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aoû

Elles sont reviendues, sauve qui peut

C’est toujours en août qu’elles reviennent.  Je le sais.  J’ignore comment je le sais, mais je le sais.  C’est quelque chose que tout citoyen sait.  On l’apprend presque à la naissance j’imagine, puisque je ne me souviens pas de qui me l’a appris ni quand.  Ça fait partie de la culture collective et citoyenne quoi.

Bref, je le sais, qu’elles reviennent en août, les zébrées jaunes, alias les guêpes.

Mais cette année, enfer et damnation suprêmes, elles étaient bien en avance.

Dès début juillet, j’ai eu à subir leurs assauts.  Leurs attaques.  Si.  Elles attaquent, et que ceusses qui me disent « pas bouger, une petite bête ne mange pas une grosse (c’est moi que tu traites de grosse là ?), elle va partir, elle va pas t’attaquer, reste calme » se taisent à tout jamais, passqu’on en entend partout des histoires de zébrées qui se ruent d’un coup d’un seul sur un innocent citoyen qui ne bougeait pas, ne bronchait pas, ne parlait pas, ne provoquait pas, alors hein, les théories « pas bouger pas broncher », j’y crois pas.

Et donc, début juillet, je mange calmement une petite crêpe aux trois sucres, troooop bon.  Et je bois un Ice tea pêche, troooop glacé.  Je suis avec une amie et le moment est super, y’a du soleil, on a pris la namourette, j’ai trouvé des godasses à ajouter à ma collection.  Bref, moment bonheur.  Et petit bonheur supplémentaire, sur ma canette d’Ice tea, y’a un code pour avoir des réductions sur les DVD.  Alors, pour pas emporter la canette, je décide de noter le code.  Je saisis la canette.  Je l’approche pour lire le code.  Et là, le drame.  Une énoooorme zébrée, mais énorme, genre libellule version jaune, sort de la canette et me regarde d’un air méchant.  Elle est fâchée.  Comment je le sais ?  Ben elles sont toujours fâchées, les zébrées, zavez qu’à mater leur tête triangulaire, avec leurs antennes pointées agressivement vers leur proie et leurs yeux qui lancent des éclairs.  Brrrr.  La voyant sortir, donc, je pousse un hurlement digne de Jessica Lange quand King-Kong l’enlève (mais est-ce bien elle, j’ai un doute du coup, ma culture étant ce qu’elle est, jamais vu King-Kong, mais c’est le nom d’actrice qui m’est venue, comme un reflux de culture collective…), hurlement qui ameute le responsable de l’établissement.  Je rougis d’angoisse et de honte, je sue comme une truie ménopausée (j’avais d’abord mis un porc ménopausé, ça sonne mieux, mais Word pas content, car ménopausée n’existe qu’au féminin, qu’on se le dise), je respire comme une asthmatique en pleine crise.  J’ai eu peur, c’est normal hein.

Depuis lors, j’étais relativement tranquille.  A savoir que les zébrées se contentaient de me tourner autour quand : je bois quelque chose qu’elles aiment, je mange quelque chose qu’elles aiment, je parle et elles aiment mon haleine, j’ai du parfum qui sent bon, j’ai du gel qui sent bon, je transpire et elles aiment ça, j’ai un bouton  sur le nez qui leur plait pas, j’ai une fringue de couleur qui leur plait… et j’en passe.

Mais aujourd’hui, le summum de l’horreur.  Attention, thriller en vue.

A midi, je m’installe gentiment au soleil, avec mon petit repas, mon petit coca light et mon petit livre (le nouveau Beth Fantaskey, Alchimie, passionnant).  J’ai à peine le temps d’engloutir une bouchée que la voilà : la zébrée, avec son air gourmand et agressif.  J’envoie valser (Zazie) mon livre (et je perds ma page, tchu), je saisis mon assiette violemment (du coup la pomme de terre en chemise se retrouve noyée dans la sauce cocktail qui en devient toute chaude, tchu) et je me précipite à l’intérieur.  Puis je ferme la porte-fenêtre, car je sais qu’elle va me poursuivre.  Et je mange, terrée chez moi.

