24
aoû

Jambes à minuit

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Keskon voit dans Jambes à minuit ?

On voit une Madame trimbaler un énorme sac poubelle, puis revenir sans.  Vilaine pas belle, tu sais pas que c'est interdit par la loi, de jeter ses merdes en douce à minuit ?  Qu'à cause d'inciviles comme toi, notre société court à sa perte ?

On voit un chat gris, passque la nuit ils le sont tous.

On voit une lune plus tout à fait pleine et tant mieux car marre d'être insomniaque.

On voit des voitures roulant à vive allure, passque ça rime mais surtout passque ça fait gros prol qui se la pète, mais comme je le disais chaque nuit lorsque je sortais danser : gros pouet pouet, petite quequette.

On voit un Monsieur en rouge, surpris de me voir, tout comme je suis de le voir.  Moment de peur, et si c'était un tueur en série découpeur de femmes en rondelles ?  Ou pas.

On voit la citadelle, et elle est belle, et puis ça rime encore.

On voit L'écume des jours dans sa tête, passqu'on vient de le voir à la TV, et que la déception est immense.  Rien à en tirer, tout à oublier.  Audrey, comment as-tu pu autant te fourvoyer ?  Je vais me faire réalisatrice de films, et je ferai L'écume des jours, à ma sauce, avec du loufoque, un peu, mais des sentiments, beaucoup, et puis avec une petite souris en petite souris, avec une fin petite souritesque comme je l'imaginais, et tout comme je l'imaginais, un Colin comme je l'imaginais, une Chloé comme je l'imaginais.  Pauvre Boris.

On voit le même mec que cinq heures plus tôt, dans la même position, sur son trottoir, devant chez lui, penché sur son gsm, à pianoter (et non pianocktailer) sans cesse.  Il a pas de réseau at home ?

On voit qu'on n'a pas vu de vampire ou de loup-garou, pourtant il est minuit.

On voit qu'il est temps d'aller au dodo, good night…

18
déc

Scène d'une conversation dans un bus

Deux ados.  Je ne les vois pas.  Je n'en entends qu'un sur les deux.  Mais malgré tout, c'est savoureux...

- elle a un look nordique, blonde, yeux bleus

- (inaudible)

- oui, elle est vieille, mais encore bien conservée

- (inaudible)

- en plus c'est dans les vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes... avec de jeunes carottes

Le coup de la vieille casserole, je connaissais, mais celui de la jeune carotte pas, j'ai bien ri.

22
oct

Scènes d'une journée (dé)tonnante

Journée banale en vue. 

Retour au turbin. Dossiers en attente. Boss chéri en attente lui aussi.  Envie de rester dans mon petit lit à 6h17, malgré l'accueil de Maria et Pascal.

Douche épuisante.  Marche épuisante.  Passage à la mutuelle pour gagner des soussous.  Passage au TEC pour perdre des soussous.

Direction le taf.

De bonne humeur.  Envers et contre tout.  Envers et contre tous, aussi.  Sourire au chauffeur.  Sourire à boss.  Sourire à client.  Sourire à dossier.  Sourire à moi-même.

Midi.  Direction suite de la journée banale.  Pause dégustation solitaire sur un banc.  Moment lecture.  Puis moment chiant en perspective.  Moment chiant transformé en road movie en duo à travers Namur.  Soleil.  Chaleur intense et étonnante.  Marche transpirante.

Coca light et bâton de double lait dégustés à la cafet d'un hosto.  Discussion à bâtons rompus.  Choc anaphylactique évité.  WC de luxe visités.

Re-marche transpirante.  Bord de Meuse.  Découverte d'une expression (dé)tonnante elle aussi "raclure de pelle à merde".  Fou-rire.  Fou-rire intense.  Fou-rire extrême.  Arrêt forcé sur un banc because réaction comme la dadame de chez Nana USA.  Vite, le banc.

Cycliste hystérique.  Lance Armstrong dans sa tête.  Chien blanc presque décapité.  Ouf, sauvé.  Re-dégustation de coca light.  Chaleur toujours aussi intense.  Ombre bienvenue.  Cygne majestueux et solitaire.  Trois mister colvert pour une miss colvert.  Partouze en vue ?

Direction supermarché.  Papote sympa avec voisine sur la sortie du moment, les machins trucs de Grey.  Pas lu.  Pas envie.  Trop connu.  Trop de promo.  Finalement, si, envie.  Envie folle.  Envie intense.  Envie immédiate.  Adjugé.  Achat programmé.  Bonne humeur.  Impatience contagieuse. 

Opération courses.  Œufs (sans chocolat).  Chocolat blanc spéculoos (sans œuf).  Boudin (toi-même).  Blanc et noir (pas raciste).  Coca light (pas zéro, light).  Chocolat blanc cuberdon (dégustation immédiate – écœurant - décevant. )

Verdict de la journée : soleil, chaleur, 24 degrés, record, rires, découvertes, discussions, danger, complicité, pet, banc, cygne, chocolat, Grey, colverts obsédés, voisine stupéfiante, Stars 80 tout bientôt. 

Adieu banalité.

19
jui

Scènes d’une promenade quotidienne

Chaque jour, grande décision de l’année (prise hier, ah ah ah), une petite promenade s’impose, iPod sur mes jolies oreilles, qu’il vente ou qu’il neige (comme annoncé récemment sur la carte de Belgique).

Journée exceptionnelle : le soleil est présent. 

Je me choisis donc une musique bien triste et déprimante, une comédie musicale (je sais, j’ai des goûts de chiotte, mais j’assume ma dévotion totale pour toutes les comédies musicales, pour Secret Story et pour Sex & the City).  Hier, j’avais opté pour le dynamisme d’Anastasia, aujourd’hui, va comprendre, j’ai choisi que la voix de Sofia Essaidi me susurre sa déprime.

Et la promenade commence.

Les cygnes sont seuls, pas de bébé cette année, enfin un seul, là-bas au loin, sur un autre territoire, pas le mien.

Deux couples de bateliers ont installés leurs chaises et déjeunent ensemble.  Je peux me joindre à vous ?

Une famille entière de bernaches déjeune, elle aussi, en picorant l’herbe encore noyée de rosée.  Joli spectacle.

Je croise un landau.  Accompagné bien sûr.  Puis un autre landau quelques dizaines de mètres plus loin. 

Une corneille tente, elle, d’emporter son déjeuner dans son bec, se goinfrant de pain sec (quand les gens comprendront-ils que le pain est mauvais pour les volatiles ?).  Les morceaux tombent de son bec, s’éparpillent, elle les reprend, les laisse tomber à nouveau, se remet au travail.  Et moi je l’observe, j’admire sa ténacité.  Elle parvient enfin à tous les saisir et s’envole lourdement vers l’autre rive de la Meuse.

Odeur d’herbe coupée, j’aime.  Haie en pleine tonte.  Puis une autre haie en cours de tonte, quelques dizaines de mètre plus loin (bis).

Vois-je double ?

A la troisième haie chez le coiffeur, je le confirme : je ne vois pas double.  C’est juste que ce joli temps si exceptionnel a fait sortir tout le monde.

Tout le monde ?  Pas tant que ça, plus personne à l’horizon, ni derrière moi, ni à droite, ni à gauche (logique, à gauche, c’est la Meuse).  Je suis totalement seule, et la musique renforce ce sentiment de solitude intense. 

Je m’offre un cécémel glacé que j’avale goulument en continuant ma balade.

Admiration intense pour cette petite maison si joliment rénovée, moderne, tout en ayant gardé tout le charme de la pierre bleue.  Hier, les volets étaient fermés.  Ce jour, ils ne le sont plus, et des géraniums roses ont envahi la terrasse.  Superbes.

Un peu plus loin, cette petite maison qui offre d’habitude de jolies pensées sur ardoise m’offre une ardoise vide.  Keskispass ?  Zont déménagé ?

Encore un chouia plus loin, le propriétaire de cette adorable maison aux châssis verts se prélasse en lisant devant son bow window avec vue sur Meuse.  Hier, c’est le chat qui se prélassait.  Aujourd’hui le maître.  Mais qui est le maître de qui ?  Et de m’imaginer à sa place, à leur place, devant ce bow window, lovée sur le fauteuil à bascule que j’y installerais indubitablement.  Oh comme j’en rêve, de vivre face à l’eau, de me perdre dans son mouvement incessant, durant des heures.

Je continue ma balade, qui vire à la séquence nostalgie lorsque je me dirige vers la maison de mon enfance.  Cette maison que je n’ai jamais aimée pourtant.  Tout m’y faisait peur : les araignées qu’elle abritait, les escaliers à claire voie que je devais gravir.  J’y ai de beaux souvenirs.  J’y ai tant de mauvais souvenirs aussi et au fond de moi cette sensation qu’elle m’a tout pris, tout volé. Toutes mes illusions.  Ma foi.  Foi en la famille. En la confiance.  En l’amour.  En toute idée de bonheur.  Une foi que je tente de faire renaître depuis, en vain.

Ben voilà, je pleure, devant cette maison dont l’architecte avait bu en dessinant le toit, qu’il a fait tout de travers. 

Décidément, cette musique ne me vaut rien.

Je pleure sur le terrain vague voisin, source d’inspiration de mon enfance, avec ses soupes à la terre, devenu le chantier d’un immeuble à appartements.

Je pleure sur la maison voisine, première de mes nombreuses confrontations avec la mort, devenue, elle, terrain vague, qui me permet d’aller découvrir l’arrière de mon enfance.

Je pleure sur mes illusions perdues depuis vingt ans.  Jamais retrouvées.

Et tandis que je pleure, un voisin rode autour de moi, ouvrant diverses boîtes aux lettres.  C’est sûr, il va appeler la police.  Ou l’asile.

Alors je m’en vais, admirant ces maisons que j’ai vues et revues durant des années, qui ont, depuis lors, toutes opté pour des châssis gris ou bleus.  Ah la mode…

Je rejoins la Meuse pour le retour dans mon home sweet home, la larme toujours à l’œil.

Et cette musique qui n’arrange rien, qui parle de rupture, de désillusions, de mort aussi :

« Si nos vies sont si peu de choses

Et le ciel un sanctuaire au cœur immense

Où tous ceux qu’on a aimés se reposent

La vie prend alors toute son importance »

Je pense à ma chère Attrap’sushi qui y est confrontée en ce moment même, et je pleure à nouveau, titchu.

Repérant des pêcheurs au loin (j’avais écrit pécheurs…), je sèche mes larmes, ça fait mauvais genre, une femme seule qui pleurniche sur le hallage. 

Je rentre chez moi, abattue, décidant, pour la promenade de demain, d’écouter Mika, valeur sûre pour une balade, cette fois, dynamique et joyeuse.

A mon retour, ma solitude est illico balayée par tous ces appels en absence sur mon gsm non emporté dans mes pérégrinations.

Et je repars illico pour une autre balade, en compagnie cette fois, puis pour une longue papote et enfin pour un barbecue improvisé.

Que du bonheur. 

Adieu donc la solitude et les larmes.  Merci à ceux qui, hier, sans vraiment le savoir, les ont fait disparaître et sont apparus dans ma vie juste au moment opportun.

Et cette petite chanson dont on m'a parlé durant cette journée vraiment étrange, faite de gros chagrins et de petites joies :

21
jui

Un arrêt de bus rouge à pois noirs

Arrêt de bus.

Un banc en bois, quasi neuf.

Je m'y installe, chargée comme un baudet d'une boîte glissée par un vendeur dans un sac bien trop petit, que je ne peux dès lors tenir par ses poignées.  Ça m'a donné chaud, de tenter de tenir ce sac.  Alors je m'avachis sur ce banc et j'attends mon bus.

Le soleil est là, malgré l'orage annoncé.  La pluie a cessé de tomber.  Il fait lourd comme des seins siliconés.

Soudain, un insecte se pose.

Je retiens un petit cri, angoissée que je suis encore par une attaque en règle de guêpe subie une demi-heure auparavant.  La vilaine s'est ruée sur mon bout de tartine au gouda et là, distinguant bien ses zébrures caractéristiques, impossibles à confondre avec celles de mes amies les abeilles, je n'ai pu retenir un cri.  Plutôt un gémissement.  D'effroi.  On est phobique ou on ne l'est pas, ma bonne dame.  Je le suis.  Cri d'effroi.  Suivi d'une accélération de la marche, because les zébrées, j'ai pu le constater à de nombreuses reprises, aiment suivre les humains.  Et puis la pluie d'orage les énerve, j'ai également pu le noter. 

Je suis heureusement immédiatement rassérénée en notant la couleur du bestiau : rouge à pois noirs.  Nan, ce n'est pas une chaussette de Dorothée, révisez vos classiques, elles sont rouges et jaunes à petits pois, les siennes.

C'est une coccinelle.

Qui s'est posée sur le trottoir.

La folle.

Suicidaire ?

J'ai envie d'aller la cueillir sur le bout de mon doigt, pour la sauver des passants.  Mais mes paquets m'en empêchent.  Me lever sera un challenge.  Alors, me baisser avec mes trois sacs dont un trop petit, ce serait un exploit.  Et chopper une coccinelle sur le sol une gageure.  Et puis j'ai honte.  Honte qu'on me voie, penchée, en train de réaliser un sauvetage que peu comprendraient.

Alors je me contente de l'observer.  De regarder ses déplacements sur le trottoir.  Ça va vite, une coccinelle, trente centimètres en une ou deux minutes à peine.  Et moi de continuer à la mater.

Et de pousser un cri interne à chaque passage humain, voyant la mort roder.

Cet homme qui tourne autour de l'horaire du bus, aaaaaaargh, il va la spotchiiiiie, ma bête à bon dieu.  Ouf, elle y échappe de peu.

Ces étudiants fêtant la fin des examens, avec leurs pieds si grands (dieu comme la jeunesse est géante), ils vont scrabouiller ma bébête à bonheur.  Elle passe encore entre les mailles du filet.

Ce couple amoureux qui se mate dans le blanc de l'œil, sûr que la dernière heure de ma petite rouge à pois noirs est venue.  Et bien non.

Ces trois hommes qui vont je ne sais où, mais sans doute manger (me dit mon estomac affamé), bon c'est foutu cette fois, six pieds vont la transformer en carpette rouge à pois aplatis.

Et voilà, le sort en est jeté. Je vois un pied se précipiter sur ma bestiole.  Le talon se pose, puis les orteils, et ma choupinette disparaît un instant, pour réapparaitre, totalement immobile.

Paix à son âme.

Je la surveille, espérant encore une parade de sa part, une feinte : jouer la morte pour échapper à la godasse, qu'elle aurait confondue avec un prédateur.

Mais non, elle est morte.

Immobilisée à tout jamais.

Et cette image, ce point rouge sur un trottoir gris, me rappelle ce symbole de La liste de Schindler, cette petite fille habillée de rouge parmi les décors en noir et blanc, mobile jusqu'à ce que la machine hitlérienne la transforme en cadavre immobile.  Emouvant.  Inoubliable.  Dramatique.

J'aurais dû aller la cueillir sur le bout de mon doigt…

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8
avr

Scène d'un bus quotidien

A l’arrêt, du monde.

