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jui

Blog d'un con tout court

"Le courage, ce n’est pas de se faire passer pour un condamné, le courage c’est d’affronter la maladie, de la combattre et pas de faire semblant sur un blog. Le courage, c’est pas de faire son coming-out quelques semaines après, le courage c’est de survivre à celui qui vient de mourir et de continuer à vivre malgré tout.
Pour vous et ceux qui admirent “comment vous avez eu les couilles de faire ça”, si vous avez besoin d’une piqure qui vous rappelle combien la vie est belle et qu’il faut la vivre, je vous invite à accompagner les condamnés dans les hôpitaux, les vrais, ceux qui sont en soins palliatifs, à accompagner leurs familles dans la douleur… là vous prendrez une leçon de vie…" (Laviscountess)

 

Flash info.

Bingo, les petits zamis, je ne fermerai pas ce blog comme je m'y étais engagée.

Mon sous-assistant en chef m'annonce à l'instant que le con damné n'est pas mort, qu'il a berné tous les bernables, mais pas les pas bernables dont je faisais partie.

Je n'en sais pas encore plus, ça ressemble à un livre gratos qui appelle quand même aux dons.

Bref, un con tout court, je le savais.

 

Edit de 17h37 : je vous copie le mail du con tout court, sur son genre d'ebook il explique avoir été hanté par un rêve sur sa propre mort et avoir voulu se mettre dans la peau d'un homme mûr qui se sait condamné, the big n'importe quoi de la mort qui tue la vie.  Derrière le blabla intellectuello-chiant, donc, un gros fake, une grosse arnaque. 

Mes pensées vont à ces 600 personnes, voire plus, qui y ont cru, malgré l'absurdité du blog qui sautait aux yeux, et qui ont pris la peine d'envoyer des condoléances, au lieu d'envoyer leurs doléances à ce con...

Ses explications sont vaseuses et pires encore que son blog, surtout lorsque je lis "Un couple m’annonce, suite à la lecture du blog, s’être réconcilié et considérer leur relation sous un autre jour. Une dame me raconte avoir commencé à prendre des leçons de piano, rêve trop longtemps refoulé. Des personnes de toutes les religions m’envoient, avec respect et humanité, ce simple mot : « Merci ». À la lecture de tous ces messages, les larmes me sont souvent montées aux yeux."

Non mais sérieux, il se prend pour le Jésus de l'an 2013 ?  Il espère être canonisé, non, con-onisé ?

Alors, moi j'ai décidé d'apprendre le piano, un rêve longtemps refoulé, oui, après la mort de mon père.  Mais il était vraiment mort, et il a connu de J-7 à J-0, c'était pas du gros fake.

 

Le mail :


Bonjour,

Je vous remercie pour votre courriel adressé à l'auteur du Blog d'un
condamné. Devant l'avalanche de mails reçus (plus de 600), je ne peux
malheureusement pas répondre personnellement à chacun.

Aussi, je vous invite à lire l'histoire d'un condamné :

http://ploum.net/cest-la-vie
mot de passe: lionel

Je pense que ce texte répond à la plupart des questions : qu'est-ce qui
était vrai et qu'est-ce qui ne l'était pas ? Qui était vraiment L… ?

Vous êtes nombreux à l'avoir demandé, aussi vous trouverez une version
électronique (epub et pdf) de l'intégralité du texte à la fin de l'article.
Je vous le confie et vous laisse le soin de le partager autour de vous si
vous l'estimez nécessaire.

Je vous remercie du fond du cœur pour vos messages de soutien, pour votre
confiance, vous vos anecdotes et vos fragments de vie. J'ai été touché par
tant d'humanité, ému par tant d'histoires et de vie.
J'estime qu'être sincère et vous confier la véritable aventure de L… est ce
que je peux faire de mieux pour vous remercier.

Merci du fond du cœur !

Lionel Dricot

PS: contrairement à ce qui a parfois été dit sur le web, il n'y a aucune
société, aucun marketing derrière uncondamne. Votre adresse ne sera
transmise à personne, ne sera pas divulguée ni réutilisée. Vous ne recevrez
plus d'email de ma part.


