29
oct

Richard Gere

Une fois dormir et me revoici scotchée à mon PC, brûlant d’impatience. 27 messages. Ouhla, pas mal non ? Est-ce ma photo ? Mes goûts entre hard rock et classique (toujours pas l’option musique française) ? Ou mes « j’aime j’aime pô » ?

Bon, j’efface déjà dix messages illisibles. J’ai pourtant une bonne maîtrise de la langue française, mais j’ai beau lire et relire, comme on dit ici, j’y pige que dalle. Est-ce un site ouvert aux pays du monde entier ? non pourtant ! ça doit être un langage codé. Exemples : « chte kif à donf, ta webcam ? », « tè nouvel sa va ? ».

Parmi tous ces spécimens, je trouve un message dit « normal » : une gentille prise de contact. Le môssieur est connecté, j’entame une conversation sur le « tchat » avec lui. Son pseudo est « Richard Gere ». Prometteur non ? J’adore ce film et son romantiiiiisme. Il s’avère que s’il a choisi ce surnom, ce n’est pas parce que son physique est similaire à celui de Richard (dommage) mais parce qu’il a la même voiture que lui dans « Pretty Woman ». Impossible de retenir le nom de cette voiture, mais je retiens qu’elle est rouge et que les portes s’ouvrent par le haut, sympa non ? Bon, Richard est sympa également, c’est le principal. J’accepte donc volontiers son invitation au resto chinois. J’aime pas les restos chinois, mais ma maman m’a toujours dit « quand on t’invite, tu acceptes par politesse, et tu te tais ». Moi me taire ? Allez, c’est bon pour une fois.

Mon premier cyber rendez-vous. Je trouille. S’il est pas sympa, pas bavard, pas beau, pas rigolo ? Je peux m’enfuir au courant ? Me souviens pas des directives de ma maman au sujet de ce type de problème. Après réflexion c’est normal : maman poule n’a jamais imaginé que son poussin de fille en serait réduite à accepter des rendez-vous sur le net… Richard se révèle assez sympa et rigolo. Il a de la conversation. Je passe une bonne soirée, mais pas de coup de foudre. Déjà, entrer ma (déjà) vieille carcasse dans cette voiture étrange, basse, aux ceintures de sécurité venues de l’espace, m’a épuisée. Pour un tout premier rendez-vous du net, je suis cependant assez contente du résultat : Richard n’est pas bizarre, pas doté d’un énorme pustule ou d’un bégayement incontrôlable, pas de syndrome qui le ferait hurler des insultes (Tourette). Il n’a pas oublié son portefeuille au moment de l’addition. On se quitte avec la promesse de se revoir.

Depuis deux jours on s’envoie des petits sms rigolos, j’aime les sms, ça me rappelle les petits mots qu’on se passait en douce durant les cours. Ça donne un certain charme à notre début de relation. Ce soir, je sors entre filles, on va manger, boire, danser youpie. Richard m’envoie un sms « tu fais quoi ce soir ? » « je sors avec des copines », et je lui cite l’endroit secret, en guise d’invitation en douce. Pas de nouvelles, ça sera donc une sortie totalement entre filles. Vers 1h du mat’, ou bien 2h, je sais plus, pourtant je n’ai bu que du coca, juré craché, le voilà qui débarque. Et quand je dis « débarque » il s’agit bien de débarquer. Complètement saoul, bourré, plein. Il s’avachit lourdement sur une chaise, sans même que je l’y aie invité. Son ivresse est telle qu’il parvient difficilement à avaler sa bière, et, dans un geste maladroit, renverse nos boissons. Je l’invite fermement à payer une tournée de dédommagement. Il marmonne quelques borborygmes entre deux gorgées de bière. Je crois comprendre qu’il refuse. Ma fureur monte, je le vire de la table.

Le lendemain, un mail. Aucune excuse. Il me signale qu’il a fini la soirée aux urgences, suite à l’accident qu’il a eu en rentrant chez lui. Ben voyons… Il attend que je compatisse ? Il me connaît décidément très mal. La voiture de Pretty Woman cassée. Richard Gere malpoli, rustre, buveur et conducteur sous l’emprise de l’alcool. Le rêve s’arrête. Adieu Richard. Retour sur le net.