Debout, ce monde, sauf deux.  Deux personnes, assises, par la force des choses.  En fauteuil roulant. 

Le bus arrive, elles restent sur le trottoir, avec leurs accompagnateurs. 

Une fois que nous sommes tous entrées, et ça fait du monde, un des accompagnateurs s’adresse gentiment au chauffeur « bonjour, nous sommes avec deux personnes en fauteuil, pouvez-vous ouvrir la plate-forme s’il vous plait ? »

Les bus sont équipés, désormais (enfin peut-être pas tous, mais certaines lignes) d’un accès handicapé, via une plate-forme à l’arrière.

Et le chauffeur de répondre sèchement « non, elle le fonctionne pas ».

Oups, super, les bus, dans ce cas.  Il fait pas bon être handicapé, de nos jours.  Note qu’on ne dit pas handicapé, on dit personne à mobilité réduite, on ne dit pas aveugle mais non-voyant, ni sourd mais non-entendant, question de vocabulaire, because le résultat est le même.

Mais l’accompagnateur ne se laisse pas intimider, il connaît son affaire, il doit vivre ça quotidiennement, ce genre de refus glaciel.  Moi j’ai déjà vécu ça une fois, cette histoire de plate-forme, elle était électrique et s’ouvrait avec un bruit strident d’avertissement.  La vie moderne.

Je pense donc à une panne électrique.  Que nenni, et tous le savent : celle-là, de plate-forme, n’est pas électrique mais manuelle.  Juste de la mauvaise volonté de la part du chauffeur, semble-t-il, puisque l’accompagnateur insiste « mais enfin, c’est manuel, il suffit donc de l’ouvrir ».

Le chauffeur se voit donc contraint d’obtempérer, avec un enthousiasme digne de celui du Schtroumpf grincheux face à une blague hilarante qu’on lui raconterait.  Il souffle, tire, pousse, tente tant bien que mal, et plutôt mal que bien, d’ouvrir cette plate-forme, puis, saisit un genre de crochet, et sous les encouragements de l’accompagnateur, parvient enfin à déplier la chose et à permettre l’accès à nos deux futurs passagers déjà assis.  Tout cela sous le regarde toujours bienveillant et souriant de l’accompagnateur, rôdé à ce genre de problème, semble-t-il.  Sa gentillesse et ses propositions d’aide ont finalement rendu le chauffeur nettement plus motivé et serviable.  Et la plate-forme est opérationnelle, alléluia.

Mon admiration pour cette personne, qui ne s’est jamais départie de son sourire, alors que moi, en réponse au « non, elle le fonctionne pas », signe d’une mauvaise foi et d’une paresse crasse, j’aurais déjà hurlé « tu vas l’ouvrir ta putain de plate-forme, espèce de fainéant égoïste anti-handicapés ».  Ce qui aurait été une mauvaise réaction, je le conçois… et je le conçois encore plus aisément aujourd’hui, car ce billet a été écrit jeudi, avant le drame qui s’est joué hier à Bruxelles, entraînant la mort d’un contrôleur de la STIB suite à ce qui semble être un accès de violence inacceptable et j’en viens à me dire que si chacun y mettait un peu du sien dans notre société, tout irait bien mieux.  Si les passagers disaient bonjour, payaient leur trajet et cédaient leurs places aux plus faibles – ce que je ne fais pas toujours, depuis que j’ai même pas eu un merci en réponse à mon geste. Si les chauffeurs respectaient également les plus faibles en roulant normalement, en attendant que les petits vieux soient assis avant de démarrer comme des hystériques, que les petites vieilles comme moi soient descendues avant de fermer les portes.  Si, si, si… ben tout irait mieux.  Si la violence ne devenait pas la réponse à tout problème actuellement.  Si la malhonnêteté n’était plus la norme.  Bref, si la phrase indiquée dans les bus « pour votre sécurité, le respect du code de la route doit primer sur le respect de l’horaire » se transformait en « pour notre bonheur à tous, le respect du code de la route et de la personne humaine doit primer sur tout autre chose », tout irait pour le mieux.

Je crois à Papa Noël ?  Nan, juste au miracle pascal.

 

7
avr

J’ai testé le cinéma érotique en plein air namurois

Après cette étrange rencontre devant une assiette de mezze vide (la madame elle m’a dit que la douleur augmenterait dans les heures suivant son intervention, et là j’ai vachement mal, vachement, ça doit être bon signe hein, dieu des sciences dentaires ?), nous déambulons un peu en ville, pour un léger shopping.

Saoulées par les essayages, dont nous ne sommes plus très fan depuis un petit temps (incroyable, moi qui savais passer tout mon samedi à shoppinger, de 9 à 18h avec une brève interruption à midi, actuellement, deux magasins et j’en ai déjà marre), nous repérons un banc tout beau, en bois tout neuf, sur l’espace de rencontre de la place de l’Ange.  Un beau banc en bois tout neuf, au soleil.

Ni une ni deux, nous vlà installées sur ce banc, à profiter des rayons chaleureux, malgré le fond de l’air, qui est froid, laïla laïla. Bonheur.

En face de nous, un couple.  Un jeune couple.  Du moins d’après ce qu’ils laissent entrevoir.  Jeans.  Baskets.  Birkenstock.  Brrrr, Birkenstock, par ce temps frisquounet, oui, ça doit être des jeunes.  Elle a ses jambes posées sur lui, à califourchon, à tchipette comme on dirait chez moi.  Leurs mains se touchent.  Leurs visages sont scotchés l’un à l’autre.  Ils s’embrassent encore et encore. Les cheveux longs nous cachent une partie du spectacle, mais la passion est palpable dans l’air.  Chaque parcelle d’oxygène qui les entoure rejette des atomes d’érotisme, qui volent jusqu’à nous.

Et nous matons. 

En nous disant que nous n’agirions pas de la sorte, pas à ce point, pas en public.  Eux oui, pas nous.  Que nenni.  Mais ça semble si bon…

Voyeuses.  Mais choquées.  Mais voyeuses tout de même.

Nous en sommes là de notre discussion et de notre observation quand un flash me traverse l’esprit.  Les Vamps.  C’est nous.  Pas les vamps au sens premier du terme, of course, mais Les vamps, Lucienne et Gisèle.  C’est nous.  Totalement nous.  Et c’est tout un art, d’être une vamp, croyez-moi, y’a la position du corps, un peu vouté, les mains jointes sur les genoux, le regard en biais, à la fois inquisiteur et rêveur, envieux et baveux.  Un art, je vous dis.

Et le spectacle continue encore et encore, leurs visages ne peuvent toujours pas se détacher, ou alors un bref instant, l’espace d’un regard, pour se retrouver de plus belle.  Leurs lèvres se touchent quasi en permanence, dans un ballet alternant les contacts légers et la fougue passionnée.  Erotisme fou, je vous dis.  Parfois, ils se murmurent un petit truc inaudible, puis s’embrassent encore et encore et encore et encore.  Leurs corps semblent soudés dans une position où ils ne font qu’un, ou presque.  S’ils pouvaient faire moins qu’un, ils aimeraient cela, bien sûr.  Je ne parviens pas à ne pas les regarder, tellement c’est langoureux, tendre, beau et excitant à la fois.  Et de nous dire que, d’un coup d’un seul, ça nous donne des envies folles, et que si un mec passait par là, quel qu’il soit, ben on se ruerait dessus pour échanger un baiser du même style, voire plus si affinités, rhaaaaaaaaaaaaaaaaaaa.  Est-ce l’impact du soleil sur nos peaux, de la scène qui s’offre à nous, du printemps qui frappe à la porte, peu importe, c’est ainsi.  Et nous les reluquons encore et encore, et ça me rappelle les paroles de cette chanson postée il y a peu sur mon profil, une de mes préférées du grand Jacques, Orly :

« Ils sont plus de deux mille
Et je ne vois qu’eux deux
Et je les sais qui parlent
Il doit lui dire « Je t’aime! »
Elle doit lui dire « Je t’aime! »
Je crois qu’ils sont en train
De ne rien se promettre
Ces deux-là sont trop maigres
Pour être malhonnêtes »

Les Vamps sont donc au cinéma.  Elles se repaissent du spectacle, puis décident de s’offrir une petite glace, afin que l’instant de bonheur soit totalement parfait.  A deux boules.  Orange sanguine et framboise pour l’une.  Fraise et noix de coco pour l’autre.  Deux boules sinon rien.  Toujours deux boules.  Jamais sans mes deux boules.  Nous allons chercher nos glaces séparément, histoire de ne pas nous faire piquer nos places au premier rang.

Une fois nos boules à disposition et prêtes à être dégustées, le drame se joue.  Le film est terminé.  Envolés, les tourtereaux.  Zont plié bagage et sont partis, main dans la main.  M’étonnerait pas qu’ils aient filé à la recherche d’un hôtel, après ces préliminaires ensoleillés (j'avais un doute sur le genre de ce mot, mais une recherche sur google m'a juste emmenée sur des forums sexe parlant de préliminaires masculins ou féminins, toute façon y'a plus de doute c'est bien un préliminaire).   

Reste un banc vide, du soleil, quatre boules de glace à engloutir, et deux Vamps mortes de rire, cherchant en vain à retrouver un peu d’érotisme dans cet air ambiant qui s’en est d’un coup totalement vidé.  Comme un soufflé qui retombe.  Ce carlin tout seul ?  Pas érotique.  Ce pigeon en quête de bouffe ?  Pas érotique.  Cet employé du Pizza hut affublé d’un tablier en plastique, fumant sa sèche ?  Pas érotique.  Ces jeunes collés à leur GSM ?  Pas érotique.  Cette femme qui trébuche sur l’espace rencontre, sans doute imaginé par quelqu’un qui n’a jamais marché en rue ?  Pas érotique.  Ce groupe qui abandonne une canette sur le banc, à vingt centimètres d’une poubelle (sacripants) pour ensuite la reprendre (gentils gamins) ?  Pas érotique.  Ces effluves de pizza Alscace ?  Pas érotique. Et nous, mangeant nos duos de boules ?  Pas érotique.

Pas érotique, non, mais tellement fun, somme toute.  Et tellement propice à des réflexions de Vamps que nous nous en donnons à cœur joie.  En veux-tu ?  En voilà ! Vamps, voire même (plénoasme) remake du Muppet show et de ses deux petits vieux.  Quel talent !  Et puis on chante aussi, du Mort Shuman.  Sorrow.  Un été de porcelaine.  En se dandinant.  Et d'imaginer d'autres Vamps, installées plus loin, nous observant, d'un regard en biais, à la fois inquisiteur et rêveur, envieux et baveux...

Voilà ce que j’appelle un moment parfait : gourmand, chaleureux, drôle, tendre et plein de sensualité dans l’air.

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20
mar

Scènes d’un grand magasin quotidien

Départ à Delheeez, avec mon Jimmy, alias mon caddie de courses, même que je l’ai acheté à Knokke, je me la pète grave de la mort qui tue la vie.

Mauvais pressentiment : ces courses vont me saouler.  Je suis d’une humeur de dogue, après une virée à la posssss’ belch’ une fois, pour récupérer des recommandés pourris, que j’ai failli ne pas avoir car il me manquait un document pourri, et finalement j’aurais préféré pas les avoir car ça m’annonce des nouvelles pourries. Bref mon humeur est pourrie.

Je zappe les légumes, chuis vraiment pas d’humeur à me transformer en lapin.  Mon humeur c’est pizza mousse au chocolat coca.

Les bonbons me tendent les bras pour me réconforter.  Ooooooooooooooooooh une valisette en métal rose fuchsia toute mignonne.  Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhh dedans, quatre distributeurs Pez Hello Kitty.  Je veuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuux.  Je résiste.  T’es une grande fille Anaïs, résiste, prouve que tu existes.

En passant devant un petit écran, je déclenche une publicité hurlante pour des biscuits aux céréales.  Et chaque passage la redéclenche.  Exaspérant.  Horripilant.  Je m’enfuis vers les mousses au chocolat.

Au rayon américain, une bobonne traîne et m’empêche de me servir.  Elle squatte devant le rayon, tandis que je m’énerve.  Enfin mon tour.  Diantre y’a que des portions familiales, et les célibataires hein, vous y pensez ?  Je dégotte enfin une petite portion, mais c’est du qui pique. J’aime po quand ça pique. Quatre variétés d’américain, qu’ils ont, à Delheeez, faut le faire, quatre variétés, dingue, monde de consommation va : du qui pique, du martino (kekseksa ?), du aux herbes, du à l’ancienne.  J’échappe au pire en réalisant m’être trompée et je prends enfin ma portion d’américain à l’ancienne qui pique pas.

Direction le coca light.  Y’a pu. Kwaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ?  Alerte alerte alerte, avis de recherche, coca light demandé en extrême urgence, question de vie ou de mort.  J’ai beau me rouler par terre en tapant de mes petits poings serrés, personne ne m’apporte mon précieux breuvage.  Soit.

Surgelés ensuite, pour la pizza.  Tiens, hier, ils offraient ce plat micro-ondes à l’achat de deux produits Igloo.  Et aujourd’hui, ils ont recouvert la pub Igloo de papier (mais on la voit encore nananère) et ils les vendent 2,79 eur, leurs plats.  C’est autorisé ça, ma bonne Dame, de revendre des produits offerts en cadeau la veille ?

Et puis, enfin, le moment ultime, le seul, l’unique, le vrai, le moment de bonheur intense : un présentoir plein de tic tac.  De tic tac fraises, les nouveaux, ceusses que j’ai vus à la TV, ceusses que je veux goutter, là de suite.

J’achète.

Je sors.

Je goutte.

Jolie première impression, puis ça se gâte grave.

Même pas bon. 

Déception.

Grosse déception.

Bien envie de retourner acheter mes distributeurs Pez Helly Kitty du coup.

Mais je résiste, désespérément.

Humeur pourrie.

Courses pourries.

4
jui

Scènes d'un moment de grâce quotidien

21 heures.

29 degrés à l'ombre.

Les briques rejettent encore la chaleur accumulée par cette journée caniculaire.

J'ai déserté l'extérieur à 14 heures déjà, après avoir tenté durant une demi-heure de faire un peu de peinture sur la terrasse.  Sensation d'insolation.  Rapide.  Je n'aime le soleil qu'à l'ombre.

21 heures.

Je tente une sortie.

Il fait encore chaud, mais d'une chaleur agréable, cette fois.

Temps d'arroser.

Ma lavande qui me prépare de quoi faire un chtit sachet.

La menthe, le persil, la ciboulette, dont les feuilles, et même les fleurs, pour la ciboulette, ont ravie mes papilles ces derniers jours.  J'apprends à en faire usage dans mes salades et taboulés.  Un pur bonheur.

Quelques pensées qui m'en inspirent...

Ma clématite lilas, qui m'offre des fleurs par dizaines.

Une vasque à bulbes dans laquelle j'ai ajouté de petites graines, reçues il y a quelques mois lors de funérailles, à planter en souvenir d'elle.  Chaque fois que je les arrose, j'y pense.  Pas encore de fleurs, mais j'ai bon espoir.

Une seconde clématite, qui ne fleurit pas.  Oh, surprise, une fleur.  Bordeaux.  Minuscule, au point que je ne l'avais pas remarquée.  Des boutons se préparent.