Edit de 22:57 : voilà j'ai relu tout l'explication du Mister Condamné pas condamné, et en découvrant le seul commentaire laissé sur son blog, je me dis que vraiment, ce qu'il a fait est d'une nullité sans nom : "Bonjour,
Je vous en veux, vous n’imaginez même pas combien. Vous avez ouvert le blog le jour où mon père entrait en soins palliatifs, c’était un lundi, il est décédé le dimanche qui a suivi. Ainsi que je vous l’ai dis dans mon mail, je n’ai suivi votre blog que de loin, chaque article était pour moi un déchirement qui me faisait revivre l’agonie de mon père. Je pensais à la famille de votre personnage, à l’angoisse et la peur qu’elle devait ressentir, à l’angoisse et la peur qui ont été les notre pendant 9 mois…. quand je pleurais mon père, je le pleurais aussi.
J’ai du mal à trouver les mots parce que trop d’émotions se bousculent là tout de suite, je suis en larmes au moment où j’écris, elles coulent toutes seules, je ne les contrôle pas. Pour vous, ça a été un projet… une aventure, que sais je… pour moi, ça a été une douleur sans nom… savoir que votre personnage n’est pas mort devrait me soulager, il n’en n’est rien… J’ai trop mal en vous écrivant… Alors oui, je vous en veux. Je vous souhaite de ne jamais vivre ce que ma famille et moi avons vécu, l’annonce de la maladie, le début d’une chimio, une rémission de 2 mois à peine et de nouveau la maladie, la déchéance de celui qu’on aime, le voir partir petit à petit, le voir ne plus se rappeler ce qu’il est, qui il est, son hospitalisation, sa douleur et son décès… Je vous le souhaite vraiment." (suite en toute fin de billet)


Et plus je lis les explications, plus elles semblent foireuses de chez foireuses :

- Il veut écrire le blog d'un mourant, mais pas d'un mourant jeune, pour ne pas qu'on s'apitoie, il le choisit donc plus âgé, père de famille et riche, sauf qu'ensuite il nous pousse à pleurnicher sur le sort d'un autre malade, jeune, dont l'épouse est enceinte, et qui pourra avant la naissance.  Cherchez l'erreur.

- Il veut penser à la mort et en parler, mais son histoire pue l'appel au fric, qu'il insère d'ailleurs dans son "livre" et sur son blog.

- Il fait ça pour sa propre expérience, sans vouloir avoir des lecteurs, dit-il, et est dépassé par l'ampleur de la chose. C'est cela, on va te croire...

- Twitter l'oblige à s'abonner à des comptes, sinon il est viré, ben voyons, je suis sur Twitter j'ai jamais été obligée à quoi que ce soit, et certainement pas à m'abonner à des comptes ou à des journalistes, comme par hasard...

- Sa grosse erreur : aller zoner sur Doctissimo et pleurnicher en tant que fils du mourant.  Tiens tiens tiens, grosse erreur en effet, qui ne colle pas avec la vocation philosolophique du blog, c'est clair.  ça restera pour moi la démarche la plus ignoble, et je ne suis pas étonnée que Doctissimo n'ait pas apprécié.

- La seule vérité : il est ingénieur, comme son personnage, qui le représente, en version plus âgé, du moins ce qu'il espère devenir, notamment riche.  ça va, on a compris maintenant.

- Il se dit spontané dans l'écriture, mais rédige ses billets à l'avance, les relit, une seule fois (ben moi je relis zéro fois ou une fois, pas plus, est-ce anormal ?); il veut vivre et ressentir ce que ressent un homme condamné... déjà c'est impossible, faut être logique, ensuite un homme condamné rédige pas ses billets à l'avance en se disant "tiens peut-être que dans quatre jours j'aurai mal, autant agoniser déjà..."

- Il refuse de tomber dans le pathos... mais nous fait des billets d'agonie et de j'ai mal je me pisse dessus.  Ben voyons, heureusement qu'il voulait pas tomber dans le pathos, my god.

Bref, même dans son explication, tout sonne faux, archi-faux, ça sonne l'auto-suffisance, l'arrogance, le désir de vendre si pas un livre, bien que l'appel à paiement y fait penser, à se vendre soi-même.

Il semble avoir passé beaucoup de temps à analyser ce que ses détracteurs disent, voire, mais sans certitude de ma part, à aller tenter de les convaincre de leur erreur, cf des témoignages de docteurs sur hoaxbuster, qui ressemblent étrangement aux cas qu'il relate...

