon), que vous ne mangez que des panades et ne buvez que de l’eau épaissie, et que vous avez perdu tout notion du temps (ça c’est sans doute mieux). 

 Voilà la première peine, pendant que celle qui vous a infligé ça culpabilise (on peut rêver) juste le temps de chanter « j’y pense puis j’oublie, c’est la vie c’est la vie ». Car oui, sa vie continue comme avant, chez elle, avec sa famille, son job, ses collègues, son mari, bon j’extrapole, je ne connais rien d’elle, ne me souviens même pas de sa tête quand elle s’est dit (j’extrapole que je dis) « oh m… y’avait quelqu’un ! »   

 Bon, Taratata est fini, suite demain…

  

(Merci à ma sœur qui m’a fait penser à cela, et m’a donné envie d’écrire ce billet – je ne remercie par mes chats qui ont été insupportables et ont fait tomber mon téléphone que je ne retrouve pas, et ça continue en plus, sales bestioles…)

 

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Edit :

en cherchant mon téléphone, j'ai vu un truc blanc retourné et trouvé ceciiiiiiiiiiiiiiiiiii (bon c'est pas un téléphone, mais c'est joli)

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La suite c’est finalement le surlendemain que je vous l’écris (hey, suis débordée moi hein, une vaisselle de 10 minutes nécessite ensuite une heure de repos).

 

 Donc la double peine en Belgique (et sans doute dans d’autres pays d’Europe) c’est quand tu rentres chez toi en ayant encore plus perdu que ce que tu croyais avoir perdu (la santé). Tu as perdu ton boulot où tu allais fêter tes vingt ans d’ancienneté en 2015, que tu ne fêteras jamais. Tu as perdu ton salaire parce que tu as pris toute les assurances possibles et imaginables, sauf l’assurance « perte de revenus », c’est très con hein… Tu vis donc avec la mutuelle, mais ne te plains pas au bout d’un an de fainéantise (si si, pour eux tu glandes et prends le soleil) tu passes en invalidité et perdras encore 15 % de ta mutuelle (25 pas 15 ah ah ah, j'ai été distraite). C’est pas non plus comme si tu avais des charges extraordinaires, genre kiné, médicaments, dentistes, opération, aide ménagère… pas du tout liées à ton accident ça va de soi. Ne parlons pas des tâches habituelles parce que oui, même après tu as faim, soif, sommeil et tu dois faire pipi caca (note que les langes sont plus chers que le papier, ne te plains pas d’être désormais propre).

 

 En plus, tu as perdu ton permis de conduire suite à l’accident, vu que tu as perdu ton cerveau à l’époque, mais surtout ton œil, ta réactivité et ta rapidité. Si un jour tu es capable de reconduire, faudra « juste » le repasser.

 

 Enfin, tu as perdu ta capacité de gérer toi-même tes sous, vu que tu as une administratrice provisoire qui s’en occupe (mal) pour toi. Et qui n’est pas sympa, comme tous les administrateurs provisoires, car tu n’es qu’un numéro parmi tant d’autres.  Et il faut la payer, ça fait partie de tes charges extraordinaires.

 

 Et la Belgique dans tout ça ? Ben elle aide grandement, elle défend les victimes, elle les paie, elle les soutient, elle fait les démarches pour elles, elle les appelle régulièrement pour prendre des nouvelles.

 

 Ou pas.

 

 Ici c’est pas, nada, niente, niks, que dalle, aide-toi et le ciel t’aidera qu’on dit.   

 

 

19:17 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

27
oct

Les oiseaux sont nos amis

Ce matin, Iguaï criait par la fenêtre après un oiseau tout beau (une mésange je crois, avec une ligne blanche), quand j'ai chanté :

 "les oiseaux sont nos amis, il faut les aimer aussi, comme nous ils ont une âme, comme Morbach et Moucham"

Je me demande si Iguaï est ok...

Ouais, je sais, ce sont les insectes pas les oiseaux (chuis handicapée, pas débile, vu que mon cerveau revient), mais j'adoooore les oiseaux.

Ouais, je sais, c'est une mouette, pas une mésange, mais c'est la seule belle photo de bibi que j'avais en stock, et j'adooooore la mer et les mouettes.

Ouais, je sais, je chante comme une casserole, la faute à mon accident, avant je chantais comme une déesse (pas vrai mais ceux qui ne m'on pas connue avant vont me croire, faut bien que ça ait quelques avantages).