Ensuite, un peu plus tard, un verre en terrasse en agréable compagnie.  Tout va bien, la conversation est sympa, moment bonheur.  Soudain, une zébrée se pointe (chuis sûre que c’est celle de midi qui vient se venger de n’avoir pas pu manger dans mon assiette, sûre sûre – meuh non chuis pas paranoïaque).  L’angoisse monte, je m’éloigne le plus possible du bestiau qui hésite entre nos verres, nos canettes, nos lèvres.  Elle finit par se poser sur le bord d’une canette, puis par y entrer.  Et la voilà prise au piège d’un sous-bock.  Je devrais me sentir rassurée (argh j’avais écrit rassurer, vous voyez comme je suis traumatisée par l’angoisse), l’animal sauvage étant maîtrisé.  Mais je ne peux plus quitter le sous-bock des yeux : et s’il s’envolait, et si la zébrée poussait, de ses petites pattes musclées, sur le sous-bock pour le soulever, et si et si et si…  Finalement, mon comparse retourne la canette et le sous-bock, et coince définitivement la zébrée dans la canette.  En plus, le reste de boisson en coule, ce qui, espoir fou, pourrait noyer notre bestiau.  Mais rien n’est moins sûr.  Et même avec la canette retournée, je continue à angoisser.  Un peu comme si la seule présence d’un zébré à moins de dix (cent ?) mètres m’obligeait à ne plus penser qu’à ça rien qu’à ça.  Et je stresse.  Et j’ai des visions d’horreur.  Un coup de vent renverse la canette (le soleil a laissé place aux nuages, un coup de vent est donc possible), la zébrée s’échappe et, furieuse, se précipite sur le premier visage visible, savoir le mien, et se met à me piquer la lèvre encore et encore et encore.  Je la visualise, sur ma lèvre, aaaaaaaaaaargh je veux hurler.  Vision d’horreur suivante.  Elle parvient à se faufiler dans l’interstice entre la canette et la table et idem.  Vision d’horreur suivante. Elle pousse avec ses antennes pour soulever la canette et idem.  Et ainsi de suite.  Bref, plus moyen de me concentrer sur notre conversation.  Pourtant j’essaie, mais en vain.  Et je ne pense qu’à une chose, m’éloigner de cet endroit tellement dangereux pour moi.

Alors, nous partons.

Et j’avertis le serveur du danger… ben oui quoi, quand il va soulever la canette, vous le savez, elle va se précipiter sur le premier visage visible et idem.  A moins qu’elle ne se lance à ma poursuite, sait-on jamais…

Je hâte alors le pas jusqu’à mon humble demeure, où je me réfugie, toutes portes et fenêtres closes, des fois que la zébrées connaîtrait mon adresse (ah ben oui elle la connaît, elle y était ce midi, car oui c’était elle, je le sais).

Ouf, sauvée.

Jusque demain…

Dessin issu du blog de Coco.

Alias Corinne Rey.

 

guepe.jpg

 

06:14 Écrit par Anaïs dans Anaïs tremble d'effroi | Lien permanent | Commentaires (27) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |

Commentaires

Sale bestiole ! espère que tu ne la croiseras pas aujourd'hui...

Écrit par : missash | 13-08-2010 à 06:27:51 Hr

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déjà vu une sur ma terrasse qui m'a attaquée trois fois, la garce

Écrit par : anaïs | 13-08-2010 à 11:32:31 Hr

Tu entends ce bourdonnement, là, dans ton dos ?





;-)

Écrit par : Livvy | 13-08-2010 à 09:13:55 Hr

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te parle pu, na

Écrit par : anaïs | 13-08-2010 à 11:32:45 Hr

Si tu mets quelques clous de girofle sur la table elles ne s'approchent pas. J'ai toujours mon petit pot Ducros dans mon sac!

Écrit par : Vanessa | 13-08-2010 à 09:19:33 Hr

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mais ouiiii on me l'a dit, même que j'ai envie de faire breveter un truc anti guêpes à base de clous de girofle mais parait que ça pue. merci, je vais m'en acheter illico presto...

Écrit par : anaïs | 13-08-2010 à 11:32:11 Hr

Suis écroulé ;-)

Écrit par : Oli | 13-08-2010 à 11:27:26 Hr

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vilain, te parle pu non pu

Écrit par : anaïs | 13-08-2010 à 11:33:01 Hr

Normal, si c'est un Olivier... ;-)

Écrit par : Livvy | 13-08-2010 à 13:39:24 Hr

pq tous les olivier sont vilains comme les olivia ? tu me fais peur là !

Écrit par : anais | 13-08-2010 à 21:13:44 Hr

Bin ça alors :-o

Merci hein !

lol :-)

Écrit par : Oli | 13-08-2010 à 22:56:22 Hr

c pas moi qui le dis hein oli. des oli j'en connais qqes uns, ben tous des mecs bien, gentils et tout et tout... des olivia j'en connais qu'une... :)

Écrit par : anais | 13-08-2010 à 23:00:46 Hr

Je plaisante... me suis permise, vu que notre Anaïs a répondu de la même façon à mon com' qu'au tien...
Livvy = diminutif en anglais d'Olivia... :-))

Écrit par : Livvy | 14-08-2010 à 19:56:41 Hr

je me suis permise ? euh, Livvy, relis Le savoir écrire :ppp

Écrit par : anais | 15-08-2010 à 10:40:41 Hr

Rrrrooooh, j'ai honte.
C'est le stress.