 

Je suis bien triste pour ceux qui ont été pris à ce piège sordide.

 

L'explication du con tout court :

Un mois à vivre. La nouvelle est un choc. Aussitôt, les idées sur ce que je dois faire avant l’échéance fatidique se bousculent dans ma tête. De manière absurde, mes premiers réflexes sont de lister mes mots de passe, de réfléchir à transférer mes bitcoins vers ma compagne. Je vais passer en revue mes priorités lorsque, soudain, mon réveil sonne.

Je suis quelqu’un dont les rêves s’entrelacent fortement avec la réalité. Il existe des anecdotes de ma vie dont, aujourd’hui encore, je ne sais si je les ai vécues ou rêvées.

Ce rêve me marquera, me poursuivra. Pendant deux jours entiers, l’idée planera et je devrai me convaincre que ce n’était qu’un songe, que je vais vivre.

Mais les questions posées ne sont pas de celles qu’on écarte d’un revers de main : en quoi suis-je si sûr de vivre ? Et que ferais-je si j’étais réellement condamné ?

Ouvrir un blog. Écrire. Oui, c’est ce que je ferais.

Au fond, pourquoi ne pas écrire ce blog maintenant ? Pourquoi ne pas exorciser cette angoisse, ce sentiment d’impuissance ?

J’abandonne très vite l’idée de le faire sur mon propre blog. Cela inquiéterait trop mes amis, ma famille. Je passerais mon temps à démentir. De plus, l’aspect fictif concentrerait les lecteurs éventuels sur la forme, sur le style.

Je vais donc lancer un blog anonyme. Je vais créer un personnage. Ce personnage sera aisé, sera plus vieux que moi et aura des enfants indépendants. La raison est simple : je ne veux pas m’apitoyer sur une famille, sur l’injustice de la mort d’un jeune homme. Je veux tenter de percevoir les pensées d’un homme mûr qui a vécu une vie relativement heureuse, qui a accomplit ce qu’il devait faire mais qui part néanmoins trop tôt. Cet homme sera ce que je peux devenir si ma carrière d’ingénieur est un succès selon les critères en vigueur dans notre société : beau poste, beau salaire, belle maison, enfants indépendants et femme amoureuse. Cet homme s’appellera Lionel. À l’exception de quelques détails mineurs, ce sera moi et personne d’autres.

Le parallèle entre mon idée et le roman de Victor Hugo « Les derniers jours d’un condamné » s’impose. Du coup, le nom de mon projet est tout trouvé « Le blog d’un condamné ».

Dans mon entourage, plusieurs personnes ont perdu des proches ou des amis d’une manière brutale. Des migraines ? Des troubles et, lors d’un scanner la découverte d’une tumeur au cerveau ou d’un cancer du foie. Espérance de vie ? Un an, un mois voire une semaine en fonction des cas.

J’interroge, je me documente. Quelles ont été leur réaction ? Comment cela s’est-il passé avec la famille ? Qu’ont-ils dit ? Les prédictions des médecins sont-elles fiables ?

Ce projet grandit, mes notes s’accumulent mais je retarde sans cesse l’échéance de l’écriture. Vers la fin du mois de mai je décide de me forcer à écrire en rendant ce blog public. Le premier lundi de juin sera le jour du diagnostic.

Et parce que je veux également capter les instants en dehors des moments d’écriture, le personnage disposera d’un compte Twitter. Il ne suivra personne et s’exprimera rarement. Tout cela me forcera à écrire pendant un mois, à exhumer ce sentiment qui m’obsède : ma mort se rapproche à chaque instant.

J’avoue que je triche un peu : j’écris une semaine de billets à l’avance, afin de ne pas être pris de cours en cas d’imprévu. Mais, pour garder la spontanéité, je ne m’autorise qu’une seule et unique relecture. Les billets seront écrits chacun d’une traite, dans l’urgence. N’est pas Victor Hugo qui veut et la qualité s’en ressent forcément.

Le lundi arrive et je crée un compte Tumblr. Je n’avais jamais essayé cette plate-forme, c’est l’occasion. La photo de profil par défaut est particulièrement hideuse et me gêne. Mais je vis à travers les yeux de mon personnage. Je me rends sur Google Images et je tape le mot « espoir ». Le ballon rouge en forme de cœur me parle. Je ne cherche pas plus loin.