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22
oct

Paris - marche contre l'Eondométriose

écrit par bibi dans le Thalis...

 

5 h réveil

6 h bus, je grelotte et me demande comment m'habiller

6 h 10 je suis à la gare. Je vois un homme en jaune. Va-t-il à la marche ? Non, il va juste nettoyer la ville. Je rêve d'un comité d'accueil qui crie "surpriiiiiiiiiiiiiiiise on vient avec toi", je ferme les yeux et mes rouvre et j'entends "le train en direction de Bruxelles Sud partira dans quelques instants voie 3".

Il faut que j'écrive, ça calmera mon stress.

Un bic vite.

M... j'ai pas de bic.

J'ai tout sauf un bic.

Papier ok.

Bon, je vais acheter un bic.

La femme est adorable.

(illisible : m'ouvre emballage remonter sparadrap)

Fait moins vingt, j'ai froid.

Voiture 8 siège 33.

Dites 33. C'est un bon présage non ?

Un SMS vient d'arriver.

J'ai las larmaloil, fichues larmes.

11 h, je vois un tas de gens en orange avec un panda dessiné sur le torse, mais c'est quoi ?

Où sont les jeunes ?

ça commence, je range mon bic et mon bloc not.

 

Les chansons de la marche :

toi + moi

Ma philosophie

Ma douleur ma peine

L'horloge tourne

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15:19 Écrit par Anaïs dans Anaïs a des rêves | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

4
oct

Le blog de la mère de Dieu (écrit avant mon accident pour un projet avorté de magazine)

Posté le 10 mars à 23h43

 

Y’a des jours où j’aime mon fils.  Je l’aime d’amour.  Je le trouve formidablement formidable.  Normal, c’est moi qui l’ai fait.  Aujourd’hui par exemple, je l’aime d’amour, mon gaminou.  Il a fait un miracle et j’ai vu les images de son miracle sur mon ordinateur ce matin.  C’était beau.  Un beau miracle, un vrai de vrai.  155 heureux, sans parler du bonheur par procuration.  Ça date déjà de quelques semaines, mais je ne me lasse pas de voir et revoir les images de cet avion qui se pose sur l’Hudson, de tous ces passagers échappant à un destin qui semblait tout tracé.  J’adore les miracles.  Au moins ça améliore grandement le contenu des journaux télévisés, que du bonheur.  Tchu, je deviens sentimentale ma parole, il est temps que j’aille me coucher.

 

Mais au fait, qui a inventé les miracles ?  Tiens, faudra que je demande à mon fils.  Je lui envoie un mail illico.

 

Posté le 11 mars à 19h54

 

Mon gamin de merde m’a encore mise dans une rage folle aujourd’hui.  Enfin ces derniers jours.  Comme toujours, quoi.  Il a le don de m’exaspérer.  Je n’aime pas quand il laisse les plombs « péter » sans intervenir.  Et en matière de pétage de plombs, ces derniers jours, la grosse boule bleue qui nous sert de planète a été servie : des fusillades en veux-tu en voilà.  Y’a quelques jours : fusillade aux Etats-Unis.  Un peu plus tard, fusillade dans une église (attends, fiston, c’est pas raisonnable, une église, qu’il ne me fasse pas croire qu’il n’était pas sur place !)  Hier, fusillade dans une école…  ça devient quasi une habitude ici bas, de fusiller quand ça va mal.  Non franchement, y’a des jours où j’aimerais pouvoir gérer son planning à sa place, ça tournerait mieux, je vous le dis.

 

Bon, je conclus ici, je m’en vais l’appeler de ce pas, j’ai des choses à lui dire, comptez sur moi pour tenter de mettre de l’ordre dans tout ça.

 

Posté le 19 mars à 18h49

 

My God (si je peux me permettre cette expression), je lui avais bien dit de mettre son personnel à la retraite plus tôt.  A force d’engager des vieux, les humains subissent des discours de vieux.  A l’armée, on est retraité bien plus tôt.  Dans l’enseignement aussi.  Partout, d’ailleurs.  Alors les curés et, surtout, les papes, moi je dis qu’il faut les retraiter de force à 60 ans.  Passque son ami Benoît qui fait l’apologie de l’abstinence plutôt que du préservatif, il est vraiment temps que mon fils comprenne qu’il est… périmé.  Je vais me faire gronder là, je le sens, mais j’assume.  Il va me dire que j’ai rien à lui dire, c’est son discours favori.  Je persiste et signe : place aux jeunes et à la tolérance !