Une petite fraise, je la dévore.

Mon vieil hortensia, qui m'offrait des fleurs ternes et beigeasses l'an dernier, s'est remis au rose cette année, va comprendre.

Troisième clématite, pleine de boutons.  Pas de fleur encore.  Elles s'annoncent grosses.  Seront mauves, mais j'ignore dans quelle nuance.  La surprise est pour demain sans doute.

Les oiseaux, qui chantaient encore à tue-tête il y a peu, se sont soudainement tus. Heure du repos pour eux.

Pour moi aussi, j'ai fini d'arroser.

Je m'installe sur mon transat et je ne fais rien, sinon regarder.  La beauté de la nature qui s'épanouit à son échelle sur ma chtite terrasse.  Les lampes solaires qui, chacune à leur tour, commencent leur nuit. Sinon écouter.  Le silence.  Interrompu un bref instant par une valse de Vienne, dans le lointain.  Sinon sentir. L'odeur de la journée qui se termine.  Sinon ressentir.  Une quiétude infinie.

Un pur bonheur.

22 heures.  Il pleut.  Je rentre conclure mon moment de grâce avec une xième vision de "J'me sens pas belle", mon film chouchou, en mangeant un tiramisu spéculoos home made et en me désaltérant d'un jus d'abricot.

25
mai

Scènes d’un bus quotidien

 

Le fond de l’air est frais, laïlé, laïlé.

Le soleil est bien haut, laïlo, laïlo.

Dans le bus, vive le progrès, de la musique : Time of my life, de Dirty dancing.  J’aime.  Envie de me lover contre un homme, là, de suite.  Je n’ai à portée de main que mon vieux voisin de siège et son haleine d’ail.  Je m’abstiendrai.

Là, tout au fond, une rousse.  Les reflets du soleil qui pénètrent dans le bus exacerbent ses repousses toutes blanches.  Il est temps qu’elle fasse ses racines, ma bonne Dame.

Ooooooh, à la Maison de la culture, une apparition : deux énormes volatiles rouges.  Aigles ?  Buses ?  Faucons ?  Pigeons ?  Le bus va trop vite, pas le temps d’insister.  J’ai cru voir un rapace, me trompe-je ?

Non loin de moi, un bébé quotidien, qui grandit au fil des jours.  Il a des mini crocs aux pieds, keske c’est mignon quand c’est mini.

Sur le bus, un chien à laisse rose fuchsia m’implore, de ses yeux larmoyants et tendres, de l’emmener faire une promenade, la TV pourra attendre, merci Voo.

Une jeune femme transporte des roses rouges séchées.  Que compte-t-elle en faire ?  Un bricolage pour enfants ?  Un pot-pourri ?  Un dépôt sur une tombe ?  Ou est-ce un simple souvenir d’amour qu’elle emporte avec elle ?

Oooooh (bis), la Ville a mis des bacs géants à fleurs devant le C&A.  Joli.

Derrière moi, ça discute prénom.  « On n’est pas dans le monde de Disney hein ».  « Si ça tombe ils l’appelleront Arthur et planteront une épée dans le jardin pour voir comment il s’en sortira, ah ah ah », rire gras.  Non je rigole, le rire n’est pas gras, il est féminin et diaphane, mais rire gras sonnait avec sortira, que voulez-vous, je ne me refais pas, j’aime les rimes.  Et j’aime le prénom Arthur, c’est mignon non ?

Une petite ado est en slaches, mini-jupe et top.

Une jeune femme est en legging et tunique, avec une chtite veste pour les frimas matinaux.

Une femme plus âgée n’a pas encore quitté son polar hivernal et ses bottes.

L’âge rendrait-il frileux ?  On le dirait.  Je le pense.  J’y songe.

La sonnerie imposant l’arrêt, stridente, me ramène à la réalité.  Il est temps de descendre et d’aller bosser.

5
nov

Scènes d'un bord de Meuse

En bord de Meuse, j'ai croisé le soleil, qui nous faisait grace de sa présence, huit mois jour pour jour avant l'été.  Pas un pet de nuage, pas un pet de vent, ou presque.  Une douce chaleur bien agréable par cette température totalement automnale, voire hivernale.

En bord de Meuse, j'ai croisé un jeune cygne et son parent, perdus au milieu d'une nuée d'oies blanches affamées, qui m'ont sauté dessus alors que je tentais de photographier les cygnes, ce qui a bien fait rire deux messieurs qui passaient par là, vu mes "mais dégage-toi, va-t-en", et j'en passe.

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En bord de Meuse, j'ai croisé un pont, que j'ai traversé.

En bord de Meuse, j'ai croisé une petite poule d'eau qui profitait du joli temps.

En bord de Meuse, j'ai croisé un jogger.

En bord de Meuse, j'ai croisé un autre jogger.

En bord de Meuse, j'ai croisé un troisième jogger.

En bord de Meuse, j'ai croisé des nuées de joggers, sans doute une classe condamnée aux travaux sportifs forcés.  En short, les pauvres.  Essouflés, les pauvres. 

En bord de Meuse, j'ai croisé une jeune femme qui se tricotait une écharpe.

 

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En bord de Meuse, j'ai croisé un jeune cygne esseulé, même pas bagué.

En bord de Meuse, j'ai croisé un couple de cygnes, que j'ai tenté de faire venir près du jeune, à grands coups de biscuits aux noisettes.  Se sont tous tolérés, mais clair qu'ils zétaient pas de la même famille.

En bord de Meuse, j'ai croisé un couple d'humains, cette fois, avide de soleil, de moments à deux et de cigarettes.

En bord de Meuse, j'ai croisé des chiens qui promenaient leurs maîtres.

En bord de Meuse, j'ai croisé un rat, qui tentait d'emporter un vieux morceau de pain dans son nid.  Attirée par du mouvement sur un mur couvert de lierre, j'ai tourné la tête et suis tombée nez à nez avec lui.  Tout noir et doté de jolis yeux.  Ratatouille version "vrai".  Nous nous sommes dévisagés quelques secondes avant qu'il ne s'enfuie, ne me laissant pas le temps de le photographier, dommage, cette petite tête noire interloquée au milieu du lierre, trop mimi.  Mais je savais qu'il reviendrait.  J'ai enfoncé le vieux morceau de pain dans le lierre, et il est reviendu le chercher.  Tellement vite que j'ai juste entraperçu sa petite tête puis son long corps qui partait à jamais.

En bord de Meuse, j'ai croisé une demi-invitation pour un mariage.

 

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En bord de Meuse, j'ai croisé la jeune femme qui avait migré sur un banc et terminait son tricot.  Ça m'a rappelé ces mini-tricots broches qu'on fabriquait étant mômes, avec deux cures dents et un peu de laine. 

 

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En bord de Meuse, j'ai croisé un chat noir, que j'ai d'abord pris pour un rat.  Un chat à queue double, ou presque.  Un chat téméraire, prêt à sauter sur tout volatile qui passerait à sa portée.  Un chat placide, apeuré par les humains.

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En bord de Meuse, j'ai croisé d'autres chiens qui promenaient d'autres maîtres.

En bord de Meuse, j'ai croisé une péniche.

En bord de Meuse, j'ai croisé mon ombre, qui s'étendait au fur et à mesure que le soleil regagnait son lit.

En bord de Meuse, j’ai croisé le soleil qui s’apprêtait à aller faire dodo, et j’ai fait pareil.

18
sep

Scènes d’un petit air de musique

 

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L’autre jour, je suis installée sur mon transat, mi-soleil mi-ombre, mi-livre mi-sieste, mi-bonheur mi-bonheur.

Soudain.  Un bruit.  Enfin non, pas un bruit.  Une note de musique.  Pas loin.  Tout près.

Euh, un harmonica ?  Euh, non, je dirais plutôt un mélodica.  Ou alors le truc qu’on pousse là, l’instrument en accordéon, mais comment ça s’appelle titchu ?  Allez, le compagnon d’une ex-collègue en joue divinement bien, et Yvette Horner aussi.  Rho purée Anaïs, t’es blonde, tu viens de l’écrire, un accordéon.  Ça doit être un accordéon.  Est-ce un signe d’Alzheimer de chercher ainsi ses mots, docteur ?  Est-ce un autre signe de les retrouver, les écrire, le tout sans en avoir conscience ?

Et l’accordéon accordéonne.

Il accordéonne des airs de mon enfance. 

Frère Jacques, tout d’abord.  Oups, pas dormir, je veux profiter du concert.

Et puis Cadet Roussel, qui a trois maisons, trois enfants, trois jesaisplusquoi.

Et puis le marchand Petrouchka, qui revient nanana, d’or est rempli son sac et il est content nanana, quand ses chevaux fatigués auront bu nanana jusqu’au matin il pourra rire et chanter.

Rhooo, chanter, j’en ai super envie là, du coup.  Me lever, chanter, rejoindre cette source musicale et m’en imprégner.

Ensuite, La bonne aventure, tiens ça je connais pas, mais les paroles me tentent « si vous avez des bonbons, je saurai bien les manger ».

Et une autre connue,  Stewbold, le cheval blanc, triiiiiiiiiiiiiiiiste.

Enfin, Ecoutez cette histoire que l’on m’a racontée, du fond de ma mémoire je vais vous la conter… c’est pas le petit âne gris ça ?

C’est tellement agréable, ce concert improvisé.  Concert et chants.  Car la musique laisse parfois la place à une petite voix.

Je jette alors un œil vers l’endroit d’où sortent ces jolies notes.  Un enfant.  Un jeune enfant. Et un autre enfant.  Plusieurs enfants, qui chantent, qui jouent de la musique.

Comme quoi, d’une génération à l’autre, ce sont toujours les mêmes airs qu’on aime jouer…

5
sep

Scènes d'une brocante quotidienne… euh non, hebdomadaire

8 h.  Le réveil sonne.  Un dimanche.  Rhaaaaaaaaaaaaaa.  Heureusement, le soleil me souhaite la bienvenue.  Une bonne douche, puis je pars à la chasse au 7mag. Ben oui, premier dimanche du mois, ma chronique et mon horoscope décallé, qu’on se le dise.

8h50.  je suis fin prête pour l’arrivée du ptit nouveau chez moi.  Le ptit nouveau ?  Le dessin d’une orchidée framboise qui va m’être livré incessamment sous peu.  Chuis impatiente.

9h10. Le voilàààààààààà…   Enfin les voilà.  Bonjour bonjour, bisou bisou.  Opération « installons un dessin de 80 cm de long dans un cadre de 70 cm de long because l’Anaïs a mal mesuré ».  Trouver une latte ? Mouahaha, drôle de challenge.  Introuvable, mais on se débrouille.  Une fois l’œuvre installée, opération admiration.  Trop choli !  Petit rafraîchissement, petite papote, au revoir au revoir, merci merci, bisous bisous.

10h20.  Nouveaux visiteurs.  Re-rafraîchissements, sur la terrasse cette fois.  Petite papote.  Au revoir au revoir, bisous bisous.

11h45.  Vu que je suis lavée et habillée, miracle à cette heure un dimanche, je décide d’aller faire un tour à la brocante.

11h55.  Je rencontre une connaissance dès mes premières secondes sur la brocante.  Dialogue :

Moi "Fait beau hein ?" 

"Oui, bof, pas tellement, fait encore frisquet".

"T'as trouvé de jolies choses ?" 

"Nan, y'a jamais rien sur les brocantes, c'est jsute une sortie". 

Pour peu, je serais déprimée d’entendre tout ça.  Chais pas, mais moi, chuis de bonne humeur.  Le soleil est bon.  La brocante réserve souvent de jolies surprises.  Je vous la vie en rose, pourtant j’ai pas abusé de substances toxiques, je le jure.

12h.  Je repère un joli gilet.  Je résiste, j’ai pas besoin d’un gilet.

12h15.  Les odeurs pestilentielles rodent sur la brocante : odeurs transpiration, odeur de pas lavé, odeur de cuisson refroidie, voire le tout en un pour le même prix.

12h20.  Y’a foule à cette heure.  Je tente d’éviter des enfants qui squattent un stand et me ramasse une poussette sur mollet. Je ne bronche pas, je sens que je vais me ramasser une floppée d’injures.  Les gens sont pas de bonne humeur, sur la brocante.

12h25. Attaque de guêpe.  Mais keskelles ont toutes après moi cette année ? Y’en a marre.

12h30.  Je reçois un Fanta zéro gratos.  Trop cool.

12h35.  Je dégotte un livre à mourir de rire sur les fiançailles et le mariage.  Parution en 1970, j’étais même pas née.  Ça promet.

12h37.  Un petit roman sympa au titre de circonstance (Elodie la brocante), un Van Cauwelaert et un Evelyne Kazan plus tard, j’entame le retour de la brocante, après l’aller.  Ben oui, y’a deux côtés hein.

12h40.  Retour à mon point de départ, non sans avoir été revoir le gilet joli.  Mais j’ai pas besoin d’un gilet, je continue à résister.  Comme j’ai résisté à ces deux éphélants tellement mignons mignons.  Ça aurait pris la poussière, moi je suis dans une phase je range je jette, c’est pas pour racheter du brol, même si je les aimais ces éphélants…

12h45.  J'embarque une canette de Fanta Zéro en plus de la mienne.  Partout sur la brocante, ces canettes vides jonchent le sol.  Les gens me dégoûtent. Je jette les deux canettes dans une poubelle, comme on me l’a appris.

12h50.  Je rentre chez moi.  Déjeuner.  Enfin petit-déjeuner, comme on dit en France.  J'ai faim, là, d'un coup, avec ce fanta zéro tout seul dans l'estomac.  Deux croissants m’attendent, il est vraiment temps de déjeuner.  Dans le voisinage, ça sent déjà le barbecue.  Je me sens bien.  Je m’installe, avec mes croissants et mon lait de soja fraise, sur mon transat, et je savoure.  Mes croissants.  Mon lait de soja fraise.  Et meurtres pour rédemption.

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9
aoû

Scènes d’un retour en enfance…

L’après-midi s’annonce banalement banale.  Un choli coussin est installé sur mon non moins choli transat.  Les petits coraya m’attendent, ainsi qu’une boisson fraîche et « Les âmes vagabondes », dont je suis aussi accro qu’un héroïnomane l’est à sa merde (enfin j’imagine, jamais testé ces horreurs moi).

Je m’avachis lentement, profitant déjà de l’après-midi de repos, farniente, glandouille (synonymes que j’aime tant) qui s’offre à moi.

Le téléphone sonne.

Et me voilà emportée dans l’enfance.  La leur.  La mienne.

Enfance féline.

Deux petits livrés à eux-mêmes et surtout à une mort certaine.  Recueillis, fort heureusement.  Choyés.  Sauvés.  Nourris.  Et moi en train de tenter de leur donner le biberon.  Keske c’est émouvant my god.  Keske je suis nulle.  J’ai en tête le souvenir du bébé girafe nourri dans la ferme célébrités en Afrique.  Super comparaison… Comparaison de taille, oserais-je dire.  Et quelle référence culturelle.  Le girafon se nourrit debout.  Sa nounou est également debout, sur une table.  Le girafon, même petit, est grand, qu’on se le dise.  Le chaton se nourrit couché sur le dos.  Sa nounou s’installe et renverse le petiot, puis lui enfourne la tétine dans le gosier.  J’aimerais pas subir ça, moi qui ai systématiquement la nausée et la gifle facile quand je subis l’abaisse-langue du docteur.  Joli moment que de devoir nourrir ainsi deux chatons.  Ensuite, repu, l’un des deux entame une petite sieste sur mes genoux.  Second joli moment.