J’ouvre également un compte Twitter. Comme pour le blog, je choisis “uncondamne”, en honneur à Victor Hugo. Lors de la création d’un compte Twitter, il faut obligatoirement suivre des comptes. Lady Gaga, Justin Bieber. Je les supprime immédiatement car, c’est décidé, mon compte ne suivra personne.

Un email arrive dans ma boîte. Le compte Twitter a été désactivé pour comportement louche. Je le réactive et, pour éviter pareille mésaventure, je décide de suivre des comptes. Twitter m’en propose automatiquement dont celui du Monde.

La personnalité de L… s’affine. En bon ingénieur approchant de la soixantaine, il sera passionné par l’actualité. Et amateur d’œnologie. Découvrant Twitter pour la première fois, il ne pourra résister à suivre le Monde. Twitter propose alors de suivre d’autres journaux et des journalistes. Quatre séries de cinq propositions que mon personnage acceptera, par curiosité devant ce nouvel outil.

Le premier billet est posté. C’est trop long, trop littéraire, trop ampoulé. Je ne pense pas que cela attirera beaucoup de lecteurs. Ce n’est pas le but, je suis le seul spectateur de l’expérience, je ne cherche pas à rameuter le public.

Néanmoins, avoir quelques lecteurs serait une motivation et un gage de réalisme. Je décide donc d’un petit mensonge promotionnel et poste sur le forum Doctissimo, le seul endroit où j’imagine qu’il puisse avoir de l’intérêt pour ce genre de texte. Rétrospectivement, ce mensonge sera une erreur. Je recevrai d’ailleurs beaucoup plus tard un message agressif d’un employé de Doctissimo qui menacera de révéler mon identité.

L’expérience est lancée.

Deux heures plus tard, je découvre avec surprise que le compte Twitter est pris d’assaut. Les réactions fusent et certaines sont très violentes. Une seule question est sur les lèvres : est-ce un buzz ? Devant des messages haineux du type « Si tu n’es pas vraiment condamné, t’inquiète pas, tu le seras quand on saura qui tu es ! », je prend peur. Je pense arrêter tout. Je n’irai pas plus loin.

Et puis je réfléchis. Je n’ai pas à me faire dicter ma conduite. Ce sont des émotions que j’ai en moi, que je souhaite exprimer. En postant le second billet, je sais que j’irai jusqu’au bout, quoi qu’il arrive.

Alors, je continue. Mon personnage, mon moi a pris le dessus. Je suis devenu un simple lecteur. J’observe sa vie. Afin de rendre l’histoire crédible, j’interroge du personnel médical, je lis de nombreux livres de témoignages sur la mort d’un proche. L’un raconte un décès chez une personne bouddhiste. Deux autres se passent dans des milieux très catholiques. Je lis deux livres de Gabriel Ringlet, j’étudie un manuel à l’usage des personnes confrontées professionnellement au deuil. Je passe une soirée à interroger une infirmière spécialisée dans les soins palliatifs et j’en tire des expériences, des dizaines d’anecdotes comme le mariage, le bénévole qui apporte un accompagnement spirituel, la pudeur du malade face à sa famille.

Tout est vrai. À l’exception de la blague de mon personnage, sa fausse mort, qui est un fantasme personnel, tout est véridique. L’histoire de D… m’a été racontée par son banquier, qui a du gérer les soucis financiers de son épouse. L’histoire de R… me fut confiée par une infirmière. La détection, l’annonce et l’évolution de la maladie de L… sont elles-même calquées, au jour près, sur un cas existant de cancer du cerveau. Certains commentateurs sur le web se découvrent soudainement experts en oncologie et dénoncent l’impossibilité de mourir si vite sans symptômes, l’irréalité d’un médecin qui donne une échéance précise. D’autres soutiennent qu’il s’agit d’un texte militant pour ou contre l’euthanasie.

Et si je vous racontais cette anecdote d’une personne arrivée aux urgences pour un mal de dos et décédée d’un cancer du poumon une semaine plus tard ? Ou celle de cette échéance de trois mois annoncée maladroitement par le médecin par téléphone ? Si je vous disais que, dans mon pays, l’euthanasie est parfaitement légale et acceptée, que j’ignorais qu’elle ne le fut point en France ?