28
oct

Bonne résolution

Quant faut y aller faut y aller. Résolution en cette rentrée : me caser.

Oui, bon, un bien grand mot. Mais à tout le moins je veux un homme, un vrai. Et comme c’est pas au bureau que ça se trouve, les hommes, et comme dans mon voisinage tout le monde est casé, et comme personne dans ma famille ou mes amis n’accepte de jouer l’entremetteur (alors que j’en rêve moi, d’un rendez-vous arrangé, bien lourd, bien décelable, mais qui me ferait rencontrer l’homme de ma vie), bref j’ai consulté mon ami fidèle : mon PC. En un clic de souris me voici sur un site de rencontres (orange). Ça fait industrie, ou supermarché, ou même étal de bovins en attente d’un boucher, mais tant pis, je me lance, je crée un « profil » comme ils disent. Et c’est là que les ennuis commencent.

La rédaction de mon CV au sortir de mes études fut moins laborieuse, d’autant que je m’en souvienne ! D’abord faut indiquer ses mensurations, couleur de cheveux, d’yeux… et j’en passe ! Le dilemme est grand : me présenter à la Claudia (Schiffer) et récolter des Brad Pitt et des Tom Cruise à foison, ou me présenter à la Anaïs (Durand) et récolter des Thierry Dupont avec de la chance… Bon, soyons honnête, tant pis. Et pour le poids, je mets mon poids idéal ou mon poids actuel ? Gros problème pour les goûts musicaux : rien ne me convient. Aargh, je vais attirer les fans de hard rock tatoués échevelés… ou, pire, les adeptes de Mozart et Beethoven, et en silence s’il vous plait ! Moi j’aime la musique française, à texte, à voix. Y’a pas ça en magasin ? Non. Après ce n’est plus du QCM (question à choix multiples), mais d’énormes blancs à remplir, en réponse à des questions bateaux style : ce que j’aime, ce que j’aime pô. Mais à quel niveau ? j’aime les hommes gentils les chats dodus les lasagnes grasses le chocolat sous toutes les formes dormir tard le matin Julia Roberts dans son bain de Pretty woman l’amour les enfants qui sourient Saint-Nicolas qui sourit ma TV et mes cinq magnétoscopes le soleil sur ma peau j’aime pô les hommes méchants les chiens qui aboient les repas diététiques aller bosser la violence les enfants qui crient mon magnéto qui rend l’âme. Ça suffit ou je suis pas dans le thème ? Devrait y avoir un mode d’emploi, c’est d’un compliqué ces questionnaires.Et paf, mon PC plante. Rondidju.

Je rallume. Je retourne sur mon supermarché, euh mon site de rencontres pardon. Quoiiiiiiiii ? Mon profil n’est plus là. J’ai beau encoder mon mot de passe top secret (non vous ne saurez rien), et bien rien ne se passe. J’ai tout perdu. Signe du destin, qui m’encourage à abandonner cette idée saugrenue que l’amour m’attend derrière mon écran plat ? Ou un simple test de ma persévérance face à l’adversité ?Je persévère, na. 23h, ça y est, j’ai tout rempli, ils sauront bientôt tout de moi, de ma pointure à la taille de mes slips (Petit Bateau ou Aubade ?). Clic… envoyé… Mon écran me répond : « souhaitez-vous charger votre photo (un profil muni d’une photo a 1.000.000 de fois plus de chances d’être lu) ». 1.000.000 de fois plus de chances ? Je peux mettre une photo de Claudia ou c’est interdit ? Non franchement, même si je suis pas issue du musée des horreurs, je n’aurais pu défiler sur les podiums dans mon jeune temps (14 ans, puisque dans le milieu, à 22 ans on est pensionnée). Nouveau dilemme. Bon allez zou, autant être honnête jusqu’au bout des ongles, je choisis un cliché superbe (mais si mais si) datant de… ouf déjà tant que ça ? C’est de la triche ça ? Clic.

Et maintenant, laissez venir à moi les célibataires.

17:49 Écrit par Anaïs dans Archives | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | |  Imprimer | | | Pin it! |