Enfance enfantine.

Direction le parc d’attraction de la Citadelle.  Comment s’appelle-t-il déjà ?  Fabiola, dirais-je.  Oui, ça doit être ça.  Toute mon enfance ça.  Même si je n’y reconnais plus grand-chose.  Et de revoir ma grand-mère qui nous y emmenait.  Flash back.  Soleil.  Longue marche sous le soleil.  Raccourci à travers les arbres.  Ça monte ça monte ça monte.  Mais comment faisait-elle pour tenir le coup, à son âge déjà avancé, alors que moi, je me sens déjà incapable de monter à pied à la citadelle à mon jeune âge (bon, chiche, qui tente l’aventure avec moi ?).  Les petits nenfants déguisés sont partout partout partout.  Multicolores.  Grimés.  Casquettés.  Ils nous offrent leur spectacle.  Chant.  Danse.  Magie.  Acrobaties.  « Un oiseau un enfant une fleur-eeee ».  « Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire ».  « Doubidou, j’voudrais marcher comme vou-ou-ous ».  Soudaine envie de chanter.  Et de danser.

Ça y est l’enfance me rattrape…  je la sens.  Elle est là. Fin du pestacle.  Je croise une amie.  A la sortie.  Regard ahuri de sa part.  Mais kestu fais ici ?  (tout ça rime incroyablement)  Elle me prend pour une perverse.  Pas d’enfant l’Anaïs, alors keskelle fait ici, ma bonne Dame ?  Nan, chuis pas perverse, promis juré craché gerbé (copyright Moustique).  Chuis avec des enfants, promis juré craché gerbé.

Enfance Anaïssienne.

Direction la « discothèque pour mômes ».  Y’a pas de mômes.  Zont déserté les lieux.  Y’a que notre petite bande : quelques adultes, quelques enfants, au milieu d’une salle immense et déserte.  Le pestacle est fini, logique.  Mais nous, on veut s’amuser.

Alors on s’amuse, passque seule l’intention compte, non ?

Une petite séance de hulla hoop avec un hulla hoop qui fonctionne pas.  Naaaan, il fonctionne pas.  Trop petit.  Mal conçu.  Personne peut y parvenir, même pas moi.  J’ai su faire du hulla hoop, dans mon jeune temps.  Je le jure, j’étais plutôt douée.  A l’époque.  Il était orange.

Ensuite, la chaise musicale.  Je veux pas.  J’ai plus l’âge.  Mais on me force.  Pas le choix, je vais pas faire ma tête de cochon mal luné.  Pas grave, m’en fous, je perdrai au premier tour, et basta.  Et vlà l’Anaïs qui se prend au jeu, qui passe le premier tour, puis le second, puis le troisième, le quatrième, le cinquième… et qui gagne.  Et qui se réjouit d’avoir gagné comme si elle était l’unique gagnante de l’euromillions.

Ah, on a une invitée surprise.

Une guêpe.

Cris et hurlements.

Assassinat du bestiau.

Ouf.

Après le hulla hop et la chaise musicale, place à la musique.

Et on choisit ce qu’on veut.  Le pied intégral.

On en profite pour répéter notre petite chorégraphie apprise au camping.  Toujours impossible de retrouver le morceau sur lequel elle se danse.  Zumba zumba hella.  Ou alors yunga yunga holla.  A moins que ce ne soit Vinga vinga halla.  Allez quoi, aidez-moi…  En six temps.  Je deviens une pro.  Mais je regarde mes pieds, encore.  Làààà, voilà, sans regarder, et on sourit à l’assistance.  Je jette quelques regards vers la porte, des fois que boss chéri ou un collègue passerait et me verrait me déhancher. Le ridicule ne tue pas… mais il ridiculise, qu’on se le dise.

Personne en vue, on continue.

Et une petite dose de Macarena, ça je connais.

Nouvelle choré, sur les Black Eyed Peas.  Hé, ça fait que trois ou quatre semaines que je sais qu’ils existent, les Black Eyed Peas.  Alors je me la pète, quand j’entends « I got the feeling », je m’écrie, l’air de rien, « oh les Black Eyed Peas, j’adoooore ».  Et on apprend la choré, d’abord un peu zen, puis qui sombre d’un coup d’un seul dans un truc rythmé tue cœur épuise jambes mouille aisselles.  J’adore.  Je ne maîtrise pas tout, mais j’adore.  Pas moyen de synchroniser pieds et mains, mais j’adore.

Une petite dose de Lady Gaga, une petite dose de Mika, une petite dose de Claude François.  Un peu de tout.

Puis c’est fini, on s’en va, le parc ferme.

Direction la sortie.

Oh, c’est quoi ce joli monsieur tout grimé tout rayé ?  C’est qui ?

C’est un virtuose du diabolo.  Dans tous les sens, le diabolo, et de plus en plus haut dans le ciel tout bleu (ça nous change).  Et je m’émerveille.  Et je plonge encore plus profond dans l’enfance.  Je suis une môme face à un artiste.  En pamoison.  Ce qu’il fait est incroyable.  Puis il nous sort sa balle magique.  Puis ses ballons qu’il transforme en animaux.  J’en veux un.  Mais c’est réservé aux mômes.  Ben oui, mais là, tapie au fond de moi, y’a une toute petite Anaïs de six ans, qui veut un ballon, elle peut ?  Nan, elle peut pas, ou plutôt elle veut pas, passque des mômes, des vrais, arrivent de partout, alors ils ont la priorité.  Et je regarde naître un chien, une coccinelle, une souris, et même un cœur dans lesquels s’embrassent des colombes, rien que ça.  Ma petite bambina (comme disait Lara Fabian) est en extase.  Puis vient le chat.  Difficile à faire, le chat.  Le ballon couine dangereusement, et je m’écrie « ça va péter ».  Et ça pète.  Waw, quééén pouvoir j’ai.  Et notre artiste de me sermonner gentiment, je le déconcentre, j’ai pas confiance en lui, faut que je fasse silence et que j’y croie.  Et notre artiste de recommencer.  Et de nous créer un joli chat tout rose.

C’est la fin cette fois.  La fin de la fin.  La fin d’une après-midi tout sauf banalement banale.

Un dernier petit ballon pour la route.  La fatigue sans doute, il se trompe, confond cœur et chat (logique, les deux sont indissociables).  M’offre le chat fait par erreur.  Refait le coeur.  Tu vois, petite Anaïs, les rêves se réalisent parfois, tu l’as ton ballon.

C’est vraiment la fin, je rentre chez moi, en tenant bien fermement mon ballon, pour ne pas qu’il s’envole.

Faut jamais laisser les ballons s’envoler.

Faut jamais laisser l’enfance s’envoler.

 

Quelques photos souvenirs... et une chtite vidéo pour que vous découvriez le ballon en 3D.

 

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24
jui

Scènes d’un trajet quotidien

Il fait chaud dans ce bus.  Y'a plus de saison.  On ne sait plus comment s'habiller ma Bonne Dame.

Je tâche de suer en silence. 

Silence interrompu par une sonnerie téléphonique.  Et la conversation commence.  Ne devrait-on dispenser quelques cours préalables avant la vente de tout appareil ?  Comment apprendre à répondre discrètement, à parler doucement, à aller à l'essentiel, à raccrocher au plus vite.

Il est des jours où je me gave des discussions téléphoniques que je surprends dans le bus.  N'entendre que des bribes de la conversation ouvre la porte à toutes les supputations.  Elle dit « à tout à l'heure mon chéri ».  Parle-t-elle à son fils qu'elle va retrouver chez la gardienne ?  A son époux qui lui manque ?  A son amant qu'elle croisera pour une brève étreinte ?  A son rat qui l'entend via le répondeur ?

Mais aujourd'hui, pas moyen de me gaver.  Je n'y comprends rien.  Je n'y pige que dalle.  C'est pô du français ça ma bonne Dame.  Dommage, car elle crie tellement que tout le bus en profite.  Je comprends juste un « à tout à l'heure mon chéri ».  Elle traîne une grosse valise.  Repart-elle au pays ?  En vacances ?  Ou simplement chez son amoureux ?  Je perçois une tension dans le bus.  Les passagers sont exaspérés par cette conversation qui dire.  Le chauffeur se retourne à plusieurs eprises.

Et moi j'ai chaud et je continue de suer en silence.

Arrêt.

Montent deux jeunes.  Genre loubard.  Genre racaille, comme on dit en France chez les gens bien pensant.  Je juge immédiatement.  Trop vite.  Car ils entrent et saluent bien poliment le chauffeur.  Chauffeur qui ne répond pas, tout comme il ne m'a pas répondu lorsque je l'ai salué.  Il rappelle sèchement les deux jeunes, exige de revoir les abonnements.  Qui sont faux.  Je n'avais pas jugé trop vite.  Petits loubards va.  Non mais.  Depuis que les chauffeurs ont des commissions sur les rentrées d'argent, ils ont un regain fulgurant de motivation.

J'ai toujours chaud et je sue toujours.

J'arrive à destination.  Enfin.  Un peu de fraîcheur.

Je me pose dans un coin.  J'attends.  Je regarde les voitures qui passent, qui passent, qui passent.  Une fourmilière.

Une voiture est en passe d'être dépassée par un scooter.  Par la droite ou par la gauche, je ne suis pas attentive.  Mon attention est brusquement attirée par le bruit de carrosserie écrasée.  Le scooter a-t-il tenté une queue de poisson ?  L'automobiliste n'a-t-il pas supporté de se faire dépasser par un usager dit « faible » ?   Toujours est-il que la voiture a violemment empêché le scooter de passer, provoquant ce bruit infernal.  Il doit y avoir de la casse.  Le scooter vacille mais reste debout.  Chacun continue sa route.  Ni constat, ni bagarre, ni excuses.  Drôle de vie.  Drôle d'attitudes.

Tout le monde triche, tout le monde râle, tout le monde agresse, tout le monde nargue.

J'ai besoin de noter tout ça.  Je trouve un bic indélébile et ma fiche de paie, en boule dans mon sac.  Mon écriture a une forte odeur.  Une très forte odeur.  Une très très forte odeur.  Et mon bic colle.  Colle fort.  Colle très fort.  J'en décolle un bout de Leerdammer light, arrivé là par je ne sais quel miracle miraculeusement miraculeux.  Keske ça sent le Leerdammer light.  Je macule ma fiche de paie de ma petite écriture serrée illisible.  Au moins, ça peut servir, une fiche de paie.  Sans rien dessus, passque ce mois-ci, ma bonne Dame, j'ai rien gagné.  Ce sont des choses qui arrivent.  Changement d'horaire, changement de salaire.  Rassurez-vous, c'était prévu.  Mais ça fait bizarre.

J'ai fini de noter, je rentre chez moi, en passant par la case cygnes, où les bébés grandissent en beauté. Et calmement.  Sans de disputer.  Sans tricher.  Sans râler.  Agresser.  Narguer.  Quoique... que seraient-ils prêts à faire pour un ver de vase ?

C'était l'ambiance dans ma petite ville de province.

cygnes

8
jui

Scène d’une faune à plumes quotidienne

Rendez-vous avec Mostek, samedi dernier, enfin le samedi avant la Pentecôte quoi, pour aller voir les cygnes, les grèbes, les poules d'eau, les bernaches, les oies, les oies d'Egypte... bref notre petite ménagerie à plumes dont nous sommes totalement accro.

Oui, les deux folles armées d'appareils photos qui s'extasient comme des BFFO (best friend for ever) devant le nouveau-né de leur BFFO, ben c'est Mostek et moi.  Les deux folles qui courent d'un endroit à l'autre en bavant de bonheur, c'est nous.  Les deux folles qui se font un délire de portraits réciproques en noir et blanc, sépia, et autres cœurs en couleurs, c'est nous aussi. Les deux folles qui suivent la famille cygnes du port de plaisance au pont des Ardennes, comme des paparazzis en furie, c'est encore nous. Les deux folles qui assument leur canard-attitude, c'est vraiment nous. Et la folle qui se fait un délire avec une fleur de pissenlit, enfin les doudous, c'est moua.

Balade jusqu'au pont des Ardennes, d'abord, pour voir si la mère cygne qui a eu un petit mais continue à couver trois œufs a enfin ses quatre petits.  Ben non.  Que dalle.  Déjà, le samedi d'avant, je rêvais d'un « accouchement en direct live », j'ai même dit à un passant qui passait « je reste ici jusqu'à ce qu'ils éclosent, na ».  On a bien ri.  D'ailleurs on s'amuse bien, lorsqu'on surveille la mère et les enfants, qu'on s'assure qu'ils se portent bien.  Y'a un passage de malade, en permanence.  Une foule en délire. Donc ça crée des liens.  Samedi dernier, par exemple, personne ne savait que le premier petit était né, j'ai donc eu le plaisir de l'annoncer à tous ceux qui s'approchaient en demandant « y'a du neuf ».  Et oui, y'avait du n'œuf, an ah ah.  Et puis j'ai discuté avec une femme hyper sympa et son fils hyper génial (un djeun qui s'intéresse à la nature et pas aux iPod et aux Wii, ça mérite le détour), qui m'a dit que le quartier était super, que tout le monde discutait, que son chien, qui attendait famille, décidément, permettait bon nombre de discussion, et tout et tout.  Puis a surgi une vieille rombière qui nous a tenu un discours sur les crottes de cygnes qui l'énervaient, et tout et tout.  Et moi de lui dire « oui ben je préfère marcher dans une crotte de cygne que dans une crotte de chien ».  Elle a marmonné que non et est partie en vociférant.  En effet, le quartier est super, ah ah ah.  Non mais, les chiens, ils sont domestiqués, les maîtres n'ont qu'à nettoyer leurs crottes.  Et les cygnes, ils sont dans la nature, faut bien qu'ils chient hein.  Pfff, vieille rombière je disais. 

Mais à part ça, l'ambiance est très chouette autour du nid.  Sauf qu'elle n'avait pas encore pondu.  Ni samedi dernier, ni le samedi de la Pentecôte.  Mais ce samedi-là, le père est absent.  Ce qui nous permet de nous approcher du petit à quasi moins d'un mètre.  Un régal.  Et de leur donner la salade préparée exprès pour eux.  Qu'ils mangent.  Un bonheur.  Puis le père revient, de sa démarche aussi gracieuse sur terre que celle d'un hippopotame en fin de vie.  Il s'installe calmement, nous laissant tranquille, jusqu'à ce qu'une dame inconsciente s'approche brusquement de la famille.  Elle est jambes nues, en plus.  Et le cygne de l'attaquer.  Et elle de ne rien voir.  Et nous de hurler.  Et elle d'avancer encore.  Et nous de hurler de plus belle.  Un film d'horreur je vous dis.  Elle échappe de peu à l'animal, et continue à rire, inconsciente de sa bêtise.  Dans l'intervalle, papa cygne s'et planté sur le trottoir pour défendre sa famille, et bébé cygne décide de pioncer sous l'aile protectrice de maman cygne.  Nous partons.