Après les deux premiers jours, je pense avoir épuisé le sujet. Il n’y aura plus rien à dire. Quand l’inspiration me manquera, L… mourra. Mais il refuse. Pour survivre, il me dicte des idées, des phrases dont je ne suis plus que l’interprète. Pendant un mois, je vis avec L…, il est moi et je suis lui. J’ai parfois du mal à faire la part des choses, je me sens triste, une boule se forme dans ma gorge à des moments inattendus de la journée. Ses réflexions me bouleversent, me font relativiser. Parce que je voulais pousser la logique jusqu’au bout, L… était condamné, pas de happy end possible. Il devait mourir trois ou quatre jours avant l’échéance fatale. Il parviendra à la repousser de deux jours avant d’arrêter d’écrire et de me laisser, moi aussi, dans l’expectative.

Je comptais publier un message décrivant le projet à l’arrêt du blog. Mais la création a dépassé son concepteur. L’ampleur du phénomène a échappé à mon contrôle. Ce projet était personnel, je ne souhaite pas le transformer en vitrine promotionnelle pour ma petite personne.

Néanmoins, j’estime important de laisser une porte ouverte. Je crée une adresse mail anonyme que je place dans le dernier billet. Cet élément n’était pas prévu, pas logique mais, pour une fois, j’ai pris la bonne décision.

En quelques jours, ce sont plus de 600 courriels qui arrivent dans ma boîte et je continue à en recevoir une grosse dizaine par jour. Sur cette masse de messages, deux se révéleront franchement négatifs et trois entièrement neutres. Quand au reste, jamais je ne me serais attendu à cela.

Ils me racontent des vies, des instants, des émotions. Un tel me confie son désespoir à la mort de son père et puis son progressif retour à la joie de vivre. Un couple m’annonce, suite à la lecture du blog, s’être réconcilié et considérer leur relation sous un autre jour. Une dame me raconte avoir commencé à prendre des leçons de piano, rêve trop longtemps refoulé. Des personnes de toutes les religions m’envoient, avec respect et humanité, ce simple mot : « Merci ». À la lecture de tous ces messages, les larmes me sont souvent montées aux yeux.

J’ai trompé le monde avec une fausse histoire ? Mais la toute grande majorité de ceux qui m’écrivent ne sont pas dupes. Ils me disent « Condoléances si cette histoire est vraie et merci à l’écrivain si ce n’est pas le cas ». Et si certains m’en veulent, considèrent que c’est un manque de respect pour les personnes malades, je leur répondrai : « C’est le plus bel hommage dont j’étais capable ».

Beaucoup ont demandé une version plus durable de cette histoire. Il n’est pas dans mes moyens d’imprimer un livre papier mais j’ai décidé de créer un livre électronique, auquel j’ai ajouté une série de petites nouvelles. J’ai intitulé ce recueil « C’est la vie ! ». Parce que vous m’avez fait confiance, parce que nous avons partagé ces moments, je vous le confie. Je vous laisse le lire et le partager autour de vous.

(Liens supprimés, j'ai pas envie de faire de la pub à cette personne)

Merci pour votre attention durant cette lecture, merci pour vos messages, merci pour avoir partagé avec moi les émotions de L…. Je vous souhaite une merveilleuse seconde vie.

Lionel Dricot, 16 juillet 2013


Témoignage post découverte de la supercherie (suite), et là, j'ai pleuré, beaucoup pleuré, et j'ai ressenti, j'ai compris la douleur, l'horreur et la peur :