 

Posté le 21 mars à 21h09

 

Enfin, il a suivi mon conseil.  Je l’avais sermonné de longues minutes, afin qu’il offre un premier jour de printemps digne de ce nom.  Passque si mes souvenirs sont bons (je l’avoue, je perds parfois un peu la boule, ça doit être l’âge… et à mon avis c’est génétique), on a eu un été pourri.  La faute à qui, je vous le demande !  Alors là j’ai drôlement insisté, faut pas pousser bobonne.  C’est bien connu que le manque de luminosité et de soleil déprime les populations, alors qu’offrir, comme ça, en cadeau surprise, une superbe journée ensoleillée, ça met du baume au cœur du citoyen le plus grognon, n’en déplaise au Schtroumpf du même nom. 

 

On dit merci à qui ?

 

Posté le 29 mars à 23h21

 

Etre la mère de Dieu, c’est pas un cadeau, je vous assure.  Toute mère aime avoir sa progéniture à manger le dimanche, avec la marmaille, la belle-fille détestée et tutti quanti.  Et moi ?  Ben moi, je passe mes dimanches seule, passque le dimanche, c’est sacré : il ne fait rien.  Rien de rien.  J’ai tout tenté : organiser un barbecue avec ses amis, jouer la malade qui va passer l’arme à gauche, provoquer une catastrophe dans ma cuisine (friteuse qui s’embrase, poubelle qui déborde, guêpe qui m’attaque) afin qu’il vienne à la rescousse, lui proposer de rencontrer une charmante jeune femme (passque bon, vivre seul en permanence, c’est pas bon), rien n’y a fait.  Il refuse de rendre visite à sa vieille mère adorée.  Son argument ?  Aucun.  Juste que c’est dimanche quoi, « jour du Seigneur ».  Et le jour de la mère du Seigneur, c’est quand hein ?  J’aimerais bien le savoir !

 

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12:31 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

4
oct

Ranger (4/10/2015)

Hier, on m’a demandé « mais pourquoi tu ranges, pourquoi si urgemment alors que tu as super bien  le temps ? »

 

On en a conclu que, comme j’avais perdu la mémoire (que j’ai retrouvée, mais très très très partiellement), je rangeais pour découvrir mes objets, me souvenir de leurs endroits, bref apprendre à connaître ma maison, mes pièces et ma façon de (dé)ranger (ouais j’ai toujours été bordélique, ça je m’en souviens).

 

Cette nuit, en plus de ranger dans ma tête (ce que je fais chaque nuit, on pige pourquoi je suis épuisée) j’ai regardé mes DVD sans titre, pour les trier. Bon, j’en ai regardé deux (sur disons au bas mot 164), mais le hasard est incroyable (y’a pas de hasard diront certains, ils ont raison), j’ai donc découvert deux DVD :

 

- le premier était « mon meilleur ami », un film avec l’acteur de Manon des sources et un autre acteur chti, un très chouette film que j’ai vu, si mes souvenirs sont bons (ah ah ah, très drôle, comme si mes souvenirs étaient parfois bons) avec mon père quand il était à Givet et que j’avais été passer le week-end là-bas. Nous allons rarement au cinéma (pour ne pas dire jamais), et je garde un bon souvenir de ce moment.

 

- le deuxième était une émission sur Pierre Rapsat, après son décès, un chanteur que j’aimais et que j’avais été voir à Forest quand j’étais jeune (qui a dit « y’a longtemps » pour que je confirme qu’il a raison), avec mon père justement (je devais aussi le voir avec ma sœur, mais il a annulé, étant malade).

 

Bien sûr, depuis lors j’écoute Rapsat sans cesse, ayant acheté à l’époque le big-CD hommage. Je pense aussi avoir acheté Scala, faut juste que je le retrouve bordel (donc que je range).

 

Ça m’a fait réfléchir à la raison de ce rangement rapide et permanent :

 

1. Je veux en effet me souvenir de mes objets, que ma mémoire revienne, alors je range.

 

2. Je veux pas que l’aide-ménagère, le jour où elle viendra, hurle en voyant le bordel, alors je range.

 

3. On me dit « tu as le temps », mais cet accident m’a fait réaliser que le temps est justement une des choses très variable et dont on n’est pas sûr. Avant, je me croyais immortelle, enfin je n’y pensais pas, ou je niais ma mort potentielle, maintenant je sais, je sais que le temps est compté, je sais que j’ai eu une seconde chance et j’en suis heureuse même si c’est dur (bordel de merde). Alors je range.