Écrit par : Livvy | 15-08-2010 à 17:24:14 Hr

t'es stressée ici ? faut pas hein, relax, on est entre amis :)

Écrit par : anais | 15-08-2010 à 17:42:16 Hr

Nan, pas sur ton blog.
:-)

Écrit par : Livvy | 15-08-2010 à 17:54:44 Hr

ouf j'ai eu peur. comme dit sur FB, si tu as besoin de causer, chuis là hein, passqu'on rigole et tout, on se charrie un peu, mais je t'apprécie bcp

Écrit par : anais | 15-08-2010 à 17:57:02 Hr

C'est gentil.
:-)

Écrit par : Livvy | 15-08-2010 à 18:01:27 Hr

Alors là je comprends PARFAITEMENT!! Ces sales bêtes sont capables de me gâcher un super bon moment. Je suis super angoissée, je ne sais plus me concentrer sur la conversation: je la guette. Et le pire ce sont les gens qui disent : "Ne bouge pas, elle va partir" Comment ça ne pas bouger?!
Enfin j'ai bien ri et je me sens moins seule ;°)
Bon we

Écrit par : Méla | 13-08-2010 à 18:40:04 Hr

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ah méla, moi aussi je me sens moins seule, passque j'ai encore eu l'air ridicule tout à l'heure en terrasse, debout, en train de m'éloigner d'une zébrée avide de jus de fraises...

Écrit par : anais | 13-08-2010 à 21:14:27 Hr

:o)))))) je me suis revue, toute jeune (à l'époque, secrétaire) : je prenais des notes en sténo (que j'ai complètement oubiée !) et les fenêtres dans le bureau de ma patronne étaient grandes ouvertes. Une zébrée a fait son entrée en fonçant droit sur moi : tout a volé ! bic, carnet et ma chaise. Ma patronne m'avait conseillé de mordre dans ma langue (elle prétendait que cela provoquait l'émission d'un ultrason ou quelque chose comme ça : je ne sais pas où elle a lu ça ?) et de rester tranquille. Chose impossible donc me voilà à courir dans le bureau langue sortie et elle se marrant comme une folle :o)
j'ai pas été piquée ouf

Écrit par : vanille | 13-08-2010 à 20:08:25 Hr

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tu sais quoi Vanille... je pense encore en sténo, c fou non ? pourtant j'ai jamais pratiqué, mais je pense en sténo... en anglais aussi parfois :)
ton histoire m'a fait mourir de rire... et merci pour le truc de la langue, à tester avec les clous de girofle... ou alors faut lui souffler de l'haleine de clou de girofle sur la truffe...
moi non plus jamais piquée par une zébrée, mais bien par une pauvre abeille que j'avais écrasée du pied

Écrit par : anais | 13-08-2010 à 21:16:05 Hr

Article extra. Je me suis marrée toute seule devant mon écran. Ceci-dit, ton récit a réussi à parler avec beaucoup d'humour d'un sujet que me traumatise littéralement au plus haut point. Les zebrés et moi, c'est la gueurre. Je suis allergique... donc si elle me pique, je passe un très très mauvais moment. Donc qui dit rencontre dit moment d'angoisse. Pas drole pour moi, ni pour ma famille. Je ne compte plus les abandons de terasse, fuite de parcs etc... pfff, sales betes. Elles ont beau avoir en charge l'avenir de la nature, elle menacent belle et bien le mien...

Écrit par : Fashiongeekette | 14-08-2010 à 17:31:30 Hr

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j'imagine que tu as un truc tjs sur toi en cas d'attaque, pour éviter le choc anaphylactique ? merci d'avoir aimé ce billet, parler de cette peur aide à dédramatiser, même si pour moi c vraiment une terreur

Écrit par : anais | 15-08-2010 à 10:52:32 Hr

Moi je les aime finalement les guêpes. Depuis que j'ai génocidé un nid dans le jardin, je suis le héros de la maison à peu de frais. :-D
Mais j'ai pas l'impression que ça durera tout l'été... pfffffffffff

Écrit par : Igguk | 14-08-2010 à 19:29:45 Hr

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rhooo un héros dans le voisinage, tu passes dans le ciel avec ta cape bleue (ou rouge, chais plus) ?

Écrit par : anais | 15-08-2010 à 10:53:15 Hr

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