"(...) je vais vous faire le résumé de 9 mois d’un condamné… parce que mon père a eu 9 mois…
Mi-octobre, il respire mal depuis des mois, ne mange plus, a perdu 7 kilos, le médecin remplaçant pense que ça vient du coeur malgré les radios
Début novembre, il a perdu 15 kilos, le médecin référent a vérifié le verdict de son collègue, il prescrit des examens complémentaires, les poumons sont pleins d’eau, la masse fait 10 cm… On se doute de la suite, le cauchemar commence
Le verdict tombe, c’est un cancer du poumon à petites cellules, le plus virulent, le foie est touché, pas le cerveau… on pense qu’on a de la chance. Un protocole de chimio est mis en place, il ne mange toujours pas, se promène avec un bol pour pouvoir cracher ce qui l’empêche de respirer, la chimio, le manque de nourriture fait qu’il dort beaucoup, il est épuisé, le moindre effort est une torture. Il a arrété de tenir son blog, il ne peut plus tenir son appareil photo. on crève tous de peur. La maladie le rend bavard, il nous parle de lui, de la guerre d’algérie, de sa mère qui est morte quand il était jeune, du maroc de son enfance…. de tout et de rien.. il demande pardon à ceux qu’il a blessé, il sait que la maladie l’aura mais il veut se battre, il y croit quand même… Il ne peut plus voyager, les anniversaires prévus se feront chez lui, pas dans la joie. Le voir ainsi est notre torture.
Début décembre, la chimio semble faire effet, la masse recule, il mange un peu mieux mais respire toujours très mal. Il dort toujours énormément, supporte mal le bruit. On passe noël ensemble comme tout les ans, l’euphorie des fêtes le rend malade, il crache de plus belle, les repas ne passent pas… il dort… il perd la mémoire, cherche ses mots mais ne s’en rend pas compte.
Janvier, la chimio fait son effet, la masse réduit, il mange mieux, les médecins sont optimistes, on reprend espoir, les résultats sont bons. On vit au rythme des nouvelles… Une huppe passe dans son jardin, il reprend son appareil photo et se remet à son blog, il sort de nouveau un peu et tri les milliers de photos qui sont dans son ordinateur… c’est bon signe.
Mi mars, contre toutes attentes et à la surprise des médecins, il est déclaré en rémission, la masse à disparu, il a repris 10 kg, Bien que fatigué et s’essouflant toujours vite, il peut voyager… l’anniversaire de mon fils se fera chez nous… c’est toujours bon signe,
Mi avril, il recommence à perdre du poids, le voile dans la gorge est revenu, il respire mal, crache de nouveau beaucoup, se fatigue vite. Un scanner d’urgence nous montre que la masse est revenu, le foie est de nouveau attend et 5 lésions cérébrales sont apparues. Pour moi, il est évident qu’il est condamné et que je dois me préparer à le perdre. Un nouveau protocole de chimio est mis en place, un cathéter est posé. Malgré ça, son état se dégrade de plus en plus vite. Il a encore perdu du poids, perds la tête aussi. Ne sais plus ce qu’il fait, est incohérent dans ses paroles. il est fatigué, ne peux plus soulever son appareil photo, le silence est retombé sur son blog. il dort la plupart du temps, il perd l’équilibre sans sans rendre compte. Il tombe d’un seul coup, ne le réalise que quand sa tête tape le sol. il a froid tout le temps. le peu qu’il mange se compose de soupe et de jambon haché qu’il va vomir après. Il ne tient plus debout, le moindre déplacement nécessite l’aide de ma mère. D’ailleurs elle ne sort plus, elle ne veux pas le laisser seul de peur qu’il tente de bouger et qu’il tombe. Elle l’emmène aux toilettes pour ses besoins, le nettoie ensuite, l’assied sur une chaise pour le laver. Elle ne vit plus qu’à son rythme.
Mi mai, on fête ensemble l’anniversaire de la plus jeune, elle a 3 ans. Il est avec nous sans l’être, passe les journées dans son fauteuil ou à dormir, ne parle presque plus… il ne peux plus, ça fait un mois que sa voix s’éteint petit à petit. Quand il dit quelque chose, il chuchote, il ne peux pas faire mieux.
Le lendemain de l’anniversaire, le médecin le place sous perfusion pour l’alimenter, plus rien ne passe et il vomit même l’eau qu’il boit. Une poche est posé le soir par une infirmière qui revient le lendemain matin pour l’enlever. Il est toujours très fatigué, dort de plus en plus, j’en arrive à demander à ce qu’il parte vite maintenant, il souffre trop… Il continue à se dégrader, il ne se souvient de rien, même pas de ce qui s’est passé 5mn avant. il cherche le moindre mot pour faire une phrase, n’y arrive pas, il est maintenant complètement incohérent dans ses propos.
le 2 juin au soir, malgré l’aide de ma mère, il est tombé. Elle ne peut pas le relever, elle appelle mon neveu pour qu’il vienne l’aider. Pendant ce temps, il est à terre et elle est impuissante.
Le 3 juin, ma mère m’appelle à midi, l’infirmière n’a pas voulu enlever la perfusion, le médecin a ordonné une hospitalisation d’urgence. Il est admis en pneumologie, il n’a quasiment plus de globules blancs ni de plaquettes, les scéances de chimio ont échouées. Je culpabilise à mort de ne pas être plus près et promet de venir le week-end suivant. Pendant ce temps, mes soeurs, ma mère et mes tantes se relaient jour et nuit à son chevet. il décline de plus en plus, il souffre, ma tante demande des anti-douleurs (qui ne sont pas compris dans le protocole) ainsi que des massages pour le soulager. Il réagit plus ou moins, trouve la force de plaisanter quand il fait dans sa couche, joue à tape tape petites mains avec sa soeur. Il est de plus en plus absent.