 

4. Autour de moi beaucoup de gens sont morts ces dernières années, notamment ceux qui ne sont pas venus me voir à l’hôpital, ce qui m’étonnait et m’attristait, vu que j’avais oublié leur décès : mes grands-parents et mon père. C’est seulement maintenant, des années plus tard, que je ressens le manque, comme si j’avais nié l’absence pour éviter d’y penser. La maladie et la mort m’ont toujours fait très peur, encore plus maintenant je dois dire… Mais avec le recul, heureusement qu’ils ne m’ont pas vue comme ça. Alors je range.

 

Voilà pourquoi maintenant je sais qu’on va mourir, je ne ni plus la mort, et les défunts me manquent.

 

Voilà pourquoi je range… bon j’y vais.

 

Edit du 5/10 : hier mon chat a cassé une assiette de mon père, j'ai mis une émission enregistrée en 2003 et Céline Dion chantait "je voudrais parler à mon père", durant la nuit, j'ai entendu une chute d'objet et ce matin j'ai trouvé la vierge Marie en bois venant d'Afrique, de mon père, sur le sol (non cassée). Signes signes signes...

 

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12:23 Écrit par Anaïs dans Anaïs aime la vie | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

2
oct

Paris 2013 (suite 3)

 

Claire n'est pas majeure. Et pourtant elle part. Demain. A la grande ville, diraient certains. Elle a natté ses longs cheveux noirs et mis sa tenue de scène, pour le plaisir de se plonger déjà dans l'avenir qui l'attend. Sous sa robe blanche vaporeuse de danseuse, elle est totalement nue. Liberté. Liberté chérie, si difficilement gagnée. Au prix de quel effort. Ses pieds nus profitent de ce rare moment de liberté : n'être pas enserrés dans des chaussures douloureusement satinées. Ses orteils pointure 38 se trémoussent. Ils frétillent d'impatience. Ils connaissent leur avenir. Radieux, fiévreux, joyeux. Tandis qu'elle se déplace et remplit sa malle, le voilage de sa robe caresse ses jambes musclées et ses fesses rebondies juste ce qu'il faut. Elle jette, pêle-mêle, ses dessous, ses robes, ses manteaux, ses bottes et ses chapeaux. Elle ne réfléchit pas trop. Peut-être se débarrassera-t-elle directement de ses frusques à son arrivée. Elle ignore encore ce que doit porter un petit rat. Elle se tourne vers son vieil ours en peluche défraîchie, le touche de son long doigt blanc peint de coquelicot et se laisse envahir par la nostalgie. Elle ne l'emmène pas avec elle. Demain, elle quitte son enfance. Elle quitte Hubert l'ours bougon, l'ours réconfort, l'ours trop vieux déjà. Dans sa petite malle, elle glisse sa collection de chaussons, ses justaucorps, ses tutus. Elle ferme les serrures cuivrées du bagage de ses bras minces, les dépose dans le coin de sa chambre, s'assied sur son lit défait, clôt ses yeux et sourit d'aise : demain, tout sera différent. Elle se couche, étend ses longues jambes, pose ses mains sur son ventre plat. Elle est si calme qu'on la croirait morte. A l'intérieur, elle est loin de l'être. Un volcan. Seul le frémissement de ses paupières pourrait la trahir. Elle se tourne, adopte une position foetale, ceint ses jambes de ses bras, laisse le tissu de sa robe la recouvrir, et, tandis que sa tresse glisse doucement le long de son cou, elle glisse dans le sommeil et la nuit qui la séparent de demain.