Retour au port de plaisance, pour une séance d'observation des poules d'eau, qui courent dans tous les sens, petites boules noires aux becs bien rouges.  Adorables.  En chemin, nous croisons la famille oies d'Egype.  Les petits ont bien grandi.  Le duvet laisse place à quelques plumes, déjà.  Et ils font leur gym...

Au loin, vers l'écluse, nous repérons la seconde famille cygnes.  Et une petite marche jusque là-bas.  Une fois sur place, on hésite à photographier des rideaux en dentelle représentant des cygnes, pour le souvenir quoi.  Meuh non on n'est pas folles, juste fofolles, vous saisissez la nuance ?  Les cygnes font demi-tour.  Et on repart vers le port de plaisance, sans vraiment les avoir vus.  En chemin, je trouve un Flair, peut-être abandonné par une adepte du maga-crossing, frère du book-crossing, why not.  Je l'adopte. 

Au port, nous approchons enfin des cygnes.  Enfin c'est plutôt le père cygne qui nous approche.  D'habitude, il charge les bernaches, ses pires ennemies, mais là, il nous attaque sans cesse.

La famille se déplace ensuite dans un endroit ensoleillé.  Nous la suivons et assistons à une véritable partie de plaisir.  Les cygnes, papa, maman et les deux petits, batifolent dans l'eau.  Et que je me roule.  Et que je batte des ailes.  Et que je fasse une accélération bruyante.  Et que je pousse des cris de cochon qu'on égorge.  Que du bonheur pour nous.

Après ce bain familial, séance de photo en mode macro, de toutes les fleurs qui nous environnent.  Keskon peut gacher de la non-pellicule, depuis que le numérique existe, ma bonne Dame.

Puis retour au bercail pour séance lecture.  Sur mon transat.  A l'ombre.  Mais le soleil tape dans mon dos.  Ça chauffe.  Je décide de bouger le parasol.  Et je réalise qu'il n'y a pas de soleil.  Si ça chauffe, c'est que je suis cramée de chez cramée.  L'enfer dans mon dos.  Et à l'avant aussi.  L'enfer !  Impression d'être dans un four en permanence.  Je suis rouge coq, ça tombe bien finalement, après tous ces volatiles.  Rien remarqué, captivée que j'étais par la promenade et les bestioles.

Comme quoi, l'observation de canards, c'est vraiment pas sans danger. 

Copie de bbcygne

Copie de bbcygneetmaman

Copie de cygne

Copie de cygnes

Copie de oiegym

pissenlitpt

25
jan

Scènes d’un salon de coiffure

Je n'ai pas emporté de magazine.  Grossière erreur (célèbre réplique de Julia Roberts dans Pretty Woman, après son historique séance de shopping).  Le retard est énorme.  Je n'ai plus qu'à attendre, mon carnet de notes en main.

Les discussions vont bon train. 

Sur les jeunes de nos jours qui ne sont plus ce qu'ils étaient (comment auraient-ils pu être autre chose que ce qu'ils sont, ils n'étaient pas nés de nos jours à nous...). 

Sur les jeunes, toujours, qui se marient en étant au chômage ma bonne Dame.

Sur les jeunes qui sont tous des fainéants (j'acquiesce, c'est vrai qu'ils le sont presque tous, tchu).

Sur les jeunes qui veulent avoir de l'argent avant de l'avoir gagné, on a été jeunes aussi ma bonne Dame, mais pas comme eux.    Autre époque, autre mentalité.

Sur cette cliente arrivée rousse et devenue noire par l'opération du Saint-Esprit, aux dires d'une vieille dame très sympathique, quoique pas très saine d'esprit.  Elle n'a sans doute plus causé depuis son brushing de la semaine dernière.

Je m'ennuie ferme, le retard est toujours énorme.

Les discussions vont toujours bon train.

Sur celle-ci qui vient refaire ses mèches, et doit encore faire ses valises avant son départ en vacances.

Sur celle-là qui sort du shampooing et ne cesse de s'admirer en se passer la main dans les cheveux.  Vingt minutes sans que la main quitte la tignasse.

Sur celle-ci qui ne veut pas que ses cheveux soient coupés trop courts.

Sur celle-là qui se dispute au GSM avec sa mère, et prend une moue tellement boudeuse pour lui dire au revoir.

Je n'ai pas emporté mon Flair, drame drame drame.  L'ennui se transforme en exaspération profonde.

Je partirais bien, mais pour aller où ?  Et comment oser revenir ensuite, après avoir fait un mini scandale ?

Je garde espoir, doivent encore passer avant moi une coupe, une mèche rousse, une mèche blonde et une retouche de décoloration.  Espoir espoir espoir.

Les discussions vont encore bon train.

Retour sur les sujets de prédilection : la météo et les prochaines vacances : ousque vous allez ? Essque c'est loin ?  Avec qui ? Essqui va faire beau ?   Essque vous partez longtemps ? 

Vient mon tour.  Je me détends.  Je suis belle.  Je suis bien coiffée.  Au revoir.  Merci.

Illu de Julie.

coiffeur

14
jan

Scènes d’une cour de récré

Moi, au chaud, dans le bus.  Qui avance à la vitesse d'un escargot paraplégique.  Voire tétraplégique.  Vue plongeante sur la cour de récré.

Enneigée, la cour de récré.

Pleine de mômes, la cour de récré.

Ils courent dans tous les sens, les petits bouts, grisés par toute cette blancheur qui devient grise, boueuse et cradingue sous leurs pas.

Au loin, un bonhomme de neige finit (ou commence ?) sa vie.  Avec son allure de tour de Pise, il a déjà dû en voir, depuis son érection.  Cible des gamins détenteurs de grosses boules blanches, peut-être ? (« érection » et « boules », c'est rien que pour attirer les pervers avides de sensations fortes ici et leur dire « zêtes au mauvais endroit les gars » - et puis ça fait monter le compteur hein).

En voilà une, d'ailleurs, de boule (de neige, hein, mieux vaut le préciser) qui heurte la fenêtre du bus, tiens de boule.  Attention, le chauffeur risque de ne pas apprécier, vade retro enfantas.

Deux fillettes en mauve (deux sœurs ?) font quelques glissades sur la neige un peu fondue, un peu gelée, va savoir.  Elles s'en donnent à cœur joie, et me donnent froid. 

De dos, un papa.  Il a l'air mignon comme tout : jeans moulant son postérieur à la perfection (rhaaaaaa), veste noire parfaite, cheveux en bataille juste ce qu'il faut.  Il tient dans ses bras une petite fille, qui elle-même tient un parapluie.  Ils attendent.  Ils attendent et attendent encore.  Soudain, il fait un petit signe.  Un gamin les rejoint.  Son père s'accroupit alors, et tente de refermer son manteau, resté ouvert malgré le froid.  On sent une telle tendresse... et une telle maladresse, passque ça prend du temps hein, de fermer un manteau.  Une fois la tâche enfin accomplie, le papa se redresse, et entraîne ses enfants ailleurs.  Vers un ailleurs dont j'ignore tout.  La gamine continue à tenir le parapluie, ennuyant au passage les autres parents, les autres enfants. Le papa s'est retourné, mignon, en effet.  Mais si marié, si papa.

Une gamine habillée de rose fuchsia ère, seule.  Elle attend.  Elle ne semble pas aimer attendre.  Impatience de l'enfance.  Keskelle attend ? Une maman, une mamy ?  Qui n'arrivent pas, ralenties par la neige, sans doute.

De petits groupes d'étudiantes déjà ados avant l'heure déambulent sur le trottoir, heureuses de ce mercredi après-midi sans doute plein de promesses.

Une instit referme sa classe à triple tour et s'éloigne en saluant au passage ses élèves, et ses anciens qui se précipitent pour un petit « bisou-souvenir ».  ça marque, une instit, dans une vie.  Dans le bon comme dans le mauvais sens, mais certaines marquent plus que d'autres, c'est clair.

Un gamin stressé repère le bus, toujours aussi rapide qu'un escargot paraplégique, et s'élance au pas de course vers l'arrêt, situé quelques mètres plus loin.  Ne cours pas, t'as le temps, tu vas glisser et tomber...

Et quand on parle de chute, patatras, c'est un tout petit bout qui s'étale en voulant rejoindre rapidement sa maman.  Un gros bisou dans le cou plus tard, c'est oublié.  Un gros câlin et on rentre à la maison, bien au chaud.  Peut-être au coin du feu de bois (je sais, le mythe famille « petite maison dans la prairie » me reprend).

La gamine en rose attend toujours.  Ses joues sont aussi roses que son manteau, maintenant.  Elle scrute un GSM, attendant un sms ou un appel salvateur.

La cour se vide petit à petit.

Le bus avance petit à petit.

Et j'arrive à bon port.  Enfin à bonne école (même si l'expression « aller à bonne école » signifie autre chose, je saiiiiiiis hein une fois).

Je descends, j'enfile mes gants, je resserre mon écharpe.

Je lève la tête, entrouvre la bouche et happe un petit flocon éphémère.  C'est froid.  C'est doux.  Et c'est fondus.

Je marche à petits pas.  Pas envie de me vautrer devant quelqu'un qui m'observerait d'un bus...

Je souris à l'idée de ce qui m'attend : piano de mes rêves me voilà !

Photo issue du blog Saranoujamy.  

courneige

3
nov

Scènes d’une veille de Toussaint

En cette veille de Toussaint, le ciel est bleu et le soleil brille.  Je décide d'aller me balader sur le marché.  En chemin, je croise des dizaines de pomponnettes, des centaines de bruyères et des milliers de chrysanthèmes : clair et net, c'est la Toussaint.

J'ai toujours trouvé ça étrange, cette obligation de se recueillir un jour par an, de fleurir les tombes un jour par an.  Maintenant, je comprends mieux.  Ça n'empêche pas d'agir les autres jours, mais celui-là permet d'officialiser les choses. 

Sur le marché, j'achète de superbes orchidées, c'est pas de circonstance mais qu'importe.  Les conversations sont déprimantes à souhait : « la dispersion, c'est pas cool, on ne peut aller se recueillir nulle part » (je confirme, pas cool, même si de toute façon, aller se recueillir, pas mon truc, car pas besoin d'être face à une tombe pour y penser), « on prend les jaunes ou les mauves, chéri ? », « bon, récapitulons, ton père, ma mère, papy, la cousine Bertha, je n'oublie personne ? ça en fera quatre, ma bonne Dame ».  Sinistrose assurée.

Je rode comme une âme en peine sur ce marché surpeuplé où s'approcher des étals relève de l'exploit. 

Tiens, Monsieur Carabouilla, bien connu des Namurois, n'est pas là.

Je repère un stand de couettes, mais pas de jolie flanelle.  C'est pas aujourd'hui que je trouverai du bordeau à jolis motifs, y'a que des fleurs dont même une mère-grand de 102 ans ne voudrait point ou du gris du gris du gris.  J'ai déjà du gris.  Je veux du bordeau. 

Je continue mon chemin, au milieu des poussettes, des caddies, des couples et des familles.  Pas moyen d'avancer.

Alors j'observe.  Et je réalise avec horreur le nombre incroyable de personnes « à mobilité réduite », comme on dit : en chaise roulante ou armées de cannes, de béquilles.  Y'en a des tonnes.  Est-ce le marché qui les attire, ou est-ce moi qui suis plus observatrice que d'habitude ?  Aucune idée mais j'en reviens pas.

La foule est décidément trop dense, alors je décide de rentrer chez moi.

En chemin, je croise six jeunes femmes armées de violoncelles.  Au soleil, elles nous offrent un petit concert.  Joli.  Touchant.  J'en aurais presque la larme à l'œil.  J'ai un autre regard sur les musiciens dorénavant, j'observe les mains, j'écoute les notes, je réalise la difficulté.  Et je bave d'envie d'y arriver.

Je continue mon chemin, hèle un bus, et rentre chez moi avec mes orchidées et une folle envie de cuisiner.  Ça tombe bien, j'ai tout prévu pour une lasagne aux champignons.  Je vais me régaler, je vous le dis.

Je me régale, et puis je régale quelques enfants joliment déguisés, qui me chantent une petite ritournelle, de quelques bonbons et chocolats. 

Parfois, c'est cool, la veille de la Toussaint.

(photo Anne-France)

novembre

 

9
sep

Scènes d'une journée au paradis

 

C'est le paradis ou presque.

Un endroit gigantesque, dont une partie est dédiée à la faune et la flore sauvage, une autre... à la faune et la flore sauvage... mais humaine.

Le lac est gigantesque et le soleil radieux s'y reflète.  Rien ne semble bouger, pourtant oiseaux, grenouilles et insectes y vivent en permanence.  Le chemin de terre est aussi sec que mon gosier, que j'abreuve avec un peu d'eau fraîche.  La promenade n'est pas longue, moins de deux kilomètres, mais ces mêmes pas deux mille mètres permettent de découvrir tant de beautés.

Un jardin bio et/ou écolo propose quelques variétés connues ou moins : potirons déjà oranges, potimarrons abrités sous les branches, courgettes de toutes formes et couleurs.  De la mélisse aussi, qui me rappelle la potion magique anti-nausées de mon enfance, "l'eau de Mélisse des Carmes Boyer".  Plus loin, du basilic rouge.  Ah bon, ça existe, du basilic rouge ?  Je palpe, je hume, je goûte.  Succulent.  Meilleur encore que le vert.  L'an prochain, je mets ça sur ma terrasse.

Point de zébrés sur ma route, ce qui rend le bonheur encore plus intense.

Un point d'eau sur lequel volent des tas de libellules.  Surtout des petites rouges.  Mais aussi une grosse zébrée bleue et verte, comme dans Bernard et Bianca.  Elle vole si vite et change de direction si soudainement que je ne parviens à l'observer.  Comme si elle avait compris le message, elle vient se poster devant moi, durant quelques secondes, me permettant de détailler sa beauté.  Un pur moment d'extase. 

Soudain, un bruit.  Un croassement, dirait-on.  Le silence se fait.  J'écoute.  J'attends.  Un mouvement sous l'eau, puis sur l'eau.  Une grosse grenouille verte prend un bain.  Elle est immobile.  Puis bouge un peu.  Puis s'immobilise à nouveau. 

La nature.  Le bonheur.

Ensuite, le meilleur repas du monde : un croque monsieur plein de ketchup et un coca light mangé en terrasse en compagnie d'une guêpe (le bonheur n'est jamais parfait) qui me fait, dans un geste brusque pour me débarrasse de sa présence, tâcher mon pantalon d'une blancheur Dash de grosses gouttes de ketchup.

Petite sieste à l'ombre d'un arbre suivie de la rencontre de la faune et la flore humaine, bien moins captivante que celle du matin, vu que les sujets de discussion tournent autour des joints, de la prison et d'un dépucelage.  Passons.  Ne gâchons pas le bonheur.

Sieste donc, puis dernière promenade avant le retour.  Avec dégustation de mûres.  Tellement gorgées de soleil qu'elles en sont toutes chaudes.  Orgasme gustatif garanti.