Le 7 juin au soir, ma mère m’appelle, il fait une hémorragie cérébrale, les perfusions de plaquettes ne servent à rien, elles se détruisent à peine dans son organisme. Malgré les anti-douleurs, il souffre de plus en plus, il est mis sous morphine. Je crève de peur de ne pas le revoir, de ne pas pouvoir lui dire adieu… tout ce que je peux dire à ma mère, c’est que je suis désolée dans des sanglots.Je me bourre de cachets pour pouvoir dormir un peu, mais c’est un sommeil plus qu’agité.
Le 8 juin, on démarre enfin de la maison, on bat des records de vitesse pour descendre. à midi et demi on est là, il est prévu que j’aille relever mes soeurs à l’hopital pour 15h et que j’y passe la nuit avec mon frère. Une tante, un cousin sont montés de marseille pour le voir. je serais obligée de raccourcir mon tour de garde… pas plus de 3 par chambre. Quand on rentre, il dort, assommé par la morphine mais ses yeux sont ouverts. Il respire comme il peut, c’est plus un râle qu’un souffle d’ailleurs. je lui prends la main, mon mari a coté de moi est en larmes, il me dit tout bas que “jamais, tu m’entends? jamais comme ça”, mon fils arrache son masque (obligatoire dans la chambre) et quitte la pièce en pleurant, ma fille n’a pas tenu non plus. Je ne veux pas le quitter mais ma tante, son mari, sa fille et mon cousin attendent aussi, je leur laisse la place à regret et repart chez ma mère. Après un repas rapide, mon frère et moi partons pour passer la nuit à l’hôpital. Nous prenons chacun un temps seul avec lui, parce que nous ne vivons pas à coté et que le lendemain, nous devrons repartir. Il dors, il est inconscient mais je lui dis ce que j’ai à lui dire, Je pense qu’il m’entend, des larmes perlent à ses yeux. mon frère fait de même. Nous passons la nuit au rythme de son souffle, au rythme des soins infirmiers, de l’alarme de la pompe à morphine… Nous discutons longuement avec l’interne de garde, à ma question, elle me dit qu’il peut rester encore ainsi 15 jours/3 semaines… personne ne sait maintenant.
Le 8 juin, 10h, ma mère vient nous relever. Mon frère doit rentrer chez lui, c’est l’anniversaire de sa fille. Moi je rentre chez elle, je me douche, mes tantes se préparent pour relever ma mère à 13h. Je m’allonge dans l’herbe du jardin à coté des souches aux oiseaux. le téléphone sonne, je l’ignore, ça insiste… c’est ma soeur, il est 13h16, il vient de mourir. Nous nous précipitons à l’hôpital. tout le monde arrive petit à petit. J’ai tenu sa main tout l’après-midi, le sentant se refroidir. Je ne veux pas le lacher. si je le lache, il sera mort pour de vrai… Ses yeux sont toujours ouverts ainsi que sa bouche. On nous laisse tranquille, personne ne nous demande de laisser la chambre… un hopital qui respecte la famille… Des décisions sont déjà à prendre… morgue ou funérarium? prendre rendez vous avec les pompes funèbres le lendemain…. ça se fait le jour même et ça n’attend pas. Nous quittons la chambre à 18 heures passés. Demain, il faudra tout organiser, les obsèques, prévenir tout le monde…
Vous m’avez demandé de prendre votre blog comme un hommage à mon père et à ceux qui comme lui souffrent et meurent… je le prends comme une insulte. Mon père a célébré la vie toute sa vie… à travers ses photos, à travers son blog, ses observations… Ces 9 mois m’ont appris que je devais la célébrer aussi… Votre blog est une insulte à tout ça, il est morbide… oui je suis en colère, parce que depuis que j’ai reçu votre mail, et malgré vos réponses en privé, je vous vois pavaner sur twitter, vous rengorger de votre buzz… Je ne vois pas de compassion pour les familles, pour les personnes qui souffrent, juste un égo surdimensionné… Ainsi que je vous l’ai dis, je n’ai que survolé ce blog au fil des partages de mes copines sur FB. Le lire me ramenais trop à mon propre deuil. Je vous ai fais un mail quand le condamné est mort, j’y étais sincère, je partageais la douleur de sa famille, c’était la mienne, celle que je vivais et que je vis encore presque 6 semaines après. Recevoir votre mail avant-hier, ça a été la plus grande gifle que j’ai pris de ma vie. Une boite avec un diable à ressort….
Le courage, ce n’est pas de se faire passer pour un condamné, le courage c’est d’affronter la maladie, de la combattre et pas de faire semblant sur un blog. Le courage, c’est pas de faire son coming-out quelques semaines après, le courage c’est de survivre à celui qui vient de mourir et de continuer à vivre malgré tout.
Pour vous et ceux qui admire “comment vous avez eu les couilles de faire ça”, si vous avez besoin d’une piqure qui vous rappelle combien la vie est belle et qu’il faut la vivre, je vous invite à accompagner les condamnés dans les hôpitaux, les vrais, ceux qui sont en soin palliatifs, à accompagner leurs familles dans la douleur… là vous prendrez une leçon de vie…."