 

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Je lis les photos, je les dévore, je les décrypte. Je lis les romances aussi, et parfois la poésie. Je lis Paris qui m'héberge depuis trois ans déjà. Je ne choisis jamais mes lectures, elle s'imposent à moi. Elle me narguent jusqu'à ce que je les remarque. L'autre samedi, celui de la pleine lune, j'ai presque trébuché sur ces Fleurs du mal, pour y découvrir cette splendeur « là, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté ». Au fil de mes découvertes, je les installe donc, en piles instables, de part et d'autre de la cheminée de marbre noir. Si la cheminée s'enflamme, ils seront les premiers à périr. Un risque. Tout est risque. Le plaisir est partout, dans une citation qui bouleverse, celle des Fleurs du mal, dans une petite souris suicidaire, qui a bouleversé le petit rat qui vit en moi, dans une traversée spatio-temporelle qui rapproche les âmes, et puis dans ce que je crée, dans ce que je m'invente. Je prends mon pied, lui qui fait mon métier. Je retiens peu mes livres, j'ai une mémoire de petite souris, encore elle, alors je les ausculte régulièrement, dans leur équilibre fragile. Parfois, j'en prends un au hasard, au risque de faire basculer les tours jumelles. Et je le relis. Et je le revis. J'écris partout, sur tout, sur rien du tout. Une tranche de rien, ça peut combler une vie. Ou être écrit. J'écris entourée de mes livres. De mes écrits. De mes chaussons de satin blanc aussi. Ils me rappellent qu'accoucher d'un écrit est parfois aussi difficile qu'accoucher d'une chorégraphie. J'écris sur des feuilles volantes, que j'égare sur le sol du salon. Le parquet en est jonché. Mon chat Molière aime les réchauffer de sa fourrure blonde et brune dont sort un parfum si doux... non, je plagie ! Il aime juste les réchauffer, et y aiguiser ses griffes. J'écris à la plume, légère, vaporeuse comme mes tenues de scène. Avant d'écrire, j'écris. Après avoir écrit, j'écris. Parfois, entre écrire et écrire, je dors, je mange, je bois, je déambule dans Paris. De l'inutile, qui parfois me nourrit. Qui souvent nourrit l'écrit. Mes écrits s'entassent dans les tiroirs de mon vieux secrétaire d'ébène. Ils attendent. Ils vous attendent. J'espère que vous les attendez.

 

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Presque vingt heures déjà. Pourquoi les journées s'écoulaient-elles si vite ? Pourquoi la nuit allait-elle tout envahir si bientôt ? Pourquoi l'éternité ne pouvait-elle être faite que de journées ensoleillées ? Il se sentait philosophe, ce soir. Il se sentait plutôt anxieux, comme chaque soir à l'approche de vingt heures. Il traversa rapidement le passage Jouffroy. Le lanterneau laissait encore passer un faible rai de lumière, alors que les lanternes au gaz venaient d'être mises en fonction par l'allumeur de réverbères. Bientôt, les ampoules allaient remplacer le gaz, et l'allumeur perdrait son travail. Le progrès, c'était le progrès.

 

Il progressa rapidement, tandis qu'une dernière éclaircie traversait la verrière, éblouissant les parisiens pressés. C'est alors qu'il sentit le premier malaise. Il sortit du passage, heurtant une demoiselle en robe aubergine, qui ronchonna quelques reproches, et se précipita vers la brasserie Zéphyr. De loin, il repéra le mot SETTELOIT, dont le reflet dans le miroir l'invitait à descendre aux toilettes. Il était sauvé. Ou presque. Le malaise s'accentuant, au point d'en être douloureux, il courut presque jusqu'à l'escalier qui le mènerait à son refuge, près des toilettes. A côté de la porte ornée d'une photo féminine, face à celle à photo masculine, s'ouvrait une toute petite porte, à hauteur d'épaule, décorée d'un vitrail couleur soleil. Il entra et la referma derrière lui violemment, puis poussa les trois verrous, qui grincèrent doucement. Dans cette pièce unique contenant un lit de métal, la luminosité était quasi imperceptible. Aucune fenêtre, aucun vitrage, aucun miroir. Il ne pouvait plus se voir. Seule l'ombre légère projetée au sol à travers le vitrail doré lui rappela qu'il était enfin en sécurité. Il s'assit sur son lit, tremblant de douleur, ses yeux lançant des éclairs. Il gratta une allumette et vérifia l'heure à sa montre gousset. Vingt heures vingt-trois. Dans sept minutes, la transformation commencerait. A peine s'il distinguait, à la lumière de la flamme en fin de vie, les quelques poils canins qui commençaient à envahir ses mains. A peine si ses canines commençaient à être douleur. A peine si ses paupières se faisaient plus fines. A peine si sa truffe était plus sensible. Sept minutes encore. Il s'attacha au lit d'acier au moyen de grosses chaînes puis attendit.

 

Il ne faisait que ça. Attendre.

 

Attendre la nuit infernale. Attendre la libération. Attendre huit heures.