Des moments comme ceux-là, le soleil, une grenouille, une libellule, du basilic, des mûres, c'est ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue, non ?

(photo flickr)

libellule

24
aoû

Scènes d’une terrasse quotidienne

Quand le soleil a rendez-vous avec la lune, au crépuscule, les humains se dirigent vers les terrasses.

Et le spectacle commence.

Elle est rouge, rouge, rouge.  J'ignore si c'est la colère ou le soleil qui l'a rendue si pivoine.  Elle gesticule.  Elle parle fort.  Avec la bouche.  Et avec les mains.  Je ne parviens pas à m'en détacher.  Pourquoi ne suis-je invisible, pour aller écouter ce qui la rend si nerveuse.  Elle continue à vociférer.  Son interlocutrice écoute calmement.  Ne parvient pas à en placer une.  Elle est toujours aussi rouge.  Ça doit être le soleil.  Si c'était la nervosité, elle aurait déjà été transportée à l'hôpital pour crise d'hystérie foudroyante.

Il arrive, sans faire de bruit.  Il n'est pas seul.  Il tient dans ses bras une petite boule de poils ridicule.  Un chien.  Un truc papillon je crois.  Avec des oreilles démesurées, rousses, d'où dépassent des touffes de poils.  Sa démarche est féminine.  Il dépose délicatement le chien sur ses genoux.  Se commande un café.  Partage son biscuit avec son protégé.  Je ne parviens pas à m'en détacher.  Il lui parle sans arrêt.  Lui donne des tas de bisous sur la tête.  Une fois le café bu, il reprend l'animal dans ses bras et s'en va.  Le tout aura duré cinq minutes, pas plus.  Dans la voiture, il installe le chien sur le siège passager.  Continue à lui parler, se penche vers lui, rit.  Il l'aime.  A la folie.

Ils sont minces et beaux.  Et jeunes.  Et classe.  Joliment habillés.  Ils ne doivent pas se connaître énormément.  Les questions fusent « tu as des frères et sœurs ? et tes parents, ils font quoi ? ta sœur te ressemble ? »  Ils parlent beaucoup.  Je me prends à imaginer qu'il s'agit d'une rencontre faite sur internet.  Ils s'en vont.  Ils vont bien ensemble.  Puisse cette rencontre les faire tomber amoureux.

11
aoû

Scènes d’une soirée quotidienne

Une terrasse.

Un transat.

Un coucher de soleil.

Un livre.

Eventuellement, un chtit truc à manger, un chtit truc à boire.

Et moi.

Confortablement installée (enfin ça c'est pour que la scène vous semble parfaite, passqu'en réalité, moi y'en a être vautrée sur un transat défoncé, blanc à l'origine mais devenu d'un gris sale avec le temps, avec les fesses qui reposent sur une barre de fer vachement inconfortable - comme ça vous savez tout).

Le ciel est encore bleu.  Un bleu qui fonce petit à petit.

La brise est légère.

Le silence est presque totalement ... silencieux.

Au loin, une famille s'amuse dans une piscine.  La chaleur est etlle que je les rejoindrais bien, là,de suite, pour un petit plongeon rafraîchissant.

Soudain, une bande d'oies sauvages passent au-dessus de moi.  Phénomène habituel, mais ce qui l'est moins, c'est qu'elles sont anormalement basses, cette fois.  C'est beau.  Qu'y a-t-il de plus beau qu'un « V » d'oies sauvages qui crient leur joie durant quelques secondes ?

A quelques mètres, un gros bourdon se délecte de mes fleurs de clématites.

Tout près, une guêpe s'abreuve dans mon « étang », un demi-tonneau où croissent, dans une eau semi-putride, diverses plantes aquatiques et où ne croasse pas, malgré mes tentatives, la moindre grenouille.

Pas loin, une odeur de barbecue.  Que préparent-ils ?  Agneau ?  Bœuf ?  Saumon ?  Scampi ?  Patates ou taboulé ?  Salade ou tomates ?  Qui attendent-ils ?  Famille ?  Amis ?  Collègues ?  Ou un simple petit repas en amoureux ?  Hey, si t'es brun, ténébreux et célibataire, tu partages ta brochette ?  (J'avais écrit « ta saucisse », mais le double sens que vous y trouverez sans doute, bande de petits obsédés, m'a fait changer...)

Au-dessus de moi se pose un tout petit oiseau.  Un ploc étrange me fait tourner la tête.  Cette sale bestiole a « chité » sur mon coussin de transat.  Dingue comme une si petite chose peut faire une si grosse dégoulinade colorée.  Je savoure ma chance : il aurait pu viser ma tête, qui était à quelques centimètres à peine.

Le ciel est maintenant bleu marine.

Les oiseaux se sont tus.

Les zébrés sont allés se coucher.

Il fait totalement silencieux.

Seule la lune me tient compagnie.  Presque pleine. 

Moment de quiétude totale. 

J'abandonne mon livre, il fait trop sombre pour en continuer la lecture.

Je somnole légèrement, jusqu'à ce qu'un frisson me réveille.

Je me blottis sous un plaid, et je continue mon bout de nuit durant quelques heures, jusqu'à ce qu'un moustique (enfin une moustique) affamé(e) me confonde avec un casse-croûte.

Je quitte alors le transat inconfortable pour continuer ma nuit dans mon lit douillet.

14
jui

Scènes d'un mastodonte quotidien

C'est toujours les mêmes dans ce bus.  Toujours.

Ceux du matin.

Ces femmes qui parlent beaucoup.  Aujourd'hui elles parlent félins.  Les chatons sont nés.  Mignons mais qu'en faire ?  J'ai envie d'intervenir, je supporte pas ces gens qui font des « bébés » et n'assument pas ensuite.  La pilule c'est pas fait pour les chiens.  Enfin si.  Pour les chiens.  Et pour les chats.

Ces gens qui sont plongés dans leur musique, vive les lecteurs MP3.  Coupés du monde ou presque.  Ils nous offrent leur monde, tant la musique résonne d'un siège à l'autre.

Ce chauffeur pas toujours de bonne humeur, et celui-là qui semble adorer ça, celle-ci qui est sans cesse en retard (ah les femmes), et ce dernier, l'air bourru, mais si gentil pourtant.

Cette maman qui l'an dernier montait avec sa fillette dans une poussette.  Il y a six mois, la fillette lui tenait la main.  Actuellement, la fillette marche seule, tandis que maman pousse la petite sœur.  Les mois passent et les vies évoluent.

Cette enfant qui n'est plus vraiment une enfant, mais qui restera à tout jamais une enfant (suis-je claire ?), avec son papa, et avec sa maman.  Elle est si heureuse de vivre.  Elle sourit à la vie, en permanence, ignorant les bouchons, l'heure matinale, la vie qui passe.

Cette femme qui descend après moi.  Elle marche difficilement.  Et chaque matin, je me demande où elle va.  Chaque matin.  Je ne le saurai sans doute jamais.

Ceux du soir.

Ces jeunes un peu bruyants, ravis d'avoir enfin fini leur journée d'école.

Ce prêtre, habillé d'une longue robe noire, toujours la même, plus très fraîche.  Elle a vécu.

Cet homme avec un chapeau.  Ça se remarque, un homme avec un chapeau.  Il est tellement grand que même sans le chapeau, il serait remarquable.  Mais il y a le chapeau.

Ce chien qui promène cette femme.  Un lévrier.  Au fil des saisons, il est nu ou habillé.  Frileux, le lévrier.  Et peureux.  Il a peur de tout et m'émeut énormément.

Ce chauffeur qui attend la fin de sa journée, pour retrouver je ne sais qui, amoureuse, mère, père, femme, enfants.  Ou personne, juste son téléviseur, comme moi.

Cette petite vieille qui se dit que demain, elle ne prendra plus le bus à cette heure.  Trop de monde.  Mais demain, elle aura oublié.  Et demain, elle prendra le bus à la même heure.

Et cette femme qui s'assied toujours à la même place, du moins quand elle est libre.  Derrière le chauffeur.  Bien installée.  Un livre entre les mains.  Toujours.

Cette femme, c'est moi.

 

10
jui

Dans la file

Hier donc, je vous contais combien j'étais révoltée de devoir voter chaque fois dans le (presque) unique bureau bourré massacre à toute heure du jour et de la nuit (enfin entre 8 et 13 heures, of course).

Je concluais cependant en admettant que faire la file un jour d'élection se révèle finalement un moment passionnant.

Morceaux choisis.

Le ciel est sombre en ce jour d'élection.  Aussi sombre que ma cervelle, qui n'a toujours pas fait son choix : pour qui vais-je voter ?  J'y connais rien, j'ai pas analysé les programmes des partis, ça m'intéresse pas, j'y crois pas, ça me saoule de devoir me lever me brosser les dents me laver me coiffer m'habiller pour aller voter.  Et puis les rouch', j'en entends parler uniquement quand y'a des scandales et des dépenses inutiles.  Et les bleus, c'est pour les très riches non ?  Et les verts, me font peur avec leurs taxes.  Et le FN, je m'en méfie comme de Hitler.  Et les chrétiens devenus humanistes, j'ai rien à dire sur eux mais m'inspirent pas confiance.  Bref, c'est le casse-tête.  Mais je veux pas voter blanc, histoire que ça aille pas à la majorité. STOOOOOOOOOP.  Foncez pas sur les commentaires, je rigooooole, je SAIS que ça va pas à la majorité, que c'est une rumeur, une légende urbaine comme on dit.

Bref, tout en marchant vers le bureau de vote, je pèse le pour et le contre.  Et j'observe le va-et-vient étrange pour un dimanche matin aussi triste qu'un nuage perdu dans le ciel (et ce dimanche, c'est pas le cas, ce sont des troupeaux de nuages auxquels j'ai droit).

Une petite vieille dame aux cheveux tout blancs marche d'un bon pas.  Elle a mis ses beaux habits.  Ses habits du dimanche.  Ses habits d'élection.  Elle porte son sac noir vernis, aussi.  Son beau sac du dimanche.

Un couple, bras dessus bras dessous, discute joyeusement.  De quoi, je l'ignore.  De leur choix de vote, du petit déj qu'ils vont ensuite s'offrir, au lit, tant qu'à faire.  Du repas familial dominical traditionnel qui suivra, où papy lancera, comme à chaque dimanche électoral, un débat sur « qui a voté pour qui ».

Une famille se rend aux urnes.  Et ça me rappelle le bon vieux temps.  Le temps oùsque j'étais gosse.  Le temps oùsque j'accompagnais mon pôpa dans l'isoloir.  Oùsqu'il m'expliquait comment ske ça fonctionnait.  Le gros crayon rouge.  Ma fierté de môme d'avoir pu l'accompagner.  Tiens, dans une semaine... la fête des pôpas.  Emmenez vos gosses aux urnes, ils adorent ça.

Au loin, je repère mon bureau.  Et la file.  Comme d'habitude (Claude François).  Moins pire que la dernière fois, semble-t-il.  Mais pire que devant les autres bureaux.  Je m'installe.  Je sors ma convocation, ma carte d'identité (sale tronche, sur cette nouvelle carte électronique, moins pire que sur l'ancienne, mais sale tronche quand même, sacrebleu).

Les gens sont étonnamment silencieux.  On est pourtant tous du même quartier.  On a finalement quasi tous des noms de famille commençant par des lettres voisines.  Voisins.  Patronymes voisins. Ça devrait rapprocher non ?  Non.

Un charmant jeune homme est rejoint par sa chérie.  Elle a déjà voté, ailleurs (quand je vous disais qu'ailleurs y'avait pas de files, en voici la preuve). Elle annonce à son chéri qu'elle l'attend là, devant.  Regards amoureux.

La file avance.  J'observe la paperasse épinglée à l'entrée : règlement, loi, amendes, numéro du bureau, premier nom de la liste, dernier nom. 

Devant moi, une femme s'impatiente.  Son tour vient.  Et c'est le drame.  Elle n'est pas au bon bureau.  Et refuse d'aller ailleurs.  De refaire la file.  « Déjà qu'elle n'en a rien à foutre des élections (sic), elle va pas encore attendre, titchu ».  Elle s'énerve, tandis que le président du bureau lui explique qu'elle peut pas voter là.  Il devrait lui préciser que le nombre de bulletins est compté, qu'elle doit aller là oùsqu'on l'attend, mais je doute qu'elle comprenne, tellement elle est énervée.  Pas s'énerver ainsi un dimanche, c'est mauvais pour le cœur.  Elle quitte les lieux non sans vociférer encore et encore.  Tout le monde rit, ça détend l'atmosphère.

Elle est sympa, l'atmosphère, dans mon bureau.  J'entends tout le monde rire sans cesse.  Ça donnerait presque envie d'être (encore) assesseur.  D'autant que le président, mmmmmh, le président... il est craquant comme un magnum chocolat noir.  J'aime pas les magnums, je dois dire, pas du tout, mais quand on mord dedans, ça craque, voilà tout.  Je craque encore plus lorsqu'il saisit ma carte d'identité (avec mon abominable tronche, mais soit).  Dieu, pourquoi n'ai-je pas été convoquée comme assesseur, hein, mon Dieu, vilain Dieu pas gentil.  Ce président, c'est l'homme de ma vie, qu'on se le dise (et dites-le à vos amis présidents dans le namurois, on sait jamais...).

J'entre dans l'isoloir.  Gros problème avec mon énoooorme sac qui empêche le rideau de se fermer.  Je me débats longuement afin de parvenir à m'isoler convenablement, sait-on jamais que des espions invisibles tenteraient de voir pour qui je vote.

Je m'isole, je noircis mes cases au crayon rouge (ça devrait s'appeler rougir une case non ?)

Puis je rentre chez moi, après avoir croisé deux collègues et voisines... le monde est petit ma bonne Dame.

Surprise par la pluie, j'arrive détrempée dans mon home sweet home, totalement déprimée par ce temps abominable pour un dimanche.  Un dimanche d'élections, qui plus est... je m'affale sur canapé, canapé que je ne quitterai que pour rejoindre mon petit lit.  Dimanche merdique, dimanche soporifique.

Pour qui j'ai voté, me demanderez-vous (ça se fait pas de demander ça, le saviez-vous) ?  Finalement toujours pour le même parti, comme quand j'avais 18 ans et que j'étais si fière d'aller voter pour la première fois de ma vie, que je me sentais enfin grande, enfin une vraie personne digne de pouvoir s'exprimer.  Je lui reste fidèle... envers et contre tout.

2
jui

Scènes d’un long trajet en bus

10 heures.

Le trajet va être long et j'apprécie ça.  Contrairement au train qui propose un paysage plus monotone, un trajet en bus me permet de découvrir un joli paysage, des petits villages.  En plus, il fait soleil.  Que du bonheur.

La première minute de trajet me fait sourire.  Je découvre presqu'immédiatement une maison ornée d'une énorme cigogne portant un bébé.  Quelle jolie façon d'annoncer une naissance à tout qui passe par là, j'en ai presque la « larmaloeil ».

Quelques passagers sont confortablement installés.

Un jeune brun dort dans le fond du bus.

Une belle rousse analyse consciencieusement un livre.

Trois têtes chapeautées ou bonnettées font la causette.

