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déc

Coeur gros, ventre vide - Jeanne (et Farida Taher)

"Le dimanche on lit au lit".

Un livre qui se lit vite, parce qu’on accroche dès la première ligne.

Un livre qui ne raconte rien d’extraordinaire, mais qui captive par ses détails ordinaires.

Voici mon petit résumé de Cœur gros, ventre vide.

J’ai été envahie par l’empathie en découvrant qu’être pauvre ne signifie pas être chômeur, sans revenus, vivre sous les ponts et/ou manger aux Restos du cœur.

On peut bosser, à deux, être propriétaires de sa maison, et être dans la misère, ou presque. Parce que les incidents de parcours mènent parfois rapidement à la spirale du surendettement. J’ai eu mal pour Jeanne, qui ne parvient pas à s’intégrer dans son village ou à l’école, car sa pauvreté semble marquée sur son visage. Ça m’a rappelé l’époque où j’étais ado, dans une école snobissime, où les marques et les grosses villas étaient indispensables, et où je n’avais ni l’un ni l’autre. J’ai ressenti aussi ce rejet, mais je m’interroge parfois sur la véracité de ce ressenti : était-ce bien réel ou me mettais-je à l’écart sciemment, me sentant différente ? Faut que j’en parle à un psy.

J’ai plongé tête la première dans la vie de Jeanne, et en deux jours, j’avais terminé son récit. Touchant.

Et pourtant, contradictoirement, elle a fini par m’énerver, la miss, à force de lire qu’elle a faim, qu’elle a pas de tunes, que tout le monde est méchant avec elle. J’ai eu comme un sentiment de victimisation, un sentiment Caliméresque. Et je me suis dit que mon empathie s’était envolée, de deux coups d’aile, flap flap, que c’était pas bien de penser ce que je pensais, mais j’ai pas pu m’en empêcher de le penser Monsieur le juge, c’est pas ma faute, c’est la faute à ma jeunesse patati patata. Comme une envie de la secouer, de lui dire que si sa famille est dans la dèche, c’est pas totalement sa faute, à sa famille, mais c’est quand même un peu sa faute, à force de faire crédit sur crédit, ben voilà quoi.

Et puis lire d’un côté qu’elle a faim, vraiment faim, et de l’autre que sa mère lui donne 20 eur pour aller aux auto-scooters, ça m’a laissé comme un goût amer en bouche. 20 eur c’est pas grand-chose, me direz-vous. Et puis elle a besoin de s’amuser, la gamine, me direz-vous encore. Oui, et je dois être une vieille ringarde capitaliste égoïste, mais je me dis que si j’avais que 20 eur en poche, et que je devais choisir entre nourrir mes gamines ou leur payer des tours en auto-scooters, ben le choix serait vite fait. Je l’avoue, ça m’a passablement énervée, car j’ai eu la sensation de lire ce qu’on lit quotidiennement dans la presse belge : des lamentations en tous genres, sur des expulsions, des saisies, des gens en difficulté, et quand on investigue un peu… on découvre qu’ils l’ont creusée eux-mêmes, leur tombe financière, en préférant s’offrir un écran plat que payer leur loyer. Je caricature, mais vous voyez le topo quoi. .

Cette histoire de tours en auto-scooter, ça m’a vraiment ôté toute mon empathie, sacrebleu.

Mais ça n’enlève rien à ce récit simple mais de qualité, dont le naturel m’a passionnée et au plaisir que j’ai eu à découvrir ce petit bout de vie ordinaire d’une jeune fille somme toute pas si ordinaire que cela. Je pense qu’elle fera mieux que ses parents, elle a tout compris, somme toute.

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