 

Telle était sa vie.

 

Il se coucha en chien de fusil et attendit le matin.

 

 

 

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2
oct

Paris 2013 (suite 2)

 

Cinquième étage

 

Me voilà au cinquième étage. J'ai passé douze ans au cinquième étage. Mais à mon âge, keske c'est haut, le cinquième étage...

Je vois mon petit cabinet de toilette à l'ancienne. Trop choupinou.

Je vois la cheminée en fonte. Superbe. Une grille. Vais-je entendre les ébats nocturnes de mes voisins du dessus ?

Je vois une terrasse. Aaaaah, une terrasse. Au cinquième. J'y cours, avec mon appareil. Une terrasse. Je sors, je mitraille. Vertige. Je rentre. Je trébuche. Je catapulte mon appareil dans le vitrage. Sain et sauf. Une terrasse. Je bondis de joie, tel un gosse le matin de Noël. Et je ressors, pour photographier encore et encore...

 

Je t'écris de Paris

Je t'écris de Paris. Endormie. 6 heures du mat j'ai des frissons, comme disait la chanson. Le soleil dort encore. Une migraine me ronge les neurones. L'abus d'alcool colombien leur est nuisible. 6 heures du mat à Paris. Que se passe-t-il ? Les travailleurs émergent. Les éboueurs sont en plein taf. Les prostituées pointent la fin de leur journée. Les cafés commencent à se préparer.

Je t'écris de Paris. Assoupie. 7 heures du mat, envie d'un bonbon. J'écris Paris. Écrire Paris à Paris, c'est cliché. Mais c'est bon, comme un bonbon. Du miel. Dans mon bonbon. Du fiel dans mon stylo. Envie d'écrire un homme qui tranche des bides, se repaît des entrailles qui dégringolent sur le sol. On va encore me traiter de folle. J'écris un SDF, c'est bien aussi un SDF. Puis je m'assoupis.

Je t'écris de Paris. Blottie. Encore au lit. 8 heures du mat. Soleil levé. Par la fenêtre, des géraniums me saluent. Une vieille dame va venir les saluer, les arroser, je le sens je le sais, elle viendra à petits pas, puis me racontera son Paris. Celui de la guerre. De l'après-guerre. Paris détruite. Paris reconstruite. Paris revit. Paris folie. Centenaire, ma mémère. Denise Grey en puissance. Bon, toujours personne au balcon, je vais me doucher.

Je t'écris de Paris. Éblouie. 9 heures du mat, je monte le son. L'odeur de café monte jusqu'à ma porte. Le boire, jamais. Mais le humer, à chaque instant s'il vous plait. Sur le balcon, enveloppée dans ma seule serviette de bain, je photographie la vie.

J'ai faim.

 

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2
oct

Paris 2013 (suite)

 

Questions existentielles parisiennes :

 

Pourquoi ne vend-on des couques suisses qu'en Belgique ?

 

Pourquoi les ambulances parisiennes crient-elles « c'est foutu », alors que les namuroises crient « tiens bon » ?

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2
oct

Paris (écrit durant mon séjour en 2013)

Je dédie ces textes de 2013 à ma voisine Béa qui en revient joyeusement et à Cathy chez qui j'allais avec bonheur quand j'ai été renversée et qui a organisé ce dernier séjour qui mélangeait cette ville que j'adore et l'écriture que j'aime aussi...

 

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Paris

 

Paris ma jolie

étoffes qui entortillent

couleurs, saveurs, odeurs

m'éveillent à ta vie

 

Paris ma bénie

encens qui me titille

quartier exotique quartier chic

senteurs qui vrillent mes papilles

 

Paris ma chérie

serpent de pavés à mes pieds

vendeurs rabougris au fond de leur bouquinerie

croissant fondant et beurre maudit

 

Paris ma vie

toujours dans mon esprit

t'aimer, te vivre, te dévorer

avec parcimonie

 

Paris ma folie

combien de morts dans ta PJ

le beau Bruno, où est-il parti ?

Mes pieds, mon dos et ma vessie

ne te disent pas merci

 

Paris mon ici

et maintenant, moments choisis

tes passages tes cachettes tes secrets

m'inspirent et m'expirent

 

Paris mon éclaircie

point de soleil

oh et puis si

il est partout, ferme les yeux

là, tu le sens, et là aussi

 

Paris ma fille

viens contre moi

encore plus près

et la voilà qui s'est endormie...

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