Moi, j'ai Hana Pestle dans les oreilles, je n'entends donc rien.  Je vois juste des lèvres bouger, me permettant d'imaginer tout et n'importe quoi.

La « chauffeuse » est en compagnie d'une amie, et ça cause ferme.  Argh, qu'elle soit un peu attentive, pas envie d'avoir un accident moi.

Nous dépassons un panneau qui indique « bienvenue à Namur ».  Oups.  Or, nous quittons Namur. Ça doit être une blague typiquement namuroise ça.

Je ferme un instant les yeux, laissant le soleil qui fait son apparition chauffer mon visage.  C'est bon.

Je les rouvre pour apercevoir une abeille jaune et noire qui pédale à vive allure à côté du bus.  Elle ne parvient cependant pas à maintenir le rythme et nous la semons.  D'ailleurs elle est jaune et bleue cette abeille, pas jaune et noire.

Dans ce bus-omnibus, tout le monde semble se connaître.  En tout cas, tout le monde se dit au revoir en descendant.  Une convivialité inexistante dans les bus plus « urbains ».

Je me retourne brièvement, pour admirer le dormeur brun.  Il est réveillé et se concentre dans un curage minutieux de son nez.  Ou de ses ongles.  Ou des deux.  Je n'ose trop regarder.

Sur une étendue de gazon, à ma droite, une troupe d'oies sauvages se reposent.  Comme c'est beau.

Un peu plus loin, un cheval galope.

Juste après, la Meuse, enjolivée par le soleil, tente de rejoindre la France plus vite que nous.

Comme c'est beau.

Tiens, une déviation.

Nous nous retrouvons dans un petit village, dont j'admire les maisons en pierre bleue, toujours Hana Pestle dans les pavillons.

Pour rejoindre la rue principale, le bus doit passer au-dessus de rails et patienter.  Sur les rails.  L'angoisse me prend.  Avec mon bol, un train va passer par là et, paf l'Anaïs.  Rien à gauche, rien à droite, le bus s'éloigne du rail et moi je respire enfin.

Nous retrouvons la Meuse.  Je découvre, sur ses berges, des pièges à rats.  Faudra pas que j'en parle au rat, il serait triste.

La chauffeuse, toujours plongée dans sa conversation, roule de plus en plus vite, clair qu'elle est pressée d'arrivée à destination.

11 heures.  Terminus, tout le monde descend.

Un peu groggy par les remous du bus, je m'extirpe de mon siège.  Le soleil est toujours au rendez-vous.

Je rejoins mon rendez-vous à moi.

La journée s'annonce radieuse.

Elle le sera.

 

20
avr

Chronique d’une salle d’attente aux urgences

 

14 heures.  Arrivée aux urgences.  J'ai qu'une envie : m'enfuir en courant.  Je hais les hôpitaux.  Je hais encore plus les urgences.  Je hais cette ambiance, cette odeur.  Cette peur qui envahit tout.

C'est moche, les urgences.  C'est vieux, c'est sordide.  C'est pas comme à la télé.  Le personnel est réuni dans le local d'accueil, qui n'a d'accueillant que son nom, et bave devant un nouveau né tout mignon qu'une des leurs est venue présenter.  Areuh areuh.  Pendant ce temps, moi, j'attends.  Je l'ignore encore, mais je ne ferai que ça : attendre.

Ma présence est enfin repérée, après de longues secondes d'areuh areuh.  Je sens que je dérange, mais tant pis, faut ce qu'il faut.

Je suis orientée vers une salle fermée.  Attendre que d'autres examens aient lieu.  Des blouses blanchent passent en coup de vent, sans se présenter, sans un mot, ou presque.  Elles traversent les lieux, s'arrêtent un bref instant pour vérifier les constantes, puis disparaissent aussitôt.  Médecins ?  Infirmiers ?  Malades déguisés ?  Qui sait...

Départ pour des examens complémentaires, me voici rudement éjectée de la salle d'examen vers la salle d'attente : « faut pas rester là, maintenant que c'est vide, laissez la place à d'autres ».  Pointe d'exaspération.  Je dérange.

La salle d'attente est vide, ou presque, ça ne durera pas.

Les murs sont tapissés de posters angoissants à souhait.  Comme si e fait d'être là ne suffisait pas.  Faut en remettre une couche.  « Arrêtez de fumer », avec énumération détaillée des risques - ouf je ne fume pas.  « Vous avez des crampes, c'est peut être un risque cardiaque » - argh, j'ai sans cesse des crampes.   Cette salle n'est qu'une accumulation de posters culpabilisants et effrayants.  Clair que je vais ressortir de là atteinte de toutes les maladies possibles et imaginables, sacrebleu.

Deux petits vieux s'installent.  Pour patienter, il la recoiffe avec difficulté.  « Faudra aller chez le coiffeur, hein ».

Une maman et son bébé attendent des résultats d'examen.  Le petit va mieux, paraît-il.  Il est tout sourire, et me rend le mien pour un instant. 

Deux hommes pénètrent dans le local.  Ils semblent bien imbibés et parlent à voix ultra haute, alors que le silence religieux semble presque de rigueur ici.

Les sièges sont en plastique dur, et mes fesses commencent à rouspéter allégrement.  Oh, comme une salle d'attente meublée de sièges confortables et tapissée de coloris joyeux, le tout saupoudré d'une lumière tamisée, serait agréable.  Bon, faut cesser de fantasmer, le doc revient.

Les résultats sont pas fameux, faut faire d'autres examens.  Attendez encore.

Attendre.  Attendre.  Attendre.

Quelques tatoués font leur apparition.

Et moi j'observe tous ces gens, me demandant pourquoi ils sont là.  Une douleur ?  Une anxiété ?  Une fracture ?  Une rechute ?  Une maladie grave ?  Un décès imminent ?  Une maladie psychosomatique ?  Je cherche sur leur visage un signe.  J'imagine le pire.  J'espère le meilleur.

Les résultats arrivent, faut faire d'autres examens.  J'ai déjà entendu ça.

Et c'est parti dans le labyrinthe hospitalier, pour gagner un autre service.

Et attendre, attendre, attendre.

Un petit homme vert, enfin plutôt un grand homme vert, souriant et plein d'empathie, fait la conversation.  Qui il est ?  Ce qu'il fait là ?  Impossible de le savoir.  Mais, comme un ange gardien tombé du ciel, il fait tout pour rendre la vie plus facile.  Il passe et repasse, et repasse encore, tout sourire, tout compatissant, tout plein d'informations.  Enfin, des informations.

Les résultats arrivent, comme des pièces de puzzle.  Faut rejoindre un autre service.

A nouveau, dédale dans le labyrinthe hospitalier, pour gagner l'USI.  L'USI ?  Kekseksa ?  Unité de soins intensifs ma bonne dame.  Y'en a plein des USI, dans cet hôpital.  Et plein de gens, devant les USI, qui attendent l'ouverture des portes.  Ils ne font que ça depuis des jours : attendre, attendre, attendre.  Que les portes s'ouvrent.  Que les résultats tombent.  Que le patient soit transféré ailleurs, signe d'une amélioration.  Attendre, attendre, attendre.  Ils se connaissent tous, se donnent des nouvelles, discutent énormément, comme si le partage d'une même douleur, d'une même peur, rapprochait de façon incroyable.

Et moi, j'attends.  J'attends.  J'attends.

Il fait nuit maintenant.  Il faut quitter les lieux.  Les portes se referment sur l'USI.

Rentrer chez soi.  Et attendre.

 

26
mar

Scène d’un trajet quotidien

Journée pluvieuse mais douce.  17 heures, entre chien et loup dit-on je pense.  Le ciel n'est plus tout à fait clair, mais pas encore tout à fait noir.  La soirée s'annonce joviale : je vais cuisiner.  Folle envie d'escalope de poulet pannée, ça ne s'explique pas.

Le bus arrive, je monte et m'installe tant bien que mal, chargée que je suis par un gros sac de courses.  Le chauffeur n'est pas brun ténébreux mais il a un petit charme, je l'avoue.  Peu de cheveux, petites lunettes.  Un petit côté intello qui n'est pas pour me déplaire.

La valse des entrées et sorties prend quelques minutes, et je vois entrer une dame relativement âgée (expression qui ne veut rien dire, cela va de soi, car qu'est-ce que c'est être « relativement âgée » sinon un terme qui temporise le mot interdit « vieille »).  Elle est d'une élégance certaine avec ses beaux cheveux blonds lissés en carré court, coiffure inhabituelle pour une femme de cet âge, généralement plus adepte des boucles de « mémé ».  Un maquillage parfait ajoute encore à sa classe.  Elle se déplace cependant très difficilement, à petits pas tout petits tout petits, et à l'aide d'une béquille toute noire.

Elle s'approche de moi à petits pas tout petits tout petits, et s'assois sur le siège juste devant le mien, à côté d'une ado au look extravagant, aux dents appareillées de fil presque barbelé et dont l'ipod déverse un son agressif que j'entends malgré Hana Pestle qui chante dans mes propres oreilles.

Le bus quitte enfin la gare et s'apprête à traverser la ville à la verticale, via l'artère principale, laquelle est à sens unique (important pour la suite de l'histoire, concentrez-vous).

Notre dame relativement âgée sonne immédiatement, signalant son intention de descendre au prochain arrêt, situé sur cette fameuse artère principale à sens unique (je sais, j'insiste lourdement).

Lorsque le bus s'arrête, elle se lève péniblement (j'ai un tantinet pitié, « comme on devient ma bonne Dame ») et se dirige à petits pas tout petits tout petits vers la sortie.  Elle s'arrête devant la porte, se tourne tant bien que mal vers le chauffeur ni brun ni ténébreux et lui demande « pour redescendre la rue ensuite Monsieur, je prends le bus en face ? »  A noter qu'on ne redescend pas la rue, on la remonte, direction Nord, mais qu'importe.  A noter aussi que, vu le sens unique, il est clair qu'aucun bus ne passe dans l'autre sens, mais cette pauvre dame ne semble pas s'en rendre compte.  Le chauffeur acquiesce d'un œil distrait.  Je me concentre mieux sur la conversation, ne croyant pas entendre ce que j'entends : un chauffeur de bus qui répond n'importe quoi à une pauvre dame lourdement handicapée.

Etant donné qu'elle doit être un tantinet sourde de surcroît et qu'elle met, à raison, la parole du chauffeur en doute, elle insiste « donc je reprends le bus à l'arrêt en face alors ? »

Et le chauffeur de confirmer allègrement « oui oui c'est cela Madame ».

Cette brave dame descend enfin, ignorant tout du drame qui s'est noué.

Je suis sciée, estomaquée et chamboulée, tout à la fois, de constater à quel point ce chauffeur ne manque ni de culot ni de sensibilité.  Et penser à cette pauvre dame qui va, après quelque temps, vouloir reprendre le bus à l'endroit même où le chauffeur lui a confirmé qu'elle pouvait le reprendre.  J'ose espérer qu'elle réalisera rapidement que la circulation ne se fait que dans un sens et que retourner à la gare en bus est impossible.

Quant à ce chauffeur ni brun ni ténébreux ni sympa, je lui souhaite d'être un jour très vieux et très impotent, et de se retrouver perdu dans une ville qu'il connaît peu, à la merci d'un chauffeur dégueulasse tel que lui.  Rira bien qui rira le dernier.  Salaud, va.

Ma bonne résolution pour la prochaine fois : vaincre ma timidité maladive et oser intervenir dans ce genre de conversation afin d'orienter au mieux les gens maltraités par les chauffeurs ignobles.

20
jan

Scènes d’une salle d’attente de médecin lors d’une épidémie de grippe

 

(billet rédigé ce samedi soir)

« Pourkwaaaaaaaa ai-je choisi d'aller dans cette salle d'attente un vendredi soir ?  Pourkwaaaaaa ai-je choisi une semaine d'épidémie pour aller dans cette salle d'attente ?  Pourkwaaaaaaaa n'ai-je pas déserté les lieux immédiatement ?  Pourkwaaaaaaaaaaaaaa ? »

(My god, c'est quoi ces cinq folles dénommées Pussycat Dolls ?)

Voilà en substance les questions que je me suis posées durant les deux heures qu'a duré mon attente.  Deux heures.  Durant lesquelles j'ai lu une très grosse centaine de pages de Fascination (merci Fascination, suffisamment fascinant pour me faire patienter, merci Bella et tes pulsions amoureuses, merci Edward et ton humour dévastateur). 

Donc, j'avais un tout chtit mal de gorge, le genre qui fait avaler quelques poignards par heure.  Mais aucun autre symptôme, donc pas de quoi fouetter un rat (le mien me fusille du regard à l'instant où je vous écris, à croire qu'il lit dans mes pensées comme Edward - dieu comme il m'obsède, cet Edward).

(Christophe Maé est tout content, tant mieux, rien à faire, je n'en serai jamais super méga fan)

Et comme je devais aller, depuis plusieurs semaines, chez ma Miss Docteur brune ténébreuse (mais femme), pour quelques soucis dont je vous épargnerai les détails (vous savez comme je déteste faire pleurer dans les chaumières), j'ai décidé de faire d'une pierre quatre coups : parler de ceci, de cela, de cela et de ma pauvre gorge irritée.

Mal m'en a pris.

(Sofia Essaidi a mis une poule noire morte sur sa poitrine ce soir, étrange)

A noter pour ne plus oublier : ne JAMAIS aller chez Miss Docteur durant les épidémies de grippe.

Dès mon arrivée, je réalise l'ampleur de la chose : plus une seule chaise libre dans la salle d'attente.  Ah, si, une.  Là-bas, au fond.  Je m'y précipite, avec une seule envie : m'en aller.  Mais vu toutes les paires d'yeux qui me dévisagent, je n'ose.  Dans une salle d'attente, les gens n'ont rien d'autre à faire que s'observer, c'est la sinistrose absolue.

(Stanislas et Calogero, rhaaaaaaaaaaa, je vous aimeuh)

Je m'installe et observe à mon tour, histoire de détecter qui est avec qui.  Cette femme semble être avec ce tout jeune ado.  Celle-là a l'air d'être la mère de ces deux fillettes.  Cet homme est-il l'époux ou le fils de cette dame ?  Chaque regroupement signifie moins d'attente...  Si mes calculs sont bons, en comptant une moyenne d'un/quart d'heure par consultation et vu que je passerai après elle, elle et lui, elle et elles, elle et lui, lui et elle, j'en ai pour une heure trente d'attente.  Que du bonheur.

(Pitié pas Sherifa Luna comme révélation, pitié Edouard, pitiéééééé... Zao, kikseksa hein ?)

Je me plonge dans Fascination, et je lis.  Difficile cependant de se concentrer, vu le va et vient qui fait que cette salle d'attente ressemble plutôt à un hall de gare.  Entre les gens qui entrent, s'installent, comptent puis abandonnent.  Ceux qui entrent et s'installent.  Ceux qui suivent Miss Docteur qui fait régulièrement irruption en hurlant « c'est à qui » d'un air aussi exaspéré que désespéré, c'est la folie furieuse.

(Aaaah vlà Edouard, j'adoooore cette chanson, argh ils chantent tous, yesssss, j'adooooooooore,  c'est incroyable ce qui arrive à Edouard, non ?)