17:05 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

Commentaires

Il écrit bien!

Écrit par : lectrice | 18-07-2013 à 12:08:43 Hr

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Désolée Anais je n

aime pas la façon dont vous lapidez L !!
Le sujet était délicat oui mais pas choquant ,la maladie et la mort font partie de la vie.....
Et j ai beaucoup aimé la dernière phrase elle fait réfléchir au sens de la vie que l on mène !!!
Et je ne me sens pas du tout flouée de savoir que le condamné est toujours vivant! De toute façon tout le monde aura un jour dans la vie à affronter la perte de quelqu'un de proche et aimé ....

Écrit par : Manguette | 19-07-2013 à 14:35:56 Hr

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Justement Manguette, moi je l'ai affrontée cette perte, pendant qu'il jouait à mourir, mon père mourrait réellement. Je ne m'étalerais pas plus là dessus que je ne me suis déjà étalée... Quand, par un partage de lien, j'ai eu connaissance de ce que vivait cette famille en parrallèle de ce que ma famille et moi vivions, ça m'a touché et ça m'a fait mal pour eux... quand toujours par FB, j'ai su que le condamné était décédé, j'ai envoyé mes condoléances à sa famille, je me sentais proche d'eux....
Et quand j'ai reçu le mail mardi soir, j'ai pris une gifle énorme... on avait joué avec ma douleur, mes sentiments (certainement pas qu'avec les miens d'ailleurs). Depuis, je le vois se pavaner tel un paon, savourant le succès que son fake lui a apporté, s'étonnant que des gens prenne mal le fait qu'on ai joué avec leur coeur, se posant en victime des vilains qui ne l'admirent pas!
Il n'est pas une victime, c'est un bourreau de la pire espèce, un vautour qui se repait de ce que ses admirateurs lui jettent (pauvres vautours, ils ne méritent vraiment pas ça!) et votre phrase "De toute façon tout le monde aura un jour dans la vie à affronter la perte de quelqu'un de proche et aimé" sonne d'une telle désinvolture (de toutes façons, tout le monde un jour se cassera un ongle...) que s'en est insultant pour les familles des condamnés, des vrais... de ceux vont mourir et de ceux qui le sont....
Un jour, comme nous tous, vous vivrez ces moments douloureux, ces moments où on a juste envie de crever parce qu'ils sont insupportables et ce jour là, j'espère que vous vous souviendrez que "de toutes façons...."
Le con-damné? je lui souhaite un retour de baton... quand à Anais, je la remercie... elle m'a fait voir que je ne suis pas seule à être révoltée par le comportement de ce.... type!

Écrit par : La Viscountess | 19-07-2013 à 21:23:25 Hr

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