Mais là n'est pas le pire.

Le pire, c'est qu'ils toussent.

Tous.

Ils toussent tous (argh comme je me marre de mon si bon jeu de mots digne de tous ceux que je sors sans cesse dans mon nouveau bureau, à Mostek et à ma new collègue qui n'a pas de surnom, mais qui n'est plus Moustique, vous le savez).

(I kissed a girl and I liked it, Les limites... mais zont choisi toutes les chansons que j'aime d'amour - par contre Julien Doré en marcel noir brillant, non, franchement, ça le fait pas)

Donc ils toussent tous.

De façon différente.  Petit raclement de gorge (ça c'est moi, j'ai toujours un chat dans la gorge, qui ne semble pas tenté par le rat puisqu'il n'en sort jamais).  Petite toux sèche.  Grosse toux sèche.  Enorme toux grasse qui n'en finit pas et provoque l'étonnement et le rire des autres patients (pour ma part, j'en aurais presque la nausée).

Ils ont tous la grippe, c'est une certitude certaine.  Et dans cet endroit confiné plein de miasmes, de bactéries, de microbes, de virus contagieux et d'acariens atteints de toutes sortes de maux, clair que je vais être contaminée en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

(Vlà Duffy, ou Buffy, ou Puffy, quelle voix !- si Nikos pouvait cesser de faire le pitre, ce serait parfait)

La mère et son jeune fils s'en vont, après tellement d'attente.  Etrange.  J'avance d'une case sur le jeu de l'oie virtuel de cette salle d'attente. 

La femme et son époux/fils ne se connaissent pas, ils n'entreront pas ensemble.  Je recule d'une case.

(Mylène, elle est botoxée hein, rassurez-moi ?, je fais vingt ans de plus qu'elle, c'est pas normal)

A mes côtés, une jeune femme envoie des SMS.  Sans cesse.  A une vitesse folle.  Durant une heure.  Cette envie de lui fracasser le GSM sur la tête, au bout d'une heure à peine de cette torture, c'est grave docteur ?  Sont-ce les prémices de la grippe ?

Une heure d'attente déjà.  J'ai bien avancé dans ma lecture, malgré les interruptions fréquentes.  Bella est en danger, l'angoisse monte, en même temps que mon impatience.  La prochaine fois, j'emporte mon portable et je regarde des feuilletons en streaming, tant qu'à faire.

(My god, j'ignorais qu'Enrique Iglesias était si... si... et si...)

Dans deux personnes, c'est mon tour.  Oups, non, dans trois personnes, j'avais pas vu cette petite vieille tapie dans un coin. 

Dans une personne c'est mon tour.

(Ma main sur ton petit cul blablabla, je coupe le son, cette chanson m'horripile et fait se dresser mes longs poils de bras)

C'est mon tour.  Bientôt.  Enfin bientôt... c'est tout relatif.  Cette petite vieille a dû faire une attaque dans le cabinet, c'est nin possip' que ça dure tant.  Elle est morte c'est clair.  Ou évanouie.  A moins qu'il ne s'agisse d'une tueuse en série de médecins et qu'elle soit en train de découper cette pauvre Miss Docteur.

Bon c'est mon tour, cette fois.  Enfin.

J'entre.  Je cause.  Je prends mes ordonnances.  J'apprends que j'ai une pharyngite.  J'appréhende ma future grippe.

Et je rentre chez moi.

(Voilà, c'est fini, à part Anthony Cavanagh et Nikos, c'était pas mal, mais j'ai pas vu qui a gagné la meilleure chanson de l'année, fichtre)

Ça a duré 7 minutes.  120 minutes d'attente pour 7 minutes de consultation avec une doctoresse fabuleuse, je me dois de le dire, mais overbookée.

Tout ça pour ça.

Je rentre chez moi, tandis que Miss Docteur a encore huit personnes à voir.

(Vous l'aurez compris, j'ai rédigé ce billet en matant les NRJ Music Awards)

 

24
jui

J’ai pris le train pour aller voir Jean-Philippe Darcis... en vrai !

Et aller à Verviers en train s’avère être une véritable aventure, croyez-le, puisque, comme d’habitude, le train est en retard, sacrebleu.  Fort heureusement, il est annoncé d’une voix mielleuse durant le voyage que la correspondance pour Verviers sera assurée (donc que le prochain train sera lui aussi en regard).  Alléluia, y’a un dieu pour les amateurs de macarons. 

Dans ce second train, un omnibus qui doit dater d’avant-guerre (et je parle ici de la guerre 14-18), les arrêts ne sont pas annoncés.  J’angoisse donc à chaque arrêt et scrute désespérément les quais afin de m’assurer que je ne dois pas descendre.  Stressée moi, naaaaaaaaaaaan, voyons, qu’allez-vous imaginer.  Je m’adresse donc à un charmant jeune homme mignon tout plein et aux cheveux carotte et lui demande, d’un air angoissé « oùskon est là ? on est où ? c’est où ici ? », « Pépinster », me répond-il d’une voix grave et séduisante.  « Pas Verviers alors ? » ... regard inquiet pour ma santé mentale, signifiant « si c’est Pépinster, c’est nin Verviers hein (avec l’accent de Liéééééch’ en bonus) ».  Soit.  Une fois à Verviers, il se tourne vers moi et me dit « Voilà, Verviers ».  Et moi « C’est Verviers ? »... second regard inquiet.  Mais sympathique.  Sans doute un peu compatissant.  Mais keskil est mignon ce jeune homme.  Voilà, j’en suis réduite à baver devant les petits jeunes devenus inabordables vu mon grand âge. 

Je sors de la gare, me retourne pour l’admirer et surtout pour la reconnaître à mon retour.  Futée hein.  Ben quoi, si je ne regarde pas la tronche de la gare, comment voulez-vous que je sache y retourner au soir.  CQFD.  Clair qu’elle est jolie, la gare de Verviers.  Et le chemin jusque chez Darcis l’est aussi, théâtre, parc ensoleillé.  A la fois calme et agitée, Verviers est une petite ville qui dispose cependant du minimum vital : un magasin de fringues qui n’existe pas à Namur, où je m’offre deux toutes petites choses pas chères pas chères et un Mac Do pour me ravitailler.  Je suis sauvée.  J’avais pourtant analysé les sites web de Quick et Mac Do la veille, dans l’espoir d’en trouver un sur Verviers, mais rien de rien.  Petits filous, c’était une surprise.  Il fait une chaleur déjà épouvantable, je décide donc de manger très très léger : un ersatz de cheeseburger dans lequel le ketchup est remplacé par de la sauce au poivre et la rondelle infecte de cornichon par de la salade.  Je le mange en plein soleil.  Délicieux.  Mais j’ai chaud.  Super, je vais puer des dessous de bras.  Faut que j’achète du déodorant avant d’aller au temple du macaron.  Impératif.  Sauf que j’en trouve pas, du déodorant.  Je retire donc ce que j’ai dit : Verviers ne dispose pas du minimum vital.

Je m’oriente ensuite vers le salon et l’atelier Darcis, pour les quelques heures de bonheur que je vous ai contées hier.

(relire le billet d’hier si nécessaire)

Le soir venu, je fais le chemin inverse, bien plus lourdement chargée.  Marchandises précieuses, qui plus est.  J’ai faim.  Passque finalement, à part un Coca light dans l’après-midi, accompagné d’une petite praline, à part un demi-macaron, j’ai plus rien mangé depuis l’ersatz de cheeseburger de midi moi.  Je repasse donc manger le même ersatz de cheeseburger (on ne change pas une équipe qui gagne), puis je rejoins la (belle) gare.

Cette gare est pleine de portes, et j’ai les mains pleines de sacs.  Fort heureusement, la galanterie existe encore, et un monsieur m’ouvre la porte, petit sourire aux lèvres.

Je m’installe sur un banc, sur le quai, en plein soleil, et je saisis mon livre (le dernier Janine Boissard, dévoré sur l’aller-retour).  L’ambiance est calme.  Arrivent quatre petites jeunes filles accompagnées d’une adulte.  Selon leurs conversations, deux d’entre elles partent en Nouvelle-Zélande (Aaaah, kiwis kiwis).  Elles sont surexcitées et leur joie fait plaisir à voir.  L’une des quatre, qui ne part pas, demande à l’autre de lui rapporter des boucles d’oreilles fabriquées par sa tante, là-bas, si loin.  Elles rient et entament une bataille d’eau, à grands coups de bouteilles.  Je crains le pire pour mes pâtisseries, mais la mère s’interpose et les fait cesser.  Ouf. 

Au loin, un jeune homme est pensif, sur un banc, tête baissée.  A quoi pense-t-il ?  Rupture ?  Retrouvailles angoissées ?  Examens difficiles ?  Tristesse ou réflexion ?

A côté de moi, une femme noire en robe hyper colorée lit.  En douce, je repère le titre du livre « prête à tout abandonner ? »

Un départ en Nouvelle-Zélande.  Un titre de livre équivoque.  Dois-je y voir un message divin ?

J’y réfléchis un bref instant, puis me replonge dans la lecture d’un article sur Christophe Willem, dans Métro festival trouvé sur le banc.  Il vient aux Francofolies, et j’en bave d’envie. 

Le train m’emmène à Liège, où la gare est littéralement gorgée de soleil.  Il est presque 20h et il fait chaud.  Je crains le pire pour mes gâteaux, que je tente tant bien que mal de garder à l’ombre.  Je suis tellement chargée que je dépose mon gilet et ma veste (oui, en partant à l’aube, souvenez, vous 9h49, j’ai cru qu’il faisait frisquet, mal m’en a pris) sur la boîte de gâteaux.

Le calme en gare de Guillemins est incroyable.

Le train arrive avec dix minutes d’avance.  Mais partira avec dix minutes de retard.  Attente d’une correspondance.  J’aime les attentes de correspondances uniquement lorsqu’elles m’arrangent.

De retour à Namur, j’ai immédiatement un bus, et peu après 21h, me voilà at home, afin de lire les dernières pages de mon livre, sur un transat, en terrasse, après avoir rangé mes gâteaux au frigo.  La boîte est totalement écrasée par mon gilet et ma veste (c’est que ça pèse, une veste, sur une pauvre boîte de gâteaux), mais seule une tartelette en a perdu son chapeau de meringue italienne, qui s’est collé au couvercle en carton et que j’engloutis en une bouchée.  Divine.

Je fais rafraîchir tout le reste.  J’ingurgite quelques pâtes.  C’est que la route, ça creuse.  Et peu après minuit, je me gave d’un éclair au jasmin et fraises (jamais rien mangé d’aussi bon, je vous le dis), et d’une tartelette citron meringuée (savant mélange entre l’acidité du citron et le sucré de la meringue, sur fond biscuité croustillant à souhait).  Je garde les macarons pour le lendemain, comme l’a suggéré Monsieur Darcis.

Voilà une jolie aventure qui se termine, merci Monsieur Darcis pour votre accueil, votre sourire et votre passion.

18
fév

Scènes d’une Saint-Glinglin

Le problème du 14 février, c’est que si l’on a envie de faire quelque-chose ce jour là, y’a intérêt à avoir des potes célibataires.  Les autres sont tous occupés à roucouler, se bisouiller et se faire de grandes déclarations, quand il ne s’agit pas carrément de demandes en mariage.

Moi, pour ma non Saint-Valentin, je suis allée dans mon QG, le Villeroy Club, m’offrir une assiettée de pâtes et un tiramisu spéculoos.  Toute seule, mais qu’importe.  Je me suis installée à ma table fétiche, celle oùsque « Anaïs » est gravé en lettre capitales (juré c’est pas moi qui l’ai fait).  Une table d’où je vois toute l’assemblée.  Une table d’où je peux tout observer.

L’ambiance est paisible.  Deux hommes seuls (ne serais-je pas la seule à fêter ma Saint-Trucmachin en solo ?), un petit couple d’ado se regardant amoureusement, pieds emmêlés.

Arrive ensuite une bande de jeunes un peu bruyants.  Ils sont trois.  L’un deux porte une écharpe Strelli très féminine.  L’autre un sac Longchamps framboise écrasée (vous savez, ces sacs en toile repliables, qui coûtent une fortune en zeuros).  Etrange étrange étrange.  Une jeune fille les rejoint et saisit le sac.  Je comprends mieux.  Elle aussi porte une écharpe Strelli.  A la fin de leur repas, elle fera un cours à son pote, afin de lui apprendre à nouer la sienne de façon élégante.  Je regarde discrètement, histoire d’en prendre de la graine.  Ils mangent leurs sandwichs importés et leurs pâtes asiatiques achetées en face.  Faut oser.  Le pire : ils partiront sans rapporter leur plateau à l’endroit ad hoc.  On a beau porter des marques, l’éducation n’est pas donnée à tous.  Je déteste ça.

Deux femmes.  L’une offre un cadeau à l’autre.  Une jolie boîte emballée de gris et dessinée de violet.  L’autre ouvre.  Lentement.  Trop lentement.  Je jette des regardes discrets mais fréquents.  Je veux savoir.  Keskil y a à l’intérieur ?  Après une séance de déballage interminable, elle découvre son cadeau : un parfum.  Qu’elle teste immédiatement.  Sont-elle amoureuses ?  Simples collègues ou amies fêtant un anniversaire ?  Nul ne le sait.  Moi non plus.

Je décide moi aussi de me gâter.  Je m’offre le CD acoustique de Christophe Willem, avec un DVD bonus d’une heure de concert.  Je m’offre le répertoire des paresseuses, cadeau inutile du jour, mais censé marquer pour l’éternité (amen) l’annonce officielle de la sortie de mon livre.  Dans cinquante ans, je le montrerai à mes petits-enfants, il sera tout moche tout vieux tout abîmé, et je leur dirai d’une voix chevrotante : votre bonne-maman, mes petiots, elle tenait un blog du temps oùsqu’elle était célibataire, et elle était une paresseuse officielle.  Emotion.

Le lendemain, petite bouffe entre filles.  J’ai réservé, soupçonnant que beaucoup de couples fêteraient leur Saint-Jelediraipoint le même soir.  Bingo.  Pas beaucoup de couples, ma bonne Dame, que des couples !  Rien que des couples.  La salle est décorée de cœurs kitschissimes à souhait.  Nous serons quatre.  Quatre amies.  J’arrive en même temps que l’une d’elles, et nous nous asseyons à notre table.  Immédiatement le serveur se précipite « vous prendrez déjà un apéritif ? … mais je suppose que nous attendons encore deux messieurs ».  Léger blanc.  Silence.  « Euh non.  Nous attendons deux dames. »  Il se confond en excuses.  Nous sommes gênées mais hilares.  La femme de la table d’à côté l’est également, hilare, elle qui tient tendrement la main de son homme.

Même si le romantisme manque à cette soirée au resto entre filles, le rire est présent, et les sujets de conversations sont passionnants.  Que font quatre amies lorsqu’elles se retrouvent au restaurant ?  Elles parlent sexe, pardi.  Entre autres sujets, bien sûr, mais elles parlent sexe.  On se serait cru dans un épisode de Sex and the City.

Ce fut donc une non Saint-Valentin très sympa, en cette année 2008.
stval08